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MONTMARTRE

Si nous n'avions, pour assurer l'antiquité du nom de cette montagne voisine de Paris, que le témoignage des actes de S. Denis, composés par Hilduin, il faudroit nous en tenir à ce que cet Auteur dit, que son premier nom étoit Mons Martis, et qu'à cause que S. Denis et ses compagnons y ont, selon lui, souffert le martyre, on l'a depuis appellée Mons Martyrum, comme c'étoit l'usage de son tems. Mais nous avons Fredegaire, Ecrivain du VII siècle, qui l'appelle Mons Mercore^ qui est une altération du nom Mons Mercurii. Il semble donc que le nom que nous lui donnons depuis le IX siècle, et dont Hilduin est peut-être l'inventeur, comme l'a pensé M. Grancolas, ne soit qu'une corruption des mots Mont Mairte, ou plutôt des mots Mont Mercre. On veut aussi qu'il y ait eu sur cette montagne un temple de Mercure et un autre de Mars ^ Sauvai va jusqu'à assurer qu'il en a vu des restes dans

I. Je ne parle pas de Pidée qu*a eu Fauteur d'un écrit inséré dans un Journal de France, il y a vingt ans et plus, que cette montagne avoit été formée des terres que les debordemens de la Seine ont ramassé, non plus que de ce qu'a écrit Raoul de PréUes au XIV siècle, en ses Commentaires sur sa Traduction Françoise de S. Augustin, sur la Cité de Dieu, que cette montagne servit aux Gaulois à mettre un fanal qui répondoit à celle de Court-Dimanche, au-dessus de Pontoise, et celle-ci à Montjavoux, en Vexin. Cet auteur a tiré tout cela de son cru.

le siècle dernier, et qu'ils ont été abbatus. Mais comme il n'est pas sûr que cet Ecrivain se connût en bâtisse Romaine des premiers tems, il pourroit se faire que lui et ses contemporains eussent pris pour des restes du temple quelques vieilles mesures du bas Empire, telle qu'étoit celle que l'on a découverte, remuée et fouillée sur la fin de l'année 1787 et au commencement de 1738, vers le Nord de cette montagne. Il suffiroit qu'il y eût eu, comme cela est possible, une statue de Mercure élevée dans un endroit, une de Mars placée en un autre lieu de la même montagne, pour lui avoir fait donner le nom de ces fausses divinités. Frodoard dit à la vérité, que de son tems, c'est-à-dire en l'an 944, un grand ouragan renversa, à Montmartre, une maison très-ancienne et très-solidement 6âtie. Mais il ne marque point que cette maison passât pour être un temple. J'ai vu, du côté du couchant, quelques fondemens de l'édifice qui a passé pour être un reste du temple de Mercure; ces fondemens m'ont paru trop peu épais pour avoir soutenu un temple. A l'égard de l'édifice dont parle Frodoard, qui passoit au X siècle pour être très-ancien, et que je suis persuadé être le même dont on a découvert les restes, en l'examinant exactement, lors de la fouille qui a duré plusieurs jours, je me suis convaincu que c'étoient des bains de la maison de quelque ancien habitant du troisième siècle ou environ, où l'eau d'une fontaine située un peu au-dessus se rendoit par des tuyaux, et que la salle et le reste n'avoit été renversé par l'ouragan de l'an 944, que parce que ces bâtimens n'avoient presque point de fondemens.

En l'an 627 de J. C, il y avoit en quelque endroit de Montmartre une maison, dans laquelle le Roi Clotaire II, étant à Clichy, envoya iEgyne, grand Seigneur Saxon, dont les gens avoient tué Ermenaire, Maire du Palais de Caribert, son fils, et Fredeg. ce Seigneur y resta avec ses amis et quelques troupes, s'atten- c*''"»- »• ^^' dant bien d'y être assiégé ; mais le Roi assoupit cette affaire.

Il pouvoit aussi y avoir dès-lors sur cette montagne une Eglise du titre de Saint Denis, ou bien il faut dire que ce fut dans le siècle suivant que l'on y en bâtit une, puisque l'auteur de la première collection des miracles de ce Saint, qui écrivoit sous Charles le Chauve, assure que l'Eglise du titre de ce Saint, située sur la montagne depuis peu appellèe Mons Martyrum^ Uber Miracui. eut besoin de son tems d'une charpente neuve, tant l'ancienne s.Dionys. étoit usée, et peut-être que ce fut lorsque cette Eglise fut bâtie pour la première fois sur cette montagne, vers l'an 700 ou 750, et dédiée sous l'invocation de S. Denis et de ses compagnons, que l'on commença à changer le nom de la montagne en celui de Mont des Martyrs, expression par laquelle on ne doit pas néces-

sairement entendre S. Denis et ses deux compagnons, puisque d'autres qu'eux paroi ssent y avoir souffert, comme on verra ciaprès ; ce n'est, au reste, que sur le témoignage d'Hilduin, Abbé de Saint Denis, que l'on a cru depuis lui que c'étoit sur cette montagne que le Saint et ses compagnons avoient été décolés, et le nom de l'Eglise bâtie sur la même montagne fut le fondement de son opinion.

Les bâtimens qui pouvoient avoir été construits sur cette montagne, souffrirent beaucoup durant le siège de Paris par les Normans en l'an 886. Ce fut de dessus la hauteur de ce lieu, que Abbo carminé pendant ce siége, Eudes, Comte de Paris, qui étoit allé trouver de obsid. Paris. Iq RqJ Charles le Gros pour avoir du secours, se fit voir aux

assiégés afin de favoriser son passage à travers les ennemis. Ce fut aussi là que ce même Prince étant arrivé, campa avec son armée. Enfin, ce fut de-là que Thiery et Alderan, frères si renommés dans l'Histoire, se détachèrent avçc six cens hommes, et malgré les Normans entrèrent dans Paris, leur passant sur le ventre.

Ce ne fut que dans le tems de l'ouragan de l'an 944, que l'Eglise

ChroH. de Montmartre fut abbatue. Frodoard dit que les diables y con-

FrodoarJi. tribuerent, et cela sur le bruit du peuple gui veut toujours du

merveilleux. On va voir que cent cinquante ans après, il en

subsistoit une sur la même montagne.

