‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 65 sur 197 · partie de la plaine qui borde la rivière ; elle ne · texte numérisé non relu

partie de la plaine qui borde la rivière ; elle ne

s'ét€ndait guère , dans l'intérieur de la ville ,

qu'aux alentours de l' église : son si^e était à la

porte Bara.

GOUVERNEMENT FEODAL.

Du jour où des hommes de la race franque eurent été élevés au siège épiscopal de Soissous, Vautorité temporelle de Tévêque perdit bientôt son caractère de magistrature municipale, dernier débris des institutions romaines. Ces nou-

veaux prélats ayant pu réunir dans leurs mains les fonctions de tomte de la province, introdnisîre^at dans la ville ce qui subsistait encore des institutions des Francs. Mais ces institutions avaitnt déjà bien dégénéré durant tes guerres civiles des petits-fils de Clovis et des maires du ptbds ; alors que la force , la ruse et la violence oomprimaient la société toute entière , sans épargner la royauté, ni même la reli^on. Les hommes libres s'étaient laissés dépouiller de la plus grande partie de leurs droits : les uns, defrehus forts , ^'avaient songé qu*à se mettre au-dessus des lois et de toute dépendance ; les autres, ûe trouvant plus de garanties que dans le vassfelage et la soumission , s'étaient empressés de s'attacher individuellement à ceux dont ils espéraient quelque protection. C'est ainsi que les meilleures institutions périssent toujours quand l'égoYsme des grands et la pusillanimité des masses l'emportent sur les devoirs du citoyen et sur l'amour du bien public.

Les assemblées de comté et de cantons étaient presque tombées eu désuétude , et les hommes libres avaient ainsi perdu la plus belle de leurs

prérogatÎTes : celle de participer à radniiDistni-« tion de la justice. Charlemagne, voulant reconstituer la monarchie et la rendre digne de lui, en mettant un terme à renyahissement toujours croissant de Taristocratie militaire, crut qu'il pourrait encore faire recouvrer aux assemblées provinciales une partie de leur ancienne importance. Bans ce but, il restreignit le nombre de leurs sessions à trois par année, mais avec obligation, à tous les hommes libres , d'y assister , et il institua , dans chaque comté , des magistrats permanents , tenus de se réunir , sur la convocation du comte , au nombre de sept au moins, pour juger toutes les causes. Ces magistrats, appelés Scabini, devaient être choisis par l'assemblée de la province; mais le comte ne tarda pas à s'arroger ce droit, et les juges ne furent plus, en réalité, que ses créatures et ses serviteurs. Ainsi , les efforts de Charlemagne, pour rendre à la vie les institutions municipales, ne purent qu'en suspendre momentanément la ruine. Seul contre un siècle barbare, ce prince ne trouva personne capable de le seconder ; et à peine fut-il descendu dans la tombe , que ses lois restèrent sans force.

Sous les maires du palais , les éTéchës étaient devenus, le plus souvent, la récompense des services militaires. Pépin et Charlemagne rétablirent Tordre dans l'Eglise et rendirent Tépiscopat à sa véritable destination. Mais les évéques se voyant placés sur la même ligne que les seigneurs , usèrent de l'ascendant qu'ils tiraient de leur caractère sacerdotal pour dominer le monarque et la nation. Les institutions des Francs subirent bientôt, sous les faibles descendants de Charlemagne , le même sort que celles des Romains. Les unes et les autres furent remplacées par le droit de la force, par le gouvernement féodal.

Dans ce gouvernement , tout homme puissant s'était érigé en maître absolu sur ses terres, et les villes , comme les hameaux , étaient devenues le partage des gens d'épée et d'église. Leurs habitants , désignés sous les noms de vilains et de manants , n'avaient plus d'autre loi que le bon plaisir du seigneur, qui était tout à la fois législateur et juge ; la puissance royale était trop faible pour imposer des lois équitables. Assis à la porte de son château fort et entouré de ses officiers ou vassaux, le seigneur administrait la justice , et ses arrêts

