‹ Histoire de la ville des Trois-Rivières et de ses environsChapitre 8 sur 14 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Sommaire. — Importance du poste. — Terrains accordés aux Récollets. — Guerre des Iroquois. — Prise du Père Poulain. — Assemblée générale des nations pour la paix aux Trois-Rivières. — Arrivée des Pères Jésuites dans le pays. — Menaces de guerre ; supplice d'un prisonnier. — Batisquan, chef sauvage des Trois-Rivières. — Les sauvages cultivent du blé et des citrouilles aux Trois- Rivières. — Prise de Québec par les Anglais ; abandon du Canada. — Retour des Français. — Discours du chef Capitanal pour obtenir qu'on bâtisse un fort aux Trois-Rivières. — Le fort Sainte-Croix. — Français surpris par les Iroquois près les Trois-Rivières. — Nécessité d'établir un fort en ce lieu.

\ La compagnie de Montmorency, formée en 1620, avait Champlain pour lieutenant-général. Pontgravé, l'un des principaux employés de l'ancienne compagnie, eut ordre de diriger la traite des Trois-Rivières, en 1621, quoiqu'il cherchât de préférence à rester à Québec, où se rendaient aussi beaucoup de Sauvages.

On lui avait refusé l'entrée du port de Québec, lui permettant, toutefois, d'aller traiter aux Trois-Rivières pour le compte de ses associés, ce qui ne l'empêcha pas de se rendre quelque temps après à Tadoussac dans le même but. Son principal commis aux Trois-Rivières, se nommait Deschênes. Bientôt après fut réglé le différend, qui existait entre les deux compagnies ; elles purent faire la traite ensemble, et finalement un arrêt du Conseil d'Etat les fondit en une seule compagnie.

En 1621, le sieur de Guers, nommé commissaire, dirigeait la traite aux Trois Rivières pour la nouvelle compagnie. Depuis le transport de la traite du saut Saint- Louis, les affaires du haut Saint-Laurent se concentraient aux Trois-Rivières et en faisaient un poste important.1

Les Récollets obtinrent, cette même année, pour l'instruction des Sauvages et leur établissement sédentaire, un terrain aux Trois-Rivières. Un acte du roi de France le reconnut en 1632, mais sans bénéfice pour ces Pèresr puisqu'il leur fut impossible alors de retourner en Canada. Nous ne savons presque rien touchant les travaux de colonisation qui durent être faits aux Trois-Rivières antérieurement à 1636, par les Récollets, par les Français ou par les Sauvages.

La guerre durait toujours. C'était une succession d'embuscades et de surprises qui tenaient constamment les Français et leurs alliés sur le qui-vive. L'état de la colonie était des plus misérables ; Québec n'offrait qu'une ou deux mâsures délabrées pour tout refuge. 2 11 n'y en avait guère plus aux Trois-Rivières. Dans l'été de 1622, trente canots iroquois passèrent devant ce dernier poste, et allèrent attaquer la maison des Récollets à Québec ; on eut le bonheur de les repousser. Mais, bientôt après, le Père Poulain étant parti des Trois-Rivières pour se rendre à la traite au saut Saint-Louis, tomba entre leurs mains et aurait été brûlé sans la promptitude que mirent les Français à l'échanger contre des prisonniers iroquois. Le Père continua son voyage pour aller évangéliser les Nipissiriniens ; le Père Huet le remplaça aux Trois-Rivières. 3

Au printemps de l'année 1624, les Hurons, les Algonquins et les Iroquois parurent disposés à enterrer la hache de guerre, suivant leur langage figuré. Soixante canots hurons, vingt-cinq canots iroquois et 13 canots algonquinsnipissiriniens descendirent ensemble aux Trois-Rivières, où, l'on s'en souvient, le feu de conseil avait été allumé. Des flottilles arrivaient de tous côtés ; on n'avait jamais vu un concours de peuples aussi différents. C'était aussi la première assemblée de ce genre qui se tenait depuis l'arrivée des Français et même de mémoire d'homme..

1 Le Clercq, p. 170, 200. Ferland, p. 188, 190, 198. Champlain, 2epartie, p. 17-18.

2 Durant l'hiver 1622-23, la population de Québec était de 50 personnes, celle du reste du Canada était presque nulle. En 1624 et 1626, il n'y eut à Québec que 50 personnes, tout compté.

3 Elabliss. de la foi, p. 206-7-8-9, 219. Ferland, p. 202-3-4.

Le P. Le Caron et le F. Sagard avaient jugé opportun de s'y trouver. Heureusement, l'ordre fut assez facile à maintenir.

