‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 26 sur 197 · DR S015S0N&. H · texte numérisé non relu

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del plus doux, et les campagnes plus ferliles des proyinces de l'empire ? Si Rome, dans toute sa force, n'ayait pu les soumettre, comment leur ré« sbterait-elle dans sa dëcrëpitude ? Ses légions ne se recrutaient plus que parmi les prolétaires et les nations vaincues : démoralisées par les guerres civiles, elles avaient perdu leur courage avec leur patriotisme ; la licence la plus effrénée, la plus honteuse débauche remplaçaient, dans les camps, la vieille discipline romaine, et plusieurs fois elles avaient poussé l'oubli du devoir jusqu'à mettre la pourpre impériale à l'encan et vendre leur patrie à des tyrans. Tout semblait présager à l'empire one chute rapide ; les destinées de la ville éternelle étaient accomplies; les Barbares allaient s'en partager les lambeaux, et rajeunir le monde usé par la corruption et par l'esclavage.

Ce fut au commencement de l'an 407 que les Vandales, les Suèves, les Alains, et d'autres peuples de la Germanie, franchirent le Rhin et se précipitèrent sur les Gaules qu'ils couvrirent de sang et de ruines. Les provinces septentrionales, e^çosées à la première fureur des Barbares, eurent le plus à souffirir. Dans la seconde Belgique,

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Rheims, la mëtropole, Amiens, Arras, BaTaj, Terrouenne, Tournay et Yennand, tous chefslieux de cites, furent prises et réduites en cendres. Beaucoup de villes moins importantes et des bourgades subirent le même sort ; toute la campagne fut horriblement saccagée et en grande partie dépeuplée.

U paraît que la TÎUe de Soissons lut pfais heureuse. Elle échappa sans doute à ce désastre général, puisque son nom ne se trouye pas parmi le grand nombre des villes qui tombèrent dans les mains des Barbares. Cette ville étant la plus grande place d'armesde la seconde Belgique, et se trouvant située à l'extrémité intérieure de cette province, devint naturellement le point de concentration de toutes les forces romaines stationnées dans le nord des Gaules. Cette concentration et la force de la place pouvaient faire pressentir une résistance longue et vigoureuse, tandis que les autres villes ne pouvaient guère opposer que la résistance de l'inertie. Abandonnées à elles-mêmes, entourées d'une muraille sans défenseurs, les lois de l'empire interdisant à tous les autres citoyens, autres que les militaires, la possession et l'usage des armes, elles

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derenaient une proie facile et sëduisaiile pour les Baii>ares qui se montraient souvent moins avides de gloire que de pillage.

Mais si Soissons eut assez de bonheur pour &îre tète à l'orage, il n'en fut pas de même de ses environs. Il y à tout Heu de croire que quelques-uns des nombreux corps d'armée des barbares, qui sillonnaient le pays dans toutes ks directions, poussèrent jusqu'à Soissons, et que leurs Imgandages ne s'arrêtèrent qu'au pied des raiparts ; à moins que l'on ne suppose que les troupes romaines, qui s'y étaient concentrées, fiissent assez nconbreuses pour en imposer à cet eoDoni farouche, et le tenir éloigné du territoire.

Les Vandales et leurs alliés, après avoir saccagé les Gaules durant deux années, les quittèrent pour se porter sur l'Espagne. Plusieurs autres peuples, presque aussi barbares qu'eux, avaient envahi les Gaules de nouveau, et en avaient continué la dévastation. Les Romains, hors d'état de les en chasser, consentirent à ce qu'ils y prissent des établissements : les Yisigoths eurent une partie de l'Aqrâtaine; les Burgondes se fixèrent sur les bords du Rhône et de la Saône ; des Saxons s'éta-

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blirent sur les côtes de la seconde Belgique ; d'autres peuples, moins considérables, occupèrent des districts vers la Loire ; enfin deux peuplades de la nation des Francs, les Saliens et les Ripuaires, se trouyaient dë}à établis, depuis llmiption de Tan 350, dans la Toxandrie, le Brabant septentrional.

