‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 55 sur 197 · IRRUPTION DES NORMANDS · texte numérisé non relu

IRRUPTION DES NORMANDS

Les réroltes et les qnereUes des fils de Louis le Dëbonnaire avaient amené le démcmbrenient de Tempire de Charlemagne, et raffaibfissement de Tantorité royale. Le prestige de grandeur et de gloire qui ayaît firayë le chemin du trône à la fitmille des ducs d*Austrasie s'ëtait dissipé. Les seigneurs de la Neustrie commençaient à ne plus Yoir dans TaTénement de la dynastie carloving^enne qu'une usurpation presque étrangère, une conquête des Francs-Austrasiens sur les Francs- SaHens : ces deux grandes avisions de la nation firanque étaient devenues comme deux peuples ^tincts. Les mœurs nationales des Saliens avaient cédé aux mœurs plus polies des peuples vaincus, et les descendants des vainqueurs s*étalent laissés conquérir par la civilisation des. Gallo-Romains. Les Austrasiens, au contraire, avaient conservé, avec la plupart des mœurs.

34 6 msToiRE

et des habitudes germaniques, la langue tudesque.

A la cour du roi on se servait aussi de cette langue; c'était une faute en politique. Elle rappelait sans cesse aux Neustriens l'origine austrasienne de cette maison, et ce souvenir blessait l'orgueil de la nation. Cependant ils ne songeaient point à la renverser du trône : la race de Govis était éteinte, et aucun homme propre à fonder une dynastie nationale ne se montrait parmi eux ; mais ils travaillèrent à rendre à peu près illusoire l'autorité du monarque ^ déjà réduite considérablement par toutes les concessions arrachées aux faibles successeurs de Charlemagne.

Les Normands, profitant du désordre qui régnait dans l'empire, poursuivaient leurs cruelles dévastations. Leur audace et leurs succès étaient d'autant plus grands, qu'ils ne rencontraient presque plus d'obstacles ni de périls. Ils étaient même secrètement appuyés par des seigneurs qui recherchaient leur alliance dans l'espérance de mieux affermir leur indépendance au milieu de la désolation générale. C'est ainsi que la valeur et l'esprit national que les Francs avaient

DE SdSSONS. 317

dëployës avec une si noble énergie sous Charles Martel, sous Pépin et sous Charlemagne, avaient disparu, pour faire place à l'incapacité des princes, à l'ambition et à Tégoïsme des grands. Les peuples eux-mêmes, exposés aux pillages et aux massacres de la part de leurs seigneurs, aussi bien que des Normands, étaient abattus par le désespoir; le sentiment de la gloire ne faisait plus battre les cœurs, et peu leur importait à qui ils obéiraient; voués qu'ils étaient à la servitude et aux soufGrances.

Tel était l'état de b nation, soixante-rdix ans seulement après la mort de Charlemagne, quand une nouvelle bande de Normands vint fondre sur la Picardie et s'emparer de Noyon. Une division de ces barbares eut la hardiesse d'y passer l'hiver. Soissons ne fiit point attaquée ; mais ses campagnes durent avoir beaucoup à souffrir du voisinage d'un pareil ennemi. Chaque jour des partis de maraudeurs ravageaient tout le pays à plusieurs lieues autour de Noyon. La rivière d'Oise pouvait servir de barrière contre ces déprédateurs ; mais la population avait perdu le courage de la liberté et ne se hâtait pas de repousser des

316 HinoiaE

atte«)!»es 1^ fimestes tncore à aes malitres qa'à

Sur la fin de l'étë de l'année 88S, une autre armée de Normands, venant des bouches du Rhin^ ravagea les provinces septentrionales du royaume, et ne trouvant aucune résistance, elle s'avança vers le centre en suivant le cours de la Meuse. Le roi Garloman était trop faible pour s'opposer à ce tiouveau débordement : plusieurs seigneurs le voyant hors d'état de satisfaire leur ambition, ou de punir leur désobâssance, s'étaient retirés dans leurs domaines avec leurs troupes. Les Barbares vinrent donc jusqu'à Laon, mais n'ayant pu se rendre maîtres de cette ville, ils formèrent le dessein de marcher sur Rheims, et de venir ensuite par Soissons et par Noyon, pour attatjuer Laon une Seconde fois. Déjà leur avants-garde était aux portes de Rheims, quand le roi, voulant mettre un terme à tant de désastres, sortit du château de Compiàgne et vint à Sotssons, d'où il tomba à rimproviste sur le flanc de Teonemi, lui tua beaucoup de monde, et lui enleva tout le butin qu'il avait fait. Cependant, les ]Normands étant parvenus à repasser l'Aisne et à se retrancher forte-

mt 90»0MS. 319

ment dans Vailly, le roi ne jugea pas pradeot de les y attaquer de nooreaii; mais dès la nidt suivante les Barbares reprirent arec précipitation et sans brfdt le chemin du nord.

Quelques historiens ont prétendu qu'une seconde armée de Normands avait pénétré dans la ▼allée de l'Aisne, en Tannée 886^ et ils ont même été }us<pi'à dire, sur l'autorité du Gêsta Nornukiiorum, que la ville de Soissons av^ été prise et Fabbaye de St-Médard brûlée et détruite; mais il est très-&die de convaincre ces historiens d'errenr et même de contradiction. (^

A cette époque d'abord toutes les forces des NcMinands, arrivées par la Seine, se trouvaient concentrées antxHir de Paris, dont le siège dura, depuis le 95 du mois de novembre 885, jusqu'au mois de mai 887. En second lieu, aucun auteur contemporain, ou voisin du théâtre de la guerre, n'a fait mention de la prise de Soissons, événement que son importance n'eût pas manqué de faire remarquer.

Quant à la destruction de l'abbaye de St-Médard, dont le sort devait être le même que celui de la viUe, le Êdt n'est pas moins dénué de vrai-

390 HisiomE

aenblance : le comte Henry, qui commandait Tarmëe envoyëe en 886 au secours de Paris, par le roi de Germanie, Charles le Gros, ayant ëté tué devant cette ville, son corps fut apporté à Soissons et inhumé dans l'église de St-Médard. Vers 889, le roi Eudes fit augmenter les fortifications de Tabbaye: elle n'était donc pas détruite. Enfin on. y voyait encore, au XYI* siècle, la grande chanibre dorée de Charlemagne.

On doit donc regarder comme un Ëdt certain que les Normands n'ont point pénétré jusqu'à Soissons, quoique de grands établissements religieuxHieur offiissent l'appât d'un riche butin. La force de la place, le voisinage de la résidence royale, qui promettait un secours prompt et facile, étaient bien capables de mettre un fi*ein à l'impatience de l'ennemi.

Page 1