Les Hurons, au nombre de deux cents, ramenait avec eux le Père Le Caron; ils arrivèrent aux Trois-Rivières dans le cours du mois de juin ; c'est évidemment alors qu'eut lieu l'assemblée, laquelle était l'œuvre de Champlain. Tous ces sauvages, y compris les Iroquois, apportaient des pelleteries pour la traite.

Les Sauvages mettaient dans ces réunions toute la pompe et la gravité possible ; ils se conformaient à un cérémonial précis. Après avoir suspendu la chaudière de paix, le chef appelé à présider en cette circonstance, se leva seul, et, dans un discours étudié, exposa les motifs qui déterminaient les nations à conclure une paix mille fois plus désirable que la guerre : le but étant d'effacer1 tous les anciens griefs et de remettre les choses dans l'état où elles étaient avant la funeste division qui avait éclatée, environ un siècle auparavant, entre les Iroquois et les Algonquins. Tous assis en rond autour du feu du conseil, dans l'immobilité la plus complète et fumant le calumet, les Sauvages écoutaient l'orateur sans l'interrompre. Selon les lois de l'étiquette, le premier jour l'on ne devait entendre que le discours du trône, comme nous disons dans nos parlements modernes.

La toilette la plus soignée était de rigueur ; les tatouages, les peintures aux contrastes les plus affreux, les ornements de plumes et de verroteries s'étalaient en ce& solennités où chacun prouvait son bon goût en produisant quelque bizarrerie de costume impossible à rêver.

Aux séances suivantes, on entendit les discours desdéputés des diverses tribus ou nations assemblées. Les Sauvages possédaient une langue appropriée aux harangues ; ils étaient jaloux de se montrer beaux parleurs ;. l'éloquence était prisée comme un grand talent, aussi trouvait-on parmi eux des orateurs remarquables. Les points du discours d'un chef d'ambassade étaient marqués par autant de présents, qu'il devait étaler devant le conseil. M l'ordre, ni le nombre de ces présents symboliques ne dépendaient de la fantaisie des particuliers, le tout était réglé par des coutumes que l'on observait religieusement. Les interprètes traduisaient ces discours souvent fort longs et l'on conçoit que plusieurs jours se passaient avant d'en arriver à un arrangement définitif.

Une fois la paix tant désirée conclue, les festins commencèrent. Tout prit un air de fête : Français, Hurons^ Iroquois, Montagnais, se mêlaient ensemble et fraterni-

saient avec enthousiasme. Lé Père Le Garon descendit ensuite à Québec. 1

Le 19 juillet, le sieur de Gaen partit de Québec avec des barques pour traiter aux Trois-Rivières au cas où il y eût rencontré encore des Sauvages ; c'est lui qui était chargé de la traite en première instance. Le 26, arriva à Québec une barque portant deux soldats qu'il envoyait en son vaisseau pour les mettre à la chaîne, en punition de quelques légèretés qu'ils avaient commises. Le 1er août, il était lui-même de retour à Québec. 2

Le frère Charles Langoissieux et un Père récollet furent envoyés de Québec pour la mission des Trois- Rivières, avant le 25 août, jour du départ des navires pour la France.3

Les Récollets, trop pauvres pour soutenir les missions du Canada que la compagnie des marchands persistait à laisser sans secours efficaces, s'adressèrent aux Jésuites pour partager leurs travaux. En 1625, trois Pères et deux Frères débarquèrent à Québec. Le Père de Brebeuf, jésuite, et le Père de la Roche-Daillon, récollet, se rendirent de suite aux Trois-Rivières, par les barques qui y allaient en traite. " Ils y furent reçus charitablement par notre missionnaire qui y résidait. On trouva plusieurs chefs de Hurons qui leur facilitèrent les moyens de poursuivre leur route et les conduire avec leur petit équipage dans leur pays." Les Pères se disposaient à partir pour le pays des Hurons lorsqu'arriva la nouvelle qu'une partie de ces sauvages s'étaient soulevés et avaient noyé le Père Viel, récollet. Ils retournèrent à Québec, attendant que le calme fût rétabli.4

Au commencement de l'année 1627, une dizaine de jeunes algonquins ayant surpris, en pleine paix, trois iroquois ; l'un de ces derniers s'échappa et les deux autres furent conduits aux Trois-Rivières où ils furent livrés aux supplices.

