‹ Histoire de la ville de Trois-Rivières et de ses environs [microforme]Chapitre 8 sur 28 · DE PR LR RE · texte numérisé non relu

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Les Français commençaient à attirer les nations sauvages,quiéchangeaient avec eux leurs pelleteries pour des articles de fabrique européenne. Les Hurons qui faisaient caus; commune avec les Algonquins, descendirent, en 1600, jusqu’à Tadoussac. A partir de ce moment les Iroquois les enveloppèrent dans le plan de guerre destiné à l’extermination de la race algonquine.

Au mois de juin 1603, lorsque Samuel de Champlain visita les Trois-Rivières, il y rencontra peu de Sauvages ; les lieux environnants ainsi que Montréal et Québec, étaient déserts : les Algonquins avaient le dessous, ils

référaient rester sur leur ancien territoire des bords de ‘Ottawa. Les Iroquois couraient le fleuve et le rendaient presque inaccessible, Lorsqu’en 1609, Champlain eut fait alliance avec les Algonquins, ceux-ci se rapprochèrent des Trois-Rivières. La tradition des Agniers prétend que le pays des Algonquins était à cent lieues à l’ouest des Trois- Rivières. !

Champlain, accompagné de Pontgravé, visita ce lieu le vendredi 27 juin 1603. Voici la description qu’il en trace :

‘ La bande du nord est basse et pleine de bons arbres et en quantité (depuis Québec) jusqu'aux Trois-Rivières, où il commence d’y avoir température de temps quelque peu dissemblable à celui de Sainte-Croix, d'autant que les arbres y sont plus avancés qu’en aucun lieu que j’eusse déjà vu. Des Trois-Rivières jusqu’à Sainte-Croix, il y a quinze lieues. En cette rivière, il v a six îles, trois desquelies sont fort petites, et les autres quelques cinq à six ceuts pas de long, fort plaisantes et fertiles pour le peu qu'elles contiennent. Il y en a une au milieu de la dite “ivière qui regarde le passage de celle de Canada et commande aux autres éloignée de la terre, tant d’un côté que de l’autre, de quatre à cinq cents pas. Elle est élevée du côté du sud et va quelque peu en baiïissant du côté du nord. Ce serait à mon jugement un lieu propre pour habiter et pourrait-on le fortifier promptement, car sa situation est forte de soi, et proche d’un grand lac qui n’en est qu’à quelque quatre lieues, lequel presque joint la rivière du Saguenay, selon le rapport des Sauvages qui vont près de cent lieues au nord et passent nombre de. sauts, puis vont par terre quelques cinq ou six lieues et entrent dans un lac * d’où le dit Saguenay prend la

1 Faillon, volume 1er, p. 526-7.

2 Le Platon de Sainte-Croix, au pied du Richelieu.

3 Le lac Saint-Jean.

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meilleure part de sa source, et les dits Sauvages viennent du dit lac à Tadoussac. Aussi que l'habitation des Trois- Rivières serait un bien pour la liberté de quelques nations ! qui n’osent venir par là, à cause des [roquois: leurs ennemis, qui "tiennent toute la rivière de Canada bordée ; mais étant habité, on pourrait rendre les dits [roquois et autres Sauvages amis, ou tout au moins sous la. faveur de la dite habitation les dits Sauvages viendraient librement sans crainte et danger, d'autant que le dit lieu des trois rivières est un passage. * Toute la terre que je vis à la terre du nord est sablonneuse. Nous entrâmes environ une lieue dans la dite rivière et ne pûmes passer plus outre à cause du grand courant d’eau. Avec un esquif nous fûmes pour voir plus avant; mais nous ne fimes pas plus d’une lieue que nous rencontrâmes un saut d’eau fort étroit, comme de douze pas, ce qui fut occasion que nous ne pûmes passer outre. Toute la terre que je vis au bord de la dite rivière va en haussant de plus en plus, qui est remplie de quantité de sapins, cyprès et fort peu d’autres arbres.

‘ Le samedi suivant, nous partimes des Trois-Rivières et vinmes mouiller l'ancre à un lac où il y a quatre lieres. ® Tout ce pays, depuis les Trois-Rivières jusqu’à l'entrée du dit lac est terre à fleur d’eau, et du côté du sud quelque

peu plus haute. La dite terre est très-bonne et la plus

plaisante que nous eussions encore vue ; les bois y sont assez clairs, qui fait que l’on les pourrait traverser aisé-

. ment.”

Le lecteur sera sans doute frappé de l’analogie entrela description de Cartier et celles de Champlain. ‘ Le lendemain, 29 juin, nous entrâmes dans le lac qui

. à 15 lieues de long et quelque sept ou huit lieues de

large.”

Le 29 juin, étant le jour de la Saint-Pierre, Champlain, quoiqu'il ne le dise pas, donna sans doute au lac le nom du Prince des Apôtres, suivant la coutume adoptée par les explorateurs de son temps. Depuis l’année 1603, le lac n’a porté que ce seul nom.

En descendant de Montréal, d’où il était parti le 4, il dit seulement: ‘“ Le lundi, septième jour de juillet, nous fûmes mouiller l’ancre aux Trois-Rivières.”

