SIEGE DE VIENNE
Louis , roi de Germanie et de Bavière , qui avait une armée toute prête , la mit à la disposition des princes français , qui s'en servirent d'abord pour l'opposer à Hugues , bâtard de Lotbaire II et de Valdrade , qui visait à se faire un état indépendant. Cette expédition ne dura que quelques jours, et l'armée de Bavière, à laquelle se réunirent les troupes des princes français , se mit en route pour la Bourgogne. Richard le Justicier, que les uns qualifient de duc de Bourgogne , tandis que d'autres ne lui donnent que les titres de comte d'Auxerre et de marquis d'Autun , rejoignit avec toutes ses forces l'armée des confédérés. On entra dans Antun, qui ne fit aucune résistance.
Charles le Gros arriva avec de nouvelles troupes, et se réunit aux autres princes. Ils firent ensemble le siège de Mâcon , dont ils s'emparèrent au bout de quelques jours. Le comte Bernard , surnommé Plante- F élue i en fut nommé gouverneur. {Annales Bertinianiy ann. 880.)
Aucune autre ville n'opposa de la résistance ; Lyon fut pris sans coup férir, et les armées confédérées arrivèrent sous les murs de Vienne , vers la fin de juillet.
Les assaillants espéraient en finir avec Vienne comme avec Mâcon, c'est-à-dire au bout de quelques jours; mais quand ils virent les immenses murailles romaines et les tours qui les surmontaient, couvertes de nombreux défenseurs , ils comprirent qu'un assaut était tout-à-fait impraticable; il fallut s'en tenir à investir la ville , et à en préparer le siège dans toutes les règles.
Boson était très aimé des Viennois. C'était avec une vive satisfaction qu'ils avaient vu leur ville remonter au rang de capitale d'un royaume puissant. Le nouveau roi , qui prévoyait depuis quelque temps qu'il serait incessamment attaqué , avait fait réparer avec soin les fortifications endommagées pendant le siège qu'elle avait souffert dix ans auparavant. 11 réunit dans Vienne le plus de vivres qu'il put se procurer , et quant il sut que Louis , Carloman, Charles le Gros et Richard le Justicier s'approchaient , il alla dans les montagnes et la Provence préparer les moyens de secourir sa capitale , dans laquelle il laissa sa femme , sa fille et ses trésors, convaincu que cette marque de confiance engagerait les habitants à une résistance plus vigoureuse.
CHARLES LE GROS ABANDONNE LE SIÈGE DE VIENNE ET SE FAIT RECONNAITRE EMPEREUR.
Le siège de Vienne durait depuis cinq mois, et plus les assaillants multipliaient les attaques , plus la défense semblait acquérir d'énergie. Charles le Gros comprit que pendant qu'il perdait son temps devant les formidables remparts de cette ville , la couronne impériale , objet de tant d'ambitions , et sur laquelle il avait , pour ainsi dire , mis la main, pouvait lui échapper. Déjà , plusieurs fois , il avait fait sentir le danger de sa position à ses cousins. De nouveaux délais lui étaient sans cesse demandés; car les assiégeants espéraient toujours que les Viennois , qui commençaient à éprouver une disette , ne tarderaient pas à accepter une capitulation. Charles le Gros, convaincu qu'on n'était guère plus avancé que le premier jour, mit le feu à son camp, pendant une nuit du mois de décembre , et se rendit à Rome , où il reçut des mains du pape les insignes de la dignité impériale, en janvier ou février 88 1. {Annales Fedastini,)
LOUIS , ROI DE FRANCE ET DE NEUSTRIE , ABANDONNE AUSSI LE SIÈGE DE VIENNE.
A l'époque où Charles le Gros se fesait reconnaître empereur, les Normands envahissaient Saint- Omer, Amiens, Corbie, Arras, et tous les pays environnants. Le roi Louis, recevant tous les jours des messages pour venir prendre le commandement de ses armées et défendre son propre territoire , fut forcé d'abandonner le siège de Vienne ; mais il laissa une grande partie de ses troupes à son frère Carloman.