‹ Histoire de la ville de Vienne DauphinéChapitre 122 sur 136 · CHARTES DU ROT CONRAD LE PACIFIQUE · texte numérisé non relu

CHARTES DU ROT CONRAD LE PACIFIQUE

Je ne donne ici que celles qui se rattachent à l'histoire de Vienne , ou qui présentent quelques faits curieux.

i° Une charte du 27 juin g53 contient un jugement rendu par le roi en faveur du monastère de Cluny, contre Charles-Constantin, prince de Vienne. Cette charte est tirée ex Chartulario Cluniacensi.

DE BOURGOGNE. 3ll

La date est exprimée ainsi qu'il suit : Datum Vkal. jul. anno VI régnante domno Chuonrado piissimo rege. Mais , ou la charte est fausse et a été fabriquée par les moines de Cluny , ou il faut lire anno XVI au lieu à' anno VI ; car il est certain que Conrad ne vint à Vienne qu'en g5i , et cependant ce fut à Vienne même que le jugement fut rendu , ainsi qu'on peut s'en convaincre par le passage suivant, extrait de la charte de Conrad :

« Monachi proclamaverunt se in praesentiam « nostram , in pago Viennense, quod Karolus con- « sanguineus noster , illorum res quas Ingelbertus <c per cartam donationis ad dictum locum tradi- <c dit , idem Karolus injuste contendebat , etc. »

Puisqu'il est ici question pour la dernière fois de Charles-Constantin , nous dirons que quelques auteurs soutiennent qu'il mourut célibataire , ou que du moins il n'eut point d'enfants; tandis que d'autres affirment qu'il épousa Thiberge , de qui il eut un fils nommé Humbert aux blanches mains \ qui fut la souche des comtes de Savoie. Effectivement, ceux-ci avaient de vastes domaines dans le comté de Vienne , et affichèrent , pendant plusieurs siècles, des prétentions sur la ville de Vienne elle-même.

2° Une charte du 8 avril 961 contient une donation à l'église de Payerne. Elle est datée de Lausanne ; ce qui prouve que le royaume de Bourgogne comprenait une partie de la Suisse.

3ia SECOND ROYAUME

« Data VI idus aprilis anno ab Incarnatione « Domini nostri Jesu Christi g5a , anno régnante « domino nostro Conrado XXIV, Lausanna civi- « tate. » ( Guicheno in bibliotheca Sebusiana , p. 373.)

11 est facile de s'apercevoir qu'il y a une erreur évidente dans le millésime de celte charte , car Rodolphe II ne mourut qu'en 937, et la vingt-quatrième année du règne de Conrad correspond h l'année 961.

5° Une charte du 1 3 décembre 963 confirme le monastère de Mont-Majeur dans toutes ses possessions.

« Data idus decembris , ind. VII, anno Incar- « nationis Domini g63 , anno XXVII régnante « Chuonrado rege. Actum Vigenna civitate felici- « ter amen. » (Recueil des Historiens des Gaules, t. g, p. 711.)

Dans plusieurs chartes et diplômes du dixième siècle , le mot de Vigenna est employé pour celui de Fienna.

4° Une charte du 6 avril 964 confirme l'église Sistaricensis dans toutes ses possessions.

« Actum VIII idus aprilis anno Incarnationis ce dominicae 964 , anno XXVII régnante Conrado « rege. Actum Arelatensi civitate féliciter. Amen.» (Même recueil et même page,)

Les deux chartes qui précèdent sont datées , lune, du i3 décembre 963 , et l'autre, du 6 avril

964 , et cependant dans toutes deux , l'année du règne de Conrad est indiquée comme étant la vingt- septième. Il faut supposer que la première est du 1 3 décembre 964 , ce qui sera d'accord non seulement avec l'année du règne , mais encore, avec la septième indiction.

5° Une charte du i er janvier 967 , confirme le monastère de Saint - Pierre de Vienne dans toutes ses possessions.

« Data cal. januarii , indictio X, Viennae pu- « blice , anno XXX domini nostri Chuonradi piis- « simi régis in Christi nomine. Amen. » (Même recueil et même page.)

6° Une charte du 20 août 971 accorde une immunité au monastère de l'île Barbe.