Dans l'intervalle qui s’écoula entre 1603 et 1609, il ne:

1 Les Atticamègues.

2 C'est-à-dire : un point de repère pour les chasseurs.

3 Quatre lieues entre les Trois-Rivières et le lac.

‘se passa rien de remarquable aux Trois-Rivières, du moins on le suppose. Les traitants y allaient, à une époque fixe de l'été, pour trafiquer avec he Sauvages ; mais la traite se portait plutôt à Tadoussac.

En 1608, Champlain fonda la ville de Québec. L'année suivante, sollicité par les Algonquins et les Montagnais qui fréquentaient les postes des blancs, il entreprit contre les Iroquois l’expédition qui devait attirer sur les Français la vengeance des cinq nations.! Il arriva aux Trois- Rivières, suivi de nombreux canots algonquins et hurons, et y attendit des Montagnais, qui devaient se joindre à lui. Un chef célèbre, du nom d’Iroquet, commandait les Algonquins, et Ochatéguin les Hurons. * C’est ici que se place naturellement la seconde description que Champlain fait du Saint-Maurice :

‘ Le 28 du mois (juin 1609), je partis de Québec pour assister ces Sauvages. Le 1* juillet, nous arrivâmes à Sainte-Croix, distant de Québec de 15 lieues, avec une chaloupe équipée de tout ce qui était nécessaire.

‘“ Je partis de Sainte-Croix le 3 de juillet, avec tous les Sauvagesetnous passâmes par les Trois-Rivières, quiestun fort beau pays, rempli de quantité de beaux arbres. De ce lieu à Sainte Croix, il y a 15 lieues. A l'entrée d’iceile rivière y a six îles, trois desquelles sont fort petites et les autres de ciaq à six cents pas de long, qui sont fort plaisantes à voir : et proche du lac Saint-Pierre. Faisant environ deux lieues dans la rivière, y a un petit saut d’eau qui n’est pas beaucoup difficile à passer. Ce lieu est

ar la hauteur de 46 degrés quelques minutes moins de atitude. Les Sauvages du pays nous donnèrent à entendre qu’à quelques journées il y a un lac par où passe la rivière, qui a dix journées, et puis on passe quelques sauts, et après, encore 3 ou 4 autres lacs de 5 ou 6 journées, et étant parvenus au bout ils font 4 ou 5 lieues par terre et entrent de rechef dans un autre lac, où le Saguenay prend la meilleure part de sa source. Les Sauvages viennent du

1 Ferland, vol. 1er, pp. 148, 150.

? ‘ La naticu de l’Iroquet habitait (en 1608) l’intérieur d’un territoire triangulaire, dont Vaudreuil, Kingston et Ottav/a formaient les angles.” (Ferland, vol. 1er, p. 91.) Dans les années 1610,1615-6, la nation de l’Iroquet fait de nouveau partie des expéditions contre les Iroquois. Les Relations de 1637, 1640 et autres, la mentionnent encore comme “tant d’une certaine importance. En 1658, des Sauvages de ce nom, combattent près des Trois-Rivières. (Lettre de M. d'Argenson, manus- «rits de Paris, série 2m, vol. fer, p. 311-12.)

3 Champlain, 1613.

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dit lieu à Tadoussac. Les trois rivières vont 20 ! journées: de sauvages ; et disent qu’au bout d’icelle rivière il y a des peuples qui sont grands chasseurs, n'ayant de demeures arrêtées, et qu’ils voient la mer du nord en moins de dix journées. Ce peu de terre que j’ai vu est sablonneux, assez élevé en côteaux, chargé de quantité de pins et de sapins sur le bord de la rivière : mais entrant dans la terre environ un quart de lieue, les bois y sont ' *s-beaux et clairs et le pays uni.

“ Continuant zotre route jusqu’à l'entrée du lac Saint-

Pierre, qui est un pays fort plaisant et uni, et traversant

le lac à 2, 3 et 4 brasses d’eau, lequel peut contenir de long 8 lieues et de large 4, * du côté du nord nous vimes une rivière qui est fort agréable, qui va dans la terre 20 lieues et l’ai nommée Sainte-Suzanne : * et du côté du sud il y en a deux, l’une appelée la rivière du Pont et l’autre de Gennes, qui sont très-belles, et en beau et bon pays.”

Dupont-Gravé, commandant des vaisseaux du roi, fréquentait les environs depuis douze ou quinze années, ce qui fait que Champlain dit de l’une de cesrivières: “elle est appelée du Pont ;” c’est la rivière Nicolet. La suivante, appelée de Gennes, probablement du nom d’un employé de la traite, doit être :a rivière Yamaska. L'une et l’autre paraissent avoir été nommées ainsi avant Champlain.

Quant à la rivière Saint-François, elle a l'air d’être la même que Champlain nomme Saint-Antoine sur l’une de ses cartes. Ce dernier nom paraît avoir été adopté dans le voisinage de la rivière, puisqu'il s’est transmis ensuite à la baie du Febvre.—{(Note de M. l'abbé Laverdière.)

Le témoignage du fondateur de Québec, touchant la beauté des environs des Trois-Rivières, est confirmé plus de vingt fois par les écrivains qui y unt passé après lui.