L'Empereur Othon II, qui porta ses armes assez avant dans la France, vint camper jusques sur Montmartre, l'an 978, mais il défendit qu'on touchât aux Eglises. D'ailleurs, il n'y vint que pour accomplit ce qu'il avoit fait dire à Hugues Capet, renfermé dans Paris, que V Alléluia qu'il feroit chanter pour remercier Dieu de ses victoires, seroit dit si haut, qu'il n'en auroit jamais oui un semblable. En effet, ayant réuni sur le faîte de Montmartre un grand nombre de Clercs, il leur dit d'y chanter le plus haut qu'ils pourroient V Alléluia. Te Martjrrum candidatus laudat exercitusy Domine, qui se trouve au Commun de plusieurs Martyrs dans les anciens Graduels (où il est du cinquième mode ou ton), que Hugues Capet lui-même et tout Paris l'entendit et en fut fort surpris. Ce fait est rapporté dans la Chronique des Chron. Camer. Evêques de Cambray, composée au siècle suivant par Baudry lib. I, cap. Lcvi. iQ Cambray, Chantre de l'Eglise de Terouenne.

Le Roi Robert confirmant en 996 à l'Abbaye de Saint Denis l'étendue du territoire qui avoit été nommé dans un diplôme qui passe pour être du Roi Dagobert, marqua que d'un côté il s'étendoit jusqu'à la montagne des Martyrs, usque ad Montem Martyrum ubi ipse prœcellentissimus ï>omini testis agonem suum féliciter explevit» Il n'est pas dit si la montagne y est comprise, mais

il y a apparence que non et il est constant par d'autres monumens que l'Abbaye ne jouissoit pas alors de toute la plaine qui est entre l'Abbaye et cette montagne.

La famille du nom de Bouchard qui a formé la maison de Montmorency, ayant produit de grands hommes durant le cours du premier siècle de la troisième race de nos Rois, mérita qu'une partie au moins de Montmartre lui fût donnée en bénéfice par le Prince. Un de ces Seigneurs de Montmorency que l'on comptoit en 1096 pour le quatrième du nom de Bouchard, donna cette iust, s. MarL année-là un acte, par lequel il est évident que l'Eglise située sur P- ^'^' cette montagne avec l'autel et le sanctuaire, le cimetière, un espace considérable de terrain aux environs, la troisième partie de la dixme et le tiers des Hôtes, avec la moitié d'un labourage, étoient compris dans le territoire qu'il y possédoit bénéficiairement. Cet acte qu'il mit sur l'autel de Saint Martin des Champs, n'est autre que le consentement qu'il donne à la cession que Vautier Payen et Hodierne, sa femme, qui tenoient de lui toutes ces choses, venoient d'en faire aux Moines de ce Prieuré. Il s'agit ici de l'Eglise qui étoit sur le haut de la montagne, et qui paroît par-là avoir été, il y a six cens ans, une Paroisse dont Vautier étoit possesseur, quoique laïque, suivant l'usage de ces tems-là.

Ainsi l'Eglise qui n'avoit été jusqu'alors que Paroisse, devînt un Couvent dépendant de Saint Martin des Champs, par le moyen du présent que fit Vautier d'un certain terrain pour cet effet, tantum atrii ubi fièrent Officinœ Fratrunty et il y a apparence itid. que si dès-lors les Religieux ne la rebâtirent pas à neuf et dans une autre forme, ils en réservèrent une partie pour servir d'autel Paroissial, ainsi qu'il y en avoit un avant qu'ils y fussent. Urse ou Ursion étoit alors Prieur de Saint Martin.

Le nom et le tems de ce Prieur nous sert à fixer l'époque du don qui fut fait au même Monastère de Saint Martin des Champs, de la petite Eglise qui étoit sur la colline^ parva Ecclesia quœ in jt,id., p, 3ig colle Montis Martyrum est et à vulgo appellatur Sanctum Martjrrium. Ce fut à lui que des laïques qui la possédoient, la remirent en présence des Senieurs ; les conditions sont à remarquer : ces Laïques voulurent que les offrandes qu'on apportoit en cette petite Eglise appartinssent désormais à un autre Laïque nommé Bernard, qui en rendoit dix sols chaque année au Couvent de Saint Martin, consentant qu'après sa mort elles revinssent à cette Communauté, avec tous les biens du même Bernard, qui se reconnut chargé de faire célébrer dans la même petite Eglise, tant qu'il vivroit, deux ou trois Messes par semaine. On apprend par-là que dès-lors cette Eglise ou Chapelle étoit un pèlerinage ou« lieu de concours, qu'il y avoit du revenu et que

son nom n'étoit pas S. Denis, ni les Martyrs^ mais le Saint Martyre, sur l'opinion où Ton étoit que quelques Chrétiens avoient souffert en ce lieu, et qui sera prouvée ci-après par les reliques de plusieurs que l'on y a conservé, et que l'on y conserve encore. On ignore s'il y eut un Monastère ou Prieuré de Moines de Saint Martin érigé à Montmartre, aussitôt après la donation rapportée ci-dessus. Supposé qu'il fût construit, les Moines de l'Ordre Hist. s, Mart. de Cluny n'y restèrent pas long-tems. Cardes l'an ii33, il cédép. 326. rent l'Eglise de Montmartre au Roi Louis le Gros, et à la Reine Adélaïde, et à leur fils Louis le Jeune, déjà nommé Roi, afin que ces Princes la donnassent à des Religieuses. Ils leur cédèrent aussi pour la même fin la Chapelle du Saint Martyre, un lieu appelle la Couture-Morel et la maison de Guerry le Changeur; en récompense de quoi le;Roi leur donna l'Eglise de Saint Denis de la Chartre à Paris, dont ils jouissent encore. Les auteurs du Gallia Gaii. Chr. Christiana paroissent douter qu'il y ait eu un Couvent de Moines T.vir,coL6j2. ^ Montmartre, mais il me semble que selon les Lettres de Pierre

Maurice, Abbé Général de Cluny de cette même année ii33, les Religieux de l'Ordre y avoient demeuré et servi Dieu jusqu'alors, Hist. s. AfarL Ibidem Deo servientes, dit-il et, par l'exposé des biens-fonds qui p. 327. appartenoient à cette nouvelle maison, tant par donation que par achat, on voit qu'il pouvoit y avoir de quoi entretenir plusieurs Religieux.

