LA
Père Davost baptisa des enfants aux Trois-Rivières. Le 19 février 1637, le P. du Marché signe au registre et continue jusqu’au printemps.
Au printemps de 1637, plusieurs sauvages s’adressèrent aux Pères Jésuites et aux Français pour s'établir aux Trois-Rivières et y défricher la terre. Cette démarche ne manqua pas d’être accueillie favorablement, d'autant plus qu’elle était faite à l’instigation de Makeabichtichiou, sauvage paien que l’on espérait convertir et qui jouissait de beaucoup d'estime à Sillery, à Québec et aux Trois- Rivières, chez les Algonquins et les Montagnais. Le Père Buteux s'était particulièrement attaché ce sauvage, qui avait rang de capitaine, bien qu’il ne le fût pas au titre ordinaire, Etant tombé malade, à Québec, les Français l’avaient soigné avec sollicitude, ce qui leur valut sa reconnaissance, plus durable qu’on ne devait en attendre des gens de sa race ; il allait par les cabanes prècher les vérités religieuses qu’on lui avait enseignées, et se serait fait chrétien sans hésitation si l’on avait voulu lui permettre de garder ses trois femmes. Le 27 avril, il se présenta, avec un capitaine montagnais, chez le Père Le Jeune et chez M. de Montmagny, à Québec, pour leur rappeler que M. de Champlain avait fait la promesse, quelques années auparavant, de les aider à former une bourgade aux Trois Rivières, à défricher et à bâtir des maisons à la manière française. Il ajouta que les Sauvages avaient souvent pensé à cette promesse et qu’enfin ils étaient résolus, du moins une partie d’entre eux, de s'arrêter là et de vivre paisiblement avec les Français. Nous avons, disait-il, deux puissants ennemis qui nous perdent : l’un est l'ignorance de Dieu qui tue nos âmes, l’autre sont les Iroquois qui massacrent nos. corps ; ils nous contraignent d’être vagabonds, nous sommes comme une graine qui se sème en divers endroits, ou plutôt comme la poussière emportée par le vent; les uns sont enterrés d’un côté, les autres de l’autre ; le pays va nous manquer, il n’y a presque plus de chasse proche des Français; si nous ne recueillons quelque chose de la terre, nous allons nous perdre. Voyez si vous allez nous secourir, seion la promesse de défunt M. de Champlain. Les interprètes Nicolet et Olivier, dirent qu’en effet M. de Champlain s'était engagé à les secourir, dès que l’habitation des Trois-Rivières serait construite. Là-dessus, le Père Le Jeune rappela à leur mémoire qu’une double condition avait été posée : les Sauvages s'obligeaient à mener une vie sédentaire et à donner leurs enfants pour être instruits et élevés dans la foi. Le gouverneur se
ne mme
DES TROIS-RIVIÈRES 113 k
déclara prèt à accepter cet arrangement ; mais les Sau- l vages ne paraissaient pas goûter le projet d'envoyer leurs enfants à Québec, il fallut leur promettre de bâtir un
t séminaire aux Trois-Rivières. Pour moi, dit Makheabich- tichiou, je ne refuse pas de vous confier mes enfants, e mais il faut savoir quel est le sentiment des gens de ma t nation, nous en ,confèrerons ensemble. Je témoigne ’ publiquement que je veux croire en Dit ,; plusieurs de be mes compatriotes me disent aussi que le Père Le Jeune 7 veut nous perdre, qu’il commence à commander parmi e nous, qu’il ordonne déjà du nombre des femmes que nous ji devons avoir : à tout cela je réponds, que je trouve bon e tout ce qu’il enseigne, que nous nous perdons nouss mêmes, et qu’il ne pourrait nous arriver plus de mal qu’il a nous en arrive tous les jours. Depuis que j'ai prêché e parmi eux qu’un homme ne devait avoir qu’une femme, je n’ai pas été bien vu des femmes, qui sont en plus it grand nombre que les hommes ; si un homme n’en peut < épouser qu’une, les autres sont destinées à la misère.