Tous ces peuples, admis de gré ou de force, à s'établir dans les Gaules, reconnaissaient la souveraineté des empereurs et devenaient leurs sdpendiaires. Rome ne pouvant plus les refouler dans leurs forêts, les recevait dans ses provinces, donnait des terres aux soldats et des dignités aux chefs. Mais toutes ces peuplades grossières, avides et turbulentes ne respectaient l'autorité du gouvernement impérial qu'autant qu'elles y trouvaient leur avantage. L'admission de leurs chefs aux premières charges de l'empire, où la plupart d'entre eux apportaient toute la rudesse et la férocité de leurs mœurs sauvages, acheva de rendre le gouvernement odieux et méprisable. Les provinces qui n'étaient pas devenues le partage des hordes étrangères, s'affranchirent peu à peu de l'autorité des empereurs où elles ne voyaient plus que le

jong barbare, recouvert de la pourpre impëriale. Ce mouvement d'indëpendance se fit principalement sentir dans les provinces de l'ouest, dont la population avait peu souffert des invasions prëcëdentes. Un grand nombre de cites s'y formèrent en petites républiques, sous la dënomination gënërique des Armoriques. Quant aux provinces du centre et du nord des Gaules, elles restèrent attachëes en apparence à l'empire, tout en s'ëloignant chaque jour davantage d'un gouvernement impuissant à lesprotëger et dëtestable par ses vices.

Les guerres et les dëvastations, causëes par l'irraption des Vandales et par l'ëtablissement des autres peuples dans les Gaules, durèrent douze ans. Pendant ce temps, les nouveaux conquërants prirent quatre fois la ville de Trêves, çt ils la saccagèrent avec tant de (îireur, qu'elle ne prësentait phs que des ruines. Cette ville infortunëe, que l'empereur Maximien avait choisie, en l'an 986, pour sa rësidence, ëtait devenue, depuis, le siëge du gouvernement impërial dans les Gaules. Plusieurs empereurs qui l'habitèrent successivement, l'aTaient dëcorëe d'ëdifices superbes, et en avaient fait la plus belle ville en deçà des Alpes. Après sa

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destruction, le siège du gouvernement des Gaules fut transféré à Arles ; mais cette cité, située près des bords de la Méditerrannée, se trouvait trop éloignée du théâtre des événements ; ce fut une des principales causes du rôle important que la ville *de Soissons fut appelée à jouer sur le déclin de l'empire. Les Romains, malgré les envahissements successif des Barbares, possédaient encore presque toutes les provinces du nord, du centre et de l'ouest, sur lesquelles la ville d'Arles ne pouvait exercer aucune influence ; celle de Soissons, au contraire, par sa position centrale entre toutes ces provinces, offrait tous les avantages qu'on pouvait désirer. Elle avait échappé aux désastres qui avaient frappé la plupart des villes situées dans cette région des Gaules, et ses établissements militaires étaient les seuls que les Romains y possédassent encore : aussi devint-^elle dès lors, et par la force des choses, le point de concentration des troupes romaines, et par conséquent la résidence ordinaire des chefs de l'année.

C'est donc à l'époque de l'invasion que Soissons commence à devenir célèbre dans l'histoire. Sa population dut se recruter d'une grande partie des

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Ittbitaiits de tant de villes réduites en cendres, auxquels il ne restait d'autre ressource, pour se soustraire à l'esdaTage ou à la mort, que de venir cberchtt' un asile derrière les remparts qui avaient pa r^ister à une aussi terrible catastrophe. Soissons dut servir de refiige aux Romains et devint de fait le siëge du gouvernement de la seconde Belg^Hpie. Et si elle ne fiit point embellie par des éfifices somptueux, comme l'avaient été toutes les métropoles des provinces des Gaules, si elle n'offre point à nos regards quelqu'un de ces beaux restes d'antiquités qui puisse rendre témoignage du haut rang qu'elle a occupé durant le Y* dède, on ne doit s'en prendre qu'aux malheurs de Tépoqne où elle fut le séjour des gouverneurs romains. Les descendants du peuple roi étaient bien dégénérés de leurs ancêtres, et ils n'avaient plus assez de force de génie pour concevoir de grands monuments, ni assez de moyens pour les exécuter; et quand Soissons iiit devenue le boulevard de leur domination expirante, elle ne reçut d'eux que des édifices appropriés aux besoins du moment ; l'heure de la mort étant venue, pouvait-on songer à bâtir pom* T éternité?

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Cependant ce serait vers ce temps, d'après quelques auteurs, c'est-à-dire dans le cours duV* siècle, que les Romains auraient construit le château dit la tour des Comtes, pour servir de demeure à leurs gouverneurs. Mais cette opinion, qui ne repose que sur des conjectures peu motivëes, ne paraît pas susceptible d'être adoptée ; il était complètement inutile de bâtir un château pour servir de citadelle à la ville, quand toute la population pour vait être considérée comme romaine, et qu'elle ne devait former d'autre vœu que celui d'échapper à la domination des barbares.

Suivant les annales de Flandres, le roi des Francs-Saliens, Clodion, qui faisait sa résidence habituelle au château de Dispargun, près de Ton grès, après plusieurs tentatives infiructueuses, pour s'établir dans la seconde Belgique, envahit de nouveau cette province au commencement de l'année 448, et tandis qu'il se portait sur la Somme, vers Amiens, il détacha son fils aîné, avec un corps d'armée, pour venir attaquer Soissons; mais ce jeune prince ayant été tué dans le siège, l'entreprise avait échoué, et le roi des Francs, désespéré de la mort de son fils, renonça à tous ces

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projets de conqnétes pour retourner à Dispargun, où il mourut peu de temps après.

