‹ Histoire de la ville de Trois-Rivières et de ses environs [microforme]Chapitre 26 sur 28 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

SommaIRE.—M. de Montmagny visite les Trois-Rivières.—Supplice d'un prisonnier. — Arrivée des missionnaires des Hurons.— M. de La Violette. — M. de Châteaufort, — Prôtres aux Trois- Rivières.—Les Sauvages veulent défricher la terre.—Sauvages qui fréquentent les Trois-Rivières.—Alarmes de guerre.—Deux familles Sauvages se mettent à cultiver la terre.—Abénakis en traite aux Trois-Rivières. —Courses des Iroquois qui tiennent la route du lac Saint-Pierre.— Maladie de M. de Châteaufort.— Assemblée des Sauvages, relativement à la guerre et à la traite. —Concessions de terre aux RR. PP. Jésuites.—Famille Fafard- Laframboise.—.Première période de l'histoire des Trois-Rivières.

M. de Montmagny, successeur de M. de Champlain, arriva de France le 11 juin 1636. IL resta quelques jours à Québec, et, au mois de juillet, il monta aux Trois-Rivières où il paraît avoir demeuré plusieurs jours, en vue de faire exécuter des travaux considérables dont la place avait un besoin pressant. !

Le 24 juin, le canon tira pour la fête de Saint-Jean- Baptiste. Les Sauvages croyaient qu'il avait pour effet de Chasser le manitou (le mauvais esprit), etilsadmiraient combien les Français étaient habiles à faire avec leurs canons un vacarme plus grand qu’eux avec les tambours dont ils se servaient dans leurs jongleries. Ils auraient voulu tirer le canon chaque fois qu’ils se sentaient indisposés, pensant que la maladie s’effrayerait et partirait plus vite en entendant cette grosse voix.

4 Ferland, p. 280.

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Le Père Le Jeune arriva de Québec! le dimanche 13 juillet et trouva aux Trois-Rivières, 1es Pères Buteux, Quentin, Ghastellain et Garnier. Ces deux derniers, partis de Québec le premier du mois, aitendaient les cAnots hurons, *qui commencèrent à arriver le 15 en même temps que M. Duplessis montait le fleuve pour se rendre à la rivière des Iroquois (Sorel), où les Sauvages s'étaient assemblés au nombre de deux ou trois cents pour parler de la guerre. Le lundi, 21, les Pères Chastellain et Garnier sembarquèerent pous aller au pays des Hurons. M. Duplessis revint, le 31, de son expédition , après avoir réussi à pacifier les ailiés des Français. * Ce qui n’empêcha point les Iroquois da sortir de leurs cantons et de massacrer plusieurs personnes dans différentes parties du cours du fleuve. Les Sauvages des Trois-Rivières en vinrent aux représailles, et firent des prisonniers, dont un fut amené vers le 12 août dans la bourgade pour être tourmenté. ‘ Ur misérable boiteux le voyant tout nu, prend une grosse corde en double et la décharge sur ce pauvre corps, sur le dos, sur le ventre et sur l'estomac, de sorte qu’il chancela et pensa tomber, sa chair en resta toute livide et toute morte; d’autres lui mirent du feu dans la bouche ; d’autres approchaient des tisons en divers endroits pour le faire rôtir ; puis on lui donnait un peu de relâche, le faisant chanter et danser. Une femme le vint mordre par un doigt, tâc ant de l’arracher, comme ferait un chien ; enfin n’en pouvant venir à bout, elle prend un couteau et le coupe, puis lui me: dans la bouche pour lui faire avaler, il tâche de le faire, mais il ne peut. L'ayant rendu à cette tigresse, elle Le fait rôtir pour le donner à manger à des enfants qui le succaient déjà. Deux jeunes hommes prirent ce pauvre mi-‘rable par les deux bras et à belles dents, comme des loups enragés, mordaient dedans, le secouant comme va dogue fur'eux secoue une charogne pour en emporter la pièce.” Le Père Le Jeune descendit aux cabanes, ‘ et s’interposa de toutes ses forces entre les bourreaux et la victime. Les

1 C'était le deuxième voyage que le P. Le Jeune faisait aux Trois- Rivières depuis le printemps. (Reiation 1636, p. 58 et suiv.)