La dixme de l'Eglise dont avoient joui les Religieux de Cluny avec plusieurs vignes et coutures, aussi-bien qu'un labourage à Drancy, ayant été ainsi transportés au Roi'pour passer aux Religieuses, ce Prince déclara par une Charte de l'année suivante (i 1 34) ibid., p. 33o. qu'il dotoit l'Eglise et l'Abbaye qu'il venoit de bâtir à Montmartre, du village de Menus proche Saint Cloud, et de plusieurs autres biens situés aux environs de Paris et dans Paris même. Mais on n'y trouve de spécifié comme situé à Montmartre, que la maison de Guerry le Changeur ci-dessus nommée, avec des étaux et boutiques, à quoi le Roi ajoute la Voierie du mémo Territoire que Guillaume de Senlis qui en jouissoit lui avoit remise pour d'autres biens. Un peu après ce tems-là, Mathilde, première femme Sauvai. d'Etienne, Roi d'Angleterre, et fille d'Eustache, Comte de Bou- T. I, p. 356. logne, donna aux mêmes Religieuses cinq milliers d'harengs à prendre chaque année à Boulogne sur mer.

Les Religieuses qui furent établies à Montmartre, étoient du

même Ordre que les Religieux qui en sortoient , sçavoir de celui

GaiLChr. de S. Benoît. La première Abbesse, nommée Adélaïde, fut tirée

T.vi/,coi.6i4' du Couvent de Saint Pierre de Reims. Elle ne le fut pas long-tems,

puisque dès l'an 1 137 il y en avoit une autre, nommée Christienne

ou Christine, dont il est fait mention dans une Bulle d'Innocent II.

Ce Monastère étoit sur la cime de la montagne, et non où il est depuis le dernier siècle. Chrîstienne en étoit encore Abbesse, lorsque le Pape Eugène III vint y faire la Dédicace de l'Eglise. Il avoit célébré dans l'Abbaye de Saint Denis la Fête de Pâques, qui Annal, Bened. arriva l'an 1 147, le 20 Avril. Le lendemain, s'étant rendu à Mont- ^' ^'' ^' '^''^' martre, il y fit la cérémonie, assisté de S. Bernard, Abbé de Clervaux, et de Pierre le Vénérable, Abbé de Cluny, dont l'un fit l'office de Diacre, et l'autre celui de Soudiacre. Dom Mabillon entre dans un assez grand détail sur la cérémonie de cette Dédicace, mais sans rien citer. Il dit que cette Eglise étoit composée de deux parties : que la partie occidentale, sçavoir la nef où étoit l'autel Paroissial, fut dédiée sous le titre de la Sainte Vierge et de Saint Denis ; l'autre partie qui commençoit au milieu de l'Eglise, et qui alloit jusqu'au fond vers l'orient, le fut sous l'invocation de S. Pierre, Apôtre. C'étoit, dit-il, celle qui étoit particulière aux Religieuses ^ Je ne disconviendrai point que l'Eglise du fond où étoit le chevet, l'abside, en un mot la partie orientale n'ait été celle des Religieuses ; mais il me semble que c'étoit celle-là, et non pas l'autre qui étoit sous le titre de la Sainte Vierge et de S. Denis. Aussi, lorsque le même Pape y revint le Dimanche d'après l'Ascension pour la consécration du grand autel, ce fut en l'honneur des Saints Martyrs Denis, Rustique et Eleuthere qu'il le consacra, selon les termes de la Bulle d'Indulgences qu'il accorda et je ne Annal. Bened. voi pas que cette consécration puisse s'entendre de l'autel de la ^- ^^' t^'irum. Chapelle de la colline, où il n'y avoit point de Majus altare.

La situation de ce Monastère sur le faîte d'une montagne assez roide de presque tous les côtés, fut peut-être la cause de la violence de l'incendie qui le réduisit en cendres l'an iSSg. Cet incendie le priva des ornemens que l'on disoit avoir servi à Saint Sauvai. Bernard, lorsqu'il officia avec le Pape Eugène III, et du beau t. i, p. 356. Missel couvert d'or dans lequel ce souverain Pontife avoit célébré la Messe. Mais heureusement on sauva une châsse de reliques des Martyrs qui ont souffert sur cette montagne et qui paroissent être différens de S. Denis et de ses deux compagnons. Je croi devoir en rapporter la preuve ici, personne n'ayant encore parlé de ces Martyrs, que le Père Léon, Carme Exprovincial, qui dans un volume in-80 intitulé Octave de S. Denis, imprimé en 1661, dit à la tête de cet ouvrage, que le i5 Mars iSij, il se fit en l'Abbaye

I. Sauvai a très-mal conjecturé, T. I, p. 35o et 35 1, lorsquMl a cru que Sainte Ursule et ses Compagnes pouvoient avoir été Patrones de TAbbaye : il se fonde sur un acte de 1622 où il a lu Abbatissa et Sanctimoniales S, Marthœ de Monte Martyrum ; mais il a dû lire 5. Marice et non 5. Marthe. Peut-être que sUl fut venu à bout de faire croire qu'une Sainte Marthe compagne de Sainte Ursule a été reconnue Patrone, il en auroit inféré que les Reliques qu'on y conserve en grande quantité sont des Martyrs de Cologne.

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de Montmartre la Translation de plusieurs corps de Martyrs par Martin Deschamps, Abbé de Livry, et qu'on en a le Procès-verbal dans les Archives de l'Abbaye. Cet acte fut vu en 1612, par un des Vicaires Généraux de l'Evêque de Paris, et voici la Note qui en fut faite dans le Registre du Secrétariat, au 10 Mars:

Silvius à Petra viva Vicarius Generalis aperit capsam ligneam rétro majus altare Montis Martyrum ad instantiam Abbatissœ, et eam invertit plenam ossibus variarum partium dorporum humanorum cum instrumento sequente in pergameno.