Peu d’endroits sur ce continent ou ailleurs renferment autant de cours d’eau importants que les dix-sept lieues que comprenait le gouvernement dit des Trois-Rivières : lesrivières du Loup, Yamachiche, Saint-Maurice, Batiscan, Sainte-Anne, sur la rive nord du Saint-Laurent ; Gentilly, Bécancourt, Nicolet, Saint-François et Yamaska sur LÉ rive sud. La facilité des communications, la magnificence de ses forêts et la fertilité de son sol firent de cette partie

1 L'édition de 1613 porte 40 journées, celle de 1632, 20, qui est assurément plus près de la vérité sur ce point.

? En 1603, il avait écrit : 15 lieues de long et 7 à 8 de large, Remarquons aussi qu’en 1609, il l'appelle le ‘ lac Saint-Pierre.”

3 C’est la ,:vière du Loup.

du Canada un lieu privilégié, autant aimé des Français que des Sauvages.

On remarque que Champlain dit, dès les premières lignes de sa description, en 1603 : ‘“ jusqu'aux Trois- Rivières.”

Ce nom, les Trois-Rivières, a été donné, par les traitants français qui précédèrent Champlain, à la rivière que Jacques Cartier nomme rivière de Fouez, ou de Foix, selon l'interprétation de Lescarbot, et que nous appelons le Saint Maurice.

Les Sauvages l’appelaient Métabéroutine, ! mot algonquin qui signifie : décharge aux vents, vu: lieu où il vente de tous côtés. Ce nom désignait, vraisemblablement, l'embouchure de la rivière qui forme, avec le fleuve Saint-Laurent, une nappe d’eau ouverte à tous les vents, ou même le cap des Iroquois, (la pointe des Chenaux ?) qui est la pointe opposée au cap de la Madeleine. SE

Champlain paraît plutôt accepter ce nom que l’'imposer. Avant de quitter Québec, il parle des Trois- Rivières comme l’on en parle de nos jours, c’est-à-dire en désignant ce lieu par son nom connu. Lescarbot dit que ce nom a été donné à la rivière de Fouez par Champlain ; peut-être se base-t-il sur le fait que Champlain est le premier qui l'écrit.

La rivière des Trois-Rivières a longtemps porté ce seul nom. Les cartes latines des anciens voyageurs le conservent, mais en le traduisant. Quelques cartes françaises portent Métaberoutin, qui est le nom de l’embou- Chure transporté à la rivière, comme le nom de la rivière des Trois-Rivières a été transporté à la ville.

Citons des extraits des historiens et autres, pour faire voir que jusqu’à ces années dernières l’on s’est constamment accordé sur le sens de ce mot {es Trois-Rivières et sur son orthographe telle que nous l’écrivons ici :

{ Les différentes désinences avec lesquelles on trouve ce nom écrit ne changent rien à son sens. Il se prononce le plus souvent: Metapelodine et Métabéroutine. Les Abénaquis en ont fait Madonbalodenik, c’est-à-dire : à l’endroit où les vents sont toujours contraires.— (Notes de Mgr. Laflèche ei de M. l'abbé Maurault.)

2 Cette pointe prend son nom des trois chenaux que fait l’embou-

chure du Saint-Maurice. De nos jours, dans le langage populaire, Les

chenaux signifient toute la rivière.

3 Histoire de la Nouvelle-France, par Marc Lescarbot, Paris 1618. A la page 224, dans les notes qui accompagnent la carte, il est dit : “ La rivière de Foix, nommée par Champlain Les {rois rivières.”

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# Nous passâmes aux Trois-Rivières que je contemplai curieusement pour être un séjour fort agréable et charmant. Les Français ont nommé ce lieu les Trois-Rivières, pour ce qu’il sort des terres une assez belle rivière qui se vient décharger dans le flr ave de Saint-Laurent par trois principales embouchures, causées par plusieurs petites îles qui se rencontrent à l'entrée de cette rivière.” !

‘“ Le 18 juillet 1624, de Caën partit pour aller aux Trois- Rivières.” ?

A Paris, le 15 février 1634, la Compagnie des Cent- Associés concède aux révérends Pères Jésuites 600 arpents de terre ‘ au lieu dit les Trois-Rivières.”

Après 1634, le poste est désigné sous le nom ‘ d’Habitation ou Fort des Trois Rivières.”

Le 5 février 1635, le Père Le Jeune rédige l’en-tête du registre de la paroisse et l’intitule : ‘ Catalogue des trépassés au lieu nommé les Trois-Rivières.”

La Relation de 1635 dit: ‘“ Les Français ont nommé ce lieu les Trois-Rivières, parce qu’il sort des terres un assez beau fleuve, qui se vient dégorger dans la grande rivière de Saint-Laurent par trois principales embouchures, causées par plusieurs petites îles qui se rencontrent à l'entrée de ce fleuve, nommé des Sauvages Metaberoutin.”

“ Le fleuve qu’on nomme les Trois-Rivières.” —Relation de 1636, p. 37.

En 1646, parlant du cap de la Madeleine, le Journal des Jésuites, (p. 70), le nomme “ Cap des Trois-Rivières.”

En 1851, la concession des terrains du cap de la Madeleine mesure ‘deux lieues le long du fleuve, depuis le cap nommé des Trois-Rivières, en descendant sur le grand fleuve jusqu’à l'endroit où les dites deux lieues pourront s'étendre.” *

Un contrat d'Ameau, en date du 4 novembre 1652, dit indifféremment cap de la Madeleine et cap des Trois- Rivières pour désigner le même endroit.

