‹ Histoire de la ville et de tout le diocèse de ParisChapitre 148 sur 210 · LONG-CHAMP · texte numérisé non relu

LONG-CHAMP

Lorsque ce Couvent fut fondé, il étoit situé sur la Paroisse d'Auteuil, parce que le village de Menus (appelle depuis Boulogne), dont il est voisin, étoit alors de cette Paroisse. Mais depuis l'érec- • tion de la Paroisse de Boulogne par un détachement de celle d'Auteuil, ce Couvent se trouve compris dans le territoire de cette nouvelle Paroisse. Il est situé sur le rivage droit de la Seine, dans le premier coude que cette rivière forme au sortir de Paris. Le village de Surenne est à l'autre bord. Le nom de Long-champ, que portoit ce terrain dès le XIII siècle, convient à sa situation dans une grande plaine à l'extrériiité du bois de Rouvret, dit depuis Boulogne. Sa distance du milieu de Paris est d'une lieue et demie.

Isabelle, sœur de S. Louis, Princesse pleine de piété, ayant Vie disabeiie fait consulter Hemeric, Chancelier de Notre-Dame de Paris, sur p**"

ce qui seroit plus agréable à Dieu, de la fondation d'un Hôpital ou de celle d'une Maison de Sœurs Mineures, il lui conseilla la Maison de Religion ; elle fonda donc celle de Long-champ, qui

lui coûta bien trente mille livres parisis. On remarque que ces

Mftrtyroi. Religieuses dans leur première institution n'étoient d'aucun

Univ.deChastei. Ordre paniculier, n'ayant point d'autre règle que celle que le Pape

22 Fev. p. 716. Alexandre IV, mort en 1261, avoit dressée exprès pour elles, en

laquelle elles sont appellées Les Sœurs Incluses de VHumilité de Notre-Dame^ du nom que la Princesse avoit choisi. Agnès ibid.,p. 714. de Harcourt écrit que cette règle fut éprouvée par Frère Bonaventure et quatre autres de l'Ordre des Mineurs. Ce fut S. Louis qui dans la suite souhaita que le nom de Mineures fût ajouté à ibid., p. 716. celui de ces Religieuses, afin qu'elles fussent censées de l'Ordre de S. François. Il écrivit pour cela une Lettre au Pape Urbain IV, en laquelle il le pria aussi de corriger sur quelques chefs la règle donnée par son prédécesseur. Ce Pape chargea de la commission le Cardinal Simon de Brie, qui étoit pour lors à Paris. Cette Règle, ainsi corrigée et adoucie, fut insérée dans une Bulle que ce Pape donna à Orviette en 1263, adressée A VAbbesse et au Couvent des Sœurs Mineures Incluses du Monastère de V Humilité Notre-Dame^ Diocèse de PariSy marquant dans la Préface que ce titre de Mineures s'accordera fort bien avec celui de VHumilité qu'elles s'étoient donné.

Les premières Religieuses qui habitèrent ce Monastère en 1260, étoient tirées en partie de Reims, où il y avoit dès-lors un Couvent de Filles de S. Damien d'Assise, qui fut le premier nom des Filles de Ste Claire. On croit communément que le changement que le Pape Urbain IV apporta à la règle de Long-champ, fut cause que par la suite toutes les Religieuses qui suivirent le ChasteUin même Institut mitigé furent appellées Urbanistes. Le vrai de ibid., p. 717. cela est que ce Pape n'eut pas plutôt envoyé sa Bulle à Longchamp, qu'il fit retoucher encore à cette Règle, afin qu'elle pût servir de mitigation à celle que S. François avoit donnée à • Ste Claire ; ce qu'il fit par une seconde Bulle de la même année, adressée à tout l'Ordre de cette Sainte, qu'on appelloit alors l'Ordre de S. Damîen, parce qu'il avoit commencé à S. Damien d'Assise. Au reste, le nom d'Humilité de Notre-Dame ne subsista pas long-tems, et l'on voit que dès le siècle suivant ce Monastère étoit appelle Long-champ, ainsi qu'on l'appelle aujourd'hui ; Coiiect. cependant on connoît une charte de l'an 1447, où l'Abbesse est Gaignicres. désignée encore ainsi : Abbatissa Sororum Minorissarum Indu- T VU col 047 ^^^^^ Humilitatis nostrœ Domina? de Longo campo.