« In hac capsa plurîmae Reliquias Sanctorum Martyrum qui « passi sunt in hoc loco continentur; qua^ translata est à sacristia « domus hujus et posita solemniter in hoc loco publico per Nos « Fratrem Martinum de Campis humilem Abbatem Livriacensem, « Visitatorem Regularem Abbatiarum Virginum Reformationis € Parisiensis Episcopii, ad supplicationem Abbatissae et Conventûs a ejusdem domûs anno Domini millesimo quingentesimo decimo « septimô die XV Martii, in praesentia Reverendorum Dominorum a et Patrum Matthaei Le Lieur Parisiensis Ecclesiae Canonici et « Succentoris, Jacobi Merlin sacrae Theologiae Doctoris et Archi- « presbyteri Magdalenes, Pétri Pasquier Prions Curati Villas- « Mobilis (Ville-momble), Guillelmi Héron Patris Confessoris « Filiarum Montis Martyrum, Joachim Chastelain Patris Con- « fessoris de Giffo, Guillelmi Borry Curati de Noisiaco Maa gno Procuratoris Domûs, et aliorum plurimorum. Signatum « Frater Martinus de Campis, humilis Abbas Livriacensis cum a chirographo. »

Monsieur de Pierre-vive ayant tiré copie de cet acte, le remit dans la châsse, en présence de J. Baudoycr, Chanoine de Saint Germain l'Auxerrois, et la referma ledit jour, 10 Mars 161 2.

Voici encore ce qu'on lit dans le Registre de l'an 1614, au 18 Juillet:

« Nous, Henri de Gondi, par la grâce de Dieu Evcque de « Paris, certifions à tous qu'il appartiendra, que les Reliques qui « sont dans les châsses de l'Eglise de Montmartre ont toujours « été tenues et reconnues par nos Prédécesseurs, Evêques, comme a vrayes et Saintes Reliques, et vénérées par les Fidèles Catho- « liques comme telles. Desquelles Reliques la Translation a été « faite solemnellement par l'autorité de notre Prédécesseur, Evê- « que, le xv jour de Mars iSij, auquel jour N. S. Père le Pape a Paul V a donné Indulgences plenieres à tous Fidèles qui cona fessez et communiez visiteront ladite Eglise de Montmartre en « laquelle est faite Fête solemnelle chacun an de ladite Transa lation. Eh Nous, en suivant la foi, piété et dévotion de nosdits a Prédécesseurs, reconnoissons et vénérons aussi lesdites Reli-

DE LA BANLIEUE pE PARIS 447

« ques pour vrayes et saintes. En témoin de ce donné à Paris, « le 18 Juillet 1614. »

Il résulte de tout ceci que d'autres Martyrs que S. Denis, S. Rustique et S. Eleuthere, dont les corps sont à S. Denis, ont souffert sur cette montagne, peut-être dans le même temps qu'eux, peut-être aussi devant ou après, et qu'au lieu de penser que ce fut à cause de ces trois Martyrs qu'il y eut primitivement en ce lieu une Chapelle dite de Sancto Martyrio, il seroit plus prudent d'en douter et de croire que ce fut à cause des autres Martyrs dont on ignore les noms. Quoiqu'il en soit, on trouve qu'il s'en étoit fait des distributions depuis la Translation de iSij et avant la reconnoissance faite en 1612 et 1614. L'Abbesse Marie de Beauvilliers /^f^. £>. p^r». en avoit donné quelque partie à Quentin Gesnault, Curé de Saint Sauveur, qui obtint, le 3o Mai 1707, de l'Evêque de Paris non seulement l'approbation de ces Reliques comme étant tirées des châsses de Montmartre, mais même des Indulgences pour le jour de la Translation, et je ne crois pas que ce soit d'autres Reliques Gaii, Chr. que de celles de ces mêmes Martyrs, qu'elle avoit donné l'an 1609, ^^^^'^01.620, sous le nom de S. Denis, à Claude Potier, Bénédictin. La distrac- 5 vitoni. tion faite en i633 en faveur de l'Abbaye de Gif au Diocèse de Paris, est sous le nom des Martyrs de Montmartre, aussi-bien que celle en faveur de l'Eglise Paroissiale de Chaillot.

Outre les Reliques de ces Martyrs anonymes qui sont conservées à Montmartre de tems immémorial, et qui furent peut être cause de l'érection de la première Eglise où elles furent conservées, les Dames de l'Abbaye furent enrichies, en 1625, d'un ossement de S. Benoît qui fut tiré, le 17 Octobre, de la châsse de ce Saint gardée à Saint Benoît-sur-Loire, et cela par concession du Cardinal de Richelieu qui en étoit Abbé. L'Archevêque de Paris leur donna, le 3o Janvier 1626, permission de l'exposer. Je ne dirai Reg. Archiep. point ici le nom dont fut qualifié un corps des cimetières de Rome que le Cardinal Chisi donna à l'Abbesse vers l'an 1666, de crainte qu'on ne le confonde un jour avec d'autres Saints /m^. fameux du même nom. D'autres Reliques plus certaines que ces dernières sont celles de Saint Aigulfe, Abbé de Lerins au VII siècle; les Religieuses, en considération de ce qu'elles pos- md. sedoient, obtinrent de l'Archevêque de Paris, le 3o Août 1666, la permission de faire de ce Saint Abbé l'Office de rit-Double, le 3 de Septembre, jour de sa mort.

