PAR LES FRANCS
Childéric, roi des Francs, meurt en 481 , laissant à son fils Clovis, âge de seize ans, sa puissance et sa haine contre les Romains. Le jeune chef rassemble, cinq ans après, toutes les forces de sa nation, marche droit à Soissons, et envoie dëfier Syagrius. Le général romain crut qu'il était de son honneur d'accepter. Le jour et le lieu furent indiqués où les armes allaient décider d'une inimitié de plusieurs siècles. (')
Clovis était impatient de frapper un grand coup, d'en finir avec les débris de l'empire romain, et d'établir ses Barbares dans les belles contrées qui leur avaient déjà coûté tant d'inutiles efforts. Dans le défi qu'il venait de porter se révèle autant le génie politique que la passion des combats. Le
(*) Grégoire de Tours.
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jeune roi sentait bien que Syagrius vaincu, il n'avait plus de rival redoutable, et qu'une fois maître de Soissons, il Tétait d'une partie de la Gaule. Quant à Syagrius, aucun motif plausible ne saurait le justifier : au lieu de risquer une bataille décisive, la prudence lui faisait un devoir de temporiser, de fatiguer un adversaire toujours disposé pour l'attaque, mais peu propre à une guerre lente et méthodique. Ce Ait toujours cette tactique circonspecte qui maintint les Romains dans les Gaules au milieu des débordements successifs des Barbares, dont ils laissaient tomber la fureur en se retirant sur les points les mieux fortifiés, et en abandonnant à leurs ravages tout le reste du pays. Qovis avait tout à gagner par une victoire : vaincu, il ne perdait que des soldats ; Syagriûs, au contraire, et l'événement l'a prouvé, perdait tout avec la bataille ; vainqueur, il ne gagnait que la gloire stérile d'avoir repoussé une fois de plus l'attaque des Francs.
Une charge furieuse que fit Clovis à la tête des siens décida du sort de la bataille. liCs Francs enfoncèrent l'armée Gallo-Romaine et la taillèrent en pièces. Syagriûs, échappé au carnage, s'éloi-
gna rapidement du champ de bataille, et alla se renfermer dans Verdun.
Cette bataille, donnée aux portes de la capitale, plongea sa population dans un deuil universel. L'armëe Gallo-Romaine comptait dans ses rangs une foule de Soissonnais attires par l'importance de la lutte et par la proximité du champ de bataille ; cette armée avait été anéantie, et Soissons dut perdre, dans cette fatale journée, l'élite de ses habitants. (*0
Le premier fruit de la victoire fut la possession de Soissons. On ne sait pas les détails de cet événement, qui décida, autant que la bataille, de Tissue de la guerre ; peut-être y eut-il une capitulation, ou convention, entre le roi des Francs et l'évêque saint Prince, pour lequel Clovis conserva toujours une haute considération et un vif attachement. Quoiqu'il en soit, Soissons ouvrît ses portés au vainqueur, et la domination romaine, forcée dans son dernier asile, disparut enfin des Gaules sous les coups des Barbares qui devaient jeter les fondements de la monarchie française.
La reddition de Soissons lut suivie de celle de Rheims, dont le siège épiscopal était occupé par
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saiot Remy, frère cadet de saint Prince. La perte de ces deux villes enleya toute espérance à Sya-* grius de rétablir ses affaires. Il sortit de Verdun et alla chercher un asile auprès d'Alaric, roi des Vbigodis, en livrant ainsi toutes ses provinces à la merci de son ennemi victorieux.
Cependant Clovis ne jugea pas son triomphe complet. Syagrius vivait encore ; il pouTait repa-» raitre et rallier les Gallo*Romains, que la perte de la bataille avait plus consternés que vaincus ; il pouvait même armer contre les Francs quelquesuns des peuples établis dans les Gaules alarmés de leurs succès ; Clovis envoya donc des officiers de son armée réclamer Syagrius, comme son prisonnier, avec ordre, en cas de refus, de déclarer la guerre au roi des Yisigoths. Alaric eut la lâcheté de livrer le chef romain, qui fîit ramené à Soissons, chargé de fers, et jeté au fond d'une des tours de son propre château. Ce dernier des Romains dut se reprocher, dans son cachot, de n'avoir pas su mourir sur le champ de bataille où il avait vu tomber sa puissance ; mais le roi des Francs l'arracha bientôt à ses angoisses en lui faisant secrètement trancher la tête . Ce meurtre mit
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fin à la domination romaine dans l'ouest de l'Eu-rope. Toutes les cites, abandonnées à elles-mêmes, entrèrent en composition avec le vainqueur et firent successivement leur soumission ; mais la lenteur qu'elles y mirent prouverait assez que Syagrius avait cédé trop précipitanunent à un premier revers, et qu'il aurait pu du moins prolonger la lutte, s'il avait su prendre la noble résolution de périr les armes à la main , sur les débris de son dernier retranchement, au lieu d'aller se mettre à la merci d'un peuple qui avait été long;temps l'ennemi de sa nation, et qui n'avait aucun intérêt à lui donner protection.