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AUTEUIL

Cette Paroisse passe pour être le plus ancien démembrement considérable, fait de celle de Saint Germain l'Auxerrois: C'est aussi parce que le territoire de Saint Germain s'étendoit jusques près de S. Cloud, que la Banlieue Ecclésiastique s'étend jusques là. Je remets à en parler aussi bien que de ses soudivisions, lorsque je traiterai de la Banlieue.

EGLISE SAINT LEUFROY

ancien etablissement fait sur le territoire de saint-germain

l'auxerrois

Je ne puis donner qu'une simple conjecture touchant l'origine de l'Eglise de Saint Leufroy, qui étoit située auprès du Grand- Châtelet, mais elle est très-vraisemblable. Comme le corps de

44 EGLISE SAINT LEUFROY

ce Saint Abbé décédé Tan jSS au pays de Madrie, ' Diocèse d'EvreuXf a été apporté à Paris du temps des dernières guerres des Normans, et qu'il est resté dans l'Abbaye de Saint Germain des Prez ; il paroît que c'est quelque Seigneur ou Prince, ou bien quelque riche Bourgeois de Paris qui ayant dévotion à ce Saint, et en ayant obtenu des reliques, bâtit cette Eglise. Le voisinage du Grand-Châtelet porteroit à croire qu'elle auroit été construite par quelque Comte ou Vicomte de Paris. Ce qu'on en sçaitde plus ancien, est que dès l'an iii3 Galon, Evêque de Gaii. chr. Paris, déclara dans une charte, que le patronage de l'Eglise de

T.vu,coL254- Saint Leufroy proche le Châtelet appartenoit ou Chapitre de Saint Germain ï'Auxerrois; que l'Evêque Maurice de Sully lui

ibid., col. 255, confirma la jouissance de cette Chapelle, et la présentation du

Prêtre en 1 192 ; et que l'Evêque Renaud de Corbeil la lui annexa Col. 25g. encore plus spécialement en i253.

Ce qu'on en sçait de plus, est qu'elle étoit alors une Cure; et qu'elle est en cette qualité dans la Pouillé Parisien du XIII siècle, au rang de celles auxquelles le Chapitre de Saint Germain nommoit. Elle n'est pas appellée simplement Capella dans le testament de Christoplie Malcion, Chambellan du Roy Philippe- Auguste, de l'an i2o5, mais Eçclesia Sancti Leu/redi, Lorsque le Pouillé Parisien écrit vers l'an 1460 en fait mention, il se contente

Hist.EecLPar, de mettre Eçclesia aut Capellania Sancti Leufredi convertitur in T. //, p, 2o5. distributionem Sancti Germani Autissiodorensis.

Du Breui, 1. iif. Du Breul dit que de son temps vers l'an 1600, les Chanoines de Saint Germain y nommoient un Chapelain : Ce Chapelain y étoit logé, et il recevoit Us offrandes de luminaire et autres, et en rendoit deux cent liv. par an au Chapitre qui y venoit faire le Service le 21 Juin, jour de la fête du Saint. Cette Eglise avoit eu le malheur de perdre ses anciennes reliques ; mais depuis l'an i5g2 elle avoit obtenu de l'Abbaye de Saint Germain des Prez, un fragment de côte du Saint Abbé, à la requête des voisins de la Chapelle, et surtout de Denis Tostée, Orfèvre.

Le même du Breul a écrit sans citer aucun titre, que les Chanoines de Saint Germain avoient eu cette Eglise par échange du terrain où a été construit le For-l'Evêque en la rue de S. Germain, Forum Episcopi; mais cela m'a paru mal fondé. 11 avoit aussi été informé que le Curé de Saint Jacques de la Boucherie prétendoit que cette Eglise étoit sur son territoire; cause pour laquelle il y faisoit tous les enterremens. Mais il faut croire que ce n'est pas sans fondement qu'on a mis dans la

r. w/, co/. a3J. Gallîa Christiana que Saint Leufroy avoit été une Succursale de Saint Germain Ï'Auxerrois, on lit ailleurs qu'en 1544 ^^ Chapitre de cette Eglise payoit à l'Evêque de Paris une somme

DE l'ancien territoire DE SAINT GERMAIN L^UXERROIS 45

de douze sols à raison de Tunion qui lui avoit été faite de cette Comp. Ep, Chapelle.

