MIUCE DE LA COMMUNE
L'une des prérogatires les plus importantes accordées aux bourgeois , par l'établissement de la commune , était de pouvoir prendre les armes, non-seulement pour la défense de la ville contre les ennemis de l'Etat , mais encore pour repousser toute agression , toute tentative des seigneurs sur leurs droits et franchises municipales. Les officiers, subordonnés aux magistrats, étaient choisis parmi les bourgeois les plus recommandables;
mais plus particulièrement parmi les cheTafiers on gentilshommes , jouissant du droit de bourgeoisie , ou ayant leur domicile dans h commune.
Quand le roi Êdsait la guerre , il pouvait requérir de la commune de Soissons un contingent de deux cents hommes armés et équipés , qui marchaient à leurs frais jusqu'aux Uroites du diocèse ; mais s'il les menait plus loin l ce qui était Eure Yost, il devait alors les solder. Le temps or* dinaire du service était de soixante jours ^ et ne pouvait dépasser six mois. Ce temps expiré, les hommes du contingent étaiefit congédiés et on en levait d'autres.
Tout possesseur de fief était pareillement obligé de fourmr au roi un contingent proportionné au nombre de vassaux et de serfs qu'il possédait ; mais c'était assez ordinairement à raison de trois hommes par chaque manoir. Les corporations religieuses, même celles de femmes, n'étaient point exemptes de cette obligation. L'abbaye de Notre-Dame , par exemple , fournissait un contingent dont elle fut affranchie par Philippe-Auguste. Cet affiranchissement ne fut pas toujours
scrupuleusement observe par les rois ses successeurs , et notamment par Philippe le Bel qui se fit donner un contingent de cent hommes.
Tous les contingents de la province , qu'on appelait aussi les communes , formaient , sous le commandement du comte de Soissons , un seul corps, auquel on donna, pendant longtemps, le nom de lëgion. Les communes de Soissons et du Soissonnais se distinguèrent à la bataille de Bonvines, gagnée par Philippe-Auguste, et contribuèrent à la victoire. L'abbë de St-Médard y fit preuve d'une grande bravoure.
Chaque contingent , allant à l'armée , avait sa bannière particulière , sur laquelle était représentée l'image du saint patron de la ville ou de la paroisse principale. Les bannières dés seigneurs portaient leurs armes. Cette bannière excédait rarement 1 mètre de long ; elle était suspendue au fer d'une lance et on la plaçait au-dessus du maitre-autel , ce qui fit qu'elle devint, dans la suite , celle de la paroisse ; mais alors on lui donna plus de grandeur. Il est très-vraisemblable que la bannière de la milice de Soissons portait l'image de Notre-Dame , parce que la paroisâe de
Notre-Dame des Vignes était la première de la ville et qu'elle se trouyait située dans la juridic*tion de la commune.
ASSEMfiLEES SOLENIHELLES OU PARLEMEIHTS.
On comptait plus de cent cinquante ans depuis que Soissons avait cessé d'être la ville royale, quand elle fut choisie pour la tenue, pendant le XIP siècle, de plusieurs grandes assem* blées solennelles des barons et des évéques du royaume, auxquelles on donnait aussi le nom de Parlements, et qui avaient succédé aux anciennes assemblées nationales du Champ de Mars et du Champ de Mai. Ce choix n'était-il pas un souvenir du haut rang que cette ville avait occupé dans TEtat, et un hommage rendu à son antique célébrité?
En 1105, assemblée dans laquelle le mariage de Constance , fille du roi Philippe P% avec le comte de Troyes, fut dissous pour cause de parenté.
En 1115, assemblée présidée par le roi Louis le Gros. Le clergé exposa ses griefs et ses doléances contre le seigneur Thomas de Marie .
En 1131, assemblée présidée par le même roi. La charte octroyée aux bourgeois de Soissons y fut signée; ce qui doit faire présumer que rétablissement de la commune était encore tout récent.
Soissons vit, cette même année, 1 131, une réunion d'un autre genre et beaucoup plus considérable. Eude, abbé de St-Médard, qui avait fait exécuter de grandes réparations à son église, pria le pape Innocent U, qui voyageait en France, d^en faire de nouveau la dédicace. Le pontife, accompagné d'une suite nombreuse de prélats français et italiens, vint donc à Soissons, où il fut reçu avec tous les égards et toute la pompe dus au chef de l'Église. La cérémonie eut lieu le 15 octobre, en présence d'un peuple immense accouru de toutes parts. L'anniversaire de cette dédicace, appelé le jour des pardons de St-Médard, parce que des indulgences pléniëres étaient accordées à tous ceux qui s'y rendaient, fut célébré depuis, pendant une longue suite d'années.