Il paroît par des Lettres de S. Louis de l'an 1269 et par celles

Requête ^^ ^^^ successeurs des années i285, iSij, i320 et i355, que le

d'Isabelle de meilleur bien de la fondation de ce Monastère consistoit en

^* "a^Ror *^* droit d'Usage dans le bois de Rouvret avec celui du chauffage,

vers Tan 1670. réglé à douze arpens de bois remplis par chacun an, et que de

D£ LA BANLIEUE DE PARIS SgQ

plus ces Princes lui donnèrent pour subvenir à d'autres nécessités deux cens dix-sept arpens; mais en 1679, le Roi leur assigna deux mille quatre cens livres de rente en place de tout ce que ses prédécesseurs leur avoient donné dans ce bois, qui est celui là même qu'on appelle maintenant le Bois de Boulogne. En i3io, le 7 Mai, un Arrêt du Parlement adjugea à ces Religieuses le Tonlieu de la Ville de Paris, c'est-à-dire un droit sur les char- Petit livre bitnc rettes et charges à cheval. A l'égard du spirituel, ce ne fut qu'en <*« Chateict, 1345 que Foulques de Chanac, Evêque de Paris, leur accorda caiichr. des lettres d'exemption. T.vn.coi.682.

La première Abbesse de cette Maison fut Agnès d'Anneri, la seconde, Mathilde de Guiencourt, et la troisième fut Agnès d'Harcourt. La Bienheureuse Isabelle qui demeuroit dans cette Communauté dans un appartement séparé, sans en être Religieuse, quoique Nangis l'ait cru, avoit eu à son service cette Agnès, laquelle ensuite prit l'habit et devint Abbesse. La pieuse Princesse étant décédée pendant son gouvernement en 1269, le 22 Février, elle en écrivit la vie en françois ; cette vie a été publiée par M. Du Cange après celle de S. Louis, faite par Joînville. On y remarque une naïveté qui fait plaisir.

S. Louis voulut assister aux funérailles de sa sœur. Elle fut inhumée d'abord dans le cloître avec les habits de Religieuse, comme c'étoit assez l'usage des personnes de piété. Mais au bout de neuf jours il fallut tirer son corps de-là pour satisfaire la dévotion du peuple et le transporter dans l'Eglise, où il fut renfermé dans un tombeau de pierre que Ton voit encore à moitié du côté du Chœur des Religieuses et à moitié en dehors. Agnès raconte jusqu'à quarante miracles opérés par elle. Le Pape Léon X en ayant été informé par les Religieuses, la mit au rang des Bienheureuses par sa Bulle du 3 Janvier 1 52 1, et le Cardinal de Boisy, Légat en France, leur permit de célébrer sa fête le 3i Août, . veille de l'Octave de S. Louis. Depuis ce tems-là, le Pape Urbain VIII permit de tirer son corps du tombeau et de l'enchâsser, ce qui fut fait le 4 Juin 1637, par Jean-François de Gondi, premier Archevêque de Paris. Vers l'an 1669, la Chapelle de son nom fut reparée par l'Abbesse Catherine de Bellievre. L'Abbesse suivante, Isabelle de Mailly, qui l'honoroit particulièrement, obtint du Pape d'en célébrer l'Octave dans son Couvent. Dans le chasteUin Nécrologe et les Calendriers de cette Maison écrits au XIII siècle, p- 7»2. elle est simplement appellée Illustrissima Domina Isabellis mater nostra, fundatrix istius Ecclesiœ, Ce n'est que depuis le tems de François I, qu'elle est appellée dans le Martyrologe : Sacratissima mater nostra sanctissima Ysabellis. Et enfin, il s'y fit une autre addition à la fin du XVI siècle, dans laquelle on assure

hardiment contre le témoignage d'Agnès de Harcourt, que la Bienheureuse Isabelle avoit fait profession de la vie Religieuse dans ce Couvent.

Dès le milieu du dernier siècle, on comptoit déjà la quaran-

Da Breui, tiéme Abbesse. On peut voir dans le Gallia Christiana et dans

liv. IV, p. io36. Du Breul, les Epitaphes de plusieurs Dames qualifiées qui Pont

été durant cet intervalle. Les Elections d'Abbesses ont été beaucoup multipliées depuis cent ans, puisqu'il y en a déjà eu vingtsix jusqu'à l'an 1740. Ce fut apparemment en vertu de quelque reforme que ces Abbesses devinrent triennales. Le Gallia Christiana ne marque point s'il y eut du changement vers la fin du règne de François I. Il y a lieu de le croire, puisqu'on trouve dans les Registres du Parlement un Arrêt du 19 Octobre i543, qui porte que le Général de Saint François ou deux Religieux, y mettroient la reforme avec un Conseiller de la Cour.

