‹ Histoire de la ville de Vienne DauphinéChapitre 19 sur 136 · PAR UN AQUEDUC · texte numérisé non relu

PAR UN AQUEDUC

Ce que nous avons dit de cet événement (page 48) est extrait , pour ainsi dire , mot à mot , du récit de Grégoire de Tours (livre 3, chap. 33).

L'abbé de Marolles , traducteur et annotateur de Grégoire de Tours , en parlant de l'entrée des troupes de Gondebaud dans Vienne par un aqueduc , explique dans une note que « ce sont les mêmes « aqueducs des fontaines qui sont encore aujourcc d'hui dans Vienne ; mais que l'entrée des ennemi mis par ces aqueducs annonce qu'ils étaient n beaucoup plus grands et plus somptueux qu'ils « ne le sont à présent ».

La traduction de l'abbé de Marolles est de i663. Or , à cette époque , les fontaines de Vienne étaient alimentées par des eaux amenées dans des bourneaux de terre qui ne ressemblaient en rien à des aqueducs. Il y a donc une grande erreur de la part de l'annotateur , lorsqu'il avance que les aqueducs de i663 étaient les mêmes que ceux du temps de Gondebaud.

Les aqueducs romains ont existé jusqu'en 883. On en connaît un très grand nombre ;qui amenaient

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dans Vienne les eaux des rivières , des ruisseaux et des sources des environs.

Il y en avait cinq le long des collines de la rive gauche de la Gère.

Le n° I er , c'est-à-dire celui le plus rapproché du niveau de la rivière , a trois pieds de largeur sur cinq de hauteur , sous clé.

Le n° 2 , deux pieds deux pouces de largeur sur trois pieds six pouces de hauteur.

Le n° 3, deux pieds de largeur sur trois pieds de hauteur.

Le n° 4» trois pieds de largeur sur quatre pieds six pouces de hauteur;

Enfin, le n° 5, six pieds de largeur et une hauteur semblable.

Je n'entrerai pas dans de plus grands détails sur ces aqueducs et plusieurs autres , dont j'ai parlé longuement dans le volume publié en 1828; je me contenterai de dire que , lorsqu'on 1820 M. Tessière de Miremont, alors maire de Vienne, entreprit d'utiliser les anciens aqueducs romains, le long de la Gère, pour amener des eaux abondantes , fraîches et limpides dans l'intérieur de la ville , on se servit des aqueducs n 01 1 , 2 , 3 et 4 ♦ selon qu'ils étaient plus ou moins conservés , mais que le n° 5 , c'est-à-dire le plus grand de tous , fut trouvé dans un état de dégradation tel, qu'on le négligea tout-à-fait.

En suivant les parties encore existantes de ce grand aqueduc, l'ouvrage de Grégoire de Tours

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à la main , on reconnaît la fidélité de cet historien. Les regards dont il parle , fermés avec de grosses pierres taillées , se retrouvent de distance en distance. D'ailleurs, la tradition populaire de la prise de Vienne , au moyen de l'introduction des assiégeants par un aquéduc , s'est perpétuée d'âge en âge.

J'ai dit, dans le texte , que, lorsque Gondebaud se fut rendu maître de Vienne , il avait donné l'ordre d'épargner les soldats de Clovis, et qu'il les avait envoyés à Alaric , roi des Visigoths. Ici j'ai encore copié Grégoire de Tours, dont la version me paraît tout-â-fait naturelle ; car, à cette époque, Gondebaud avait le plus grand intérêt à ménager Alaric.

Le moine Aimoin, copié par Ghorier, dit au contraire que les Francs s'étaient renfermés dans une tour; qu'ils y furent investis par Gondebaud , qui fit environner la tour de matières combustibles, de sorte que tous les Francs périrent dans les flammes. ( Cap. 19, lib. 1. De bello contra Gundebaldum. )

Je laisse au lecteur le soin de décider quelle était celle des deux narrations que je devais adopter, ma conviction étant qu'aucune tour des remparts romains ne pouvait contenir quatre ou cinq mille hommes. D'ailleurs Grégoire de Tours était presque contemporain de Gondebaud , tandis que le moine Aimoin , auteur d'une compilation pleine de fables et de faux miracles, vivait dans le onzième siècle.

C'est toujours, j'ose le dire, avec le même esprit de critique , que je me suis déterminé à donner la préférence au récit d'un auteur, qui se liait, d'une manière claire et précise , aux faits antécédents ou subséquents , et à laisser de côté d'autres ouvrages remplis d "erreurs , d'anachronismes et de fables , quoique ces mêmes ouvrages parussent donner à la ville de Vienne une importance déjà suffisante , en la resserrant dans des limites historiques et incontestables.

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