2 Relation de 1636, p. 57-8.

3 Relation de 1636, p. 60-4-5. M. Duplessis s'était rendu jusqu'à la rivières des Prairies.

4 Les cabanes des Sauvages étaient placées dans la basse-ville actuelle, près du Platon, ou sur la grève, au bas de la Table et du Platon, cai la relation dit que le Père ‘ descendit aux cabanes.”

Montagnais se soumirent; mais on eui plus de difficulté avec les Algonquins de l’isle, dont le chef la Perdrix ne voulait pas se laisserimposer de lois. L’iroquois futenvoyé à Québec, par les sauvages, qui, rendu là, le firent mourir dans les iourments.

Le 18 août, Thomas Godefroy, ‘jeune homme fort leste et dispos,” devança à la course un huron, aux yeux de quatre ou cinq nations, sur une gageure qu’;.vait faite pour lui un montagnais; les Hurons demeurérent trèsétonnés de cela, car ils se croyaient bien supérieurs aux Français.

Le Père Le Jeune, le gouverneuret M. Duplessis étaient encore aux Trois-Rivières, logés au fort, lorsque le 19 arrivèreut des pays des Hurons, les Pères Daniel et Davost. ‘A la vue du Père Dan'el, notre cœur s’attendrit : il avait la face toute gaie et joyeuse, mais toute défaite ; il était pieds nus, l’aviron à la main, couvert d’une méchante soutane, son bréviaire pendu au cou, sa chemise pourrie sur son dos. Ce lui était assez d’avoir baptisé un pauvre misérable qu'on menait à ia mort, pour adoucir tous ses travaux. !

Cette touchante description rappellera sans doute aux hommes de la génération actuelle les scènes semblables dont le même rivage etait Le théâtre il n’y a pas encore longtemps, lorsque les riissionnaires revenaient de la hauteur des terres, où ils évangélisaient les Têtes-de- Boules, et que toute la population des Trois-Rivières, préparée comme aux. grands jours de fête, allait à leur rencontre témoigner de son amour et de son respect pour les courageux pionniers de la croix.

Le Père Le Jeune partit pour Québec vers le 23 août dans la barque de M. Duplessis. Les Pères Buteux et Charles du Marché restaient aux Trois-Rivières, où l’on travaillait à agrandir la Résidence, afin de pouvoir y loger trois missionnaires. M. de Montmagny avait ordonné qu’on élevât deux nouveaux corps de logis, un magasin etqu’une plate-forme fût construite pour recevoir plus de canons. Depuis l’automre précédent, il y avait un dépôt de marchandises, mais pas encore de logement affecté au magasin. *

M. de la Violette n’est connu dans l’histoire du Canada que pour avoir été le premier gouverneur des Trois-Rivières. Nous croyons qu'il n’est point nommé

{ Relation de 1636, p. 71, 1re colonne.

? Relation de 1636, p. 75.

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ailleurs que dans le registre de la paroisse de ce lieu ; si cet ancien cahier eut été perdu, nous ne saurions probablement pas qui a bâti le fort et quel était le nom du premier commandant français des Trois Rivières. Depuis ce moment, jusqu’au milieu de l'été 1636, il resta commandant Au fort et y dirigea peut-être une partie des travaux d’agrandissement ordonnés par M. de Montmagny, à la suite de ceux qu'il avait exécutés d’après les instructions de M. de Champlain. Après 1636, son nom ne se trouve aux Trois-Rivières que äans les registres des

Audiences, le 6 mars 1657, où M. la Violette ! est con-.

damné à payer la valeur d’un canot emprunté du sieur Etienne de Lafond, lequel l'avait eu de Nicolas Gaillou dit la Caille. Le recensement de 1666 ne renferme pas son nom, ce qui prouverait, jusqu’à un certain point, que l’ancien gouverneur était mort ou qu'il n’habitait plus les Trois- Rivières. La famille Laviolette, étaslie de nos jours aux Trois-Rivières, et à laquelle appartenait madame de Niverville, est venue de la Pointe-Lévis vers 1740, et s’est d’abord fixée aux Forges Saint-Maurice ; elle descend apparemment des Blouin dit Laviolette, établis à l’île d'Orléans vers 1670, ou de Mathurin Gayer dit Laviolette, ou de Jacques Monceaux dit Laviolette, tous deux soldats de la garnison de Montréal entre les années 1652 et 1664; ce dernier la Violette était devenu colon, près de Montréal, e1 1665. Nous regrettons que, jusqu’à présent, les documents fassent défaut pour nous renseigner sur la vie du premier commandant des Trois-Rivières et sur sa descendance, si toutefois il en a eue.