L'Eglise et le Monastère sont en grande partie dans leur état primitif ; l'Eglise surtout se ressent entièrement du goût du

XIII siècle, à la réserve de l'Autel, etc. Le cloître et le réfectoire Gaii. Chr. Ont été embellis de peintures, faites depuis quelques années par

T.viiycoi.gso. yj^g Religieuse du lieu, qui sçavoit l'art de peindre. La Communauté est composée de quarante Religieuses ou environ. Deux Princesses du Sang y sont mortes Religieuses au

XIV siècle, sçavoir : Blanche de France, quatrième fille de Philippe le Long, laquelle y prit l'habit l'an iSij ou i327, et décéda le 26 Avril i358; 2° Jeanne de Navarre, dont l'Epitaphe est conçue en ces termes : Içy gist très-noble Dame et de bonne mémoire Madame Jehanne de Navarre^ Sœur Mineure j en l'Eglise de céans, fille du Roi de Navarre, qui mourut à Granate pour ^^ foy de N. S, J. C, et trespassa ladite Jehanne, Van de grâce M CGC LXXXVII, le III jour de Juillet. Je n'examine point si tout y est fort exact.

Entre les Rois, successeurs de S. Louis, qui sont venus à Longchamp, on pourroit croire, à l'inspection de certains monumens, que Philippe le Bel y seroit venu souvent : mais il ne faut pas confondre un Philippe, Roi, avec un autre de même nom.

Philippe le Long, qui a régné depuis i3i6 jusqu'en i32i,

a souvent logé à Longchamp. On a de lui quelques Déclarations

ou Edits qui sont du mois de Juillet i3i9, et datés apud Longum

campum juxta Sanctum Glodoaldum. Il est certain qu'il y passa

les mois d'Août, Septembre, Octobre, Novembre et Décembre

Continuât, ^^ l'année i32i, pendant lesquels il tomba deux fois malade. La

chron. Nangii première fois, qui étoit pendant l'été, il fut affligé de la dissenterie

,, . ^.: ^'^' , et de la fièvre quarte. Alors, l'Abbé et les Religieux de S. Denis

P'79' Vinrent en procession, nuds pieds, jusqu à Long-champ, lui

apportèrent la Vraie-Croix de N. S. et le saint Clou, avec le bras de S. Simeon. Il se sentit guéri, ou beaucoup mieux, après avoir touché et baisé ces saintes Reliques ; mais la maladie étant revenue par sa faute, il y fit ses dernières dispositions, ensorte que son codicile portant confirmation de son testament, est daté de ce lieu le 2 Janvier i32i. Il y mourut la nuit du lendemain, et fut porté le 6 du mois, à Saint Denis. Il avoit occupé apparemment l'Hôtel où avoit logé la B. Isabelle, soeur de S. Louis. Cette longue résidence de ce Prince dans l'Abbaye de Longchamp, porte à croire que c'étoit dès l'an iSij que Blanche, sa fille, y avoit pris l'habit, et qu'il ne faut pas reculer ce fait jusqu'à l'an 1327.

Pour ce qui regarde Philippe le Bel, père de Philippe le Long, Rcgist. de» ce qui reste d'actes connus de son tems, ne le marquent présent Chart. 35 et 36 à Longchamp, près Saint-Cloud, qu'en i3o3, le 20 Août. Car °" ^ ^*"* * il ne faut pas confondre ce lieu de Long-champ avec un village * Regist. 38. de même nom, situé du côté de Rouen dans l'Election de Lyons, TaWe de cire de où l'on trouve qu'il étoit en Juillet i3oi, aussi-bien que les . *"^^*'

* ' ^ des Toyftges

l3 et 14 Septembre l3o8. de ce Roy en

Les Evêques de Paris ont toujours veillé à ce qu'un trop grand '"^os. concours à ce Monastère n'en troublât la retraite. La Bulle du Pape Grégoire XIII, sur un Jubilé, en avoit assigné l'Eglise pour une des sept Stations. Pierre de Gondi, Evêque, mit l'Eglise de Archiv.Ep.Par. Saint Roch à la place de celle de Long-champ, et lorsque le Pape eut appris ses raisons, il loua sa prudence par un Bref que j'ai vu daté du 10 Mars 1584.

