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général des milices. Mais son autorité n'en était pas moins aussi absolue que celle d'un roi. Habitués depuis dix siècles à humilier tous les souverains et à leur dicter des lois, les généraux de Rome se croyaient au-dessus des trônes, et le comte Ëgidius, qui n'était point un homme ordinaire, aurait cru déroger à son rang, en acceptant un titre commun alors à tous ces chefs de hordes barbares, qui mettaient le plus grand honneur à obtenir quelque charge de l'empire.
Syagrius, fils et successeur d'Ëgidius, sut mettre à profit la scission avec les Romains d'Italie, et l'indignation soulevée par la mort de son père. Les peuples et l'armée virent avec joie le pouvoir aux mains d'un compatriote, d'un jeune guerrier, connu par sa valeur et par ses vertus, capable de les protéger contre les ennemis du dehors, et contre la tyrannie, non moins redoutée, des agents du gouvernement impérial.
Le premier soin de Syagrius fiit de faire la paix avec les Visigoths, en leur cédant les provinces d'outre-Loire et prenant cette rivière pour limite des deux états. Il s'assurait, par la cession de ces provinces, l'alliance de ce peuple, et il put porter
toute son attention sur les Francs, toujours déterminés à s'a?aucer dans les Gaules.
Les événements de cette époque sont demeurés dans l'oubli, du moins en ce qui concerne le nord des Gaules. Tout ce qu'on en sait, se borne à une incursion des Francs. Sous le commandement de dnldéric, ils pénétrèrent jusque sur les bords de la Loire, et s'emparèrent d*Orléans et d'Angers. Ces conquêtes eurent le même sort que toutes celles qui les araicnt précédées : contents d'avoir ravagé quelques provinces, ou peut-être repoussés par les armes de Syagrius, les Francs allèrent attendre dans leurs marais nne occasion plus favorable.
En l'année 476, Odoacre, roi des Hérules, s'était emparé de Rome et avait porté le coup mortel à l'empire d'occident. La chute de cet empire, la position isolée de Syagrius au milieu de peuples quis'enétaientpartagéles dépouilles, l'impuissance où il était de communiquer avec Constantinople, capitale de l'empire d'orient, le rendirent indépendant et maître dans son gouvernement : mais il conserva le titre de général romain, sous lequel tous ses contemporains se sont accordés à le dé-
signer. Plusieurs auteurs modernes l'ont appelé roi de Soissons : Grégoire de Tours le nomme roi des Romains, et ce nom convient assez à un chef qui, depuis la ruine de l'empire, résumait en lui toute la puissance romaine dans l'ouest de l'Europe.
Ces mêmes auteurs semblent s'écarter encore de la vérité dans les bornes qu'ils assignent au gouvernement de Syagrius : suivant eux, il n'aurait compris que les cités de Soissons, de Rheims et de Troyes. Et en cela, ils s'appuient sur ce que Gunderic et son fils Chilpéric, rois des Burgondes, et après eux Decius et Oreste, ont été généraux des milices romaines dans les Gaules: mais cette charge, dont il ne parait pas qu'ils aient jamais été mis en possession, ne leur avait été successivement conférée, par les Romains d'Italie, qu'en haine de Syagrius, qui se refusait à reconnaître les empereurs du choix de Ricimer et des assassins de son père, dans le but ostensible de lui susciter des ennemis. Serait-il d'ailleurs vraisemblable que Syagrius eût pu se maintenir pendant vingt-un ans contre les Francs, qui voulaient s'établir au midi des Ardennes, si, comme on Ta prétendu, ils
avaient déjà possédé une partie des provinces situées entre la Somme et la Loire, ou si ces pro- Tinces avaient reconnu l'autorité des autres généraux ? Réduit aux seules ressources des trois dtés de Soissons, de Rheims et de Troyes, Syagrius n'aurait jamais pu faire tête aux Francs et se faire respecter de ses autres voisins. La durée de son gouvernement est une preuve suffisante que jusqu'à la bataille de Soissons (486), les Gallo- Romains se maintinrent dans la possession de toutes les provinces situées entre la Loire et les Ardennes, quoique ces provinces eussent été en- Tahies et parcourues, à plusieurs reprises, par les Francs. Une partie des cités de l'ouest s'étaient, à la vérité, formées en république, sous le gouvernement temporel des évéques ; mais tous ces petits états, qui ne s'étaient séparés de l'empire qu'en haine de la tyrannie des officiers impériaux, reconnaissaient encore, jusqu'à un certain degré, et seulement dans l'intérêt de leur défense commune, la suprématie du chef des Romains des Gaules, surtout après que ce chef eut rompu toute relation avec les Romains d'Italie.
Cependant on peut croire que ce fut durant le
gouTernement de Syagrius, et sous le règne de leur roi Chîidëric, que les Francs s'ëtablîrent dans les villes de Toumay, de Tërouenne et même de Cambrai. Peut-être poussèrent-ils leurs firontières jusque sur les bords de la Somme, ce qui parait douteux, puisqu'ils n'ëtaient pas maîtres d'Amiens. Quant à la possession de Paris que quelques auteurs leur ont si gratuitement accordée, elle est contre toute vraisemblance : en eflfet, si les Francs eussent possédé Paris, et par conséquent la plus grande partie des pays entre cette ville et les Ardennes, il n'est guère présumable que leur roi eût choisi Toumay pour y résider de préférence à Paris. Cette ville, embellie par Julien, était déjà remarquable pour l'époque, quand ce peuple aspirait depuis longtemps à s'avancer dans le centre des Gaules.
Syagrius, dont le gouvernement dura vingt-un ans, fit sa résidence ordinaire à Soissons. Ce fut une des belles époques de cette cité. L'étendard romain flottait encore sur ses tours, dix ans après que l'épée des Barbares l'avait renversé du Capîtole. Soissons, capitale d'un état assez considérable, où les vainqueurs de l'empire n'avaient ja-
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mais pu s'introduire, et dont le souverain, quelque fût d'ailleurs le titre sous lequel il gouvernait, se distinguait par sa valeur, par son mérite et par son équité, dut voir s'accroître, tout à la fois, sa population et sa prospérité. Tandis que le chef de l'État assurait la tranquillité des habitants, un prélat vertueux, saint Prince, qui réunissait les hautes fonctions du sacerdoce et de la magistrature, faisait fleurir la religion et respecter les droits des citoyens, autant que le comportaient les mœurs du temps.
Il serait fort à désirer que Ton connût la force de la population de Soissons à cette époque si remarquable de son histoire ; mais on ne trouve nulle part le moindre renseignement à cet égard. Oserons-nous hasarder une conjecture, fondée sur le nombre des paroisses que renfermait Soissons ? Ces paroisses, indépendamment de la cathédrale, étaient anciennement, et probablement alors, au nombre de douze, tant dans la ville que dans les. faubourgs, et en portant seulement à 9,000 âmes^ la population moyenne de chacune d'elles, le ré«. sultat donnerait 34,000 individus.