L:s sobriquets, si répandus en Canada dès le commencement de la colonie, finissent par remplacer les noms originaires ; parfois aussi le même sobriquet s'applique à plusieurs familles qui n’ont aucun lien de parenté entre elles, par exemple : Laviolette, Belle-isle, Lafleur, Vadeboncœæur, Lavallée, etc. Il en résulte une confusion cormpromettante pour l'historien.

Dans l'enregistrement du baptême d'une sauvagesse, le 17 avril 1636, M. de la Violette, son parrain, est inscrit pour la dernière fois avec le titre de commandant du fort. Le 28 août, M. de Châteaufort est qualifié de commandant aux Trois-Rivières, ? il y était allé après avoir mis le nouveau gouverneur-général au courant de l’administration dont il se déchargeait.

1 Il ne porte aucun titre dans cette pièce, où il estnommé trois fois.

2 Relation de 1636, p. 56, 2° colonne, et p. 76.

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M. de Châteaufort paraît avoir gouverné le pays en vertu d’une commission. Le 31 décembre 1635, dans un document concernant la seigneurie de Beauport, ! il se nomme : Marc Antoine de Brasdefer, escuyer sieur de Chasteaufort, lisutenant-général en toutte l’estendue du fleuve de Saint-Laurens en la Nouvelle-France. Il serait ainsi le seul gouverneur-général du Canada qui, après avoir quitté ce poste élevé, ait rempli les fonctions de lieutenant-gouverneur. Il existe en France une famille de ce nom, originaire de Provence, elle a pour chef M. de Bras de Fer, au château de Montaiges, département de l'Orne. Les armes sont de queues au bras d'argent, tenant une épée du méme en bande garnie de sable. ?

A la fin d'août 1636, le Père Buteux avait avec lui, pour desservir la mission des Trois-Rivières, le Père Charles du Marché. Ce dernier fit peu après le voyage de Québec. Les nouveaux logements n'étaient pas terminés ; l’on attendait qu’ils le fussent pour pouvoir adjoindre un troisième Père aux deux qui y demeuraient ordinairement.

Le 13 septembre, M. de Montmagny, désirant visiter les Trois-Rivières et le pays plus haut, prit avec lui le Père le Jeune, Le 16, ils arrivèrent aux Trois Rivières, et en repartirent le surlendemain pour la rivière des Iroquois et Montréal, et ne furent de retour que le 7 octobre,

Le Père Davost arriva du pays des Hurons avec quelques escouades de ces peuples, et s'arrêta aux Trois-Rivières dans les premiers jours de septembre, pour ytenir une assemblée relativement à la demande qu’ils faisaient pour que les Jésuites et les Français allassent en plus grand nombre dans leur pays. Il ne fut rien conclu à cet égard, parce que les Français ne pouvaient encore se diviser et que, du reste, il n’y avait pas en ce moment aux Trois-Rivières un interprète capable de traiter avec les Hurons.

Les Pères Masse et du Marché partirent de Québec le 7 octobre pour les Trois-Rivières. Le Père du Marché y était encore le 24, avril 1637. Le Père Buteux ne paraît pas s'être éloigné des Trois-Rivières entre le mois d'août 1636 et le mois d’octobre 1637. Le 12 décembre 1636, le

1 Documents relatifs à la Tenure Seigneuriale, p. 387. M. Ferland, vol 1er, p. 279.

2 Ferland, p. 279.

2 Supplément à “l'Histoire des Grandes Familles du Canada,” p. 7-8. Les ouvrages publiés par M. l'abbé Daniel, forment deux volumes remplis de renseignements sur les principales familles du Canada.

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