Nous empruntons au Frère Sagard le récit suivant, en y ajoutant quelques détails fournis par Champlain et Le Clercq :

u Notre frère Gervais-Mohier m'a appris que comme il fut envoyé par le R. P. Joseph Le Caron, supérieur de

1 Le Clercq, p. 258-9. Ferland, p. 206-7.

2 Voyages de Champlain, édition de 1632, 2me partie, p. 74.

3 Le Clercq, Etabliss. de la foi, p. 292. Ferland, Hist. du Canada, p. 213.

4 Etabliss. de la foi, p. 319-20. Ferland, p. 216.

notre couvent de Québec, dans une barque avec le rév. P. Lalemand, jésuite, pour les Trois-Rivières, à dessein d'apprendre des Hurons, (qui s'y devaient trouver) des nouvelles de notre Père Joseph de la Roche, qui était dans leur pays, et d'y monter s'il eut été nécessaire pour son secours, étant là, arrivèrent sur le soir trois canots de jeunes Montagnais, volontiers qui malgré leurs parents et capitaines étaient partis pour la guerre contre les Iroquois, pour y mourir ou pour en ramener des prisonniers, ce qu'ils firent.

Il dit qu'ils venaient chantant tout debout dans leurs canots, comme personnes fort contentes et joyeuses, et que si loin qu'on les aperçut et qu'on put décerner leur chant et leur posture, on jugea à leur mine qu'ils venaient de la guerre et qu'assurément, ils avaient autant de prisoniers comme ils répétaient à la fin de chaque couplet de leur chanson le fiflabo /io, ce qui fut trouvé véritable, car ils répétaient deux fois, aussi avaient-ils deux pri- . sonniers.

Ils en font de même quand ils ne rapportent que les têtes de leurs ennemis, ou leurs perruques écorchées, lesquelles ils attachent chacune au bout d'un long bois, arrangé sur le devant de leurs canots, pour faire voir leurs prouesses et la victoire obtenue sur leurs ennemis • à ceux qui leur doivent une honorable réception pour ces exploits.

Le bon frère Gervais, désireux de voir ces prisoniers de plus près, et sonder s'il pouvait obtenir leur délivrance, se fit conduire à terre avec le R. P. Lalemant et de là entrèrent dans les cabanes pour voir ces pauvres prisonniers qu'ils trouvèrent chez un sauvage montagnais nommé Macabo 1 ou Martin par les Français qui nous était grand ami. '

Son gendre appelé Nepagabiscou et par les Français Tricatin, fils d'un père nommé Neptegaté, c'est-à-dire homme qui n'a qu'une jambe, non qu'il fut boiteux, mais était son nom de naissance. Ce Nepagabiscou 2 était capitaine des sept autres barbares qui l'avaient accompagné à la guerre contre les Iroquois, d'où ils avaient

1 II mourut en 1628, à Québec. (Ghamplain, 2e partie. Sagard, Hist., p. 573.)

2 Napagabiscou, algonquin de nation, avait été instruit par le Père Le Garon et baptisé, pendant qu'il était malade, par le frère Gervais ; depuis lors il se dévouait au service des religieux et des Français. (Le Glercq, p. 390, 393. Sagard, Hist. du Canada, p. 518—534, 567, 917, 927.)

amenés ces deux prisonniers, lesquels ils avaient surpris occupés à la pêche du castor, en une rivière de leur village ou bourgade.

Ces pauvres esclaves, l'un âgé d'environ 25 ans, et l'autre de 15 à 16, étaient assis à plate terre, proche de ce capitaine Nepagabiscou, festinant en compagnie de plusieurs autres sauvages, d'une pleine chaudière de pois cuits et de la chair d'élan, avec la même gaîté et liberté que les autres, du moins en faisaient-ils le semblant pour n'être estimés poltrons ou avoir peur des tourments, desquels ils avaient déjà eu le premier appareil capable de pouvoir tirer des larmes de personnes moins constantes, car pour moindre mal, nous crions bien à l'aide.

Le bon Frère dit qu'on leur avait déjà arraché les ongles de tous les doigts des mains, puis brûlé le dessus avec de la-cendre chaude, ordinairement mêlée de sable brûlant pour en étancher le sang. L'un d'eux avait été très-bien battu par une femme montagnaise, qui lui mordit le bras dont elle mangea une grande pièce, disant que c'était une vengeance de la mort de son fils qui avait été pris et mangé en leur pays.

Ils avaient aussi été très-bien battus en les prenant et par les chemins, dont ils étaient presque tout brisés de coups, particulièrement le plus jeune, qui ne pouvait quasi marcher d'un coup de massue qu'il avait reçu sur les reins, sans que cela l'empêchât de la mine gaie et joyeuse, et de chanter avec son compagnon mille brocards et imprécautions à l'encontre de Napagabiscou et de toutes les nations montagnaises et algonquines, qui ne se fâchaient nullement d'entendre un si fâcheux ramage, telle étant leur coutume, qui serait méritoire si elle était- observée pour Dieu ou à cause de Dieu, mais le malheur est qu'il n'y a rien que la seule vanité qui les porte d'être estimés "inébranlables pour les injures et pleins de courage dans les tourments.