« Datum XIII kal. septembris anno scilicet In- (( carnationis Christi 971 , indict. X1III , anno « XXXIV imperii Chonradi invectissimi régis. »

« Actum apud Viennam civitatem publiée in Dei « nomine féliciter. Amen. » {Ex Rucleribus insulte Bar bar œ , p. 64.)

7° Une charte de 972 confirme l'église de Vienne dans ses privilèges et immunités , sur la demande de Thibaut , archevêque. Elle indique en quoi consistaient ces privilèges.

« Nous défendons a tous juges publics ou au- « très personnes ayant quelque autorité dans l'é- « tendue de nos états , et à tous nos sujets , de « tenir leurs assises dans aucune des terres ap-

3l4 SECOND ROYAUME

« partenantes à l'église de Vienne , en quelques « lieux qu'elles soient situées , ni de citer ses vas- « saux en justice, ni d'exiger d'elle aucun péage « ni par eau ni par terre , ni aucun droit de « fouage. » (Tab. Eccl. Fienn. fol. 14.)

8° Une autre charte du 17 août 972 confirme un clerc de l'église de Saint-Maurice dans la jouissance du monastère de Saint- Gervais, dont les confins sont ainsi donnés : In loco nuncupato sancti Gervasii , quod desinit ex una parte monte Crappo , de alia parte monte Judaïco , de alia terra sancti Joannis , de alia via publica quœ descendit de sancto Marcello. (Tab. Eccl.

Vienn. fol. i/f.)

D'abord il convient de remarquer que les mots église de Vienne* et église de Saint -Maurice , sont synonymes.

Les confins donnés par cette charte sont , d'un côté , le mont Crappum , qui , à ce qu'il paraît , n'était pas encore connu sous celui de Saint-Just; d'un autre côté, le mont des Juifs \ qu'on a nommé depuis Coupe-Jarret; d'autre part , la terre de Saint-Jean, qui occupait l'espace où ont été bâtis le séminaire et la caserne de Vienne , et enfin le chemin venant de Saint-Marcel , que nous nommons aujourd'hui Beau-Mur.

9 0 Une charte du 7 octobre 973 accorde une immunité au monastère Saviniacensi .

a Datum non. oct. anno scilicet Incarnationis

DE BOURGOGNE. 3l5

« Christi 973 , indictio II, et anno XXXVI imperii « doniini Chuonradi serenissimi régis.

« Actum Lugdnni publiée féliciter. » (Preuves de 1 Histoire de Lyon , par le père Menestrier pag. 22.)

io° Une charte de 992 contient une donation en faveur du monastère de Saint- André-le-Bas de Vienne, dans lequel le donateur fut enterré.

On voit encore le tombeau et l'épitaphe du roi Conrad, adroite du chœur de l'église Saint- Andréle-Bas , vis-à-vis de ceux du duc Ancemond , fondateur de ce monastère.

Cette charte en parlant du monastère de Saint- André-le-Bas, s'exprime ainsi: Quod est constructum in civitate Vienna, in honore sancti Àndreœ y et sancti confessoris Maximi qui hic corporaliter requiescit.

Ainsi Chorier se serait trompé en croyant que la chapelle de Saint -Maxime, sur le territoire de Massier, aurait été érigée en l'honneur de saint Maxime, évêque de Fréjus. Il est à présumer que ce saint Maxime était du pays , puisque son corps avait été enterré dans l'église de Saint-André-le-Bas. (Apud Acheriumspicilegii.tom. III. ed. inf°,p. 38o).

Les chartes que nous venons d'analyser brièvement prouvent que Conrad datait de la mort de son père , les années de son règne, et il en résulte que Rodolphe II mourut en 937 , ainsi que nous l'avons avancé dans le texte.

3l6 SECOND ROYAUME

La dernière charte prouverait encore que les nouveaux remparts renfermaient dans leur enceinte le monastère de Saint-André-le-Bas , car il e'tait en dehors des anciens remparts romains. Cette charte est la première qui, en parlant de ce monastère, dit : ()uod est construction in civitate. Au reste la charte et d'autres documents établissent que Conrad avait fait rebâtir ce monastère, qui était entièrement en ruine depuis la destruction de Vienne par Richard le Justicier.

Ainsi les tombeaux du fondateur et du restaurateur du monastère de Saint-André-le-Bas se trouvent vis-à-vis l'un de l'autre.

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