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LA VILLETTE

Ce que nous appelions aujourd'hui simplement la Villette étoit autrefois distingué par le surnom de Saint Lazare ou de Saint Ladre, à cause de la Villette-Saint-Denis ^qui n'en étoit pas éloignée, et de laquelle je dirai un mot à l'article de Pentin.

La Villette-Saint-Lazare étoit une dépendance de l'Hôpital de S. Lazare fondé, proche Saint Laurent, dans le XII siècle, et gouverné par des Chanoines Réguliers de l'Ordre de S. Augustin, comme on a vu ci-dessus. Soit que c'eût été une simple ferme ou labourage alors appelle du nom de Couture, Cultura, ou qu'il y eût eu en ce lieu une Maison de Lépreux pour la décharge de Saint-Lazare, on trouve que, dès le milieu du XIII siècle, son nom en latin étoit Villeta Sancti La^ari.

Rien ne doit arrêter ici le lecteur, ni l'étymologie que je viens de donner, puisqu'il est clair que Villeta est comme Villula un diminutif de Villa, ni la distance de Paris, puisque ce lieu est contigu au faubourg de S. Laurent qui s'étend d'un côté jusqu'à Ste Perrîne inclusivement, et de l'autre jusqu'au chemin de Pantin, aussi inclusivement. Ce n'est que depuis cet endroit du grand chemin de Louvres et encore à la main droite seulement que commence la Paroisse de la Villette-Saint-Lazare ; le reste des maisons qui sont à main gauche de la rue étant de la Paroisse de la Chapelle.

Dans ces trois parties de la Villette réunies on comptoit i32 feux en 1709. Selon le Dictionnaire Universel de la France, il y a 637 habitans. Le dernier dénombrement publié l'an 1745 fait monter les feux au nombre de 141. Le territoire consiste en labourages et jardins.

On ne connoît pas clairement l'origine de cette Paroisse. La Cure n'est marquée dans aucun des anciens Pouillés. Elle ne paroît point dans celui du XIII siècle; je suis persuadé qu'elle n'existoit point encore alors, et que le peu de maisons qui pouvoient être dans ce lieu après la dernière maison de la rue à main gauche, laquelle est de la Chapelle, étoient de la Paroisse d'Aubervilliers. Elle ne paroît pas non plus dans le Pouillé du XV siècle. Le premier acte où je la trouve, sont des provisions Tab. Spir. Ep. de la Cure du i5 Juillet 1450, où elle est nommée Ecclesia Paro- Paris. chialis de Villeta S. La^ari, et qualifiée de prœsentatione Prioris S, LxL\ari. Ensuite on voit au 12 Juillet 1578 une permission accordée par l'Evêque de Paris à Henri le Meignen, Evêque de Digne, de dédier l'Eglise de ce lieu sous le titre de S. Jacques

et de s. Christophe, et de statuer que l'Anniversaire en sera célébré chaque année le 20 Juillet, qui est le jour auquel elle fut faite et qui tomboit au Dimanche en iS/S. Les Anniversaires de Dédicace se célébroient alors même les jours ouvriers et le peuple cessoit le travail. Les Curés et habitans y ayant trouvé de l'incommodité, à cause des moissons et de la proximité de la Fête de S. Jacques, obtinrent, le 3 Juillet i635, que cet Anniversaire fût fixé au Dimanche avant ou après le 25 Juillet. C'est à quoi se réduit tout ce que j'ai pu apprendre en matière Ecclésiastique sur la Villette. Ce qui confirme la pensée que j'ai eu, que les habitans de ce lieu étoient primitivement d'Aubervilliers, . est que la Dédicace dont je viens de parler a été faite sous le titre de S. Christophe, qui est aussi patron d'Aubervilliers. Aucun des Fouillés modernes, imprimés en trois années différentes, n'a fait mention de la Cure de la Villette. J'ai seulement lu dans une petite Notice des Eglises de la Banlieue de Paris, imprimée à Paris, chez La Caille, en 1722, que cette Cure est à la nomination du Général ou Prieur de la Maison de Saint Lazare à Paris et qu'elle est située dans l'Archiprêtré de la Magdelene. Le Général est obligé d'y nommer un Régulier.

