‹ Histoire de la ville de Vienne DauphinéChapitre 121 sur 136 · CONRAD LE PACIFIQUE , ROI DE ROURGOGNE · texte numérisé non relu

CONRAD LE PACIFIQUE , ROI DE ROURGOGNE

Il était temps que Conrad , alors âgé d'environ vingt ans , vînt prendre possession de ses vastes états ; car, lorsque le roi Hugue eut chassé les Sarrasins de la Basse-Provence , il y laissa les Hongrois dont il s'était fait accompagner, et dont il était sans doute bien aise de débarrasser l'Italie. D'autres croient au contraire que ces Hongrois étaient arrivés depuis peu , et avaient été envoyés d'Italie par Bérenger. Quoi qu'il en soit, les Maures ou Sarrasins qui avaient échappé à la destruction en 942 , s'étaient sauvés en Espagne , d'où , aidés par leurs compatriotes fixés dans la péninsule , ils fesaient de temps à autre des descentes sur les côtes de Provence avec l'espoir de s'y rétablir tôt ou tard. Il était même arrivé que , dans quelquesunes de leurs incursions, ils avaient menacé le Haut-Dauphiné et assiégé la ville de Gap. Les Hongrois luttaient avec eux ; mais ils fesaient payer chèrement leur prétendue protection aux habitants

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du pays , qu'ils rançonnaient et pillaient comme les Maures auraient pu le faire.

Conrad commença par laisser épuiser les Hongrois , et quand ils ne furent plus assez nombreux pour lui inspirer des inquiétudes , il s'allia avec eux et réussit a chasser les Sarrasins. Alors il parla en maître, et exigea que les Hongrois abandonnassent également ses états. 11 les fit conduire jusqu'aux frontières de la Lorraine, où ils arrivèrent en g54-

Quelques chroniques portent à l'année 973 l'expédition de Conrad contre les Sarrasins , maîtres alors d'une place forte qu'on nommait Frejnet ou Frescinet ; mais on a vu que ce même fort avait été pris et démantelé en 942 par le roi Hugue. D'ailleurs on parle encore du feu grégeois dont le secret aurait été donné à Conrad par l'empereur des Grecs. C'est, en un mot, la même expédition du roi Hugue attribuée au roi Conrad.

J'ai préféré suivre pour les faits et les dates la Chronique de Frodoard , qui annonce positivement qu'en 954 , Conrad ayant fait un traité avec les Hongrois , les força à se rendre dans la Lorraine.

Le 10 septembre de cette même année 954 > le roi de France, Louis d'Outremer , mourut, et eut pour successeur son fils Lothaire.

Louis d'Outremer laissa plusieurs filles. Magtilde , l'aînée , devint en 967 l'épouse de Conrad. Quelques historiens ont écrit que le roi Lothaire

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avait donné la ville de Lyon pour dot à sa sœur Magtilde. C'est une grande erreur. Le roi Conrad avait été constamment maître , non seulement de Lyon , mais de toute la Bourgogne Transjurane et de la portion de la Suisse qui l'avoisine.

L'empereur Othon le Grand étant mort en 975 , sa veuve Adélaïde s'empara des rênes de l'état , quoique leur fils Othon II eût alors dix-huit ans ; mais en 978, ce prince voulant régner par luimême , força sa mère à chercher un refuge à la cour du roi Conrad son frère , qui la reçut avec les plus grands honneurs. Elle prolongea son sé- )our à la cour de Bourgogne jusqu'en 999.

Voici ce que dit saint Odilon , abbé de Cluny,

dans sa Vie de l'impératrice Adélaïde Trista-

batur de absentia ejus Ger mania , Lœtabatur in adventu ejus tôt a Burgundia. Exultabat Lugdunum quondam philosophiœ mater et nutrijc , nec non et Vienna nobilis sedes regia.