Il est spécifié au même endroit du Gallia Christiana, qu'avant Fan 1684 auquel cette Chapelle fut démolie pour aggrandir les prisons du Châtelet, on y voyoit une pierre taillée en forme de mitre, qui étoit le modèle des mesures et des poids de Paris :. d'où s'étoit formé l'usage de renvoyer à la mitre de la Chapelle de S. Leufroy, quand il survenoit des contestations sur les poids et les mesures. Cette pierre qui par sa forme devoit être antique, avoit été apparemment apportée du premier Parloir aux Bourgeois md. qui étoit contigu à cette Eglise. Ce Parloir et un autre ont été le berceau de l'Hôtel-de-Ville de Paris.

On peut ajouter à tout cela qu'il y eut aussi vers l'an 1417 en ce lieu une Boucherie, qui fut surnommée de Saint Leufroy, lorsque la grande Boucherie du même quartier eut été détruite.

La rue qu'on appelle aujourd'hui de la Jouaillerie étoit nommée en i3oo la rue du Chevet de S. Leufroy, à cause qu'elle passoit Sauvai, au chevet de cette Eglise, c'est-à-dire à sa partie orientale.

ANQENNE DÉPENDANCE DE SAINT GERMAIN l'aUXERROIS.

L'un des premiers témoignages sur l'existence de cette Eglise sous le nom de Saint Landry, se tire du Pouillé de Paris, rédigé vers l'an 1220. Elle y est marquée la seconde d'entre celles dont la nomination appartient au Chapitre de Saint Germain l'Auxerrois, Ecclesia 5. Landerici. Mais dès-lors étoit-elle ancienne? D'abord on connoît dès l'an 1207 Jean, Prêtre de Saint Landry, nommé dans une Sentence arbitrale sur Saint Jacques de la Boucherie. On trouve en remontant que Maurice de Sully, Evêque . de Paris, confirma dès l'an 1192 le droit que le Chapitre de Gaii. chr. Saint Germain avoit de nommer un Curé à Saint Landry. t.vïi,coI,256.

Cette relation du Chapitre de Saint Germain avec une Eglise de la Cité, titrée d'un Saint dont il possédoit les reliques, m'a porté à croire que de la même manière que les Abbayes de Sainte Gene« viéve et de Saint Germain des Prez avoient dans cette Cité un lieu pour retirer leurs effets dans les tems des incursions des Barbares, aussi l'Abbaye de Saint Germain l'Auxerrois en avoit eu un pareil: on y auroit depuis bâti une Chapelle, s'il n'y en avoit pas déjà eu une du vivant de Saint Landry, ainsi que quelques-uns l'ont cru ;

on y auroit administré le Baptême aux enfants qu'on y apportoit dans le tems des guerres : S. Michel en auroit été regardé comme un protecteur contre les ennemis; le Vicaire desservant dans la Cathédrale la Prébende de la même Abbaye de Saint Germain l'Auxerrois, y auroit fait sa résidence, et enfin au XII siècle depuis rélévation du corps de Saint Landry de son tombeau, le Chapitre de Saint Germain en auroit donné des reliques à cette Chapelle; ce qui lui auroit fait prendre le nom de ce Saint, et qui auroit rendu moins commun les noms de S. Jean-Baptiste et de S. Michel, anciens Patrons.

Au reste, quelles qu'eussent été les reliques de Saint Landry, qui avoient fait porter son. nom à la Chapelle, comme on ne sçavoit plus en 1408 ce qu'elles étoient devenues, Pierre d'Orgemont, alors Evêque de Paris, ayant ouvert la châsse de ce Saint en l'Eglise de Saint Germain, en tira deux ossemens qu'il donna à l'Eglise de Saint Landry, où je lis qu'ils ont été exposés, moyennant une nouvelle permission du 28 Janvier lôSg.