Parmi les sépultures de l'ancienne Eglise Abbatiale, la plus considérable a été celle de la Reine Adélaïde de Savoye, femme charta de Louis le Gros, et fondatrice de la maison. Ayant été mariée ^t^^^- ^^[' »« en secondes noces au Connétable Matthieu de Montmorency, elle Montls-Mar. se retira sur la fin de ses jours en cette Abbaye et elle y mourut p. 5o. ,

Tan II 54 après lui avoir légué la Terre de Barbery, village du Diocèse de Senlis qui lui venoit de son dotiaire. Elle fut inhumée dans l'Eglise de ce Monastère, devant le grand autel ; son fils, le Roi Louis le Jeune, vint visiter sa sépulture au retour de son voyage de Saint Jacques, et confirma la donation faite par sa mère. On a remarqué qu'à sa représentation sur la tombe, l'ornement de sa couronne consistoit en quatre fleurons. Cette tombe resta au même endroit jusqu'à l'an 1643, que Marie de Beauvilliers, Abbesse, la fit transporter dans le chœur des Religieuses. Quelques années après, l'Abbesse Françoise-Renée de Lorraine fit renouveller cette tombe qui fut accompagnée d'une inscription

Voyez le tout en Prose Françoise et de douze vers dans la même langue. La .^■"* tombe et les inscriptions ont depuis été transportées avec l'Abbaye

iganio » • • ^y Prieuré, situé au milieu de la côte. Sauvai. J'ajouterai ici une observation faite par Sauvai. Selon lui : « On

T. I, p. 356. ^^ jjj q^g jgjjg ^çj^ç Abbaye est le corps de Olanus, Roi de

« Moresque alias de Norvegue jadis payen et depuis converti par « Robert, Archevêque de Rouen. » Si c'est Olavus, Roi de Norvège, dont il a voulu parler, le temps auquel il vivoit convient à la vérité avec celui de cet Archevêque ; mais comment le reste peut-il être vrai, et comment sera venu en France le corps de ce Saint Roi, mort en 1026 ?

Le nombre des Religieuses de cette Abbaye et leur façon de

Sauvai. vivre furent sujettes à diverses révolutions. Il leur fut fait défense T. I, p. 356. j^y X.11 siècle d'excéder le nombre de soixante. L'ordre du Roi Louis VII, confirmé par le Pape Alexandre III, est de l'an iijS. Les guerres du XIV siècle achevèrent d'en diminuer tellement le nombre, qu'en 1403 elles n'étoient plus que six. La diminution de la Communauté fit que le relâchement y fut introduit. Elles Hist. s. Denis, sortoient alors du Monastère pour les cérémonies extraordinaires,

p. 358. g^ Pqj^ trouve qu'en 1462 elles assistèrent aux funérailles du Roi Charles VII. Sauvai parle d'une réforme que Jean Simon, qui

Sauvai. fut Evêque de Paris depuis 1492 jusqu'en i5o2, y introduisit; T. 1, p. 354. mais ce qu'il en dit est combattu par le catalogue des Abbesses, où il ne s'en trouve point qui ait été sœur de ce Prélat. Il se trompe aussi lorsqu'il dit qu'il n'arriva rien de mémorable dans le temps de la réforme qu'Etienne Poncher, son successeur, y établit. On doit trouver d'abord assez extraordinaire que l'Abbesse Marguerite Langlois, qui mourut le 11 Juin de l'année i5o3, en laquelle cette réforme fut commencée, fit chanter pour elle un service des Morts un peu avant, comme si elle eût été décédée. Sauvai n'avoit pas vu non plus les Registres du Parlement au 18 Juillet de la même année, où on lit ce qui arriva en consé- ^ quence des ordres des Vicaires Généraux, et que quelques raisons

m'empêchent de rapporter. Ce fut la même année que Marie

Cornu, tirée de Chelles, fut faite première Abbesse triennale

de cette Abbaye. A l'égard de la réforme sous TEvêque Jean du

Bellay, en 1547, ^^ Gallia Christiana marque la déposition de caii, Chr.

PAbbesse, faite alors et que depuis ce temps-là le Roy y nomma t vu, coi. 6 /g

des Abbesses Titulaires. La première fut Catherine de Clermont.

Elle fut bénite le Dimanche 11 Août 1549, ^^^^ le chœur de son Hist.dAuxeire,

Eglise, par François de Dinteville, Evêque d'Auxerre. On voit t. 11, p. 214

qu'il y avoit alors plus de 60 Religieuses dans le Couvent. es pièces.

La réforme entreprise au commencement du dernier siècle se trouva également nécessaire. Plusieurs Religieuses avoient quitté le Monastère du temps des guerres de la Ligue; celles qui y étoient restées y vivoient sans beaucoup de régularité. Le camp que forma Henri IV sur la montagne, lorsqu'il assiégea Paris, acheva de déranger la maison. Mais après que la paix fut survenue, l' Abbesse Marie de Beauvilliers travailla à faire revivre l'ancien esprit monastique dans son Abbaye, aidée des avis de plusieurs pieux Religieux. Il paroit cependant qu'il y eut un article sur lequel elles auroient pu rester comme elles étoient, si quelqu'un (comme un Reformateur de Religieux) ne les en avoit porté à quitter l'ancien usage, je veux dire l'habit blanc qu'elles avoient porté de temps immémorial, ainsi que toutes les autres anciennes Religieuses. On les engagea à présenter à Henri de Gondi, Evêque de Paris, une Requête par laquelle elles àernan- Reg. Ep. ParU, doient à le changer en noir, disant qu'elles n'avoient pas fait profession de l'Ordre de Saint Augustin mais de Saint Benoît, et d'autres raisons aussi mauvaises, comme de dire que l'habit blanc est sujet à vanité, et qu'elles n'étoient pas à portée de l'entretenir propre faute d'eau. Leur Requête fut entérinée par le Prélat le i3 Mars 161 2, et même il y eut aussi alors quelque changement dans la forme de leur voile selon le Gallia Christiana ^ Sauvai ajoute que le même Evêque consentit encore sauvai, en 161 7 sur un second exposé, qu'elles s'abstinssent de l'usage t. i, p. 355. de la viande autant que leur santé le pourroit permettre.

Il faut se souvenir que tout ce qui a été dit jusqu'ici, regarde le Monastère de Montmartre dans sa situation primitive, c'est-àdire au sommet de la montagne où l'air est encore plus vif que dans le Prieuré. Le grand froid qui se faisoit sentir dans l'ancien Couvent où les Religieuses ont resté cinq cent cinquante ans, avoit été cause de l'indulgence qu'avoient eu les Abbesses dès caii. Chr, le tems -de S. Louis de leur donner dequoi avoir des bottes T.vii,coi.6/5,

I. Je croi qu'il y a une faute dans cet ouvrage à Tendroit où il est parlé du changement de couleur. J'y lis, col. ô^o: Cum Re/ormatio suscepta est, vestent albam, et certam velandi capitis rationem assumpserunt. L'Errata n'y change rien.

fourrées. Cela se lit en particulier de l'Abbesse Helisende à Pan i23i. Elle statua que dans la suite on payeroit à chacune à la Toussaint la somme de trois sols pour s'en pourvoir.

