SACRE DU ROI PEPIN IJE BREF
Le zèle religieux que Pépin avait déployé au concile de Soissons avait attiré sur lui les bonnes grâces du clergé. La réputation qu'il s'était acquise à la guerre par sa bravoure et par ses talents, et l'énergie et la droiture avec lesquelles il avait rétabli l'ordre dans l'État, en faisaient l'idole de la nation. Son ambition aspirait au titre de roi, mais pour le prendre, il fallait chasser du trône l'héritier de vingt rois, et nonobstant le
mépris et la honte qui s'attachaient, depuis plus d'un siècle, aux derniers Mérovingiens, ravir le sceptre à un descendant de Clovis eût été regardé comme un attentat, comme une violation de la loi. Pépin ne recula point devant cet obstacle. Avec Tassentiment de l'autorité religieuse, il pouvait le franchir sans danger. Il fit consulter le pape qui ne demandait pas mieux que de s'attacher par la reconnaissance un si puissant auxiliaire. Le souverain pontife répondit : « Qu'il valait mieux que celui qui avait l'autorité de roi en portât aussi le nom. » Fort de cette réponse qui décidait du sort de la dynastie , le duc des Francs convoqua une assemblée générale de la nation à Soissons, dans la plaine du château royal de Croicy, où il se fit élire et proclamer roi aux acclamations universelles. Qui eût pu réclamer en faveur de Childéric III, et, devant un chef tout puissant et couvert de gloire, défendre les droits d'une race avilie et dégénérée qui n'avait plus qu'à s'aller éteindre dans l'ombre d'un cloître ? On vint signifier à Childéric sa déposition à l'abbaye de St-Médard, où il avait été amené sans doute à dessein. Le monarque déchu et son fils
furent rasés, sur-le-champ , et confines dans deux monastères dilTërents, où ils finirent leurs jours. La religion donna sa sanction à Tëlection de Pépin. Il fiit sacre par saint Boniface dans l'église cathédrale de Soissons. C'était la première fois que cette auguste cérémonie^ empruntée des Hébreux, avait lieu en France. Soissons, la première capitale de la monarchie des Francs, dut être fière de la voir célébrer dans ses murs. On ignore pourquoi cette noble prérogative qui semblait lui appartenir de droit, fiit donnée ensuite à la ville de Rheims, qui, depuis Tirruption des Vandales, n'avait tenu qu'un rang secondaire, et l'on ne saurait invoquer en sa faveur le baptême de Glovis, cérémonie tout à fait différente de celle du sacre.
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