En 1653, le Père Bressani écrit : * C’est un cours d’eau

1 Sagard, Histoire du Canada, année 1623, p. 173. (Histoire du Canada et Voyages que les Frères mineurs récollelts y ont fails pour la conversion des infidèles, depuis 1615 jusqu'à 1629, par le Frère Gabriel Sagard Théodat, mineur récollet de la province de Paris. Edition de 1636, chez Claude Sonnius, à Paris.)

2 Voyages de Champlain, édition de 1632, p. 74, 2° partie.

3 Archives provinciales, vol. À, p. 75. Registres de l’intendance, N°: 2 à 9, folio 131.

que nous appelons les Trois-Rivières parce qu’à l’'embou-

chure, il est divisé en trois branches par deux îles.” !

En 1655, cinq ‘ habitants des Trois-Rivières,” concèdent l’île de Saint-Christophe, ‘‘ située dansles Trois-Rivières.” ? Cette année, dans l'inventaire de la succession de Mathieu Labai, on lit: ‘la ville des Trois-Rivières.” # Même année, M. Boucher concède l’île Saint-Joseph, ‘située dans le fleuve des Trois-Rivières, à trois quarts de lieues ou environ du grand fleuve Saini-Laurent et qui est la dernière des quatre en montant dansles dites Trois- Rivières.” ‘

Le Journal des Jésuites, année 1659, page 318, dit que ‘les Sauvages des Trois-Rivières vont en traite dans les Trois-Rivières, vers le premier sault.” (aux Grais.)

Le gouverneur Boucher écrit son “ Histoire véritable et naturelle de. mœurs et productions du pays de la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada ;” il la date de la ville des Trois-Rivières, en la Nouvelle-France, le 8 octobre 1663.” Dans ce livre, il dit, page 17: “Ily a comme deux habitations ° séparées par une grosse riviere qu’on appelle {es Trois-Rivières, à cause qu'étant entrecoupée par des îles elle fait comme trois rivières en ce lieu là, qui vient de dedans les terres du côté nord.”

Les révérends Pères Jésuites déclarent, en 1667, posséder des terres “au cap des Trois-Rivières,” ce qui, à la lecture du document, veut dire le cap de la Madeleine. ©

En 1668, l’île que M. de la Potherie possédait et qui a gardé son nom, figure comme ‘‘située au nord-est de l’île de la Trinité,” * nom que cette dernière devait probablement à sa position dans l'embouchure des trois rivières. Nous lui avons substitué un nom d’un prosaïsme outré.

En 1676, la veuve de Maurice Poulin, sieur de la Fontaine concède le fief Saint-Maurice ‘ sur le bord de la rivière des Trois-Rivières.” ® Le nom de baptême de Pou-

1 Relation du P. Bressani, traduction du Père Martin, p. 58. 2 Greffe du notaire Ameau.

3 Greffe du notaire Ameau. 9

4 Documents relatifs à la Tenure Seigneuriale, p. 85.

5 La ville des Trois-Rivières et le cap de la Madeleine, déjà fort peuplé, comparativement.

6 Manuscrits de Paris, 11e vol. ?e série, p. 203.

7 Greffe du notaire Ameau.

8 Doc. de la Tenure Seigneuriale, p. 154.

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lin, qui avait occupé ce fief sans en avoir le titre écrit, devait finir par remplacer l’ancien nom de la rivière, nom ui reste à la ville seule.

En 1681, Louis XIV érige ‘la jurisdiction civile et criminelle des Trois-Rivières.” Nous avons les plans de la ville ‘“ des Trois-Rivières ” années 1685, 1704 et 1721.

L'administration judiciaire de la ville ‘ des Trois-Rivières ” devient, en 1687, ‘ la prévôté des Trois-Rivières.” L'acte de concession du fief Sainte-Marguerite mentionne Je fleuve des Trois-Rivières” ! en 1691.

Bacqueville de la Potherie dit en 1701: ‘ La ville des Trois-Rivières tire son origine de trois canaux dont l’un est plus large que la Seine au-dessus de Paris, et qui sont formés par deux îles de quinze à seize cents arpents de long, chacune remplies de beaux arbres. Il y en a quatre autres fort petites au-dessus, dans l'embouchure d’une rivière nommée Maitabirotine, d'où descendent plusieurs nations qui y viennent faire la traite de leurs pelleteries.” ?

On ne saurait douter que la ville doit son origine aux avantages naturels qu'offre le territoire du Saint-Maurice, et que son nom lui vient de la conformation particulière de l'embouchure de ce cours d’eau ; mais ce qui est évident aussi, c’est que la Potherie n’a pas vu les îles dont il parle, puisqu'il donne à deux d’entre elles des dimensions exagérées et qu’il efface presque l’île Saint-Christophe, la plus grande de toutes, sans compter qu’il les déplace étrangement.

Les Anglais de la Nouvelle-Angleterre ont fait une corruption du mot ‘“ trois:” l’on voit dans les archives

ui renferment leur correspondance publique qu’à partir de‘1700 ils écrivent “ Troy River ” pour ‘ Trois-Rivières.” * Plusieurs étrangers 1 > traduisent pas le nom français, ils se contentent de l’insérer dans leur texte. Lorsqu’à la fin du siècle dernier, les Anglais prirent l'habitude de le traduire par Three Rivers, l’article qui le précède se trouva ‘supprimé ; quelques-uns se mirent à écrire: the Three Rivers, mais l’abréviation, qui est plus conforme au génie de la langue anglaise, l'emporta, et, à notre tour,

1 Dictionnaire topographique de Bouchette. Appendice. 2 Histoire de l'Amérique Septentrionale, vol. 1, p. 287.

3 London Documents, vol. 4, p. 405; consulter la table des dix volumes compulsés par E. B. O’Callaghan.

nous l'avons traduit par ‘“ Trois-Rivières,” au mépris de toutes les traditions qui exigent l’article.