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âaient sans appel ; mais le plus aoureiit il remettait ce soin à ses baillis. Ce chaBgemrat n'était pasf toujours &ToraUe aux )ustidables» et grâce à ia tyranuie du subakeme, il ]e«r .arrivait soureot de remuer les arrêts du aiaitre. Cette condition des bourgeois de la ville, quelque dure qu'elle fût, était biea à préférer à celle des. habitants de la campagne. Ceux-ci, attachés à la glèbe,, étaient comptés par tête, échangés, dovunés et vendus comme le bâail de la tarre qu'ils Ubouraient. Leur vie même était dans les mains du maître, et le meurtre d'un serf, quoique défendu par les lois de l'État et de l'Église, restait presque toujours impuni. Les bourgeois étaient gens taiilables et, corvéables à merci; on pouvait leur arracher impunément le fruit de leurs labeurs et de leur industrie, par toutes swtes d'impdts et d'exactions. Hepireux encore qjuand ils pouvaient, avec de l'argent et du travail, satisÊure à toutes les exigences de leurs oppresseurs. . C'est à l'avidité toujours insatiable des seigneurs de cette époque, et à leur génie fécond en expédients pour extorquer des tributs qu'il faut attribuer l'origiiiie de tous ces droits féodaux, dont quelques-uns sont à peine

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croyables aQ|ourd'hm, tant ils étaient abuNfK honteux et bizarres.

Parmi les droits féodaux anctennement eousaf^eà ScMSSons, on cite le fait suivant qm y fut maintenu lon^emps encore après raffranchissement des bourgeois. Lorsque 4es seigneurs gouvemairat seloa leur bon plabir, et que leur administration n'avait qu'un seul et unique but, celui de grossir sans cesse leurs revenus, toutes les nuurclumdises et les denrées devaient être mises en vente, sui*vaut leur nature, soit à la maison du change, soit à la halle, où un droit de place et d'étalage était perçu à leur profit. Le comte de Soissons, pour favoriser, dît-on, le mariage parmi ses vilains et manants, accordait la permission de vendre, hors de la halle, de la cire façonnée, du sel à la petite mesure et de la viande crue. Cette permission se donnait ainsi : les jeunes époux qui avaient obter nu ragrément du comte se rendaient h Tëgliae pour recevoir la bénédiction mq^le^ et pré^ sentaient à son bailM , qui les attendait sous le porche ou dans le cimetière, placé m avmt, une paire de souliers en maroquin, une chausse d'écarlate, deux gâteaux, deux lots de vin, deux

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écaettes en ëtaiii plem^s de nok et un oittid de charbon. Le tribut accepte, le clerc de la justice du comté donnait lecture à haute voix de l'acte qui permettait aux ëpoux de vendre chez eux, Tune ècA trois marchandises, et leur en faisait ensinte la remise.

Mais le comte ne possédait pas seul les droits de halte et de marché ; Tabbaye de Notre-Dame jouissait de ces mêmes droits sur la petite place de St-Pierre au Parvis, où se tenait aussi un mardié. Peut-être le chapitre avait^l les mêmes prérogatives, soit sur la place de la cathédrale, soit sur cdle de St-Gervais , situées Tune et l'autre , dans l'étendue de sa juridiction seigneuriale.

Ainsi le bien-être ou la misëre des habitants, dépendait uni^meiit du seigneur, et encore la condition ne pouvait-elle être la même pour toute la population de Soissons, parce qu'elle se trouvait partagée entre sept juridictions féodales, dont diacune avait ses droits et ses exigences. Cette différence entre les habitants de ces diverses juri-^ dictions, était d'autant plus remarquable que les gens de main-morte et àt fors-mariage , c'est-à-dire, les classes les plus maltraitées, et par conséquent

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Les plus malheureuses et les plus abruties, apparteoaient presque exclufflYement aux )arî<fictions religieuses, mais plus particalièranent à oellt du chapitre. Par uu effet de l'esprit de corporation le chapitre était, dit-on, le plus mauvais de tous les maîtres ; et, en effet, l'esprit de corporation est en général plus exigeant et plus inflexible que l'esprit de faipille. Dans la famiHe, des changements surviennent à chaque génération; les affections du père, et surtout k bonté et la sensibilité de la fevune, adoucissent nécessairement l'autorité du seigneut.

Les p(^ailations du XI"* siècle étaient courbées sous le joug d'une oppression capricieuse et désordonnée, et croiqpissaient dans la misère et dans la plus stupide ignorance. Cette hideuse dégradation avait pénétré dans le sein même dé l'Eglise, et le culte des chrétiens défiguré par des cérémonies grossières et buriesques, par un nombre infini de fraudes pieuses, inventées par la cih pidité, et le mauvais savoir de ses ministres, .avait perdu toute sa pureté primitive, et s'était associé à la honte du siècle.

