BELLEVILLE
ANCIENNEMENT SAVIE ET POITRONVILLE
J'ai montré dans une dissertation imprimée en 1741, que le nom primitif de cette montagne qui fait face à Paris vers l'orient d'été, est Savegium ou bien Saveiœ, ou Savegice, quelquefois par abrégé Saviœ, et que ce nom pouvoit venir du même ancien mot que celui de Savard, qui signifie en plusieurs pays une terre en gazon et non cultivée. Dès le VII siècle, Clotaire III avoit vuaS'.BaboUni donné une partie de cette montagne au Monastère des Fossez, op^d Autor^ dit depuis Saint-Maur. C'est pourquoi cette Abbaye y possédoit ^ Boô^ue encore trois cens ans après sept maisons ou mans, qui formoient x. m, p. 570. dix familles, lesquels étoient sujets à des redevances de brebis,
HIST. DE PARIS. — T. I. 3o
Poiypt. de vîn et de volaille. L'Abbaye de Saint-Denis avoit aussi un ma-
Fostat. Baïui. ^oir in Savegia en 862, suivant un titre de la Diplomatique,
l'Part. ^^vre V, page 537. Les distractions que nos Rois ont fait de cette
pages 589-590. Terre en faveur de diverses Eglises, prouvent assez qu'elle leur
(Edit. 1780.) appartenoit et qu'ils y avoient une Maison de plaisance; outre
qu'il reste encore de la monnoie qui y a été frappée, sur laquelle
on lit Save, monnoie qui est constamment de la première race.
Le Roi Hugues-Capet, affectionnant l'Abbaye de Saint Ma-
gloire de Paris, lui donna un clos de vigne juxta Saveïas. C'est
du Roi Henri I, fondateur du Prieuré de Saint Martin des
Champs, que cette Maison tient les vignes, pressoirs et maisons
qu'elle a in monte Savias. L'Abbaye de Montmartre y avoit une
Buiia Eug. III. y'igne au XII siècle: In monte Savies vineam. Celle de Saint
an. 1147' Victor y avoit une censive, et y eut par la suite du tems quelques
Necr.s. Victor, vignes. Le Prieuré de Saint Eloy de Paris y a eu aussi quelques
apud Savias. dixmes OU autres droits depuis plusieurs siècles. Je finirai cette
Chart. s. Eiig. énumération par les vignes que la Cathédrale de Paris y eut au
an i3gi. XII siécle, du don de Barbedor, son Doyen, Chapelain du Roi
Necroi. Ecci. Louis VII, et d'un autre Prêtre, nommé Roger. En tous les titres
Paris. 20 Sept, qui rapportent ces faits, ce lieu est toujours nommé de l'une des
et 2 Jui. manières ci-dessus, ou bien on y lit apud Sauveyas,
Ces anciennes donations, dont la plupart viennent de la libéralité de nos Rois, sont ce qui a donné t>ccasion au grand nombre de Seigneuries qui sont sur cette montagne et sur la colline, que l'on fait aller jusqu'au nombre de dix-sept ou dix-huit. Mais il n'y en a qu'une qui ait conservé le nom primitif et foncier, c'est Aiman. Royal, Celle de Saint Martin des Champs, dont la maison est encore Descript. de la appellée actuellement V Hôtel de Savy, Elle est située au haut de duïvrSécic '^ montagne en entrant, du côté de Paris. Les Paysans l'appellent tirée d'un livre la Ferme des Savies, ou tout simplement La Ferme, du Châteiet. L'origine du droit de l'Eglise de Saint Merry en ce lieu est plus obscure. Il est très-ancien, puisque dès l'an 1273 il en est parlé dans un des petits Registres du Trésor des chartes, au sujet de la contestation de la Justice sur cinq hostises ou maisons, situées depuis celle de Jean Sarrazin, ainsi que le chemin conduîsoit à Bruyères ad Bruerias, jusqu'au territoire de l'Abbaye de S. Denis. Depuis ce tems-là je n'ai trouvé aucuns titres qui en parlent, sinon une Description de la Banlieue de Paris du tems de Charles VI, où en faisant le détail de tout ce qui composoit les habitans de la montagne, on a mis les Hostes de Saint Merjr et Poitronville, On lit dans une autre Description écrite il y a deux cens ans : Poitronville dit Belle-Ville, les Hostes Saint Merry y VHostel de Savy dit VHostel de Saint-Martin, Il semble par-là que Poitronville soit le nom qui a succédé à celui de
DE Là banlieue DE PARIS 467
Savies, après qu'ils ont été usités ensemble durant quelque terris ; car on voit dans le Cartulaire de Saint Eloy en des titres du XIII siècle, les lieux de Saviis et Poitronvilla désignés comme assez voisins l'un de l'autre, et quelquefois en François Les Savines et Poitronville sont marqués comme des lieux où ce Prieuré avoit des droits.