Charlevoix s'exprime singulièrement: ‘“ Un peu audessous, et du même côté que la ville, le fleuve reçoit une assez belle rivière qui, avant de confondre ses eaux avec les siennes, en reçoit en même temps deux autres, l’une à sa droite et l’autre à sa gauche, et c’est ce qui a fondé le nom de Trois-Rivières que porte la ville.” ! Au moment où cet écrivain, si consciencieux d'ordinaire, traçait ces lignes dans une lettre adressée à la duchesse de Lesdiguières, il arrivait de Bécancourt et il mettait

our la première fois pied à terre aans la ville des Trois-

ivières. C'était le 6 mars 1721, il avait traversé le fleuve en carriole sans se rendre aux îles ; ses renseignements sur les deux rivières qui se déchargent dans l’embouchure d’une troisième rivière sont l'effet d’un malentendu, puisqu'il s’est borné, croyons-nous, à consigner ce jour-là les réponses que l’on fit à ses questions. Du reste, avant de quitter la ville, il écrit “* qu’elle doit son origine au grand abord qui, dans les commencements de la colonie, se faisait en ce iieu-là des Sauvages des différentes nations. Ilen descendait surtout plusieurs des quartiers les plus reculés vers le nord, par les Trois-Rivières, qui ont donné le nom à la ville, et qu’on remonte fort loin.” ? Il ne mentionne pas le nom de Saint- Maurice Il n’omet pas l’article qui précède le nom des Trois-Rivières.

Dans un jugement rendu par Bégon eu 1723, il est dit que le fief Saint-Maurice est situé sur la rive ouest de la rivière ‘“ vulgairement nommée fleuve de Saint-Maurice.” C'est la plus ancienne mention de ce nom donné aux ‘ trois rivières.” ?

Les voyageurs se copient parfois en se succédant et reproduisent de cette manière des erreurs qui ontlieu de surprendre. Le Beau visite en 1729 la ‘ville que l'on appelle les Trois-Rivières” ‘“ Elle tire son nom de trois canaux, dont l’un est plus large que la Seine, dans son entrée à Paris. Ces trois canaux sont formés par deux iles de seize cents arpents de long chacune et remplies de beaux arbres.” ‘ Le Beau, qui ne manque ni de

1 Journal du Père Charlevoix, vol. 1, p. 165.

2 Journal du Père Charlevoix, vol. 1, p. 167.

3 Papiers concernant les terrains de la Banlieue, déposés au Greffe des Trois-Rivières.

4 Aventures du sieur C. Lebeau, avocat en parlement. Edition d'Amsterdam, année 1738, vol. 1, p. 84.

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pédanterie ni d'ignorance, copie ouvertement les données de Bacqueville de la Potherie, lequel paraît avoir pris sa mesure de seize cents arp:nts dans la citation que Lescarbot fait du voyage de Champlain en 1609, citation qu à cela près, est correcte. Dans son voyage de 1603, Champlain écrit que trois des îles peuvent avoir environ cinq ou six cents pas de long. Lescarbot cite ce passage et met en chiffres : 15 à 1600 pas. La Potherie et le Beau remplacent les pas par des arpents; én fin de compte ces îles auraient dix-neuf lieues de long!

Une carte, sous la date de l’année 1731, nomme le Saint- Maurice : ‘rivière Chabetsiouatagane ou chemin des trois rivières.”

Lorsqu'’en 1740, les “ intéressés ” de la compagnie des Forges obtinrent le fief Saint-Etienne, l’on se servit encore, dans la patente accordée par le roi, des mots: ‘la rivière des Trois-Rivières.” ‘

Franquet écrit, en 1752, le nor de Saint-Maurice appliqué à la rivière comme s’il n’en existait plus d'autre : Le nom de cette ville semble indiquer que trois rivières y affluent, tandis qu’il n’y a que celle de Saint-Maurice qui forme quatre îles àson débouché dans le fleuve Saint-Laurent où elle se confond par trois passages qui ont donné

1 L'ile de la Trinité se nomme aussi Saint-Quentin, du nom de Quentin Moral; Bouchette la nomme ile du Milieu ; elle est plus connue sous les noms de l'ile aux Cochons ou de Maillet, son avant-dernier propriétaire. Son étendue, d'une pointe à l’autre, est de 3,200 pieds. Elle appartient aux héritiers de John McPherson, à George Baptist et aux héritiers de Samuel Hart, fils d'Ezéchiel.

L'ile «le la Potherie, portait, lorsque M. de la Potherie la concéda en 1649, le nom de l'ile aux Cochons; elle a reçu successivement les noms de Bellerive, Caldwell et Baptist, propriétaire actuel. Bouchette la désigne, conjointement avec une ile voisine, sous le nom des ‘îles de l’Abri’’ à cause du refuge efficace qu'elles offrent aux navires. Son étendue, d'une pointe à l’autre, est de 3,000 pieds.

Ces deux iles (de la Trinité et de la Potherie) divisent l'embouchure du Saint-Maurice en trois canaux.