s. La conclusion des Sauvages fut qu’il fallait accepter
e les offres des Français, mais pas avant l’arrivée de l’un Le de leurs capitaines, Tchimiouirineau, surnommé Bape. tiscan. (La Relation de 1637, p. 83, écrit Tchimiouiriniou, Le et celle de 1634, p. 7, Tchimaouirineou.) 8 Le mercredi, 13 mai, le Père Buteux baptisa un enfant Le âgé de 3 ou 4 ans, de la tribu des Attikamègues, c’est la n seconde mention de ce nom aux Trois-Rivières. (Registre.) e Le 25 mai, Memegouechiou, sauvage attikamègue, âgé s de 50 ans, reçut le baptême des mains du P. Buteux. s (Relation de 1637, p. 20.) A partir de 1637 jusqu’à 1641, les Sauvages inscrits aux registres de l’église des “Trois-Rivières sont, en e e grande majorité, des Attikamègues ; ensuite viennent les t Algonquins, un certain nombre de Montagnais et de t Nipissiriniens ; rarement des Iroquois. Après 1652, les s Algonquins y paraissent presque seuls. Vers 1675-9, les LS Attikamègues s’y retrouvent en petit nombre, Les événea ments qui vont se dérouler plus loin expliquent ces diffé- 6 rences. .
À Les Attikamègues, descendus au printemps de 1637, e rencontrèrent aux Trois-Rivières plusieurs familles que : le Père Buteux espérait convertir, c’est pourquoi il choisit e une dizaine de personnes parmi elles, et autant parmi les e nouveaux venrs, pour leur donner un festin et entamer À le sujet de la religion.
- La p :x avait été rompue par les Iroquuis l’année pré- 161 8 cédente, l'hiver s'était passé en escarmouches. Un parti a!
de guerre algonquin qui s'était engagé sans précaution dans le pays des froquois fut défait par ceux-ci, et les quelques fuyards qui purent échapper abordèrent vers la fin d'avril aux environs des Trois-Rivières, dans l’état de plus pitoyable qu’il soit possible de voir. L'un de ces malheureux, dépouillé de son dernier vêtement, mit neuf jours à parcourir la distance qu’il y a entre le lac Champlain et les Trois-Rivières ; il n'avait ni canot, ni
‘outil pour en construire, et, pour comble d’infortune, il
ne trouva rien à manger pendant tout ce temps. Le bruit
courait que les Iroquois étaient à quatre journées de
marche des Trois-Rivières, et que, l'hiver précédent, ils
s’en étaient approchés à deux journées. Chacun était sur
le qui-vive, lorsque le 14 mai, une terreur panique se répandit dans les cabanes. Les Sauvages voulaient mettre leurs femmes et leurs enfants en sûreté dans le fort, parce que l’on pensait voir arriver d’un instant à l’autre les Iroquois. Le tumulte et le va-et-vient de ces pauvres gens était pénible à voir, tant la pensée de leurs ennemis les épouvantait. On leur répondit que le lendemain on leur prêterait des pieux pour former une espèce de bourgade à l’abri du fort. Le lendemain, le soleil était à peine levé qu'ils étaient tous à l'ouvrage, petits et grands ; ils travaillèrent avec un tel entrain qu’en moins de quatre heures, ils furent entourés d’une palissade assez solide pour leur inspirer de la confiance. Les Iroquois ne se montrèrent pas cette fois, mais le Père Buteux se réjouissait d’un événement qui pouvait contribuer à fixer les Sauvages auprès des Français ; il profita de la descente des Attikamègues pour leur donner le festin dont nous avons parlé plus haut, et invita Makheabichtichiou à s’y trouver. Au bout de quelques jours les Sauvages doublèrent leurs barricades, en plantant une seconde rangée de pieux éloignés d’un pied et demi, ou environ, de la première, avec le dessein de remplir ce vide de fascines et de terre. Ils paraissaient disposés à y rester en permanence ; le 27, ils passèrent plusieurs réglements touchant l'entretien et la garde de leur ‘ort.