Presque tous les historiens se sont accordes à rejeter cette circonstance du siëgc de Soissons, comme apocryphe, et n'ayant été rapportée par aucon des anciens auteurs connus. Cependant il pomrait se faire que ceux qui nous Font transmise en eussent puisé la connaissance dans quelques neux ouvrages, qu'ils n'ont point cités, ou qui n*edstent plus, ou sont tombés dans l'oubli. Mais, sans prétendre adopter un fait mentionné par un Instonen isolé, on peut examiner néanmoins si ce&it n'aurait pas en lui-même assez de yraisemblance pour faire naître des présomptions en sa faveur : on ne saurait disconvenir que cette expëdition contre Soissons eût été une entreprise bien conçue. C'était la seule place importante qui restât aux Romains au nord de la Loire. C'était le point d'appui de toutes leurs opérations pour résister aux attaques des Barbares. Clodion, maître de Soissons, aurait pu se maintenir au midi de l'immense forêt des Ardennes qui couvrait les Gaules depuis la mer, vers Dunkerque, jusqu'au RMn, et devenir le fondateur de la monarchie des

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Francs. Mais ce que €Iodion oc put exécuter, Clovis sut raccomplir trente-neuf ans plus tard, en portant toutes ses forces contre cette ville. Le chef des Francs semblait a^ d'après cette maxime d'un grand capitaine de l'antiquité, maxime qui devait être celle de tous les ennemis de Rome : On ne poincra jamais ks itmnams que dam Rome / Et hissons alors était Borne pour les provinces gauloises.

Les troapes romaines, stationnées à Soissons et dans les pays drcoavoisins, étaient à peine parvenues à repousser les diverses t«[itatives des Francs, qu'elles virent fondre sur elles un ennemi bien autrement redoutable, dans le fameux Attila, roi des Huns, surnommé le fléau de Dieu ! Il se }eta sur les Gaules, à la tête d'une armée prodi* gieuse, portant partout la dévastation et la mori. Tout semblait devoir disparaître sous les pas de cette multitude, dont la féroc&é frappait de ter-reiir les barbares eux-mêmes. Un grand nombre de villes furent de nouveau inondées du sang de leurs habitants et dévorées par les flammes ; celle de Rheims, qui sortait à peine de ses cendres, eut encore à subir le mène sort ; mais il parait que

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Soissons eut encore le bonheur d*ëcliapper am d&astre. On a prëteada qa'elle avait été rede* v^le de son salât, dans cette circonstance, à saint Ë£be, son ëvèque, qui s'âait porte à la rencontre d'Attila, se dirigeant avec toute son année sur Soissons, et qu'il l'aurait dëterminé, par ses dis^ cours, à changer sa route pour épargner cette ville. Quoiqu'il en soit de la Tëritë de cette anecdote, qui n'est pas l'unique en ce genre^ et ne ferait pas moins d'honneur à la niagnani- Bdtë du roi des Ehins, qu'à l'éloquence du saint pâat, il est bien certain que le gros de i'ar^ tÊk d'Attila se porta des bords du Rhin, par oA die était entrée dam les Gaules, sur la Loire, par la Champagne. Soissons, qu'il laissa sur sa droite, devint encore, comme par le passé, le point de concentration de toutes les troupes romaines et alliées, répandues dans les provinces du nord. La ville d'Orléans opposa de son côté une résistance hérolifae à l'armée des Huns. Cette résbtance donna le temps à Aétius, gouverneur dse Gaules, de rassembler toutes ses forces, du centre et du midi, auxquelles s'étaient réunies celles des Tisigoths, des Burgondes et de tous les

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peuples des Gaules que rimminence du danger sut rallier sous les mêmes drapeaux^ contre un ennemi qui semblait avoir juré la destruction du genre humain. Les Huns furent obligés de Êdre un mouvement rétrograde vers les lieux qui avaient été le théâtre de leurs premiers ravages. Le gêné-* rai romain les y suivit, après avoir opéré sa jonction avec les troupes réunies à Soissons. Parmi ces troupes, il se trouvait un corps de Francs, accourus de la Toxandrie, sous la conduite de Mérovée, leur roi, pour faire cause commune contre les Huns. Les deux armées se livrèrent une bataille sanglante, dans laquelle on rapporte qu'U périt deux cent mille hommes. Attila vaincu, abandonna les Gaules pour aller se jeter sur lltalie.

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