La troisième, appelée Caron ou l’Abri, mesure 1,287 pieds de longueur. C'est une propriété du gouvernement.

L'ile Saint-Christophe sur laquelle reposent les deux ponts, a 6,138 pieds d’étendue, ou environ 80 arpents en superficie. Elle appartient moitié au gouvernement et moitié à Joseph-Néré Lambert.

La cinquième a été concédée par M. Boucher en 1655. Elle porte les noms de Saint-Joseph, de la Croix et de Boucher. Sa longueur est de 2,475 pieds. Son propriétaire est Eusèbe Doucet.

La sixième se nomme ile Ogden. Elle a 1,013 pieds d'étendue.

Ces iles font partie de la division territoriale de la ville.

2 Dictionnaire topographique de Bouchette. Appendice.

lieu à son étymologie.” ! Il dit ailleurs : “ L'on passe (en remontant le fleuve en barque pour arriver à la ville) par le travers de deux ilets, des quatre que forment les trois débouchés de la rivière de Saint-Maurice dans le fleuve Saint-Laurent. Le plus large etle plus considérable (des débouchés) cotcye les terres de l’ouest de cette rivière,le courant y est beaucoup plus rapide qu'aux deux autres; ils forment ensemble, en avant de la tête des dits îlets, une batture de sable ; ces îlets sont boisés et le fleuve vis-à-vis est réduit à 1000 ou 1100 toises.”

Les cartes de Ponple (1755) et celles de Jeffreys (1766), soit anglaises soit latines, portent ‘les Trois-Rivières.” pour nom de la ville, et ‘ Saint-Maurice” pour la rivière.

En 1760, le général Ambherst conserve la division des trois gouvernements de Québec, Montréal et des Trois- Rivières.

Le district ‘ des Trois-Rivières ” fut aboli en 1764; on le rétablit en 1791 sous les mêmes nom et orthographe.

Le dictionnaire de Trévoux (année 1771) porte : “ Nom d’une grande rivière de la Nouvelle-France, en Amérique, Trifluvius. Elle se forme par le concours de trois rivières qui ont leurs sources vers les confins de l’Estotilande, et se décharge dans la rivière de Saint-Laurent entre Québec et Montréal. Les Français ont fait à son embouchure une colonie qu’ils nomment les Trois-Rivières, en latin Trifluvium.”

Ces trois rivières imaginaires qui sortent de la hauteur des terres ne sont pas plus l’origine du nom de la ville que les deux rivières citées par Charlevoix ef qui n’existent pas. L’abondance des citations que nous soumettons ici prouve jusqu’à l’évidence pourquoi les Français nommèrent la rivière de Fouez les Trois-Rivières.

On nous permettra de faire observer en passant que le nom de trifluviens porté par les habitants des Trois- Rivières, est l’un des plus euphoniques du pays. Ilse presonce en effet avec avantage à côté de québecquois, ottivaiens, montréalais et sorelois. ï ;

Kn 1796 apparaît le mot “ Trois-Rivières” ; c'est M. Williams, l’un des juges de la cour des plaids communs pour le district des Trois-Rivières, qui paraphe les registres des années 1792-3-4 et 5, et altère a:nsi le nom qu’avait toujours porté la ville. La fantaisie du juge Williams ne saurait faire autorité.

1 Voyage de Franquet, manuscrit déposé à. la bibliothèque fédéraleà Ottawa.

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Bouchette écrit en 1815 ‘ Cap des Trois-Rivières ”’ pour désigner la pointe aux Iroquois, ou cap Lieutenant.

Le décret canonique de l’évêque de Québec, en date du 17 septembre 1832, dit : nous avons érigé et érigeons en

aroisse la susdite ville des Trois-Rivicres… etc.

En 1852, Sa Sainteté Pie IX, forme le diocèse et nomme l’'évèque des Trois-Rivières.

En 1857, la ville ‘“ des Trois-Rivières” est incorporée par un acte du Parlement.

Champlain, Lescarbot, Sagard, les Pères Jésuites, les évêques du Canada, les chroniques des Ursulines, les fonctionnaires de la colonies, les traitants des différentes compagnies de commerce qui sy succédèrent, les registres de la paroisse des Trois-Rivières ainsi que ceux des paroisses environnantes, les actes des anciens notaires, les archives de la justice des Trois-Rivières, les gouverneurs de la colonie et ceux des Trois-Rivières écrivent invariablement les Trois-Rivières, aux Trois-Rivières et des Trois-Rivières, l’article s’accordant avec le nom. Il n’y a pas d'exemple de l’omission de l’article, sauf les cas rapportés plus haut et qui font une très petite exception à la règle.

Deux controverses très-vives, au sujet de l’orthographe du nom des Trois-Rivières, ont occupé l'attention du public dans le cours des vingt dernières années. Nous adoptons la règle établie par les documents historiques cités ci-dessus, plus abondants, croyons-nous, que tous ceux dont on a déjà fait usage dans le même but.

D'ailleurs, comme la Nouvelle-Orléans, le Havre, le Détroit, la Pointe-Gu-lac, les Grondines, la Chine (sur l'île de Montréal) la Présentation et la Rochelle, le nom des Trois-Rivières doit s’écrire avec l’article. La langue française a des exizences ; l’article, dans les noms de lieux mentionnés ici, fait autant partie du nom que dans les noms propres des personnes : la Violette, Laflèche, LaRue, Larivière, etc.

