BOULOGNE
On ne peut donner connoissance de l'origine de Boulogne-sur- Seine, qu'en remontant jusques dans les siècles auxquels, entre Paris et Saint Cloud, alors appelle Nogent, il n'y avoit qu'un seul village appelle en latin NimiOy d'où l'on a fait Nijon ; ce village étoit suivi d'une forêt dont le nom étoit Roveritum paj altération de Roboretum^ et 'qui par la suite fut appellée la Forêt de Saint Cloud, parce qu'elle s'étendoit presque jusqu'au Pont de ce Bourg.
Lorsqu'on eut commencé à diminuer cette Forêt du côté de Saint Cloud, les premières habitations qui y furent faites furent appellées Menus-lez-Saint-Cloud. La forêt de Rouvret perdit aussi par la suite son ancien nom, lorsque le village de Menus commença à être appelle Boulogne.
Avant que de rapporter comment tout cela se fit, il faut citer
le titre où l'on voit que la forêt étoit nommée primitivement
Roveritum. C'est un diplôme du Roy Chilperic, sur-nommé
Scriptor. Rer. Daniel, de l'an 717, par lequel il fait donation de cette forêt en
D Bouuet ^^^^^^ ^ l'Abbaye de Saint Denis. Foreste nostra Rover ito quœ
T. V, p. 5g4. est inpago Parisiaco super fluvium Sigona, et ce qui confirme
DE LA BANLIEUE DE PARIS 3g3
qu'il ne faut point chercher ailleurs la position de cette forêt
qu'à l'endroit où est le Bois de Boulogne, est qu'on lit les
expressions suivantes dans des lettres du Roy Philippe le Bel,
de l'an 1293 : Novem arpenta terrœ sita inter Rotulum et nemus Nota. Gaii.
de Rovreto in loco qui dicitur ad spinam pediculosam. Voilà le Vaiesu.
Roule qui en est dit voisin. Mais il faut aussi convenir que cette ^' ^' ^^**
forêt s'étendoit alors plus qu'elle ne fait du côté du septentrion
ou du Nord-Est, et que ce qu'on appelle la Plaine des Sablons,
en faisoit partie. En 1448, on disoit la Garenne de Rouvret y et Memor.de
en 1469 et 1474, la Forêt de Rouvret, ainsi qu'on verra cy-après. >» Chambre de»
A mesure qu'on établit des Paroisses dans la campagne et qu'il y eut des cabanes dressées dans cette forêt, les différens cantons furent partagez entre les deux plus voisines, sçavoir: Auteuil d'un côté, et Villiers-la-Garenne de l'autre côté. Dans la portion de territoire attribuée à Auteuil fut compris Menus-Iex-Saint-Cloud ; le terrain sur lequel fut bâtie au XIII siècle l'Abbaye de Longchamp fit aussi partie de la Paroisse d'Auteuil.
Au reste l'Abbaye de Saint Denis n'avoit peut-être pas eu cette forêt en entier; si elle l'avoit possédée entièrement, il faut supposer qu'elle en vendit ou qu'elle en échangea une grande partie, puisqu'on verra un peu plus bas, que l'Evêque de Paris en possedoit une portion considérable au XVI siècle. Il s'ensuit pareillement de cette jouissance des Evêques de Paris, que tout le Bois de Traité des Fief», Rouvret ne fut pas compris dans l'achat que M. Brussel dit en T* *' ^' ' avoir été fait en 12 12 par Philippe-Auguste. On va voir aussi que v.483. l'Abbaye de Montmartre avoit, en i32o, une Seigneurie et censive à Menus qui étoit sur les bords de ce Bois, et qu'elle en jouissoit dès le XII siècle.