« L'Allemagne était attristée de son absence , « toute la Bourgogne se réjouissait de son arrivée. a ' Lyon , autrefois mère et nourrice de la philoso- « phie , et Vienne , noble capitale du royaume , « étaient transportées de joie. »

Saint Odilon , auteur contemporain , peint , en peu de mots , la tristesse qu'éprouva l'Allemagne du départ d'Adélaïde. Cette princesse y avait laissé des amis tellement puissants qu'ils faillirent détrôner Othon II.

Le saint abbé, en parlant de Lyon, fait allusion aux jeux que Caligula y avait institués en l'an 4o- Quant à la ville de Vienne, les expressions de l'auteur sont d'une clarté et d'une précision qui seules suffiraient pour établir, s'il en était besoin, que Vienne était la capitale du royaume de Bourgogne.

Entre plusieurs donations importantes à l'église de Vienne , il faut remarquer celle que le roi Conrad fit au chapitre de Saint-Maurice de la terre de Lusinay, et de toutes ses dépendances , y compris les serfs des deux sexes (*).

Ces donations mécontentaient les seigneurs laïques , qui voyaient avec peine que la plus grande partie des terres passait entre les mains du clergé ; et ce fut sans doute la cause d'un soulèvement dans la Valloire , plaine située à quatre lieues au sud-est de Vienne. Les insurgés, poursuivis par la reine Magtilde , se réfugièrent dans le château de Montbreton , qui fut pris d'assaut et démantelé. ( Voyez Chorier dans son Histoire du Dauphiné , tome I er , p. 743.)

Cette courte campagne , et l'expulsion des Sarrasins et des Hongrois de la Basse -Provence , furent les seuls événements qui troublèrent la tranquillité du roi Conrad. Ce monarque vécut en paix avec

(*) Cette même terre avait été de'ja donne'e à l'église de Vienne , par l'empereur Lothaire , en 853.

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tous ses voisins , et les chroniques contemporaines se plaisent à lui donner le surnom de Pacifique sous lequel il est connu dans l'histoire.

Conrad le Pacifique profita de la bonne harmonie qui existait entre lui et les autres souverains, pour faire fortifier l'ancien palais du se'nat ( Eumédium), qui depuis quelque temps avait reçu le nom de Pi pet. La ville de Vienne s'était peu à peu repeuplée autant que le comportait sa nouvelle enceinte. Il est même probable que ce fut à cette époque que le quartier de Fuissin , qui avait fait partie du val des Jardins, commença à se couvrir d'habitations.

Chaque jour avait vu disparaître les débris des maisons qui , un siècle auparavant , formaient encore la haute ville. Loin de songer à rebâtir sur Mont-Salomon, Mont-Arnaud, Sainte-Blandine et Saint- Just , on ne s'était occupé qu'à nettoyer le terrain et à le convertir en vignes ou en terres labourables. Le fisc s'était emparé de ces diverses collines , et elles étaient alors cultivées par des serfs de la couronne. Nous verrons, sous le règne suivant , quels furent les nouveaux maîtres de ces différentes localités.

Le roi Conrad le Pacifique et la reine Magtilde moururent l'un et l'autre à Vienne, en l'année 993. Ils laissèrent deux fils et cinq filles :

10 Rodolphe le Fainéant , qui succéda à son père;

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2° Burcard ou Burchard, qui fut archevêque de Lyon ;

3° Gisle ou Giselle , qui fut mariée à Henri , duc de Bavière, de qui elle eut Henri II, empereur en 1002 ;

4° Bcrthe , qui épousa en premières noces Eudes 1 er , comte de Blois et de Champagne , de qui elle eut un fils également nommé Eudes ; et en secondes noces , Robert , roi de France , qui fut obligé de la répudier pour cause de parenté ;

5° Gerberge, qui fut mariée à Hermann, duc de Souabe , de qui elle eut une fille nommée Giselle , mariée à l'empereur Conrad II, dit le Salique.

6° Mag tilde , qui épousa en premières noces Baudoin IV, comte de Flandre, et en secondes noces Godefroy , comte des Ardennes ;

7° Et enfin Vuille , qui fut mariée h Ratburne , vicomte de Vienne.

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