Ainsi, les commerçants qui vinrent en ce lieu avant l’arrivée de Champlain, c’est-à-dire entre les années 1599 et 1603, l’appelèrent apparemment “ les Trois-Rivières ” ?

1 Dictionnaire topographique.

2 M. Faillon dit que ‘“ c’est le seul nom sous lequel il a toujours été connu des Français.” Histoire de la Colonie de la Nouvelle-France, ler vol. p. 265. Pour être exact, il devait dire que Cartier, Roberval, Jean- Alphonse et Thévet, qui n'étaient point des Anglais, l’appellent ‘ rivière de Foix” avant l’arrivée de Champlain. La carte de 1609 appelle encore le Saint-Maurice rivière de Foix.

Champlain et une longue succession de personnages distingués maintiennent ce nom; la Religion vient aussi le consacrer ; il est confirmé par l'usage général ; pour nous, il est inséparable des souvenirs de la gloire du passé, ne l’altérons pas, c’est une partie de notre héritage comme Trifluviens.

Nous connaissons, au nord de ce continent, d’autres endroits qui portent le même nom que les Trois-Rivières. Les rivières Kaministigoyia tombent dans la baie du Tonnerre, située au nord-ouest du lac Supérieur, ce qui leur a valu le nom des Trois-Rivières, sous lequel le poste de traite voisin a été connu pendant à peu près un siècle. Les voyageurs des Trois-Rvières du Bas- Canada, qui ont contribué si puissaminent à fonder le Détroit, para:ssent être les auteurs de ceite appellation ; en effet, ils furent les premiers à parcourir le nord-ouest et à lui imposer les noms de leur choix. Le site de Kaministigoyia est magnifique, il porte aujourd’hui le nom du fort Williams, fondé sur la terre ferme par les traitants anglais. C'est là que s'ouvre le chemin colonial destiné à relier les établissements de la Rivière-Rouge au Canada. Par une singularité du hasard, ce sont encore des ingénieurs et des ouvriers des Trois-Rivières qui viennent de partir pour exécuter cette œuvre.

Dars l’île du Prince-Edouard, il y a une petite ville désignée de nos jours sous le même nom.

C’est le moment de rappeler une tradition trifluvienne qui veut que le nom des Trois-Rivières ait été donné au fort situé près de l'embouchure du Saint-Maurice en raison de son accès commode pour y rencontrer les Sauvages qui faisaient la traite en descendant par les rivières Métaberoutin, Bécancourt et Saint-François. Pour motiver la tradition, la traite de ces trois rivières aurait dû avoir lieu dès le temps de Champlain, ce qui était impossible, puisqu’il n’y avait pas de Sauvages au sud du fleuve, où les Iroquois ne se mantraient que pour dresser des embuscades et massacrer les coureurs des bois. Lorsque les Abénaquis, venus du Maine et du Nouveau-Brunswick, formèrent les villages de Bécancourt et de Saint-François,il y avait un siècle que le nom des Trois-Rivières était adopté, et cinquante autorités irréfutables en avaient expliqué l’étymologie

Retournons au texte de Champlain pour ce qui regarde d’autres points de sa description :

L'ile située ‘au milieu” de l'embouchure du Suint-Maurice, correspond à celle qui port le nom de {a Trinité, et.

que, de nos jours, l’on appelle l’île Saint-Quentin, ou aux Cochons, mais elle n’est pas “ élevée du côté du sud ” ni ‘ abaïissée du côté du nord,” attendu qu’elle est presque aussi plate que les cinq autres, petites et grandes. Le monticule, à peine visible, qui en marque le centre a pu être autrefois le dernier àegré d’une pente, disparue avec le sol qui la formait. A partir de cet endroit jusqu’à son extrémité est, l’iic est basse et submergée tous les ans. Au temps de Champlain, elle devait s’avancer à une distance considérable dans le fleuve ; il est certain aussi qu’elle a été racourcie à cette extrémité dans la même proportion qu'elle s’est allongée par sa pointe ouest: elle a fait un pas de recul, sous la pression du courant du fleuve et aidée, d’un autre côté, par les sables que charrie la rivière. Il faut croire que la partie rongée par le fleuve comprenait toute l'élévation décrite par Cha:nplain. Si tel était le cas, il y aurait lieu de supposer que Cartier dut choisir de préférence ce petit promontoire pour y planter une croix : le doute où l’on est à cet égard nous semble éclairci par la comparaison des textes de ces deux explorateurs.

L'expression : ‘élevé du côté du sud ” a donné à penser que le cap Métaberotine ou des Iroquois ! pourrait bien être le site propre à être fortifié, vu que c’est la seule pointe de terre tournée dans la direction du sud-est : celles des îles la Trinité et la Potherie portant plutôt au nordest. Plusieurs raisons s'opposent à cette croyance : CF Cap, comme les îles, fait face à la rive droite du Saint-Laurent que l’on désigne comme étant au sud, il faudrait écrire ou parler avec la plus stricte précision, si, en nommant ces lieux, l’on prenait le soin de faire sentir qu'ils ne s'offrent pas exactement tous à la direction du sud. Ensuite, le cap Métaberotine ne va pas ‘“ en baissant quelque peu du côté du nord,” il garde son niveau, qui est celui de la rive droite du Saint-Maurice. Troisièmement, il n’est nas ‘ éloigné de la terre,tant d’un côté que de l’autre, de quatre à cinq cents pas,” c’est l’île de la Trinité qui occupe cette position, le mot ‘ terre” signifiant terre ferme.