Nonobstant l'éloignement dont cette Eglise est de la Cathédrale de Paris, il a été établi dans l'antiquité et peut-être dès le VI siècle, lorsque les Rogations instituées à Vienne s'étendirent dans les Gaules, que le Clergé de Paris y viendroit faire la Station le premier jour de ces Processions. On trouve aussi parmi les anciennes Stations du Chapitre dans le temps du Carême au vendredi de la semaine de la Passion : Statio ad S. Mariant in Monte Martyrum, Juvenal des Ursins parle d'une Procession qui fut faite durant l'hyver de l'an 1392, à Montmartre, en reconnoissance de ce que le Roi Charles VI avoit évité le péril d'être brûlé.

Les Religieux de l'Abbaye de S. Denis ont eu de leur côté la dévotion d'y venir processionnellement avec une partie de leurs Feiib. p. 439. Reliques, leur Clergé et leurs Officiers, l'une des Fêtes de Pâques ou de Pentecôte chaque septième année, parce que les six autres années leur Procession alloit à Aubervilliers, à la Cour-neuve, à S. Oûen, à Pierrefitte, à Stains et à la Chapelle : cette coutume subsistoit encore en 161 6. Les six Stations étant supprimées, ils ont réservé seulement celle de Montmartre, et l'ont fixée au i Mai. Le chef de S. Denis qu'on y porte est présenté à baiser à toutes les Religieuses durant le Te Deum. Les Religieux de S. Denis eurent en 1721, la permission de M. le Cardinal de Noailles, d'entrer ce jour-là dans le chœur intérieur. Il a paru plusieurs relations imprimées de cette Procession septénaire. La plus digne d'être lue m'a paru celle qui fut imprimée en 1749 à l'occasion de la Procession de la même année. L'auteur est M. Chapotin, Commis à la Bibliothèque du Roi.

Chapelle du Saint Martyre. Avant de rapporter comment

toute la Communauté des Religieuses de Montmartre quitta le

haut de la montagne pour venir demeurer à l'autre Eglise qui

Gaii. chr. ^st plus bas du côté de Paris, il est bon de faire l'Histoire

T. vu, iHMtrum. de Cette seconde Eglise dont je n'ai dit qu'un mot ci-dessus.

^^ "*^' I^ premier titre qui en parle n'est que de l'an 1096. Mais

il suppose qu'elle existoit long-temps auparavant, puisqu'elle

étoit tombée entre les mains des Laïques, et que ce ne fut que

lorsque le scrupule fut venu à ceux qui en jouissoient, qu'ils la

cédèrent aux Religieux de Saint Martin des Champs et à leur

Prieur Ursion. Il ne paroît pas que cette Eglise que le titre

qualifie deparva Ecclesia quœ in colle Montis Martyrum est et à

Annal. Bened, vulgo appellatur Sanctum Martyrium, eut alors d'autre revenu

^* ^^' que les offrandes qu'on y apportoit. On veut que ce soit le grand

DE Là banlieue DE PARIS 45 I

Autel de cette Chapelle que le Pape Eugène III soit venu bénir le Dimanche dans l'Octave de l'Ascension, premier jour de Juin 1147, ^^ V^^ c'est d'elle qu'il faut entendre la Bulle par laquelle ce même Pape accorde sept cens jours d'Indulgence à ceux qui la visiteront au jour de l'anniversaire de cette consécration. Je croi que tout cela doit plutôt être entendu de la consécration du grand Autel de l'Eglise de l'Abbaye, le Pape s'étant contenté lorsqu'il vint au Monastère le lundi de Pâques précédent de faire la Dédicace de la Basilique, cérémonie assez longue d'elle même. D'ailleurs il n'est pas vraisemblable que dans une Chapelle telle qu'étoit alors celle du Saint Martyre, il y eût plusieurs Autels.

Elle n'est encore qualifiée que de Chapelle en l'an i i8i. Ce fut alors que Constance, Comtesse de Toulouse, fille du Roy Louis Gaii. Chr. le Gros, y fonda un Chapelain, tenu de prier pour les ancêtres du "^y^^» coi. 614- Roi et de la Reine et pour l'ame de son frère Louis le Jeune, nouvellement mort. Elle avoit constitué pour cet effet une somme de 145 livres sur les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, qui dévoient payer cent sols chaque année au Chapelain. Elle s'en retint la nomination sa vie durant, et l'Evêque de Paris, Maurice de Sully, consentit qu'après elle l'Abbesse y présentât. En i3o4, le Roi Philippe le Bel, averti du peu de revenu de cette Chapelle, Sauvai, lui assigna sur son Trésor de Paris, vingt livres Parisis de rente. ^- ^' p- ^^*-

En i3o5, Hermer ou Hermener, Ecuyer, et Catherine sa femme y fondèrent un second Chapelain, qui fut chargé de prier pour le Roi Philippe le Hardi et sa femme, pour Philippe le Bel régnant et la Reine Jeanne sa femme, et même il paroît que pour l'érection Tab. Ep. Pans de la seconde Chapelle, ils firent construire un autre autel au- *" ^^"■• dessus du premier qui étoit un peu enfoncé dans la terre. Car, dans l'acte de Confirmation de cet établissement donné par l'Evêque de du Breui, 1. iv. Paris, Guillaume Baufet, les fondateurs reservent aux Religieuses tout droit de Seigneurie, propriété, patronage, etc., et l'Abbesse Ade de Mincy, approuvant l'année suivante cette fondation, se réserva le pouvoir de démolir les maisons des deux Chapelains si elle vouloit établir un Prieuré en ce lieu, à la charge de leur en Tab.s.Magior. rebâtir d'autres. Cette Chapelle avoit un Chapelain en exercice, encore vers l'an 1440.