Le bâtiment de cette Eglise paroît être presque carré, étant peu

étendu en longueur, et accompagné d'une aile de chaque côté. On

n'y reconnoît aucun genre de travail qui surpasse de beaucoup

Reg.Ep, r477,Y^vi i5oo; aussi venoit-elle d'être achevée, lorsque Guillaume

Dauvet, Maître des Requêtes, demeurant sur cette Paroisse, engagea Jean Cœur, Archevêque de Bourges, d'en bénir les Autels, avec la permission de l'Evêque de Paris. Le grand Autel le fut en l'honneur de Saint Landry, S. Michel, S. Jean-Baptiste et S. Nicolas. Le second, en l'honneur de la Sainte Vierge; le troisième, en l'honneur de S. Martin; le quatrième, sous le titre de S. Fiacre et de Ste Venice. Ces bénédictions furent faites le 29 septembre 1477^ Antiq. de Paris, et non le 22, comme dit Sauvai. Guillaume Dauvet, nommé ci- T. III, p. 217. dessus, a dû passer pour bienfaiteur de la Cure, puisqu'il lui laissa des prez et des vignes, suivant qu'il paroit par une information de l'an 1489.

Cette Eglise ayant eu le malheur d'être volée au mois de Reg.Ep,etParL Mars i55i, il y eut pour réparer le sacrilège une procession ordonnée par l'Evêque, à laquelle le Parlement assista.

On voit vers le fond de l'aile méridionale les statues couchées de Jean Dauvet, premier Président du Parlement, décédé en 147 1, et de Jeanne de Boudrat, sa femme: on trouve ensuite la sépulture de MM. Boucherat avec le nom du Chancelier, ce qui pourroit faire croire qu'il y est inhumé : mais c'est à Saint Gervais qu'il repose. Du même côté est le tombeau du célèbre Sculpteur Girardon, qui mérite d'être vu. Deux autres sépultures qui paroissent moins dans cette Eglise, sont celles de Jacques le Roy, Archevêque de Bourges, qui y fut enterré en 1572, suivant le Gallia

Chrlstiana, et celle de Nicolas le Tourneux, Auteur de V Année Chrétienne, qui décéda le 28 Novembre 1686.

Cette Paroisse comprend dans son étendue trois rues parallèles, qui commencent dans la rue des Marmouzets ; qui sont la rue Saint Landry, la rue du Chevet Saint Landry, et la rue de la Colombe; puis s'étendant vers le levant, elle a toute la rue d'Enfer jusques et comprise la place aboutissante au Pont Rouge ; et vers le couchant, elle a les trois rues dites les rues du bas des Ursins, du milieu des Ursins et du haut des Ursins.

l'un des demembremens de saint germain l'auxerrois

On ne peut gueres douter que depuis le traité d'association pour le territoire de Champeaux, fait entre le Roi Louis le Gros et L'Evêque de Paris, une partie du fond de ce lieu de Champeaux sur lequel cette Eglise des Innocens se trouve, n'appartint au Clergé de Sainte Opportune. C'est un fait que quelques chartes de Louis VII publiées par Gosset, Chefecier de cette Eglise en i655, paroissent supposer. Mais cet Auteur s'appuye, pour faire remon« ter bien haut les dons faits à cette même Eglise, sur des monumens peu autentiques, et sur lesquels on ne peut pas compter comme on le peut sur l'ouvrage qu'il a donné de S. Adelelme, Evêque de Seez, au sujet de Sainte Opportune. Enfin il résulte de la lecture des titres concernant l'Eglise de Saint Germain l'Auxerrois, que cette Eglise a toujours eu un droit bien fondé sur le territoire des Saints Innocens.