On a cru que Champiain no pouvait se tromper aussi grossièrement que de voir un terrain élevé oùuiln’ya qu’une terre à fleur d’eau ; et le zèle pour sa mémoire a voulu faire une ancienne île du cap Métaberotine. Champlain ne s’est pas trompé : il paraît y avoir eu un tertre un peu élevé à l’extrémité sud de l'ile du Milieu, seule-

1 C’est la pointe qui termine la rive droite de l'embouchure du Saint- Maurice, du côté de la ville.— Voir la planche No. 1.

ment le fleuve l’a détruit. Mais les admirateurs de Champlain ne se trompent pas, eux non plus: le cap Métaberotine, est une ancienne île, comme le démontre le lit de rivière qui le côtoie à sa droite, ou côté sud-ouest, depuis le cap aux Corneilles jusqu'à sa tombée dans le fleuve. IL serait difficile de dire à quelle époque un bras du Saint- Maurice a coulé dans ce canal; pourtant l’on ne saurait se le figurer au temps de Champlain, il n’était pas assez large pour placer le cap actuel au milieu de embouchure, et, d’ailleurs, cette disposition aurait fait nommer ;'endroit les Quatre-Rivières plutôt que Les Trois-Rivières. Le changement n’a pas pu s’opérer depuis, car nous en saurions quelque chose par les centaines de témoins qui n'auraient pas manqué de nous en instruire.

Le lit argileux de ce canal ne pouvait se creuser sous l’action de l’eau aussi facilement que les autres bouches du Saint-Maurice qui sont sur le sable ; le niveau s'étant détruit de cette manière, le courant a cessé de s’y jeter.

Les canots qui, dans les premierstempsdu p'°te, ‘andaient la rivière des Trois-Rivières pour aller e x : a la ville, ne donublaient pas toujours le cap Métaberotine ; souvent ils s’'rrêtaient vers le fond-de-veau, non loin du cap aux Corneilles, à l'endroit qui porte encore le nom de Côte-aux-Sauvages, et, de là, les pelleteries étaient trans. portées à dos d'hommes jusqu’au magasin des Français, aux Trois-Rivières. Pour accomplir ce dernier trajet, les Sauvages traversaient le marais, long et assez étroit, que formait alors le lit de l’ancienne rivière ; ils l’appelaient le Portage. Par opposition, ils appelaient a Table, le terrain sec et élevé qui s'étend entre le grand fleuve, le Platon, la rue Saint-Pierre, et la ravine qui est en face du couvent. Ce carré, long d’à-peu-près 500 pieds sur le fleuve et de 600 pieds de profondeur, était presque inaccessible du côté du nord et de l’ouest, pendant une partis de l’année, à cause des fondrières et des cours d’eau provenant de ce que le lit de l’ancienne rivière s’évase la” gement dans cette direction.

Un contrat de l’année 1637, dit que le fief des Jésuites est borné par ‘ le ruisseau Sainte-Madeleine, qui tombe dans le Saint-Laurent, à la pointe des [roquois.” Ainsi, dès cette époque, ce n’était plus qu’un ruisseau, et le nom de la ‘ Pointe des Iroquois ” était adopté, probablement en mémoire de quelque tragédie dont les faits ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Métaberotine, Pointe aux-[roquois, Cap-des-Trois-Rivières, Cap-Lieutenant et Poin des-Chenaux signifient le même cap.

raie

DES TROIUS-RIVIÈRES 31

L'industrie et le commerce tireraient un puissant parti du ruisseau Sainte-Madeleine en Le disposant pour prendre dans le Saint-Maurice, au moyen d’un barrage placé au cap aux Corneilles, un volume d’eau capable de servir de forèe motrice à plusieurs manufactures. L'endroit où il se décharge dans le fleuve est plus que suffisamment profond pour les grands navires d'outre-mer.

En lisant la première description de Champlain, l’on voit que, dès 1603, il avait le désir de fonder un poste aux Trois-Rivières, sur l’ile du Milieu, uniquement pour les avantages de la traite. Afin de mieux connaître la contrée, il se rendit jusqu’à la chüûte des Grais, sans pouvoir monter plus haut.

Dans sa seconde description des Trois-Rivières, Champlain mentionne qu’il y rencontra des Sauvages. Sur sa carte de la même année, 1609, Lescarbot indique comme lieu habité endroit où la ville est bâtie, ! ce qui montre que les Sauvages rencontraient les blancs sur ces terrains et non sur les iles des Trois-Rivières. Les Français, se conformant aux coutumes de ces tribus, ne paraissent pas avoir trafiquer avec elles ailleurs que sur la terreferme.

Enfin. nous savons que les anciens Iroquois occupaient la partie de la haute-ville qui comprend le Platon et la Table. Les Algonquins sy installèrent après leur conquête, et tout porte à croire que les Sauvages, si fidèles aux vieilles coutumes, n’adoptèrent pas d'autre lieu de rendez-vous avant le milieu du dix-septième siècle, sauf quelques campements accidentels à Batiscan, où les Français se rendaient aussi.

1 Lescarbot n'ayant jamais vu le fleuve, ilne faut pas cependant attacher trop d'importance à sa carte.

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