On voit par un acte de l'an i5oi que la Dédicace de cette Chapelle se célébroit alors le 19 Avril. Un prêtre qui y avoit fait du Breui, ibid. chanter en ce jour une grande Messe à Diacre et Sous-Diacre, sans la permission de l'Abbesse, fut condamné par Sentence du Châtelet du 17 Décembre i5o2, à réparer cette entreprise.

Ce fut dans cette Chapelle que S. Ignace de Loyola s'étant rendu le jour de l'Assomption i534, avec neuf de ses compagnons.

y reçut leurs premiers vœux, ainsi qu'il est marqué dans une Inscription en mémoire du fait, quoique la Chapelle qui subsistoit alors n'existe plus depuis long-temps. D'autres Instituteurs de Communautez y sont aussi venus comme pour puiser dans ce lieu l'esprit des premiers Chrétiens.

Les Orfèvres de Paris ont porté autrefois une grande dévotion

Du Breui, 1. IV. à cette Chapelle. Ils y faisoient célébrer une Messe basse tous les

Dimanches, et les Fêtes de S. Denis une Messe haute. Mais comme leur association accompagnée d'offrandes détournoit les dévotions de l'Abbaye, il y eut en 1609, 1 610 et 161 1 différens Arrêts rendus en Parlement, pour les mettre en régie avec l'Abbesse de Montmartre. On ne voit pas que ce concours des Orfèvres ait précédé le rétablissement qui fut fait de la Chapelle vers l'an 1600, car les guerres de la Ligue avoient rendu cette Chapelle impraticable. En 1598 l'autel étoit démoli, les murailles entr'ouvertes, la voûte et la couverture tombées, le dedans, dont la longueur n'étoit que de neuf toises, comblé de démolitions. Mais l'Abbesse Marie de Beauvilliers , aidée des charités de différentes personnes , travailla promptement au rétablissement de ce Saint lieu, et même à en aggrandir le vaisseau.

En 161 1, le i3 de Juillet, comme on fouilloit au chevet de la

Chapelle pour continuer les nouveaux fondemens, c'est-à-dire du

Du Breui» côté du levant, les maçons percèrent une voûte sous laquelle ils

liv. ly. trouvèrent un escalier ou descente droite, large de plus de cinq

Hist. s. Mart. pî^ds, et au bout d'environ quarante degrez faits de vieille maçonp. 322. nerie de plâtre, une cave prise dans la carrière de plâtre, qui avoit de longueur en tirant vers la clôture des Religieuses, c'est-à-dire vers le haut de la montagne, plus de six toises, inégale dans sa largeur, mais ayant à l'endroit le plus large seize pieds, et au fond en approchant de la clôture du Couvent sept pieds seulement. On trouva aussi dans cette cave à la partie de l'Orient un autel de quatre pieds de long, sur deux et demi de large ; la pierre de plâtre qui le formoit étoit marquée au milieu d'une croix gravée en largeur de demi pouce, longue et large de six pouces. Aux murailles on apperçut aussi une ou deux petites croix ; dans un endroit quelques lettres qui faisoient MAR, le reste ne pouvoit pas se lire; dans un autre CLEMIN, avec des lettres effacées, et ailleurs DIO avec d'autres lettres qu'on ne pût distinguer. Cette découverte fit croire que c'étoit là le lieu où S. Denis avoit célébré les Saints Mystères en secret. La Reine Marie de Medicis et plusieurs Dames de qualité l'étant venues voir, on y accourut de tous côtés, et le concours procura beaucoup d'argent pour le nouvel édifice. Mais les plus grandes libéralités furent celles de Pierre Forget de Fresne, Secrétaire des Commandemens, qui avoit épousé Anne de Beau-

villiers, sœur de TAbbesse. De ces sommes l'Abbesse fit aussi aggrandir l'enceinte de son Couvent, ensorte que la nouvelle Eglise des Martyrs y fut renfermée ; la Duchesse de Guise donna depuis dequoy bâtir des galleries couvertes qui conduisoient les Religieuses de l'Abbaye jusqu'à cette Eglise, ce qui fut fait en Reg. Ep. Paris, 1622. La même année, le 7 Juin, l'Archevêque de Paris, à la prière de l'Abbesse et de la Dame Forget sa sœur, érigea cette Eglise des Martyrs en Prieuré Régulier dont la collation devoit appartenir à cette même Abbesse, la démission préalablement faite par les deux Chapelains. Alors dix Religieuses de l'Abbaye commencèrent à y faire l'Office Divin. On assure que le Dôme de cette Eglise est de ce temps-là.

Il y eut donc de cette manière deux Communautés à Montmartre dans une même enceinte. L'une sur le haut de la montagne, dans la Maison conventuelle, l'autre au-dessous, dite la Maison des Martyrs, ce qui forma par la suite quelques difficultés. Mais comme le Roy Louis XIV eut fait bâtir à celle d'en bas un corps de logis suffisant pour toutes les Religieuses, la Communauté d'en haut obtint le 12 Août 1681 de M. de Harlay, Archevêque de Paris, la permission de venir habiter dans le bas et d'y transporter les Reliques de l'ancienne Eglise, ensorte qu'il n'y eut plus qu'un seul Office. Cette ancienne Eglise fut destinée à augmenter celle de la Paroisse, et il y eut ordre de démolir tous les lieux Réguliers excepté qu'on y laissa une grille pour les Stations que les Religieuses y feroient. Le fond de cette même Eglise sert à l'inhumation des Religieuses, et l'on y célèbre chaque jour une Messe basse. Il étoit couronné d'un petit clocher qu'on a abattu vers l'an 1751. Le rond-point est plus bas que le reste. Depuis ce tems la Procession septénaire de l'Abbaye de Saint Denis se rend à la nouvelle Eglise, aussi bien que la Procession du lundi des Rogations par le Clergé de Notre-Dame de Paris. L'ancienne entrée du Monastère se fait encore reconnoître proche le cimetière de la Paroisse ; on y voit les armes de la Maison de Lorraine.