Le lieu de Saint Cloud ayant toujours été en plus grande réputation qu'Auteuil, de là est venu qu'en parlant de Menus, au lieu de dire Menus-lez-Auteuil, on s'accoutuma de dire Menus-lez- Saint-Cloud, quoiqu'il fût sur la Paroisse d'Auteuil. Comme Auteuil et Menus étoient séparés par la forêt, on donna à Menus le surnom de l'endroit le plus proche et le plus connu. Le premier acte où l'on trouve le nom de Menus-lez-Saint-Cloud, sont des lUst. s. Mari. lettres de l'an 1 134, par lesquelles Louis le Gros, à la prière de la àcamph,p3'jg. Reine Adélaïde, donne aux Religieuses de Montmartre villam ante S. Clodoaldum sitam quœ vocatur Mansionuillum^cum vineiSy pratis et nemore. Le second acte est tiré des Registres du Parlement où on lit à l'an 1 3 1 6 : Villa de Menus in qua Abbatissa Montis Mar-
I. Uauteur de la petit? description de Paris chez la Caille 1722, n^entendant point ce Mansionuillum, a cru que c^etoit Mansiones villam, et que c*étoit Maisons prés Charenton ; ce qui lui a fait dire faussement que et village est de la Justice de S. Maur, parce Maisons en est.
tyrum habet Justitiam altam et bassam. Le troisième acte où l'on retrouve ce nom, sont des lettres datées du Vivier en Brie au mois de Février iSig, par lesquelles le Roi Philippe le Long donne aux Habitans de Paris et autres qui avoient été en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne sur mer, la permission de faire cons- Du Breui. truire une Eglise au village de Menus-lez-Saint-Cloud in villa de ^^^^^' ^^ f^^^^^' Menus prope Sanctum Clodoaldum, et d'établir une Confrérie p. 1040. entre eux, avec la clause que le Prévôt de Pans, ou quelqu un qu'il déléguera, sera présent aux assemblées qu'ils tiendront. Ce qui détermina les Bourgeois de Paris à choisir ce lieu de Menus, fut que deux Notables d'entre ces Pèlerins, sçavoir Girard de la Croix, scelleur au Châtelet, et Jean son frère, offrirent une place de cinq arpens de terre ou environ, qu'ils y avoient en propre. Du Breui pour y bâtir cette Eglise. Il ne manquoit plus que des lettres ibid., p. 1040. d'amortissement que Jeanne de Repenti, Abbesse de Montmartre, leur accorda en qualité de^ Dame du lieu, le Dimanche d'après l'Ascension i32o. Cette Eglise ayant été construite en moins de dix ans, porta le nom de Notre-Dame de Boulogne-sur-Seine, parce qu'elle avoit été bâtie sur le modèle de celle de Boulognesur-mer, et dès l'an 1329, le Pape Jean XXII lui accorda beaucoup d'Indulgences.
Les Habitans du village de Menus ayant trouvé leur commodité dans cette nouvelle Eglise, agirent pour la faire ériger en Paroisse. Gaii. chr. Elle le fut en effet, l'an i343, par Foulques de Chanac, Evêque de T.vii,coi.r32. Paris, et ce hameau fut ainsi démembré d'Auteuil. Cet Evêque fit Chart.Ep. le lo Février, un accord avec les Confrères de la Confrérie touminus,/oi.265. chant la nomination du Curé, aussi bien que sur le Droit de Pro- Tab. Ep. curation Episcopale, dont les successeurs eurent souvent de la 1416, 144'- peine à être payés. On ne voit pas d'où M. Grancolas a pu tirer Hist. de que Cette Eglise avoit été bâtie par le Roy Charles V. Il est mieu5C l'Eglise de Par. fondé à dire que la Dédicace en fut faite par Guillaume Chartier, » p- a o. Evêque de Paris. L'acte de cette cérémonie y est gravé dans la nef du côté septentrional proche la Chapelle du Sépulcre, et a été donné en entier par Du BreuI. On y lit que ce fut le Dimanche 9 Juillet 1469 que cet Evêque la dédia à la prière de Pierre Charpentier, Prêtre Chapelain, Guillaume Barbedor, Nicolas de la Feuille, Jean Boileau et Nicolas Menard, étant Gouverneurs et Marguillers de cette Eglise et de la Confrérie des Pèlerins et Pèlerines de Notre-Dame de Boulogne-sur-mer, et après avoir fait mention des Indulgences accordées à l'ordinaire au jour de l'Anniversaire fixé au second Dimanche de Juillet, on ajoute que les Bibiiot. bienfacteurs sont associés à tous les bienfaits de l'Ordre de Cîteaux. Franc. T. x, Guillaume Michel dit de Tours a parlé dans ses poésies du Pele- '*' ' ' rinage de ce lieu, et il dit qu'il y est venu en i5i6.