Le festin étant fini, on les mena en une autre grande cabane, où quantité de jeunes filles et garçons se trouvèrent pour la danse, qu'ils firent à leur mode, dont les deux prisonniers étaient au milieu qui leur servaient de chantres, pendant que les autres dansaient autour d'eux, si échauffés qu'ils suaient de toutes parts.

Les instruments musicaux étaient une grande écaille de tortue et une façon de tambour, de la grandeur d'un tambour-de-basque, dans lequel étaient des grains de blé d'Inde ou petits cailloux pour faire plus de bruit. 11 se trouva quelques petits garçons assis au milieu de là danse, auprès des prisonniers, qui frappaient avec de

DES TROIS-RIVIÊRES

petits bâtons sur des écnelles d'écorce, à la cadence des autres instruments, pour servir de basses.

La danse finie, l'on ramena les prisonniers dans la cabane de Nepagabiscou où était préparé le souper que Macabo son beau-père lui voulait faire pour son heureux retour. Le frère Gervaisqui se trouva là présent, fut prié et ne s'en put excuser parce que ce bon Macabo l'aimait comme son petit-fils et ainsi l'appelait-il.

Ce festin était composé d'un reste de chair d'élan de son hiver passé, moisie et sèche, qu'on mit dans la chaudière sans la laver ni nettoyer, avec des œufs de canaris, si vieux et pourris que les petits y étaient tous formés, et partant fort mauvais. On y ajouta encore des poissons entiers sans être habillés, puis des pois, des prunes et du blé d'Inde qu'on fit bouillir brouillés et remués tout ensemble avec une grand aviron."

Le frère Gervais profita du moment du festin pour plaider la cause des prisonniers et tâcher d'attendrir le cœurs de leurs maîtres, mais on lui répondit que tout ce qu'il voyait étaient des choses ordinairement dans la vie des nations du Canada et que les captifs mouraient dans les tourments pour satisfaire la vengeance de ceux qui avaient perdu de leurs parents à la guerre contre les lroquois.

Cependant, les Sauvages promirent de différer l'exécution jusqu'à l'arrivée de M. de Champlain qui devait se rendre à la traite plus haut sur le fleuve.

Champlain envoya Boullé, son beau-frère, qui partit de Québec le 9 mai, pour prévenir les conséquences de cet acte de mauvaise foi, vu que les prisonniers avaient été capturés en temps de paix. La moitié de l'assemblée voulait la guerre, l'autre moitié préférait la paix. Boullé obtint que l'on ne ferait rien avant l'arrivée des vaisseaux de France, et, le 21, il était de retour à Québec, après avoir fait promettre aux sauvages de rendre leurs captifs.

Le frère Gervais partit le lendemain desTrois-Rivières, s'arrêta dans l'embouchure de la rivière Nicolet à cause du grand vent qui soufflait du lac, puis reprit son voyage et arriva à l'entrée de la rivière des lroquois avant M. de Champlain et les sauvages des Trois-Rivières qui ramenaient l'un de leurs captifs. Après bien des pourparlers, il fut décidé que ce malheureux seraitrenvoyé dans son pays, avec une escorte, pour parler de la paix. Chimeouriniou, capitaine montagnais, appelé le Meurtrier par les Français, un autre Montagnais nommé Maître-Simon et un lroquois de nation, adopté depuis longtemps par une

veuve algonquine ou huronne, partirent avec le prisonnier libéré. Deux ou trois français l'accompagnaient aussi ; de ce nombre était un nommé Pierre Magnan, de Tougne, près de Lisieux, en Normandie. Les députés furent bien reçus d'abord ; mais une tribu iroquoise, qui ne partageait pas le sentiment des autres, réussit à faire naître une querelle, et on les massacra. Par représaille, les Sauvages des Trois-Rivières tourmentèrent leur prisonnier d'une façon horrible ; puis, l'ayant fait mourir à petit feu, ils le mangèrent. La guerre recommença. 1

Jusqu'à l'arrivée des Hollandais, la supériorité des Iroquois n'était pas bien marquée ; les Algonquins rachetaient par leur courage ce qui leur manquait en prudence et en discipline. Plus tard, les armes à feu que les Hollandais fournirent aux Iroquois permirent à ceux-ci de prendre un ascendant irrésistible sur leurs ennemis, qui n'en pouvaient obtenir, car les Français évitèrent pendant longtemps de fournir des fusils à leurs alliés. (Ferland, vol. 1er, p. 148.)