Sauvai écrit que dans la Chapelle des Martyrs avoient été enter- sauvai, rés en 1574 la Mole et Coconas, Favoris du Duc d'Alençon, frère t. i, p. 353. du Roi Charles IX et que depuis qu'elle fut érigée en Prieuré, on y donna la sépulture à Antoine Boesset, Intendant de la Musique de la Chambre de Louis XIII et de celle de la Reine.

Le même auteur nous fait connoître une Chapelle de S. Benoît ibid., p,35i. bâtie sur la même Montagne, à l'endroit où avoit été une terrasse qui fut démolie de son tems ; cette terrasse étoit si solide et si large qu'on tenoit qu'elle servit à Henri IV pour braquer le canon contre Paris lorsqu'il en fit le siège, en iSgo.

Je reviens à l'Eglise Paroissiale. On a vu qu'il y en existoit une

au moins dès le XI siècle, et que de la main laïque elle passa aux Religieux de S. Martin des Champs. Elle fut rebâtie dans le XII, et unie sous un même toit avec l'Eglise de l'Abbaye de Filles. Je persiste toujours à soutenir que la Dédicace s'en fit sous le titre de S. Pierre qui en est encore à présent le Patron. Depuis que les Religieuses ont quitté le haut de la montagne, l'Eglise Paroissiale paroît avoir été augmentée d'une partie de ce qui composoit la leur. Au moins on y voit des tombes de Religieuses placées dans le côté méridional. Le portail entier de cette Eglise Paroissiale et la nef sont d'une architecture qui ressent le XIII siècle. La tour est, à côté du portail, paroît à l'extérieur fort nouvelle. L'exposition sur une éminence a empêché de pouvoir lui donner de l'élévation. On montre dans cette Eglise un petit Reliquaire sur un pied de cuivre, dans lequel est un ossement des compagnons de S. Denis.

Les Religieuses succédèrent aux Moines de Saint Martin dans le droit de présenter un Curé à l'Evêque. Aussi le Pouillé du XIII siècle y est-il formel. Il en donne la nomination à l'Abbesse; ce que fait pareillement celui du XV siècle dont l'auteur, transcrivant d'un plus ancien la quotité du revenu de la Cure, observe qu'il est de vingt livres. Les Pouillès suivans s'accordent sur le droit de l'Abbesse. On compte parmi les illustres Curés de Montmartre, le célèbre Jacques Merlin, sous François I. Après l'avoir été quelque temps, il fut fait Archiprêtre de la Magdelene, puis Chanoine de Notre-Dame. Son plus considérable ouvrage est l'édition des Conciles, la première qui ait été donnée. Il mourut en 1541. Si l'on ne peut point assurer qu'il y ait rien eu de composé par lui à Montmartre, il existe un autre petit ouvrage qui Haet, ^oit sa naissance à ce lieu. C'est le livre des Retraites que Jacques Origine«deCaen Bertot de Caen, Confesseur du Couvent, y fit en 1662, pour ''j t'j* Madame de Guise, Abbesse, et pour Mademoiselle sa sœur. Cet

seconde Edit. .

Ecclésiastique décéda à Montmartre, le 27 Avril ...., et y fut inhumé.

Montmartre a été compté en 1709 sur le pied de 440 feux, suivant le dénombrement qui fut imprimé alors ; le Dictionnaire Universel de la France, publié en 1726, n'y comprend cependant qu'environ mille habitans. Un dénombrement qui a paru en 1745, marque sur cette Paroisse seulement 223 feux. Il n'est pas besoin de spécifier pour ceux qui demeurent à Paris la distance de ce lieu, puisqu'il est contigu au faubourg, ni sa situation et exposition. Personne n'ignore non plus que la montagne est pleine de un. Pétri carrières de plâtre, ni qu'elle est couverte de moulins en grande Venerab. supra, partie. Il ne laisse pas que d'y avoir encore des vignes, ainsi qu'il P-^^'' y en avoit dans le XII et XIII siècles. La Chapelle du Palais

Episcopal de Paris y en avoit en 1243, dans la censive de Marie Tab.Ep. Parti, de Monte calvo. Un compte de la Prévôté de Paris de Tan 1425, Sauvai, fait mention de celles qui appartenoient à Henri de Marie. Mais ' ' p* ^^ le vin de cette montagne n'a jamais eu de réputation. On peut ibid. voir dans Sauvai les proverbes faits à son occasion. '^- ^» p- ^5°-

On voit sur cette montagne un obélisque de pierre, mis par ordre de l'Académie des Sciences, relativement au méridien de Paris. On y lit sur la face de la base qui regarde le midi ces paroles : Lan M DCC XXXVI cet obélisque a été élevé par ordre du Roi pour servir d'alignement à la méridienne de Paris du côté du Nord, Son axe est à 2g3i toises deux pieds de la face méridionale de l'Observatoire.

Un peu plus loin, du côté du couchant en descendant, se trouve la Fontaine Saint Denis, qui est célébrée dans la vie de Gaston, Baron de Renty, comme un lieu de dévotion où il prit quelquefois vie du Baron de ses repas et où il se distingua par la ferveur de son zèle pour le R«"^y

, ^ j or r ^ i65i, in-40.

salut des âmes. ,„

Du côté qui regarde la ville de Saint Denis, au couchant de Clignencourt, est une autre fontaine aussi sur la pente, dont l'eau étoit portée, comme j'ai déjà dit, il y a quinze cens ans, dans une maison de campagne de quelque ancien Romain ou Gaulois, située un peu plus bas à la droite en descendant. C'étoit en ce lieu qu'étoient les bains dont on a trouvé les fourneaux, la grille et des fragmens d'inscriptions au commencement de l'année 1738, dans la fouille qui y fut faite, laquelle attira presque tout Paris, par les faux bruits qui furent répandus à son sujet; c'est ce qui me fournit occasion de faire paroître alors dans un Journal un Mercure petit écrit, où je marquois en quoi consistoit la nature de cette ^«J*"^»*»" "738 découverte que j'avois pris la peine d'examiner de fort près sur ^*** *^* les lieux. Le sieur Piganiol, T. II, pag. 625 de sa Description de Paris, laisse à penser qu'on y trouva un souterrain qui fut visité par gens éclairés, en quoi il fait voir qu'il a été mal instruit.

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