£n i133, assemblée présidée par Louis le Gros et par Louis le Jeune, son fils, associé depuis peu à la couronne. La commune de Soissons est confirmée solennellement par les deux rois. Us confirment également la fondation de l'abbaye de
Longpont, faite deux ans auparavant par le comte Raoul de Yermandois, le seigneur de Chérizy et Goslen, évéque de Soissons. Le premier fit construire Tabbaye, avec une magnificence digne de son rang et de ses richesses ; le second donna la terre, l'eau et le droit de justice, et le prélat assigna, pour la nourriture des religieux, le domaine de Morambœuf.
En 1141, il y eut une assemblée de seigneurs présidée par l'évéque, en qualité de suzerain du comte de Soissons, dont il fallait régler la succession. Le comte Renaud n, ayant perdu son fils unique, sa succession appartenait aux enfants des quatre sœurs de son père. Afin de prévenir toute contestation, Renaud voulut que le droit de succession fût réglé de sou vivant, et il obtint la permission du roi pour que ce droit filt établi dans une assemblée de seigneurs. Il fut donc statué que le comté de Soissons passerait à Ives
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de Nesle, petit-fils d'Adèle, Tainée des filles de Guillaume Busac. Cette dëcision fut constat<^ par une charte, dans laquelle le comté est appdé episcopàle casamentum, et le comte homoUgius episcopi.
En 1 149, assemblée préddée par Fabbé Suger, régent du royaume, pour aviser aux moyens de conserver la paix publique, pendant l'absence du roi qui était à la croisade.
En 1155, assemblée présidée par le roi Louis Vn. La paix du royaume est jurée, pour dix ans, par tous les seigneurs.
En 1 1 69, assemblée présidée par le même roi, pour traiter de la paix avec l'Angleterre.
En 1300, assemblée tenue dans le verger de l'abbaye de Notre-Dame, pour délibérer sur le projet d'une nouvelle croisade ; mais le nombre des assistants ne se trouvant pas assez grand, l'assemblée fiit ajournée à l'année suivante. U en résulta la croisade qui fonda l'empire fi:*ançais de Constantinople.
En là même année 1 300, autre assemblée présidée par les légats du pape, pour obliger le roi Philippe- Auguste a reprendre la reine Ingelburge
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qa'il avait rëpudiëe, et qui s'ëtait retirée à l'abbaye de Notre-Dame. Quelques autews ont compte cette assemblée au nombre des conciles. £n lâlâ, assemblée présidée par Philippe- Auguste qui propose aux seigneurs la conquête de l'Angleterre, dont la couronne était offerte à son fils par le pape. Ce fiit la dernière assemblée tenue à Soissons, le parlement étant devenu, vers ce temps, sédentaire à Paris.
ETABLISSEMENTS REUGIEUX FONDES 4U Xll^ SIÈCLE.
Ce même XII* siècle si remarquable par l'affiranchissemeut des bourgeois, le fut encore par les grands établissements religieux qu'il vit naître, soit dans la ville, soit dans le diocèse. Ils furent au nombre de quinze, savoir :
Dans la ville et sa banlieue ; les abbayes de St- Crépin en Chaye, de St-Léger et de St-Étienne, depuis St-Paul; les chapitres de St-Vaast et de Notre-Dame des Vignes, et enfin la chapelle du Petit "Sl-Crépin.
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Dans le Aocèse, les abbayes du Val-Secret, de St-Remy de Villers-Cotteréts, de Charbreuve, de liea-Restaurë, du Yal-Chrétien, de St-Ives de Braishe, et de Val-Sery, toutes de l'ordre de Prémoutré; celle de Lougpon^ de Tordre de Coteaux; celle de Royal-Lieu, de Tordre de saint Benoit.