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DESmiJCnON DE LA TOUR DBS COMTES.

Hugues Capet venait de terminer sa carrière (en 996), et son fils Robert lui ayaU succède sans opposition, ^rès un règne iàTorisë par une longue et heureuse paix, mais nullemeat exen^yt pour lui de chagrins domestiques, il laissa sa couronne (en 1 033) à Henry, son fils aîné.

Mab Henry ne devait monter sur le trône qu'après avoir subi de dures épreuves, et ce fut sa mère elle-mtme, la reine Constance que Robert avait épousëe en troisièmes noces, qui se chargea de les lui préparer. Cette princesse d'une grande beantë, mais d'un caractère capricieux et altier, avait concentre toutes ses affections sur le jeune Robert, le second de ses fils. Obsédée par cette prédilection coupable, elle tenta d'intervertir l'ordre de la succession. Pour parvenir à l'exécution de ce projet, elle se mit en conspiration ouverte contre son fils aîné, et par son in-

fiuence, elle associa à ses complots pluûeurs des grands du royaume, parmi lesquels se faisaient reniarqûcfr férâque Beraat, aÎMi que Beâaud I^; fils de Gui, et deuxième comte héréditaire de Soissons; mais Henry, avec l'aide du duc de Normandie, attaqua ses ennemis, leur enleva plusieurs places, au nombre desquelles était Soissons, et les força de le reconnaître pour roi.

Cependant les comtes de Troyes et de Chartres, de la famille de Yermandois, et cousins du comte de Soissons, reprirent plusieurs fois les armes; mais toujours battus, ils perdirent quel^ ques-uns de leurs domaines, quHl fallut céder au vainqueur, et finirent par rentrer dans le devoir : on ignore jusqu'à quel point le comte Renaud s'était compromis dans ces révoltes. Du reste il eut aussi son tour : n'ayant pu se préserver de l'esprit indocile et guerroysmt de sa famîHe, il eut la témérité de braver seul les armes du roi, et il en fut écrasé.

Henry I** vint, au printemps de Farmée 1057, assiéger en personne le château de la tour des Comtes, où Renaud, trop faible pour tenir la campagne, s'était renfermé avec son fils et ses

troupes. Malgré la rënstancc la plus opiniâtre, qui coita la Yie an cc«te de SeÎMons et à son &Sy la fortaresse fut eio|>ortëe et le roi la fit raser sar-le-*diafflp. Ainsi disparut, après six siècles d'existence, ce monument des Romakis ; mab dea fragments de ses fondations ^sent mcore daoA la terre, et à la rue de ces débris d*uu autre hfe^ lliabitaiit de Soissons peut se rappeler l'antique splendem* de sa ville et les malheurs qui en ont terminé les belles destinées^

Cependant la dironique de Guibert, abbé de Nogent sous Cou<;y, donnerait à croire que le fils du comte Renaud n'aurait pas péri pendant le

siège du chtteam et que sa morti arrirée peu de temps après, aurait été l'œuvre de sa jeune sœur Alais de Soissons, qui, par maléfice et açec F aide dunju^, fit mourir son firère dont elle convoitait le comté. En pimHion de cet attentat, ajoute la chronique, ce juif expira dans les flammes.

Mais ce crime o<Meux, attribué par l'abbé de Nogent à la jeune comtesse AlaSs ou Adëe, se trouve impBcitement démenti par «me duurte que le roi Henry^ P doma, quelques jours après la prise du ch&tean, à Tabbaye de Notre-Dame, et il

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n'a élë rapporté par aucun des faîstorieDS de Soisftons. Nôtts aurons l'occarion, plus d'une fois, de 'fiire remarquer combien crt auteur mérite peu de crédit, quand il s'a^t de la faraHIe eu comte de Sois^ons, et surtout d'Abïs dont il a voulu flétrir la mémoire .

Il paraîtrait que ce fut à la sdta des succès obtenus par le roi Henri I**, sur les seigneurs de la maison de Yermandois, que l'abbaje de St- Médard cessa d'être tenue par eux en commende, et qu'elle fot rendue à des abbés deson ordre.

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