PACY ou PASSY

Le second démembrement qui a été fait de la Paroisse d'Auteuil consiste dans Passy, où il y eut une Cure érigée en 1672. Le plus 'ancien titre que je connoissc où il soit fait mention de ce lieu comme voisin d'Auteuil (il n'y a de distance qu'un quart de lieue), est un Bail de l'an i25o ; il y est nommé Paciacum. C'est à l'occasion d'une petite pièce de terre que l'Abbaye de Sainte Geneviève y possédoit et qu'elle donna en villenage au Curé d'Au- chartui. teuil, c'est-à-dire, selon quelques-uns, pour tant de tems que bon s.Gen.p. 32g. lui sembleroit. Il est bien vrai que l'on trouve au XII siècle un Magister Simon de Passiaco^ lequel, avec Osmond son frère, Hist. Ecci. établit les deux premiers Prêtres de Saint Denis du Pas, dans les Paris, t. ii, années 1148 et 1164, et que cela peut induire à croire que ces ^' "'^'

deux bienfacteurs d'une Eglise située au milieu de Paris, tiroient leur nom de Passy, voisin de cette ville ; mais la manière de l'écrire étant différente, on peut aussi penser quUls étoient d'un autre Passy, puisque l'on compte en France sept ou huit Paroisses de ce nom, et qu'outre cela il y a un Fief dit Passy, dans la Brie, sur la Paroisse de Cocigny, au Diocèse de Paris.

Le village de Passy n'est qu'à une petite lieue du milieu de Paris. Sa situation est sur une montagne, au rivage droit de la Seine, avec quelques maisons cependant plus bas que le haut de la côte, c'est-à-dire sur la pente qui regarde le midi.

Le nombre de feux est marqué à 25o dans le dénombrement imprimé l'an 1709 ; mais il y a apparemment un erreur de calcul, car dans celui que le sieur Doisy a donné au public en 1745, il n'y en est marqué que 144. Le Dictionnaire Universel de la France qui parut en 1726, s'accorde avec cette dernière supputation, assurant qu'il y a à Passy 646 habitans.

Christine de Heurles, veuve de Claude Chahu, Seigneur de Passy, poursuivit durant les dernières années de l'Episcopat de M. de Perefixe, Archevêque de Paris, l'érection d'une Cure dans sa Terre. L'Eglise y étoit construite dès l'an 1667. Le sieur Loyseau, Curé d'Auteuil, Aumônier du Roi, en avoit fait la /îe^.i4rcA. Par. bénédiction, comme aussi celle du cimetière, dès le Vendredi

26 Mai de la même année. Cependant, l'établissement d'un Curé ne fut pleinement consommé qu'au commencement de l'Episcopat de M. de Harlay. Il avoit été stipulé que cette Cure seroit unie à la Communauté des Barnabites de la Maison de Saint Eloy de Paris , et la Dame avoit transigé avec les parties intéressées, sçavoir le Chapitre de Saint Germain l'Auxerrois, nominateur de la Cure d'Auteuil, dont Passy faisoit membre, et avec le Curé de ce Village, tant pour lui que pour son Eglise, moyennant une indemnité. On dit que la cause pour laquelle on choisit une Communauté pour la conduite de cette Cure, est que M. de la Brunetiere, Vicaire Général, s'étoit apperçu que les habitans de ce Reg. Areh.Par.li^^y profitant du voisinage de Paris, attiroient si souvent leurs j8Maiii672. Vicaires en cette Ville, qu'ils ne restoient presque jamais' à Passy, Feiibien. Enfin, le Roi accorda, au mois de May 1672, ses Lettres patentes

Hist. de touchant cette érection, lesquelles furent enregistrées en Parlela Ville de Paris - ^ i t •

T V p. 317 ^^^^j I^ 21 Juin suivant.

L'Eglise de ce lieu, qui cessa dès-lors d'être simplement qualifiée de Chapelle, a pour Fête Patronale l'Annonciation. Il avoit été réglé que ce jour-là le Chapitre de Saint Germain y enverroit Aimanach un Chanoine pour y faire l'Office, lequel prendroit son repas Spirituel de chez les Peres Barnabites : ce qui s'est pratiqué exactement. En conséquence de la clause des Lettres Patentes qui porte que dans

cette union à la Communauté des Barnabites, il n^ ^ura rien de contraire aux Ordonnances et Privilèges de l'Eglise Gallicane, rOffice de cette Eglise se fait suivant le Rit de Paris, et dans les livres de Paris. Les Barnabites ont en ce lieu une petite Communauté qui est imposée au Rolle des Décimes. Celui d'entr'eux qui est Curé, est choisi par la Maison de Saint Eloy, désigné par le Général, agréé par le Seigneur du lieu et par les Chanoines de Saint Germain, et pourvu par l'Archevêque. Il peut être en même tems Supérieur de la Communauté de Passy, mais cela n'est pas toujours. Au moins il doit demeurer dans cette Communauté, et il lui doit rendre compte du revenu de la Cure. Il a un Presbytère à côté de l'Eglise, mais il ne l'occupe point. Cette Communauté de Passy est logée dans un bâtiment que lui vendit M. de Rieux, Conseiller au Parlement de Paris, par le déplaisir qu'il eut de ce qu'un Bourgeois de Paris, qui avoit perdu un . Procès dont il étoit le Rapporteur, avoit élevé son bâtiment situé à my-côte au dessous du sien, de manière à l'offusquer et lui ôter sa plus belle vue. C'est dans cette Communauté que le Père Champigny, Barnabite, avoit composé ses Sermons, qui ont été imprimés.