En même temps, deux familles, celles de Etinechkaouat et de Nenaskoumat se mirent à défricher ; avant la fin de mai, ce dernier avait plus d'un demi-arpent d’ensemencs, il ne demandait que de l’aide pour ouvrir un grand champ l’année suivante ; ses enfants étaient nombreux et faciles à conduire. Le Père Buteux lesencouragea, leur fit la promesse de les secourir, et leur donna le bléd'Inde qu’ils semèrent. | Les Sauvages du Canada cultivaient de préférence le
maïs, ou blé d'Inde. Ils le préparaient de plusieurs manières, c'était en quelque sorte leur mets national. L'empressement avec lequel ils en acceptaient pour le cultiver fit croire aux blancs qu'ils finiraient bientôt par s’attacher aux pratiques de la vi sédentaire, ce fut une erreur; car rien m'était moins fait que ces peuplades pour notre état de société. M. Ferland, que l’on aime toujours à consulter, a écrit: ‘Les premiers missionnaires se flattèrent d'amener les Sauvages à la vie civilisée, et, par là, au christianisme ; plus tard, ils reconnurent que ces enfants de la forêt, accoutumés à la liberté la plus absolue, ne pourraient jamais être asservis à la gêne cu’impose la vie civilisée. Vainement a t-on essayé de les engager à cultiver la terre : il fut toujours impossible d'établir parmi eux l’agriculture, avec son travail assidu, avec ses instruments de labourage, avec ses habitudes d'ordre, d’économie et d’assiduité. Les femmes sauvages co=sentaient à cultiver quelques petits champs de blé d'Inde et de fêves ; mais il ne fallait pas songer à en obtenir davantage.”
Le Père Le Jeune écrit : “ Les Trois-Rivières me semblent comme l’Anjou; c’est un pays sablonneux, je crois que la vigne s’y plairait.” Non pas qu’il eût dessein d’appliquer ses néophytes à cette culture, mais parce qu’observateur avant tout, il avait remarqué l’abondance des vignes sauvages qui croissaient dans ces endroits, et qu’il devait savoir que la vigne perfectionnée réussit partout où l’on a trouvé la vigne primitive.
Makheabichtichiou était encore aux Trois-Rivières le jour de la procession du Saint-Sacrement. Il fit sortir tous ses gens, pour adorer le Dieu des Français, ou ‘ Celui qui a tout fait,” comme disaient les Sauvages ; à la procession, à vêpres et au sermon, il était accompagné d’'Etineckkaouat, capitaine montagnais. Malgré ses bonnes dispositions apparentes, il se conduisit mal dans une bagarre survenue par la faute d’un sauvage qui avait cherché à tuer un français aux Trois-Rivières. Makheabichtichiou était un habile homme qui savait jouir de l'amitié des Français sans cesser d’être tout à sa nation.
Au mois de juin, un parti d'Iroquois fut battu par des sauvages Algonquins et Iroquets alliés. L'un des prisonniers faits en cette occasion, amené aux Trois-Rivières, y fut torturé avec un raffinement de cruauté incroyable ; M. de Montmagny écrivit une lettre pour empêcher ces exécutions, ou, si on ne le pouvait pas, pour qu’elles eussent lieu loin de la vue du fort.
Dans la deuxième semaine de juillet, douze abénakis arrivèrent aux Trois-Rivières pour traiter avec les Algon-
QD de emma an ee me
quins. Ce sont les premiers que nous sachions être f venus en Canada, où les compagnies marchandes furent, r'4 pendant bien des années, hostiles à leurs visites. Ceux- f ci avaient été arrêtés à Québec; on leur avait fait P promettre de ne pas se rendre aux Trois-Rivières. Un F chef montagnais offrit ses services au gouverneur pour p{ aller barrer les rivières par où ces éérangers pourraient . retourner dans leur pays. Selon la coutume des Sauvages, le il fallait demander au capitaine du lieu la permission de passer ; cette permission se demandait un présent à fd la main ; si le capitaine répondait qu’il avait bouché les rivières, cela signifiait qu'il fallait rebrousser chemin. Il Les Abénakis furent rejoints aux Trois-Rivières par un q envoyé de M. de Montmagny ; leurs cabanes contenaient cc trois arquebuses que M. de Châteaufort confisqua ; mais co ils n'avaient nas encore eu le temps d'acheter des castors, n( dont ils se seraient servis, s’ils avaient pu en obtenir, u our traiter avec les Anglais voisins de leur