La Maladerie de ce lieu de la Villette est au rolle des Décimes. L'auteur de la Notice citée ci-dessus ajoute, que lorsque la Villette-Saint-Lazare fut devenue assez peuplée, on obligea les habitans, comme ceux des autres villages, de fournir au Roi les provisions accoutumées. Il ne dit point d'où il a tiré ce fait, ni de quel tems il est; mais j'apprends par le Recueil des Ordonnances de nos Rois, que, dès le tems du Roi Jean, ils étoient assujettis à ces fournitures. Charles V, étant à Melun au mois Recueil des de Novembre de l'an 1374, donna une Ordonnance qui mbdéroit Ord. T. p. 77. ce que fournissoient à la Cour les habitans de la Villette-Saint- Journai du Ladre-lez-Paris, à cause que leurs labeurs en souffroient. Ce reg. de Ch. VI, village eut le malheur d'être brûlé avec celui de la Chapelle qui ^' ^ y touche, par le parti des Armagnacs le vendredi 8 Juillet 1418.

Pierre de Martigny, Evêque de Castres, fort bien venu auprès de François I, avoit une maison de plaisance à la Villette, mais comme il n'y avoit point dfeau, et que le Roi y alloit quelquefois passer le tems, il y eut ordre au Prévôt et Echevins d'y en faire conduire de la grosseur d'un pois. Après plusieurs jussions, dit Antiq. de Paris, Sauval, à la fin ils obéirent, et ils permirent en i528 à l'Evêque T. H, p. 264. de prendre un fil d'eau de la grosseur d'un grain de vesse, et de la faire venir à la Villette à ses dépens, à condition de le pouvoir reprendre quand ils en auroient besoin, et de plus, que leur Maître des œuvres en feroit le regard et qu'eux-mêmes en auroient la clef. Ce même village est mémorable dans l'Histoire des troubles

qui suivirent lâ mort du Roi Henri III. Après les conférences

tenues à Surenne sur la conversion du Roi Henri IV, au mois de

Mai iSçS, il y en eut quelques-unes entre les Royaux et ceux de Exschedis

la Ligue, qui furent ouvertes le 1 1 Juin suivant à la Villette, dans ^- ^«^^'<'^-

la maison du sieur Emeric de Thou. Ce fut aussi en ce lieu que

les Commissaires du Roi conclurent et arrêtèrent la Trêve avec

ceux de la Ligue, le 3o Juillet de la même année 1593.

Après le Prieuré de Saint Eloy de Paris, qui jouissoit dès le XIII siècle de dixmes, censives et droits Seigneuriaux à la Villette, lesquels revenus appartiennent maintenant à TArchevêque de Paris, par la réunion faite à sa crosse de Pabbaye de S. Maur et de ce Prieuré, je n'ai trouvé que l'Abbaye de Saint-Denis qui prétende avoir des droits sur le même territoire, et c'est ce qui donne l'intelligence de ce qu'a dit l'Auteur de la Notice déjà citée, que la Villette est des Chatellenies de Saint-Denis et de Saint-Maur. On lit que Jean de Rosoy, Abbé d'Hermieres, ven- Gaii. chr. dit en i265 huit arpens de terre situés à la Villette, aux Religieux Ty^i'CoiQ^r. de Saint Denis, et ailleurs il est marqué que le Grand-Aumonier Pouiiié de Saint-Denis jouit de la moitié des dixmes de la Villette près <** **■"• '^48» Paris. "•«• "'•

Il est aussi fait mention de ce village dans les Comptes de l'Ordinaire de Paris. Vers le tems que cette ville reconnoissoit Henri VI Roi d'Angleterre, ce Prince, pour recompenser un Sauvai, nommé Jean Gilles, l'un de ceux qui favorisèrent l'entrée des t- m, p. 324. gens du Duc de Bourgogne, lui donna l'Hôtel qu'avoit à la Villette-Saint-Ladre Maître Regnaud Freron, attaché au Roi Charles VII.

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