L'un des chefs sauvages des Trois-Rivières en 1627 se nommait Batisquan. (Voyage de Champlaîn, Zme partie, p.. 192). L'édition de 1603 mentionne la rivière de Batiscan ; la carte de 1609 la désigne également. Sur la grande carte Champlain, 1612, figure la contrée de Batisquan. L'édition de 1632 dit : " La rivière Batisquan, fort agréable et poissonneuse, est proche de celle de Ghamplain."

Le 31 juin 1634, le Père Le Jeune baptisa à Québec un enfant dont le nom était Pichichich et qui fut apppelé- Adrian, son père, Tchimaouirineou, était surnommé Baptiscan par les Français. (Relation de 1634, p. 7). Il vivait encore aux Trois-Rivières en 1638. (Registres des Trois- Rivières). Peut-être était-il fils de celui dont nous parlons plus haut.

L'appréhension dans laquelle on était de voir Québec tomber entre les mains des Anglais décida le frère Gervais à aller vivre au milieu des Algonquins, conformément à la demande que lui en faisait Napagabiscou. Ayant obtenu la permission d'exécuter son généreux projet, il partit de Québec le 19 juillet 1628, en compagnie du Père Joseph Le Garon, devenu supérieur, et après des peines infinies, ils arrivèrent aux Trois- Rivières, "où était posé un camp de montagnais et d'algonquins qui les reçurent avec une joie et applau-

1 Ghamplain, 1632, 2™ part., p. 119, 122-123, 126-7-8-9. Etabliss.. de la Foi, Le Glercq, Ier vol, p. 380, 453. Sagard, Hist., p. 470, 484.

dissement d'un peuple affectionné envers nos pauvres, religieux. Ces sauvages étaient là, attendant la maturité de leurs blés et citrouilles, déjà avancés pour la saison. Ces bons Pères avec leurs hôtes se cabanèrent là ave c eux, où à peine eurent-ils passé huit jours de temps, qu'il leur arriva nouvelle de l'éloignement des Anglais,, avec des lettres des chefs de Kébec, par lesquelles il les suppliaient de retourner à leur couvent puisque les plus grands dangers semblaient être passés." Vingt canots* hurons, dans l'un desquels était le Père Joseph de la Roche-Daillon, descendant des pays d'en haut, arrivèrent aux Trois-Rivières le 25 juillet. Après les premiers instants consacrés à rendre grâce à Dieu et à échanger quelques renseignements, " ils avisèrent par entre eux s'ils devaient retourner tous trois à Kébec, ou non, , d'autant que les sauvages ayant appris qu'on les mandait de Kébec, en avaient témoigné du mécontentement, particulièrement Napagabiscou et les anciens et les vieillards, qui après leur Conseil s'offrirent de les nourrir tous trois, et de prendre soin d'eux comme de leurs propres enfants." De nouvelles lettres étant arrivées de Québec, les Pères se décidèrent à y retourner au grand chagrin des sauvages qui auraient voulu garder au moins le frère Gervais pour recevoir de lui des instructions religieuses. " On ne saurait exprimer la douleur de Napagabiscou quand il fallut se séparer. Ce pauvre* chrétien, devenu apôtre de sa nation, ne manqua pas dese rendre, au mois de mars suivant, à Québec, où il allait tous les ans reprendre de nouvelles forces, lorsqu'il netrouvait pas de nos Pères aux Trois-Rivières." 1

La compagnie des Cent-Associés ou de la Nouvelle- France fut fondée en 1627. Sous le patronage du cardinal de Richelieu, elle remplaçait la compagnie; de Montmorenci et devait réaliser une partie des vœux de Champlain pour l'établissement du Canada. Malheureusement, les premiers secours furent capturés en mer par les Anglais, et la prise de Québec, qui eut lieu le 19 juillet 1629, acheva de détruire la colonie.2

Voici les noms de ceux, que l'on sait être restés dans le pays : Guillaume Huboust et sa femme' Marie Rollet, veuve de Louis Hébert; Guillaume Couillard et sa femme Guillemette Hébert ; Adrien Duchesne et sa femme ; Jean Godefroy, Nicolas Marsollet, Jean Nicollet, François Mar~

1 Sagard, Histoire du Canada, p. 928-935. Le Clercq, p. 390-395.

2 Le Clercq, p. 391-3.

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