pays. On le eur enjoignit de partir sur le champ. b Vers le 22 juillet, les Hurons descendirent à la traite, le et le Père Buteux envoya un canot à Québec pour en al ramener le Père Le Jeune. Il y avait aux Trois-Rivières as deux jeunes hurons qui attendaient leurs parents dans la 80 flottille de l'été. Ces jeunes gens résidaient toute l’année m à Québec pour leur instruction. Au débarquement des at Hvurons, l’un d'eux, nommé Teouatirhon, apprit de son le: oncle, qui était capitaine, qu'ils avaient tué deux français, le ce qui produisit un grand trouble de part et d'autre ; l’oncle ul fut arrêté et donna sa parole qu’il attendrait, aux Trois- dé Rivières, que la nouvelle fût confirmée ; son intention cË cachée était d’effrayer les jeunes élèves des Pères et de fr. les faire déserter. La nuit venue, il se mit en route avec ai son neveu. vo l’autre jeune homme, appelé Ariethoua, qui logeait ba dans le fort, se jetta en bas d’un bastion pour les rejoindre. al Les Français s’en aperçurent et le capitaine fut fait pri- qu sonnier parce qu’il avait manqué à sa parole. Le gouver- Ir. neur etle Père Le Jeune arrivèrent à propos dans ce VI démèêlé, mais à peine avaient-ils mis pied à terre que pa + d'autres Hurons arrivant assurèrent qu’ils avaient quittés du les Français bien portants dans leur pays. C'était en effet m la vérité. -d1 La traite durait encore le 6 août, lorsque les canots Cc hurons commencèrent à repartir ; l'un d’eux revint sur les il
dix heures du soir, il apportait de mauvaisesnouvelles : le canot partit avec lui avait été capturé par les Iroquois. L’on alla à la découverte et des traces d’ennemis nombreux pot
furent trouvées à l'entrée du lac Saint-Pierre. l'alarme se , répandit comme un éclair, les Sauvages se préparaient à fuir ou à combattre, suivant le tsmpérament de chacun ; la plupart des femmes se sauvaient en canot dans les Trois- Rivières ou vers Québec ; seuls, les Français attendaient pour agir que le danger fut manifeste. Enfin, un canot d'Iroquois parut au milieu du fleuve, présentant tantôt la pointe, tantôt le flanc, etse promenant pour braver les Sauvages, ce qui fit croire que les ennemis étaient en force aux environs. ‘ On laisse entrer les Montagnais et les Hurons dans le fort, ou plutôt dans notre réduit, pour les rassurer. Ces pauvres gens s’animent : chacun prend qui une épée, qui un bouclier, qui une hache, qui un couteau, qui une perche. Ils se rassemblent tous, criant comme des enragés; les capitaines hurlent plutôt qu’ils ne haranguent ; étant armés à leur mode, et quelquesuns parés de plumes, ils se mettent à danser, poussant de leur estomac des chansons de guerre. Comme ces barbares ne se conduisent que par boutades et que la passion les porte plutôt que la raison, ils s’excitent les uns les autres au combat par des chants et des mouvements assez violents ; en quoi ils manquent beaucoup, car ils sont à demi recreus et lassés quand il faut en venir aux mains. Monsieur notre Gouverneur procédait tout d'une autre façon : car sans bruit il faisait disposer ses gens, les faisait armer par escouades, plutôt pour tenir en échec les Sauvages entrés chez nous, quoiqu’ils les eût mis en un retranchement où ils ne pouvaient nuire, que pour se défendre contre les Iroquois. Or, comme ce canot bravache paraissait de temps en temps pour attirer quelques français ou quelques sauvages dans leurs embuscades, ainsi que nous conjecturions, monsieur le Gouverneur, voyant qu’il s'élevait un petit vent, commande à une barque de lever l’ancre et déployer ses voiles pour les aller reconnaître. La chose fut quasi aussitôt exécutée que commandée ; la barque tire vers le lieu où étaient les Iroquois, le canot disparaît, la barque s’avance et découvre l'ennemi, lequel se promenait, partie sur la rivière, partie sur le bord du bois. Le sieur Nicolet, qui la conduisait, rapporta qu'ils étaient environ cinq cents hommes bien armés. Il voulut les approcher, mais, craignant d'échouer, il ne les put joindre à la portée du mousquet. Comme il en vit quelques-uns se traîner dans des joncs, il fit tirer dessus un coup d'espoir ! en fonte si dextrement