L'édifice de l'Eglise des Innocens est le plus ancien de tous ceux des Paroisses de Paris. Si l'on en considère la tour, dont il n'y a de nouveau que le haut qui vient d'être refait, et si l'on envisage la forme de construction des galeries dont il est orné, on ne se trompera point en assurant qu'il est du tems de Philippe-Auguste, à la réserve de la seconde aile bâtie du côté méridional, qui paroit être un peu plus nouvelle. On ne peut point opposer validement au jugement que j'en porte, que la Dédicace n'en a été faite que l'an 1445 par Denis du Moulin, Evêque de Paris; par la raison qu'il y a un très-grand nombre d'autres Eglises, même dans le Diocèse de Paris, qui quoique construites au XIV ou XV siècle, n'ont été dédiées que dans le seizième. Les Evêques ne faisoient gueres autrefois la cérémonie de la Dédicace, à moins qu'elle ne

fût demandée. On a dû remarquer ci-dessus que l'Eglise de N.-D.

de Paris n'a pas encore été dédiée, quoique finie il y a quatre cent

ans. D'ailleurs le genre de bâtisse de l'Eglise des Innocens ne

ressent point la fin du XIII. siècle, ni le XIV ni le XV où Ton

bâtissoit tout autrement. Mais il est visible que depuis que cette

Eglise a été finie, les piliers qui supportent les galeries étaat trop

massifs et occupant trop de place, on les a diminués ; ce qui /ait

paroître ces piliers plus nouveaux que les murs qu'ils supportent.

Quoique cette Cure ne soit point spécifiée dans le Pouillé

Parisien du XIII siècle, on ne doit point en conclure qu'elle

Gaii. Chr. n'existât point dès-lors, si ce qu'on lit au Gallia Christiana est

r.vu,coi.254. exact, sçavoir, que dès l'an ii5o Guy, Doyen de Saint Germain,

consentit avec son Chapitre au décret de Thibaud, Evéque de

Paris, qui portoit que la présentation à la Cure des SS. Innocens

appartiendroit dans la suite au Chapitre de Sainte Opportune. En

ce cas, ce seroit le sanctuaire de l'Eglise d'aujourd'hui qui conser-

veroit des restes de cette Paroisse érigée même avant le milieu

du XII siècle, \:ar la structure est un peu plus massive et plus

ressemblante à celle de la tour. Il seroit inutile de rapporter ici

les variations qu'il y a eu sur l'institution du Curé. Il suffit de

dire que c'est maintenant le Chapitre de Sainte Opportune qui le

nomme. Selon Sauvai, ce ne fut qu'en 1225 que le Chapitre de

Saint Germain lui céda cette nomination. Dans le siècle suivant

l'union qui en avoit été faite au Chapitre de Sainte Opportune, et

Actes de i38o ratifiée en 1407, fut une semence de procès, jusques-là qu'en 149 1

et iSça. |ç Parlement ordonna qu'on ôteroit les Fonts Baptismaux et les

Reg, Pari, saintes Huiles de cette Eglise Paroissiale : ce qui ne fut pas

'9 M' de durée.

Il paroît que la raison pour laquelle cette Eglise fut d'abord

bâtie, étoit pour servir de lieu d'oraison aux fidèles qui viendroient

visiter les sépultures ; car dans les anciens cimetières il y avoit

toujours quelque Eglise destinée à la prière pour les morts. On

GuUL Brito jugea à propos de l'augmenter depuis que Philippe-Auguste eut

Pkiiippid.iib,!, f^jt entourer de murs le cimetière de Champeaux. On ajouta à

l'Eglise dès Innocens une Chapelle de S. Michel, parce qu'on avoit coutume d'en bâtir une en son honneur dedans ou proche les cimetières. Cette Chapelle est renfermée aujourd'hui dans la seconde aile de cette Eglise du côté du midi.