Il n'y a d'Epitaphe mémorable dans l'Eglise de Notre-Dame de Passy, que celle de M. le Ragois, nommé ci-après en parlant des eaux minérales. Quoique l'édifice n'eût la forme que d'une simple Chapelle, on n'a pas laissé que d'y ériger plusieurs autels, qui constituent d'autres Chapelles, tant d'un côté que de l'autre.

On n'y célèbre point d'Anniversaire de Dédicace; ce qui fait croire qu'elle n'a été que simplement bénite en qualité de Chapelle. Le 2 Janvier et le 19 Novembre, on y fait des prières pour la fondatrice et pour son mari.

Depuis plusieurs siècles, on trouve des Seigneurs de Passy proche Paris, outre l'Abbé de Sainte Geneviève qui en est qualifié Seigneur dans le Procès-verbal de la Coutume de Paris, rédigé Hist. de l'an i58o. En l'année 141 6, Jeanne de Paillard se disoit Dame de Montmorency Passy, Espigneul et Espignolet sur Seine. Le Fief de ce lieu étoit ""^** p* ' • retourné au Roi Louis XI, puisqu'il le donna le 2 Janvier 1468 Mem. de au sieur Jean de la Driesche, Président de la Chambre de ^* Chambre de» Comptes, sous lequel les limites de cette terre furent faites par les <>™p*«'- Commissaires du Roi. Mais peu de tems après il fut possédé par un nommé Jean Petit, dont on ne dit point la qualité ; ensuite par Pierre Danès, Avocat en Parlement, qui le vendit à Mathieu ordinaire Macheco, Huissier en la même Cour en i53o. Ce dernier mourut <** ^■"* '^So. en i532, comme il paroît par son Epitaphe aux SS. Innocens, où j ,„^ p 'g,^, il est dit Seigneur de Passy. Isabeau le Clerc, sa veuve, vécut jusqu'en i55i ; après lui jouit de ce Fief Jean Cerlieu qui fit faire

Recueil en 1 542, Une information pour être indemnisé des terres enfermées d'Epit. de Paris j^j^g jg p^j-c de Boulogne ; puis Mathieu Macheco, Chanoine de du Roy, p. 497. Pûris, qui décéda en 1592. Au reste, l'époque ci-dessus, marquée Ep.ibid.adinn, ^^ Tacquisition faite par Mathieu Macheco, Huissier, est peu sûre, Guyot *'^^ ^^^ ^^^^ ({u*i\ étoit déjà Seigneur vers i5i2 ou i5i5, et qu'il Traité des Fiefs, arrenta alors des terres pour être mises en vigne, à la charge que T. I, p. 438 jç yjj^ fQj pressuré au pressoir bannal.

Au milieu du siècle suivant, cette Seigneurie étoit entre les mains de Claude Chahu, Trésorier de France en la Généralité. de Paris. Ce fut sa veuve qui y fit établir une Paroisse, comme on a vu ci-dessus. Depuis elle, la Terre a été possédée par M. Orceau, M. d'Orsigny, Madame de Fontaine, à laquelle le droit de Pressoir bannal fut attribué par Arrest en 1730. C'est de son tems que le château a été bâti. M. Bernard de Rieux, Président au Parlement, . en a joui ensuite. Enfin M. le Président Bernard de Boulainvilliers son fils, qui l'a vendue à vie à M. le Riche de la Popeliniere, Fermier Général, qui en jouit présentement et qui l'a fort embellie.

Il est fait mention des habitans de Passy comme de ceux

d'Auteuil dans des lettres du Roi Charles V, qui furent renou-

Tres dcsChart. sellées et Confirmées en i38i par celles de Charles VI, dans les-

Reg. 19. quelles on lit une permission qui leur est accordée de clore leurs

Pièce 141. héritages de murs faits à sable et à chaux, et même de prendre

et étrangler les conils (lapins] qui y faisoient du dégast.