La fondation de onze abbayes, sur les douM qui viennent d'être désignées, eut lieu dans les vingt années qui suivirent l'émancipation civile des bourgeois, et précisément sous Tépiscopat de Goslen, qui s'était rendu l'interprète de leurs antagonistes auprès du roi. On pourrait soupçonner que ce prélat, après le mauvais succès de sa mission contre la conunune, voulut lui susciter des entraves, en multipliant autour d'elle les corporations privilégiées. Il la plaçait ainsi dans un réseau de monastères, capable de prévenir tout progrès au dehors de Tesprit d'indépendance, et même de l'étouffer dans son foyer. Ces nouveaux cloîtres, richement dotés et dont on préconisait habilement la sainteté, offraient de puissants attraits à une population ignorante, imbue de tous les préjugés d'une dévotion aveugle et supersti^
tiense, et ramenée sans cesse, malgré sa juste défiance, contre les intrigues des corporations cléricales, sous Tinfluence^des ennenns de son émancipation.
De ces quinze établissements religieux, fondés pendant le XH"* siècle, nous mentionnerons seu-lement, avec quelques détails, les six qui appartiennent à la ville.
ABBAYE DE S^ - CREPIN EN CHAYE.
Suivant la tradition de Téglise de Soissons, saint Crépin et saint Crépînien avaient été renfermés, en attendant leur supplice, dans le fond . d'une tour qui dépendait du château fort d'Albâtre. Ce lieu était devenu, pour les fidèles, l'objet d'une grande vénération. Une église ou une chapelle, qui enveloppait la tour, avait été constndte, à une époque fort reculée, sous le titre de St-Crépin en Chaye. (Nous avons parlé de l'étymologie de ce mot). Vers la moitié de Tinter-
vallé qui séparait l'ëgtise de la rivière, en tirant droit au nord, s'élevait une croix de fer servant à indiquer l'endroit oà, selon la même tradition, les martyrs avaient eu la tête tranchée.
Dans le courant de Tannée 1 1 35, Févêque Goslen fonda, dans cette église, une abbaye de chanoines réguliers de Tordre de saint Augustin. Le comte Renaud contribua de son côté à cette fondation, ainsi que plusieurs personnes de la ville, parmi lesquelles on a désigné deux jeunes bourgeois qui prirent l'habit et forent reconnus au nombre des fondateurs : l'un, nommé Yuiard, avait donné sa maison, et l'autre, du nom de Jacques, des terres qu'il possédait sur le territoire de Pasly.
Cette abbaye n'eut jamais en sa possession que des biens-fonds peu considérables et un très-petit nombre de bénéfices. Aussi est-elle toujours restée dans un grand état de langueur et presque de nullité , le défaut de richesses n'ayant pas été compensé par le savoir et le génie de ses religieux. Elle était tenue eu conunende depuis l'année 1 498 , quand , en 1 660 , ses chanoines se virent forcés , par le décroisscment successif de
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leors revenus , à b céder à la congrégation de France, moyennant une rente annuelle de 375 livres à chacun d'ÎBux , et leur maintien dans la maison jusqu'à ce qu'ils fussent pourvus de bénéfices. Les nouveaux propriétaires firent reconstruire les bâtiments qui tombaient en ruines , et convertirent l'abbaye en une maison de repos pour les religieux âgés et infirmes de leur ordre. Ce fiit en reconstruisant l'église (1 706) qu'on fit £sparaître les restes de la tour qui avait servi de prison aux martyrs.
Cette abbaye avait , dans sa dépendance , une chapelle dédiée à saint Lambert , située sur le bord de la rivière , près de la petite île qui en a conservé le nom. Pendant longtemps , cette chapelle avait été un prieuré , et les reliques de son patron y attiraient anciennement un grand nombre de pèlerins.
On a rapporté qu'elle fut fondée en 11 95 ; mais l'objet de sa fondation n'ayant pas été indiqué d'une manière satisfaisante , nous croyons que son origine était plus ancienne, et qu'elle devait même remonter jusqu'aux temps où les faubourgs de Soissons avaient reçu leur plus grande
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extension. Cette chapelle aurait ainsi Êdt partie du faubourg du nord ou de St-Lëger , à l'extréjnité duquel elle se trouvait située , et qui couvrait , avec celui de Notre-Dame des Vignes et le château d'Albâtre, la plaine presque toute entière. La chapelle de saint Lambert fut démolie en 1778, parce qu'elle menaçait de s'écrouler et qu'on ne voulait pas la réparer.