Quoiqu'on regarde comme un langage peu exact de dire au singulier V Eglise de S. Innocent^ c'est cependant l'expression dont se sont servis Rigord et Guillaume le Breton, écrivains de la vie de Philippe-Auguste sous lequel ils ont vécu. Tous les deux disent Ecclesia Sancti Innocenta^ en parlant de S. Richard, enfant nouvellement crucifié par les Juifs, dont ils ajoutent que le corps étoit

DE l'ancien territoire DE SAINT GERMAIN l'aUXERROIS 49

honoré dans cette Eglise, et y opéroît des miracles. Robert du Mont-Saint-Michel, qui est décédé Tan 1 186, environ quarante ans avant eux, parle aussi de ce jeune Martyr à l'an 1171, et nous* apprend que c'étoità Pontoise que les Juifs Tavoient fait mourir* ; mais il ne suit point de-là qu'il fût mort dès cette année-là, parce que Robert joint ce fait à d'autres exemples des cruautés des Juifs plus anciennes, et à l'histoire de leur punition arrivée alors. S. Richard ne fut crucifié qu'en l'an 1179. Quatre ans après, Philippe- Auguste fit arrêter tous les Juifs du Royaume, et s'empara de tous leurs effets, ensorte qu'il y a toute apparence que ce fut de la confiscation de leurs biens, que l'Eglise de Saint Innocent fut aggrandie depuis le sanctuaire jusqu'à la porte, entre l'an 11 83 et la fin du règne de ce Prince, arrivée en 1223. Dans cet intervale le corps de S. Richard y fut transféré de Pontoise, et déposé dans un tombeau, Gaguin. où il reposa jusqu'au tems que les Anglois, maîtres de Paris sous Charles VII, le levèrent du sépulcre, et l'emportèrent dans leur pays, ne laissant à Paris que sa tête qui s'y conserve encore. Je pense que &'est la relique la plus certaine entre toutes celles de cette Eglise. Au reste, il ne faut pas croire que le dépôt du jeune S. Richard soit la véritable cause du titre de Saint Innocent qu'on a donné à cette Eglise, puisque, comme l'on vient de voir, on ï'appelloit dès l'an i i5o, Ecclesia Sanctorum Innocentium. On a quelque sujet de croire que ce fut le Roi Louis VII qui lui fit donner ce titre. Il portoit une si singulière dévotion aux Saints Innocens, que c'étoit par eux qu'il juroit, disant souvent : Per Sanctos de Bethlehem. Ce qui se voit Annal. Benedict. T. VI. pag. 700.

Le Roi Louis XI paroît avoir aussi eu une prédilection pour cette Eglise. Il donna en 1474 de quoi y fonder six Enfans de chœur : et sa donation ayant depuis excédé ce qu'il falloit pour leur entretien, a été l'occasion de l'établissement de la Musique qui s'y soutient.

La sépulture la plus remarquable de cette Eglise, est celle de Simon de Perruche, Evêque de Chartres, neveu du pape Martin IV, lequel décéda l'an 1297; sa tombe est dans le Chœur. On peut voir le P. Du Breul ou M. Piganiol, sur ce qui regarde celles de MM. Sanguin et Potier.

On voit aussi, en entrant dans cette Eglise par la porte méridionale, dans la Chapelle voisine, la figure en relief d'un Prêtre de distinction, revêtu des habits sacerdotaux, avec l'aumusse sur la tête. Cette représentation assez bien faite est d'environ l'an i3oo. On l'a mise toute droite contre le mur dans le dernier siècle, afin qu'elle ne nuisît à rien.

I. Il y avoit en 1298, à Pontoise, une rue de la Juirie, dont il est fait mention dans l'Histoire de Saint Marti n-des-Champs, p. 220.

HtST. DE PARIS. — T. I. 4

5o EGLISE DES INNOCENS

Il en est de même de celle d'Alix la Bourgotte, que Ton voit en avançant dans la Chapelle suivante. Cétoit une Recluse de TEglise des Innocens, ainsi qu'anciennement il y en avoit à côté de plusieurs autres Eglises de Paris. Du Breul et ses copistes assurent qu'elle étoit auparavant Religieuse de Ste Catherine, et d'autres circonstances qui ne se lisent point dans l'inscription de son tombeau qu'ils rapportent. Elle mourut l'an 1466, le 29 Juin. Le Roi Louis XI la fit représenter en cuivre, tenant un livre, et avec une ceinture semblable à celle des Cordelières. Caiend. hist. de * Avant elle, une nommée Jeanne La Vodriere avoit été enfermée Paris,p.4*^- daus Une cellule du cimetière, le onze Octobre 1442. Il y eut pour cela sermon en public, comme si c'eût été la profession d'une Religieuse.