Il y avoit en i3o5 à Passy un lieu appelle l'Echansonnerie. Ce

qui m'en donne la connoissance, est un article du livre de l'an-

Lib Ju8t cienne Justice de Sainte Geneviève de Paris, dans lequel on lit

s. Gen. fol. 39. qu'en cette année-là un homme fut arrêté par-delà les hayes des

Bruyères, lequel avoit volé de. l'argenterie à l'Hôtel de la Reine Marie, et pris des cueilleres en l'Echançonnerie de Passy. La Reine Marie en cet endroit est Marie de Brabant, veuve de Philippe le Hardi. Elle ne décéda qu'en i32i.

Quoique Passy ne soit qu'un démembrement de la Paroisse

d'Auteuil, son territoire ne laisse pas que d'être encore assez

étendu. Il commence en venant de Paris aux maisons qui sont

vers l'entrée du Couvent des Minimes, lequel est sur la Paroisse

de Chaillot, et il continue jusqu'à la porte du Parc de Boulogne,

dite la Porte Maillot. Il comprend dans cet espace le Château

Royal de la Muete, ainsi dit selon quelques-uns (aussi-bien que

celui du Parc de Saint Germain) parce que c'étoit le lieu où l'on

Tables changeoit de chiens pour la chasse. On a un Edit de Charles IX,

de Blanchard daté de Passy-lez-Paris au mois de Juin 1572, qui probablement

p- 995. a été donné en ce Château. C'est dans ce Château, tel qu'il est

aujourd'hui, que mourut le 21 Juillet 1719, Madame la Duchesse

de Berry, âgée de 24 ans. Il y avoit eu une difficulté entre Nicolas

Niobet, Curé de Chaillot, et Alexis Fleuret, Barnabite, Curé de Reff.Arch. Par.

Passy, touchant les quatre maisons voisines de l'entrée du Couvent

des Minimes et que les Religieux avoient fait bâtir sur la grande

rue devant la porte de leur Eglise. Chacun des deux prétendoit

qu'elles étoient de sa Paroisse. Mais comme il y avoit eu une

Sentence du 3 Septembre 1698, qui les déclara être de la Justice

de Passy, et qu'il y avoit déjà eu des enfans nés dans ces maisons

baptisés à Passy qui est plus proche que Chaillot, l'Archevêque

statua le i3 Février 1699, que ces quatre maisons étoient et se-

roient toujours de la Paroisse de Passy.

On peut compter parmi les hommes illustres qui ont porté le nom de cette Terre, ou qui sont décédés sur cette Paroisse, Pierre de Passy, Doyen de Notre Dame de Paris sur la fin du XIV siècle. Il est nommé de Paciaco dans le Nécrologe de cette Eglise, où son décès est marqué au 9 Octobre 1402. Jean-François d'Estrades, fils du Maréchal de ce nom, Abbé de Moissac, au Diocèse Gaii. Chr. de Cahors, est mort à Passy près Paris, le 10 Mai 171 5, et ^- '^^^' ^- '•^^'''• François Coentin, Abbé du Mont Saint Quentin, y est décédé le Mcrc janv. 5 Janvier 1789. '739-

Deux Chapellenies de Notre-Dame de Paris ont été anciennement dotées de quelques pièces de vignes situées à Passy. L'une des Chapellenies, du titre de S. Eustache, y en possédoit un Coiiect. mss. arpent, [au] lieu dit Les Bauches; et l'autre du titre de S. Pierre et ^" ^^'** S. Paul, fondée par Jean Houdart et sa femme, avoit un demi ' ' *"'

arpent aux carrières de Passy, appelle La Vigne auX Clercs.

Les eaux minérales de ce village sont ce qui lui donne aujourd'hui plus de réputation. M. Duclos, de l'Académie des Sciences, Hist. de rAc«d. en ayant fait l'analyse en 1667, conjectura que le sable fort fin T. i, p. 3o. qu'il y vit étoit un sel nitreux que l'eau avoit emporté des carrières voisines. On les déclara dès-lors bonnes pour les intempéries chaudes des viscères. Depuis, M. Lemery le fils a assuré qu'elles paroissent composées d'un esprit vitriolique et d'une matière qui renferme un sel acide, et qui est jointe à une poudre très-fine de rouillure de fer.

Le lieu où sont les anciennes eaux, a appartenu successivement à Messieurs George père et fils, puis à. la veuve de ce dernier, et enfin à Madame Chevalier.