1 Petit canon monté sur le pont d’un vaisseau et dont on se servait pour les descentes.
qu'on vit les autres sauvages relever les corps blessés ow tués, autant qu’ils en pouvaient juger. Ils apperçurent aussi dans un canot quelques hommes dont les têtes seulement paraissaient; ils crurent que c’étaient les pauvres Hurons pris le jour précédent qu'ils retenaient prisonniers. Nous bénissions Dieu de bon cœur de ce qu'il avait amené en ce temps-là monsieur le Gouverneur aux Trois-Rivières. Il envoya dire aux Sauvages qu’ils gardassent le silerce, et fit avertir leurs capitaines qu'ils se tinssent tous à l'endroit où on les avait placés, et qu’en cas qu'on lui vint demander trois ou quatre ou cinq de ses gens, pour les placer ailleurs, qu’il les envoyât, les nommant par leurs noms, de peur de confusion. Nous étions six religieux de notre Compagnie dedans notre réduit. J’envoyai le P. Pierre Pijart, venu des Hurons, dans la barque pour assister nos Frahçais, au cas qu'on l'attaquât. Je destinai le Père Buteux pour prendre garde aux Montagnais et les secourir, s’il ÿ en avait de blessés, et le P. Daniel aux Hurons; le P. Claude Pijart se devait mettre, avec le chirurgien, pour assister nos Français; le P. du Marché à la chapelle, pour la garder et entendre les confessions de ceux qui se présenteraient.! Pour moi, je m'étais réso]" de me trouver en tous ces endroits, afin de voir comme tout s'y passait, et de secourir ceux qui seraient tellement blessés aux approches qu’on ne les püût aisément porter au chirurgien. Or, soit que ces barbares redoutassent nos armes-à-feu, notamment se voyant découverts, soit qu'ils s'en voulurent aller au devant des Hurons, où il y avait moins de danger pour eux et plus grande espérance de proie, ils se contentèrent de nous regarder de loin sans en venir aux mains.” ?
Le mème jour, l’un des Hurons qui avaient été pris s’'échappa. Cinq ou six iroquois le suivaient à la course, lorsque, par bonheur, il aperçut dans le bois qu’il traversait un arbre creux assez vaste pour lui offrir un refuge. S'y étant blotti, il ne tarda pas à voir les Iroquois roder à l’entour et fouiller les broussailles tout près de lui; comme il avait une épée à la main, i] fut prusens fois sur le point de s’en servir, croyant qu’on l'avait décou-
1 Le 6 juin, le P. Claude Pijart signe les registres ; le 31 juillet, il est encore aux Trois-Rivières. Le 25 juillet, le Père Le Jeune. Le 2 août, les Pères Daniel et Pierre Pijart. Le 16 août, le Père Raymbault y arrive. Le 17 août, le Père Joseph Poncet signe au registre. Le Père Le sous revient passer quelques jours au commencement de septembre.
2? Relation de 1637, p. 89-90.
>) too pme
" vert. Enfin, se voyant libre, il arriva au fort dans un état L de nudité complète, et dit au gouverneur que les Froquois » occupaient l’eñitrée du lac, où ils prendraient infaillible. H ment tous ceux des nations d'en haut qui descendraient. t L'on envoya aussitôt un canot à Québec, pour faire venir 8 du secours et les déloger.
kd A la tombée de la nuit, un canot de Hurons arriva avec ls de tristes nouvelles. Teouatirhon, ce jeune séminariste LS dont nous avons parlé, avait fini par suivre son oncle et A le P. Ragueneau qui remontaient au pays des Hurors ; le mais en chemin, ils rencontrèrent dix canots qui descendaient aux Trois-Rivières sous la conduite de Taratouan, F capitaine huron, autre oncle de Teouatirhon, à qui il ÿ reprocha vivement de n'être pas resté chez les Français Sy qui l’instruisaient. Le jeune homme se décida à retourner a avec lui,et laissa le P. Ragueneau et ses compagnons le continuer leurchemin. Rendu = ux îles du lac Saint-Pierre, 5 Taratouan prit du côté nord avec neuf de ses canots ; Hi c’est là que les Iroquois étaient cachés en plus grand 4, nombre, leur embuscade était si bien dressée que les neuf a canots furent entourés et pris, avant d’avoir pu faire un EL mouvement de résistance. Le dixième canot avait passé ne du côté du sud, il ne fut aperçu des Iroquois qu’au mo- Y ment où il arrivait à la décharge du lac, ils le poursuid virent, mais sans pouvoir le prendre, et ceux qui le 4 montaient apportaient une partie de ces nouvelles aux t Trois-Rivières.