Ce que je viens de dire sur l'usage d'admettre autrefois des Recluses proche cette Eglise, est confirmé par un endroit des Registres du Parlement, qui nous apprend que depuis Jeanne la Vodriere et Alix la Bourgotte, il y en avoit eu une autre. J'y lis parmi les amendes auxquelles fut condamné en 1487, le Duc de Bourbon- Rcg. du Pari, ^ois, Cet article : A la Recluse de saint Innocent, vingt-cinq livres, I Apr. Je ne sçai si cette Recluse seroit la même qu'on trouve nommée dans les Registres de deux années auparavant : on y voit que Renée de Vendomois ayant fait tuer son mari et commis i^dultere, le Roi, en considération du Duc d'Orléans, lui fit grâce en 1485; et que le Parlement, entr'autres punitions, la condamna à demeurer perpétuellement recluse et murée au cimetière des Innocens en une ibid T Lxvi P^^^^^ maison qui lui devoit être faîte. Mais cette Recluse forcée p. 477. m'a paru devoir être dans un cas bien différent de celles qui s'enfermoient d'elles-mêmes et par dévotion dans le Reclusoir des saints Innocens, dont une fenêtre donnoit dans l'Eglise. J'avois pensé que la Turricule Qctogo.nc et isolée que l'on voit dans ce cimetière auroit pu être la prison qu'on lui donna.

On connoît encore une autre Recluse des Innocens postérieure

à celle-ci, sçavoir Jeanne Pannoncelle. L'Official de Paris avoit

TabuLEp.Par.OTàoïiné en 1496 aux Marguilliers de lui bâtir une logettè. Sur

in spir, im\ leur refus, il y eut sentence d'excommunication contr^eux, qui ne

/o . 74/. j.^^ levée qu'après qu'ils eurent obéi.

Quant à la petite tour octogone dont jé'^viens de faire mention, il y a eu divers sentimens sur l'usage auquel elle a servi. Les uns oatj;:j;û^que ç'avôîf été originairement une espèce de guérite où l'on faisoit la garde dans les siècles auxquels ce lieu étoit environné de bois : mais cette petite tour n'auroit pas été suffisamment élevée pour cela. D'autres ont pensé que c'étoit un Phare où l'on allumoit des feux, qui servoient à éclairer les conducteurs des batteaux sur la .Seine ;' mais ce Phare eût été trop éloigné des