Les nouvelles eaux de Passy demandent un plus grand détail. L'Abbé de Ragois est celui qui découvrit, pour ainsi dire, ces nouvelles sources dans le fond qui lui appartenoit, par le moyen des expériences qu'il fit sur l'eau du puits de sa maison. Depuis cette seconde découverte, il en fut encore parlé dans les Mémoires Memoiresde de l'Académie des Sciences. Le jardin où elles furent trouvées *'■" '736, p. 3o,

est un peu plus du côté du couchant d'hiver ou d'Auteuil, que l'endroit où sont les anciennes. Il y avoit au dessous de ce jardin celui de la maison du sieur Guichou, Marchand d'étoffes de soye rue S. Honoré, qui trouva le moyen d'attirer chez lui les eaux de l'Abbé le Ragois. Sur quoi y ayant eu procès au Conseil d'Etat, le Marchand fut condamné à vendre à l'Abbé la portion de terrain où il avoit fait venir les eaux, à prix fixé par arbitres. M. le Ragois, qui avoit eu un grand profit de ces eaux, fit en mourant une disposition testamentaire, par laquelle il les laissoit à M. le Marquis de Bretonvilliers ; à son refus à M. de Bercy, et au refus des deux, aux Frères de la Charité, chargeant celui qui accepteroit le legs, d'acquitter quelques dettes, et de payer une pension à Madame de Pouilly, sa nièce. Aucun n'ayant voulu accepter le legs, la Dame de Pouilly en hérita, et étant devenue propriétaire des eaux, elle les conserva jusqu'à son décès. Alors elle en fit aussi un legs à trois personnes comme avoit fait son oncle. M. Belamy qui étoit le premier, accepta la donation, et il en jouit.

Ces eaux, en sortant du réservoir, s'écoulent dessous terre dans des canaux qui se rendent dans la Seine. Le jardin où elles sont est ombragé en partie par un bois de haute futaye, qui donne des prgmenades charmantes aux buveurs, et qui est dominé par quatre terrasses élevées l'une sur l'autre, sous lesquelles il y a des galeries pour les mêmes buveurs quand il pleut.

Il n'est point de la compétence de cet ouvrage de juger de ces eaux, sur lesquelles il paroît que les sentimens ont varié. Mais je

piganioi. ne puis Omettre l'observation déjà faite par un auteur connu, que Descript.dePar. depuis fort long tems on trouva à Passy des pyrites, dont les

* ' ^* ' Carriers vendoient autrefois une grande quantité aux Apoti-

quaires, qui en faisoient une espèce de vitriol, avec quoi ils

Traité des Eaux guérissoient les fièvres intermittantes. M. Moulin de Marguery,

dePassy Médecin, qui dit avoir fouillé dans le sein de la terre de la colline m-ia 17a . j^ Passy jusqu'à l'endroit le plus profond où il ait pu pénétrer, distingue dans cette colline cinq couches de terres très-différentes, et après les avoir soigneusement examiné, il conclut qu'il y a dans ce coteau une mine de fer encore crue ou altérée, et médiocrement abondante en bon fer. Elle donne aussi du soufre ; ce qui est prouvé par les pyrites, par l'odeur et par la terre bitumineuse. Elle donne enfin du salpêtre qui se montre lui-même dans les souterrains.

Entre plusieurs maisons remarquables de ce village, on distingue celle qui a appartenu au Duc d'Aumont, par l'art avec lequel on a tiré parti du terrain sur lequel elle est située. Ensuite celle qui a appartenu à M. Berthelot, puis à M. Carel, Receveur

Général des Finances de la Généralité de Paris, et après lui au Duc de Lauzun, puis à la Duchesse son épouse, qui a été vendue à la Marquise de Seissac. Elle est sur le grand chemin de Versailles.

Dom Lobineau a fait Nicolas du Pré, Maître des Requêtes Hist.de Par. en i558, Seigneur de Passi dont il s'agit. Mais c'est un fait '^•**'^*''^p*'" incertain.

CHAILLOL ou CHAILLOT

La dissertation qui fut imprimée en 1736, chez Prault père à Paris, sur l'antiquité de ce village, n'ayant jamais passé pour un ouvrage sérieux, je n'en parle en commençant cet article, que pour faire voir que j'en ai eu connoissance.