s* Sur la minuit arriva un autre canot portant cinq $ Hurons. Voyageant de compagnie deux canots, l’un avait lc été capturé à la hauteur des îles du lac, et «celui-ci avait à évité pas moins de trois attaques ; dans la dernière il avait vu été poursuivi presque jusque sous le fort. Le gouver- (or neur était désolé d’avoir si peu de monde avec lui, car il à ne pouvait songer à préparer une expédition sans dégarï air entièrement les Trois-Rivières.
: Le 9, l’on vit sur le fleuve un canot dans lequel un rt homme seul manœuvrait avec une perche. Comme l’on craignait toujours une ruse de guerre, personne ne se : montrait disposé à aller à sa rencontre ; quelques Sauvages s’en approchèrent ; mais, en reconnaissant le canot il pour être de forme iroquoise, ils revinrent à force d’avi- HE ron. Le canonnier du fort voulut tirer dessus; M. de 704 Montmagny l'en empêcha. Les Pères s'étaient placés sur p- la pointe du Platon pour voir ce qu’il deviendrait, lors-
qu’enfin 11 toucha terre, et le gouverneur le reconnut le
premier. C'était Teouatirhon, qui s’était échappé, ainsi
que deux autres captifs. Ces deux malheureux erraient,
dans les bois ; ils n’arrivèrent que le soir vis-à-vis les Trois- Rivières, et allumèrent un grand feu au moyen duquel l’on sut où ils étaient et on alla les chercher. C’est une chose remarquable, dit la Relation, que ces Sauvages étant tout nus, n'ayant ni fusil, ni couteau, ni hache, trouvent l& moyen de faire du feu.
Le 11, deux chaloupes, armées en guerre, arrivèrent de Québec, commandées par le capitaine Fournier et par le sieur des Dames. Le gouverneur ne perdit pas de temps, il partit le même jour sur ces shaloupes avec le Père Le Jeune et fit une battue dans le lac Saint-Pierre, Les Iroquois avaient décampé, emmenant trente prisonniers. En revenant aux Trois Rivières, le gouverneur fut rejoint par quatre autres chaloupes sur lesquelles étaient les sieurs Couillard, Giffard et Pinguet. Par la suite arriva une bonne barque sous le commandement du capitaine Raymbaut; mais les Iroquois avaient fini leurs courses cet été, Tout ce que l’on vit furent de pauvres prisonniers échappés de leurs mains et quatre canots hurons venus pour la traite ; cela formait à peu près 150 Hurons venus depuis trois semaines. Le 16 août, ils étaient sur leur départ. !
Le 29 août, le Père Le Jeune, le gouverneur-général et les employés que ce dernier avait avec lui retournèrent à Québec. Ils n'étaient pas rendus, que cent cinquante | canots hurons se présentereut aux Trois-Rivières. M. de Châteaufort était gravement malade, l’on dépêcha un messager à Québec pour en informer le gouverneur. | Celui-ci, occupé à expédier les dépêches de la flotte de France, envoya son lieutenant, M. le chevalier de l'Isle, qui arriva aux Trois-Rivières, avec le P. Le Jeune, le samedi 5 septembre, au bruit du canon. M. de Châteaufort n'allait pas mieux, il communia, le 6, de la main du P. Le Jeune.