DE l'ancien territoire DE SAINT GERMAIN l'aUXERROIS 5i

bords de cette rivière. M. Piganiol, à qui on a dit que ce bâtiment est enfoncé de trois toises en terre, a imaginé qu'il de voit avoir dans ce qui est caché un plus grand diamètre que celui de douze pieds qu'il a en dedans ; et suivant cette supposition il juge que c'a dû être un Temple, parce qu'il lui trouve beaucoup de ressem- . blance avec celui qui est à Montmorillon en Poitou. Pour moi qui suis entré dans le haut et dans le bas de l'édifice de Montmorillon, je n'y trouve aucune autre ressemblance, sinon que ce qu'on prend pour un Temple de Gaulois à Montmorillon est situé dans le très-ancien cimetière de l'Eglise de Notre-Dame, aujourd'hui occupée par des Augustins, de même que la Tourrelle des SS. Innocens, est placée dans un Cimetière. Dom Mabillon qui avoit vu à Bonneval au Diocèse de Chartres, et dans le Cimetière de Sarlat de petites tours de cette sorte, et qui ne sçavoit qu'en penser, non plus que de celle des Innocens, avoit cru qu'elles avoient été érigées pour y mettre de quoi éclairer ceux qui venoient à l'Eglise durant la nuit : Ensuite ayant lu le jugement que porte Pierre le Vénérable d'une Tour de cette espèce, p^/. vener. bâtie au milieu du cimetière de l'Abbaye de Cherlieu au Diocèse liv.iideMirac de Mâcon, finissant en forme de lanterne, et dans laquelle il y ^„/^f ' |^^^ avoit des dégrés pour monter à cette lanterne capable de contenir T.vi,p.38/.* deux ou trois hommes debout ou assis, et où l'on allumoit toutes les nuits une lampe pour le respect dû à ce lieu sacré, dans lequel reposoient les Fidèles ; il embrasse ce dernier sentiment, sans cependant se départir de croire que cette lumière étoit aussi pour éclairer ceux qui se rendoient à l'Eglise durant la nuit. Mais peut-être qu'on pourroit dire aussi que ce Fanal (s'il est plus ancien que le cimetière) auroit servi primitivement à éclairer les Marchands qui abordoient à Paris par terre, surtout de ce côté-là qui étoit le plus fréquenté par eux, et le plus fangeux à cause des anciens marais, ou enfin que cette espèce de Tourrelle a servi à placer dans sa partie supérieure un crieur de nuit, d'autant qu'en 141 1, la confrérie de ces crieurs étoit dans l'Eglise des Innocens. Au reste, je croirois que lorsque Philippe-Auguste fit clorre de murs ce cimetière, la Tourrelle se trouva précisément dans le milieu, et que ce n'est que depuis la construction des galleries ou corridors et celle des maisons, que cette Turricule se trouve plus voisine du côté méridionnal que de l'autre. Elle a dans Je haut huit ouvertures quarrées oblongues, pratiquées sous des formes de cintres un peu pointues, le bas et le haut de la lanterne sont entourés d'une sculpture en pointe de diamant ; le sommet ne paroît point terminé par un globe, mais par une espèce de grosse fleur. La croix qui surmonte la tour est une chose ajoutée.

Je dirai un mot sur les Chapellenies de cette Eglise qui sont

venues à ma connoissance. Avant Tan 1455, Jean Bureau, Maître

Tab. Ep. Par, des Comptes, Trésorier de France, et Maire de Bourdeaux, en

tfi spu\ avoit fondé, avec Germaine sa femme, une au Grand-Autel : dont

j^ai vu des actes de présentation faite par lui en 1455, et par sa

ibid, veuve en 1469. Une Chapellenie à l'Autel de S. Michel qui est

dans Paîle la plus méridionale, étoit en 1464, à la nomination de

Jean Sanguin, Chevalier, Seigneur du Gavre d'Arras et Vicomte

de Neuchâtel-sur-Aine ; et il y fut inhumé. Louis Sanguin

Ecuyer, Seigneur de Mailée, de la Malemaison et du Gavre

d'Arras, y nomma en 1469. La Chapelle de N. D. fut fondée vers

ibid, le même temps par Jean Portier et Germaine de Beauvais, sa

femme, dont les exécuteurs testamentaires y présentèrent pour la

ïbid, première fois en 1470. Enguerrande de S. Benoît passe aussi pour

être fondatrice d'une Chapellenie du même titre de Notre-Dame.

Jean de Braban, fils aîné de Pierre, y nomma en 1437 et 1476. Il

y avoit pareillement vers ces tems-là en cette Eglise une Chapelle

md, 21 juH, de S. Louis, laquelle aliéna en iS^S une place qui lui appartenoit

proche le Port de S. Bernard.