Nous n'avons aucuns titres où le village de Chaillot soit mentionné avant la fin du onzième siècle. Le premier qui en parle, est une Bulle du Pape Urbain II de l'an 1097 à l'occasion de l'Eglise de ce lieu, qui est nommée Eccîesia de Caleio, Depuis //,-,/. 5. 3/^,./. lequel tems elle est appellée dans ceux du douzième de CalleviOy à Campis ou de Calloio, ou bien de Challoio, ou bien enfin le lieu est ''* '"**• appelle Caloilum, et si le nom ne se trouve pas latinisé dans quelques titres de ce même siècle et du suivant, il est simplement écrit Challoel'au milieu de quelques actes latins K Tout ce que l'on peut conjecturer sur son origine, est que ce nom n'a qu'une seule racine Celtique ou Gauloise, qui est Chai ou Cal, et qu'il doit avoir la même origine qu'une infinité de noms de lieu de ce Royaume, qui commencent en France par Chai ou Chel. Au XIV siècle ou l'écrivit quelquefois Chailluyau, au XV Chailleau, Chaleau et Cbailliau. Il faut d'abord sçavoir que l'unique village qu'il y a eu primitivement sur la côte qui commence à Chaillot et qui règne jusqu'à Boulogne, le Bois compris, s'appelloit Nimio en latin au VII siècle (Villa Nimione sita in territerio Parisiaco,} S. Bertran, Evêque du Mans, Poitevin de naissance, et qui avoit eu ce village et les vignes qui en étoient voisines, tant par acquisition lorsqu'il n'étoit encore que laïque, que par la donation du Roi Clotaire II, déclare dans son Testament qu'il Anaiect.Mabui, veut que ce même- village dit Nimio^ depuis nommé Nijon ^, T.m.p.us

velinfol.1256.

1. Une charte de Louis VII 4e l^an 11 76, concernant les Chanoines de Sainte Opportune, parle d^un marais qui jacet inter Parisius et Montem Martyrum, et protenditus à ponte petrino usque subtus villam quce appellatur Challoél, Hist. de Par, T. III p, 34.

2. J'écris Nijon qui vient de Nimio, de même qu'on écrit Dijon qui vient de Divio. Je sçai qu'il y a au Diocèse de Toul un Village du nom de Nijon, et que le' Pouillé imprimé de ce Diocèse appelle Nijuncus en latin, mais ce mot latin paroit forgé.

appartienne entièrement après sa mort à l'Eglise de Paris, dans laquelle il avoit été élevé ; il y spécifie que les vignes étoient situées dans un lieu où il y avoit quelques petites sources, et qui pour cela étoit nommé Fontanitum, lesquelles vignes étoient possédées alors par les Maraîchers et Vignerons du canton, quœ Fontanito ad palustrias et vinitores esse noscuntur. Ce saint Evêque mourut en l'an 623. Il est vraisemblable que par la suite du tems, les habitans appartenans au village de Nijon, s'écartèrent dans les deux côtés : les uns vers l'endroit des sources et du marais, ce qui forma peu à peu un nouveau village, qui prit le nom du canton qui étoit Auteuil, nom fondé sur ce qu'il y avoit eu d'abord beaucoup de prés et de marais en ce lieu ; les autres se transportèrent un peu plus près vers Paris, sur l'extrémité de la côte vers l'orient, dans le canton où l'on avoit abattu le bout de la Çorêt de Rouvret, dite depuis de Boulogne, et ce lieu eut le nom de Chai ou Chail^ ou quelquefois celui de Caly lequel encore dans un titre du XIV siècle signifioit destructio arborum *. Ces deux villages formés ainsi des débris de celui de Nijon, eurent en conséquence leur territoire particulier, et s'étant peuplés considérablement, ils furent érigés en Paroisse, mais assez inégales pour l'étendue du terrain, vu que celui d' Auteuil a depuis produit deux autres Paroisses, et qu'on ne voit point que rien ait jamais été démembré de celle de Chaillot. Ce fut alors que le territoire de Nijon se vit distribué partie à Auteuil et partie à Chaillot ; de sorte que si quelques-uns de nos Princes n'y avoient pas eu un Hôtel, le nom de Nijon seroit peut être tombé dans l'oubli, et l'on n'auroit sçu où retrouver la place de ce village, qui subsistoit il y a onze cent cinquante ans. Je passe sous silence la pensée qui étoit venue à M. de Tillemont dans sa vie de S. Denis, que Chaillot étoit peut être le Catulliacum ou Catolacum des actes de ce Saint. Cette idée n'a été adoptée de personne, et n'est nullement recevable. A la simple inspection des Actes, on voit que Catulliacum est le nom primitif de la ville de Saint Denis, ou d'un lieu qui étoit contigu à l'endroit où l'Abbaye et la Ville ont été bâties.

Le village de Chaillot n'est éloigné que d'une petite lieue de la la Cité de Paris, d'où on l'apperçoit vers le couchant d'été. Comme il est très-voisin des extrémités de la ville et du faubourg S. Honoré, on en a fait aussi un faubourg de cette grande ville, ainsi que je le rapporterai ci-après. Son territoire consiste en quelques vignes et jardinages, avec des terres labourées. Sa situation est sur le haut du coteau, d'un aspect fort riant, et d'où

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