‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 76 sur 197 · ABBAYE DE S^-LÉGER · texte numérisé non relu

ABBAYE DE S^-LÉGER

Le comte Renaud, deuxième de ce nom , avait perdu son fils unique , et lui-même , il venait d'être attaqué de la lèpre , maladie affineuse , regardée comme incurable et comme la plus grande affliction qui pût frapper l'espèce humaine : ceux qu'elle dévorait à petit feu se voyant impitoyablement repoussés de la société des vivants. La comtesse , sa femme , s'était retirée à l'abbaye de Notre-Dame , où elle mourut avant l'époux infortuné qu'elle avait délaissé. Privé de toute

et de toute espérance de la part des hommes , Renaud dut chercher dans la religion quelques adoucissements à ses douleurs. Cédant aux pieux ayis de révéque Goslen , il remit la cure de St*Léger , qu'il tenait à titre de bénéfice accordé au comte de Soissons par l'évéque , son suzerain , et détint le fondateur d'une nourelle abbaye de chanoines réguliers de l'ordre de saint Augustin ; fondation qui assurait son salut et celui de ses ancêtres , compromis par la détention d'un bénéfice ecclésiastique.

La remise de cette cure se fit avec grande pompe dans l'église cathédrale, le jour de Pâques (1139). L'évéque la reçut du comte et la donna, sur-le-champ , à des refig^eux venus , à cet effet , de l'abbaye d'Aroyse. Renaud fit don, à la nou- ▼elle communauté, de dîmes et de terres ; et Ton doit croire qu'il concourut aussi , pour une somme considérable , à la construction de l'église et du monastère , qui- ne fiirent cependant achevés que sept ans après sa mort.

La cure de St-Léger, dont la circonscription s'étendait sur l'ancien faubourg de ce nom , avait perdu , depuis longtemps , par la disparition de

448 msnxnsR

ce faubourg, la presque totalité de ses paroissiens. L'ëvéque , pour satisfaire au désir du comte, en fit la paroisse du quartier du château , et l'abbé prit le rang de l'ancien curé parmi les prêtres cardkiaox. La nouvelle église fiit bâtie sur un terrain qui dépendait probablement de ce château , duquel elle n'était éloignée que de 60 mètres. Le monastère , établi sur une partie du promenoir de l'évoque, bordait, d'un côté, le canal de la Crise , et d'un autre , touchait presque à la muraille de la ville , le long du petit bras de la rivière. Mais dans la suite, et sans doute après la dévastation de cette abbaye , par les Calvinistes, en 1567, les bâtiments des chanoines furent reconstrmts sur le côté nord de l'église, et l'ancien emplacement fiit alors converti en jardin.

Cette église de St-Liéger , devenue la paroisse des comtes , reçut des marques de leur munificence. Cependant elle ne posséda jamais de revenus considérables , ces seigneurs n'étant pas au nombire de ceux qui avaient de vastes domaines. En 1â34 , le comte Raoul donna les prébendes du chapitre de saint Prince , fondé au VP siècle

dans la chapelle du château de la tour des Com* tes. Les prêtres de St-Leger deyaienl, en retour, ^e deux messes par jour et chanter l'office dans la chapelle du château Gaillard.

L'abbaye de St-Lëger conserva sa règle jusqu'en 1 670 , ëpoque où elle fut incorporée à la congrégation de France ; mais l'église continua d'être comptée parmi les paroisses de la ville , et sa suppression n'eut lieu qu'en 1789, à l'époque de la révolution.

Page 1