Les affaires du commerce et plusieurs séances de conseil étaient terminées dès le 8. Les sauvages mani- | fastaient du mécontentement. Les Hurons se plaignaient
À coire autres choses, de ce qu’une épidémie qui régnait (9 4 carmi eux était causée par les Français, qui avaient el
1| ensorcelé un capot et l'avaient enfoui dans le sol, près te
! des Trois-Rivières, sans cacher ce dépôt aux Hurons, qui (if
1 l'avaient déterré et emporté dans ler pays avec le mal el qu’il renfermait. Le bruit courait que Champlain en ( r | mourant avait déclaré qu’il amènerait avec lui tous les Hurons. Mille contes de cette espèce étaient accrédités
| Relation de 1637, p, 22, 66-70. 80-92.
bs pds
dans les tribus des diverses nations, car les Sauvages Hurons, Outaouais, Nipissiriniens, Montagnais, et Alg anquins de l'Isle fréquentaient les Trois-Rivières et s'y ren contraient en caravanes nombreuses. Le Père Buteux fit un jour réciter les prières par ceux qui étaient chrétiens ; il s'aperçut que dans la petite chapelle de la Conception l'on parlait six langues. La crédulité de ces nations était partout égale, et jamais les circonstances n'avaient été moins favorables pour faire entrer le sens commun €&5s leurs esprits superstitieux, Un vieillard montagnais disait à Makeabichtichiou : Avant l’arrivée des robes-noires, les Français qui étaient dans ce pays mouraient souvent ; depuis qu'elles sont ici, ils ne meurent plus ; il faut qu’elles sachent quelque chose qui conserve leur nation.!
A la vérité, les Sauvages se décimaient par la maladie, et les Français n’en ressentaient aucune atteinte. Il fallut déployer beaucoup d’éloquence et de raisonnement pour les satisfaire et ne pas mettre la vie des missionnaires de leur pays en danger.
La concession du petit fief Pachirini, par M. de Montmagny aux révérends Pères Jésuites, porte la date du 26 août 1637. Son étendue n'est que de onze perches de front au fleuve sur trente-quatre perches de profondeur. Il consistait dans l’origine en quatre perches de front sur huit de profondeur et vingt toises carrées y ajoutées, — borné au nord-est par la rue Saint-Louis, au sud-est par la rue Saint-Antoine (aujourd'hui du Collége,) au front par le sentier qui le sépare de la palissade de la place, et en arrière par la rue Notre-Dame. Le document porte que le fief forme un carré compris entre deux lignes parallèles, longues chacune de trente-quatre perches, courant du front à l'arrière et ayant entre elles une espace de onze perches. Le =ontenu de ce terrain était donc de trois arpents et soixante-et-quatorze perches carrés. Concédé aux Jésuites avec les mêmes droits et priviléges que ceux attachés à la seigneurie de Sillery.*
Nous avons déjà dit que, selon toutes les probabilités, la chapelle était placée sur ce fief; la concession paraît enlever le dernier doute à cet égard, puisque les autres terres des Pères Jésuites n'étaient pas occupées avant cette époque. Si l’on calcule que la mort de Champlain et la lenteur des communications avec la France ont causé quelque retardement dans l'obtention du titre, l’on
{ Ferland, p. 290.
2 Dictionnaire topographique de Bouchette, Londres, 1832,
peut supposer que les Pères avaient bien pu s'établir en cet endroit dès leur arrivée aux Trois-Rivières, dans l'automne de 1634, attendu que c’est le lien le pius voisin du fort, comme le précise l’acte de concession.
La première mention de Pachirini dans le registre des Trois-Rivières, est à la date du 14 avril 1643. Il s’agit de la sépulture de Jean Pachir ini8ich, autrement dit le petit Pachirini. Il y a eu aux Trois- Rivières deux familles algonquines de ce nom. Monsieur (Domini, C'it le registre) Charles Pachirini et sa femme Marie... font baptiser un enfant en 1661 ; quatre années auparavant, ce sauvage figure comme témoin au mariage de Pierre Couc avec une Algonquine. C’est probablement à lui que M. d’Ailleboust concéda, vers 1650, l'augmentation du fief Pachirini. En 1699, les Jésuites se font transférer ‘ le fief de feu Pachirini, ‘capitaine sauvage dens le lieu des Trois- Rivières, dont les dits Pères Jésuites ont donné, depuis plus de quarante ans, comme tuteurs et administrateurs du bien du dit feu Pachiriny, des contrats de concession à divers particuliers fran ais pour les occuper et y bâtir corame ils ont fait, moyennant heques petites redevances, lequel Pachiriny est mort, et les dits pères Jésuites sont demeurés dans la ; ke ouissance des dits emplacements, dout ils nous requièrent de leur donner la concession. ! ”?