S'il est vrai au reste que le Roy Charles V eut fait rebâtir cette Eglise, cela ne peut convenir à tout le vaisseau tel qu'il se voit aujourd'hui, puisque les vitrages contiennent les noms des Bour* geois qui en ont fait la dépense, et ceux de leurs femmes qui sont en lettres gothiques. Cet édifice est très propre et bâti avec la délicatesse ordinaire du gothique du XIV siècle, mais sans ailes et en simple forme de Chapelle. Il est couvert d'ardoise. Zeiller en a placé la représentation dans sa Topographie de France Topogr. publiée en 1 655. Je ne sçai si l'on ne pourroit point entendre de Zciiicr. t. i. cette Eglise ce qu'a écrit le fameux Nicolas Flamel qui vivoit en iSqB et 141 3, sçavoir qu'il a beaucoup dépensé à Boulogne près Moreri Paris, ou si cela doit plutôt s'entendre des recherches qu'il y *'*'^**™°|^'^''''^ auroit faites de la pierre philosophale.
Le nom de la Confrérie qui étoit celui de Notre-Dame de Boulogne, l'emporta peu-à-peu sur celui de Menus, et après qu'on eut dit pendant plus d'un siècle Boulogne la petite, on se contenta de dire simplement Boulogne. L'expression de Notre-Dame de Boulogne la petite est usitée dans des lettres de Charles VI, du 12 juin Trésor des 1400, adressées au Prévôt de Paris. Jacques Nivelle, Chanoine ^^'"^''l'f* *^^' d'Auxerre, est dit en 1407 Curé de Boulogne la petite lez-Saint- Cloud. Le Journal imprimé du règne de Charles VII marque à Tab. Sacra l'an 1429, que ce fut à Bou-logne la petite, que o Fr. Richard, ^^^''- ^<"*'*- « Cordelier, revenu depuis peu de Jérusalem, fit un si beau ser- « mon, qu'après le retour des gens de Paris qui y avoient assisté, « on vit plus de cent feux à Paris, en lesquels les hommes bru- « loient tables, cartes, billes, billards, boules et les femmes les « atours de leurs têtes, comme bourreaux, truffes, pièces de cuir « et de baleine, leurs cornes, leurs queties. »
Le premier Pouillé qui fasse mention de cette Paroisse est du Bîbi, Rfgr- XVI siècle et l'appelle Bononia parva, ajoutant que la Cure est *^^' -*'^'*alternativement à la nomination de l'Evêque et du Chapitre de Saint-Germain l'Auxerrois. Elle est, comme celle d'Auteuil, sous l'Archiprêtré de la Magdelene. Le Pouillé de 1626 la dit être à la nomination du Chapitre de Saint-Germain seulement, et y marque une Chapelle de Notre-Dame et de Sainte Catherine, à la présentation des héritiers d'un Jean Nicier et la collation du Seigneur, ce que le Pelletier a adopté entièrement dans le sien de l'an 1692 ; quoique le Pouillé de 1648 ait mis la Cure à la nomination de l'Archevêque, sans aucune mention de la Chapelle. Il faut cependant que cette Chapellenie de Notre-Dame ait existé réellement. J'en ai vu une collation, par l'Evêque de Paris, Reg. Ep. Par. du 28 Novembre 1498, Le 14 Février i520, l'Evêque la conféra, sous le titre de l'Annonciation Notre-Dame, sur la présentation de Fiacre de Harville, Seigneur de Palaiseau et autres lieux,
comme héritier de Louis de Concies, son oncle, qui en étoit le
Tab. Spir. Ep. patron. La Chapelle Ste Catherine étoit différente. Jean Chuffart Parts. j3 permuta en 1437 pour le Doyenné de Saint Marcel.