Le Cimetière de cette Eglise est devenu célèbre à cause qu'il étoit celui du Bourg S. Germain, et de ses dépendances, avant qu'il y existât une Chapelle ou Eglise des Innocens. Il n'étoit cependant pas le plus ancien de Paris ; car les corps des Parisiens de la cité avoient été primitivement inhumés sur la Montagne, au quartier dit depuis le Faubourg S. Jacques : Ensuite autour de l'EgliseS. Pierre, dite Sainte Geneviève, et vers S. Marcel, et depuis en partie autour de celle de Saint Vincent, dite de Saint Germain des Prez, et aux environs de Saint Gervais. Mais la facilité du transport donna par la suite de la vogue à ce cimetière du Bourg Tab.s.Magior, S. Germain. J'ai vu le testament d'une Bourgeoise de l'an 1247, Ep.Par.ittSpir. laquelle lègue Quatuor inclusis XX sol. c'est-à-dire à des Recluses.

Plus bas : Fabricœ Innocentium XII denar. Fabricœ Cemeterii Innocentium X sol.

Les charniers paroissent avoir été construits vers l'an 1400. On

Vie de Boucic, lit dans la vie du maréchal de Boucicaut, continuée jusqu'à

L. IV, cap. II. l'année 1408, treize ans avant sa mort, qu'à Saint Innocent d Paris,

par l'argent qu'il a donné, sont faits les beaux charniers qui sont

autour du cimetière vers la Draperie. On apprend par un monu-

Sauvai, ment de l'an 1475, la coutume qui étoit alors, que la Confrérie,

T. m, p. 431. jjjg jg |j^ Trinité, fit tous les lundis une Procession autour

de ce cimetière.

Comme il y a differens recueils des épitaphes de ce cimetière, principalement de celles dont le style est singulier, je m'abstiendrai d'en rapporter aucunes. Plusieurs hommes célèbres y sont

DE lVncien territoire de saint germain lVuxerrois 53

inhumés ; entre autres Jean le Boulanger, premier Président du Parlement, mort en 1482, Cosme Guymier, Président aux Enquêtes, Ecrivain du XV siècle ; Jean l'Huillier Conseiller au Parlement, décédé le 24 Janvier i535; André Sanguin aussi Conseiller, mort en iSSg; Nicolas le Fevre, habile critique, décédé en 1612; François-Eudes de Mezeray, célèbre Historiographe de France du siècle dernier.

Louis de Beaumont de laForest, Evêque de Paris, décédé en 1492, Gaii. chr, souhaita par son testament que la fosse où il seroit inhumé à Notre- ^•^''»^<''- '^-f" Dame, fut remplie de terre apportée du cimetière des Innocens.

Ceux qui se sont quelquefois arrêté à considérer les Epitaphes de ce lieu, ont dû y remarquer, que sur presque toutes on lit qu^elles ont été posées de la permission de MM. du Chapitre de Saint Germain l'Auxerrois. Il est sûr qu'il, y a eu en 1224, une /wi., co/. 357. transaction de Guillaume de Varzy, Doyen de cette Eglise, au sujet de ce cimetière ; et que les droits du Chapitre sur ce lieu furent confirmés par le Parlement, le 9 Août 1567. Quelques-uns des ibid. coi, 271. plus notables qui ont été inhumés proche les charniers, y ont fait construire des Chapelles, qui subsistent.

Il n'est point besoin d'observer que ce cimetière étant sur le territoire de Saint Germain, paroisse primitive de tout le quartier, ses habitans furent les premiers qui y reçurent la sépulture, ensuite ceux des Paroisses formées de ses démembremens : ce qui a depuis été étendu à d'autres, et notamment aux Hôpitaux. Le Chapitre de S. Germain fut maintenu en i534 et 1643, par Arrêt, dans la possession de mettre et destituer les Fossoyeurs, même Reg. pari. pour les fosses des Fidèles, autres que les Paroissiens de Saint r^F^br.etyAp. Germain, Saint Eustache et Saint Sauveur.

La Paroisse des Innocens n'a des habitans que dans trois rues : Sçavoir la rue de la Ferronnerie des deux côtés ; la partie de la rue S. Denis, qui est derrière l'Eglise et accollée au Cloître, et le côté de la rue aux Fers qui touchent aux galeries du Cloître : ce qui en tout forme, à ce que l'on m'a dit, soixante et deux maisons

DES TROIS COLLEGIALES

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