Le chef de la seconde famille Pachirini s’appelait Jean- Baptiste ; lui et sa femme, algonquine£, font baptiser leurs enfants en 167% et 1679 ; il était probablement fils de Charles Pichirini.
Voici le texte du documient en vertu duquel ies RR. PP. Jésuites furent mis en possession de la plus grande partie des terrains qu'ils ont possédés aux Trois-Rivières :
‘“ La compagnie de la Nouvelle-France, à tous présents et à venir, salut : Le désir de bien établir la esionie en la Nouvelle-France nous faisant rechercher ceux qui y peuvent contribter de leur part et bien mémoratifs de l'assistance que nous avons reçue en cette louable entreprise des révérends Pères de la compagnie de Jésus, lesquels exposent encore tous les jours leurs personnes aux périls pour attirer les peupes de la dite Nouvelle-France à la connaissance du vrai Dieu et à l’usage d’une vie plus civile; à ces causes, et pour me donner quelque retraite proche les habitations que nous établirons er la Nouvelle-France, en vertu du pouvoir à nous donné par Sa Majesté, nous avons, aux dits RR. PP. de la com.
1 Documents relatifs à la Tenure Seigneuriale, p, £?.
NT Q Or"
pagnie de Jésus, donné, concédé, donnons, concédons par ces présentes l'étendue et consistance de terre qui en sut, c’est-à-savoir : la quantité de six cents arpents de terre, à prendre en la dite Nouvelle-France, au lieu dit les Trois Rivières, à l'endroit où notre dite compagnie fait construire une habitation, ou de proche en proche, ainsi qu’il sera avisé par le sieur Champlain, commandant pour la dite compagnie au fort de Québec et fieuve Saint-Laurent, pour jouir nar les dits révérands Pères de la dite compagnie de Jésus, eux et leur société, à toujours, des dites terres en toutes propriété, seigneurie, tout ainsi qu'il a plu au Roy nous concéder le dit pays de la Nouvelie- France, sans qu'ils soient obligés à aucune chose, sinon que d’en donner aveu pour cette seule fois seulement, les dispensant pour toujours après cela, et tant que besoin est ou serait; avons amorli et amortissons les dites terres ainsi concédées, dans lesquelles les dits révérends Pères et autres de leur société feront passer telles personnes qu'ils cl oisiront pour les cultiver et dresser les habitations nécessaires ; dans l'étendue des terres ci-dessus, non plus qu'ailleurs en la dite Nouvelle-France, les habitués (habitants) ne pourront traiter des peaux, pelleteries, autrement qu'aux conditions de l’édit du Roy, fait pour l'établissement äe notre compagnie, et faisant, par les dits révérends Pères, passer des hommes pour la culture des dites terres, ils en remettront tous les ans les rôles au bureau de notre dite compagnie, afin qu’il en soit certifié et que cela tourne à sa décharge, étant réputé du nombre de ceux qu’elle doit faire passer suivant l’édit cidessus. Mandons au dit sieur Champlain, que de la présente concession il fasse jouir les dits révérends Pères de la compagnie de Jésus, et leurs successeurs, leur désignant le lieu le plus commode, proche de notre dite habitation des Trois-Rivières, et assignant leurs bornes de la dite quantité de six cents arpents, pour les mettre en possession et jouissance d’iceux, ainsi qu'il est dit cidessus, dont et de quoi il fera son procès-verbal pour être envoyé à la dite compagnie, avec l’aveu ci-dessus qu’il recevra des dits révérends Pères. Fait en l’assemblée générale des intendants, directeurs et associés de la compagnie de la Nouvelle-France, tenue au bureau de la dite compagnie, à Paris, le 15"° jour de février 1634.— Signé, pour la Compagnie : Lamy.”
M. de Champlain étant mort avant d’avoir mis les révé. rends Pères Jésuites en possession des 600 arpents de
! Documents rejatifs à la tenure Seigneuriate, p, 70,