Le nom de Boulogne ne fut point communiqué au Bois voisin aussi promptement qu'il Pavoit été au village de Menus. On Tappelloit, en i358, le Bois de Saint-Cloud. Les Chroniques de Saint-Denis, écrites par des auteurs du temps, disent à cette année, que le 21 Juillet, il y eut dans le Bois de Saint-Cloud des Anglois, qui s'étant mis en embuscade, en sortirent, coururent sur ceux de Paris et en tuèrent plusieurs. Mais en 1417, on voit employé le terme de Bois de Boulogne. Il est marqué dans le Journ. de Journal de Charles VI, que le Bois de Boulogne fournissoit le Charles VI, j^^y^ chaque année, pour l'Hôtel du Roy. On continuoit cependant encore quelquefois d'employer le nom ancien et primitif. On voit à la Chambre des Comptes, à l'an 1448, Guillaume Chenu continué dans l'office de Gruyer de la Garenne de Rouvray. On
Antiq.de Paris, trouve dans une piece vue par Sauvai, qu'en 1469, la Forêt ou Ga-
T. 111, p. 65o. j-enne de Rouvray fut brûlée par le vacher de Boulogne, lequel fit du feu dans la partie du Bois où les habitans de ce village avoient leurs usages, et le feu s'étant communiqué aux bois du Roy, il y en eut plus de cent arpens brûlés. Il y a une Ordonnance de du^Ch"'T Louis XI du i3 Février 1474, qui porte que les délits commis en
Wvoi., fol. 148. ses Garennes des Bois de Vincennes et de Rouvray, près S.aint-
Cloud, soyent jugés par les Juges des lieux et desdites Garennes, et par le Concierge du Bois de Vincennes et Garde de ces Garennes, Maître Olivier le Dain, son Valet de Chambre.
Dans le siècle suivant, on ne trouve plus que le nom de Bois de Boulogne, soit dans les Tables de la Chambre des Comptes, soit dans les Registres du Parlement. En i522, huit arpens déterre près la Forêt de Boulogne furent donnés à bail à Charles de Senlecque. En i545, il y eut une compensation ordonnée pour ceux
Reg. Pariem.' dont on avoit enfermé les vignes dans le Parc de Boulogne. Le
Roy et l'Eveque de Paris firent, en i552, un échange. L'Evêque
Memor. de avoit au Bois de Boulogne des Taillis, à cause de son Evêché, et y
la Chambre des avQjt Censive, Justice, Droit de Chasse. Le tout ayant été enclos
dans le Parc, le Roy lui donna une partie de la Forêt de Senart, par lettres du mois de Juillet, registrées le 6 Février suivant. Il s'agissoit de six-vingt arpens, qui furent transportés au Roi par Regnauld de Combrailles, Chanoine de Paris, comme Procureur Reg. Pati. d'Eustache du Bellay, Evêque. Charles IX, par sa Déclaration de
26 Mai 1573. Pan 1573, permit au Capitaine du Bois de Boulogne, à son lieutenant et aux quatre Sergents de ce Bois, d'y prendre chacun pour leur chauffage : le Capitaine un arpent et demi de bois, son Lieutenant un arpent, et chacun des Sergents un quartier. Le nom de
Rouvray n'étoit cependant point encore éteint ; car dans les Registres des chauffages accordés en 1577, ^^ '^ Décembre, ce Bois est appelle le Bois de Rouvray^ dit de Boulogne. Mais le nom de Boulogne étoit devenu si familier qu'il fut communiqué même au Château, qu'on a appelle depuis le Château de Madrit. C'est pourquoy on trouve quantité d'Ordonnances ou d'Edits de Charles IX qui sont dattes du Château de Boulogne-lez-Paris, quoique ce Château soit sur la Paroisse de Villiers la Garenne.
Le Bois de Boulogne est devenu un canton fameux pour les herborizations. M. de Tournefort en parle près de dix fois dans son Traité d'après Gundelsheimir, Clusius ou Jean de l'Ecluse, Médecins, et d'après ses propres observations.
On sera peut-être surpris que le nom de Menus, qui est absolument hors de l'usage vulgaire, soit néanmoins encore employé dans les dénombrements de l'Election de Paris. L'article de Boulogne, dans le dénombrement imprimé en 1709, est ainsi conçu : Menus et Boulogne^ Gruerie^ Capitainerie de Chasse. 2o5 feux. Les mêmes termes sont répétés dans le dénombrement publié en 1745, et on y marque 206 feux. Le Rolle des Tailles réunit aussi les deux noms Menus et Boulogne. Le EMctionnaire Universel de la France qui parut en 1726 y comptoit alors 668 habitans ou communians. Quelques-uns disent Boulogne-lez-Menus.
Les Religieuses de Montmartre continuent d'être Dames de ce lieu.
Je vais parler d'une Abbaye plus nouvelle. C'est celle de
Tabl. de Blanchard.