‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 72 sur 197 · IU£ 90IS80NS · texte numérisé non relu

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suite, on eut principalement en vue de faire disparaître, pour toujours, ce foyer d'une caste alors dëtestée.

La protection que leur accordait le comte Jean excita toute l'indignation de Tabbë de Nogent; aussi, dans sa sainte colère , n'ëpargna-t-il pas plus le fik qu'il n'avait ëpargnë la mère. Sui- V ant cet abbë, le comte Jean n'ëtait rien moins qu'un scëlërat odiebx. Sous les dehors d'un homme religieux, c'ëtait une sorte d'esprit fort qui prenait sous sa protection les hërëtiques, les mëcrëants, et quiconque attaquait l'Eglise en paroles et en actions. Il avait rempli la ville d'une foule de libertins, comme lui vrai gibier du diable, et de son temps la juioerie était en grand honneur à Soissons. Quoique sa femme (Aveline de Pierrefonds) fût encore jeune et belle, il lui prëfërait une vieille et laide concubine qu'il entretenait dans la maison d'un Juif, qui lui servait d'entremetteur, et avec lequel il faisait le trafic ; son incontinence ëtait telle qu'il abusait, sans scrupule, des vierges et des religieuses consacrëes à Ifieu, Dëgoùtë de sa fenmie, à laquelle il n'ëpargnait ni les dëdains, ni les affronts, il forma le

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projet de Ja rëpu£er amc 'édat. Vue nuit, qu'il croyait la coiatesse endonaie, il cnveya un de ses parasites prendre sa place auprès d'elle ; qooi^ que les lunuères fussent éteintes, la comtesse s'ëtant aperçue que ce n'était point son mari., ap*pela ses domestiques, et, arec leur aide^ meértait de coups rinsolent qui se prêtait à son déshon* nour. Le con^e n'en persista pas moins cependant dans son projet de diyorce. H accusa sa femoie d'adultère, et demanda qu'elle subit, pour prouver son innocence, l'^preuTe du fer chaud. Cette épreuve consistait à tenir, à la main, un fer chauf- Sé à blanci et s'il en résultait la moindre altération sur la peau, on était reconnu coupable.

L'évèque Ly siard qui avait succédé à Manassès, ne voulut pas prendre sur lui de soumettre la comtesse à l'épreuve exigée par son mari. Yves, évéque de Chartres, était réputé l'un des plus savants théolo^ens et casuistes de son temps ; Lysiard dépêcha vers loi Nevelon de Fierrefonds, ardadiacre de la cathédrale et frère de la com^ tesse. La réponse de l'évêque fut, comme elle devait l'être, favorable à la eomtesse, qui ne fat point soumise à l'épreirve du fer chaud.

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C'est on fait constant que le comte Jean demanda le divorce ; d'autres historiens Tout aussi rapporté, mais avec des circonstances beaucoup moins odieuses que celles racontées par Tabbë Guibert. Ib ont attribue cette démarche du comte de Soissons à un mouvement de jalousie ; ce qui paraîtrait assez vraisemblable, d'après la lettre de Tévéque de Chartres, où il est dit que ce ÙA la comtesse elle-même qui offrit de prouver son innocence par le fer cJiaud ou par le duel. Quoiqu'il en soit, les deux époux se réconcilièrent, 'eurent un fils qui fiit comte de Soissons après son père, et vécurent depuis en bonne intelligence , suivant Le témoignage de Guillaume de Jmniège.

La réconciliation de la comtesse avec son mari, la naissance d'un enfant et la cohabitation des deux époux, avouée par Guibert lui-même, et qui dura jusqu'à la mort du comte, vers la fin de 1115, à son retour d'une .expédition, où il avait suivi le roi Louis le Gros^ contre Thomas, seigneur de Marie, sont autant de preuves que la chromque de l'abbé de Nogent fut écrite sous l'inspiration de la haine.

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JUSTICE POPULAiaE.

Le ponToir sacerdotal était devenu non moins tyrannique que la puissance séculière ; et bien que Tesprit humain fiiit descendu au dernier degré d'ignorance et d'abjection, cependant on voyait de tanps à autres quelques hommes assez hardis pour oser attaquer tout ensemble les immenses privilèges du clergé, et certaines doctrines de l'Église. U arrivait même assez souvent que les dogmes et les mystères de la religion se trouvaient enveloppés dans ces attaques. De son côte, le clergé ne manquait jamais de crier à l'hérésie, et malheur à quiconque en était seulement soupçonné.

En 11 14, deux frères, Clément et Evrard, habitants du village de Bucy, près de Soissons, accusés d'hérésie , furent conduits devant le tribunal inquisitorial présidé par l'évéque Lysiard. Us nièrent tout ce qu'on leur reprochait, et se réclamé-

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rent du comte Jean, qui rendit d'eux un bon té^ moignage. Ne pouvant les convaincre par témoins, mais voulant les trouver coupables, on résolut de les soumettre à l'épreuve de Teau exorcisée. Cette épreuve consistait à jeter l'accusé dans une cuve pleine d'eau ; s'il était innocent, il allait au fond, mais s'il surnageait, c'est qu'il était coupable. Les deux frères forent donc conduits à la cathédrale; l'évêque célébra la messe, et au moment de la consécration, il se tourna vers eux etles adjura an nom de la sainte Trinité et de l'Eglise, de ne pas communier s'ils étaient coupables du crime qu'on leur imputait. Clément et Evrard approchent de l'autel, d'un air assuré, et l'évêque leur donne la communion en prononçant ces paroles : Que le corps et le sang du Seigneur vous servent aujourd'hui d'épreuve. On les conduit ensuite à la cuve, l'évêque fait l'exorcisme : les deux frères jurent que jamais ils n'ont cru ni enseigné quoi que ce soit de contraire à la foi. Clément, jeté dans la cuve, reparait sur l'eau. A cette vue, la foule qui encombrait l'église Ëdt éclater les transports de joie; ses désirs sont satisfaits. Clément est coupable. Son frère, saisi d'effroi d'un prodige qu'il ne peut

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comprendre, ne veut plus subir l'ëpreuve, H confesse tout ce qu'on exige de lui. Les deux frères sont reconduits à la prison, où bientôt on leur amène deux compagnons d'infortune. C'étaient deux habitants de Dormans, connus pour être hérétiques, et qm avaient eu l'imprudence de Tenir assister à l'exorcisme.

Pendant i)ue Tévéque Lysiard se rendait au concile assemblé à BeauTais, pour constdter les évéques sur te qu'il conrenait de faire à l'égard des quatre hérétiques , le peuple craignant que la justice ecclésiastique ne se montrât pas asseï rigoureuse, courut à la prison, en arracha ces malheureux, et les brûla tout vifs sur un bûcher dressé hors de la ville. t( C'est ainsi, s'écrie Tabbé Guibert, que pour empêcher que le chancre de cette hernie ne se propageât, le peuple de Dieu déploya contre ces misérables un zèle bien légitime. »

C'est acte de fanatisme fut sur le point d'être renouvelé, sept ans plus tard^ sur la personne du célèbre Abailard. Ayant été condamné, dans un concile tenu à Soissons, en liai, à brûler luimême un de ses ouvrages, et à subir une prison perpétuelle dans l'abbaye de St-Médard, le peuple

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laccabla d*insultes, et peu s'en fallAt que cet infortuné ne fiit lapide.

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