Poitronville paroît avoir été la partie du terrain de Belleville la plus éloignée de Paris, et avoir tiré son nom de quelque Seigneur appelle Poltron ou Boitron ^ Les Hôtes de Saint Merry paroissent avoir été placés vers le milieu de ce qui forme le village, et avoir été ainsi dénommés, parce qu'ils habitoient sur le territoire qui appartenoit à l'Eglise de Saint Merry, soit en conséquence d'une donation, soit par une échange faite peut-être avec l'Abbaye de Saint-Maur, laquelle au moins depuis cinq cens ans n'a plus rien sur cette montagne.. Les Savies ou Savines ont été sûrement la partie de cette même montagne la plus proche de la descente du côté de la Courtille. On vient de voir que le nom subsiste encore. Mais le nom de Poitronville étoit le plus commun au XIV et XV siècles. Dans l'exposé d'une grâce obtenue du Roi Charles VI, il est parlé de gens qui s'étaient allé esbattre et jouer Trésor des à Poitronville, asse\ près de Paris, en une certaine taverne séante ^^^^' ^^8- «46, audit lieu et ville. ^^^^^
Les maisons bâties sur cette montagne n'étoient pas toutes d'une même Paroisse ; la Paroisse de Pentin y en avoit le plus grand nombre, et apparemment tout Poitronville ; celle de Bagnolet avoit aussi sa portion ; S. Paul de Paris s'approchoit aussi de ce côté-là, au moins jusques dans le vallon. Chaque habitant reconnoissoit l'Eglise où il avoit été 'baptisé. Mais les Hôtes de S. Merry, en qualité de vassaux de cette Eglise, étoient tenus de regarder la même Eglise de S. Merry comme leur Paroisse, quoiqu'ils en fussent plus éloignés que les autres ne l'étoient de Pentin et de Bagnolet. Lassés d'aller si loin, ils présentèrent requête au Vicaire Général d'Eustache du Bellay, Evêque de Paris, par laquelle, à raison de la trop grande distance, ils demandèrent qu'il leur fût permis de faire célébrer la Messe sur un autel portatif, aussi-bien que le reste de l'Office, dans une Chapelle qui venoit d'être bâtie à Belleville ; ce qui leur fut accordé de l'agrément des Chefcier et Curé de Saint Merry, le 22 Octobre i543, jure cujuslibet salvo. Cet acte est le premier avec date certaine, Reg. Ep. Par. où j'ai trouvé le nom de Belleville ; ce lieu y est appelle en latin Bella villa super sabulum, sans qu'on en sçache la raison, ni par
I. M. I«ancelot a cru que ce mot venoit de Pastorum Villa, village des Bergers ; mais pour que cette étymologie fût vraie, il auroit fallu qu^on eut dit d^abord en langage vulgaire Patrouville.
qui ce nom a été donné. C'étoit cependant proprement Poîtronville qui recevoit ce nouveau nom, et non pas les Hôtes de Saint Merry, ainsi qu'il est évident par les expressions de l'Etat de la Banlieue écrit vers ces tems-là, et rapportées ci-dessus, sçavoir : Poitronville dit Belleville^ expressions encore actuellement usitées dans le rolle des Tailles, quoique par corruption on mette Pontrouville dit Belleville.
L'Eglise qui subsiste aujourd'hui à Belleville, ne paroît pas être la même Chapelle qui fut bâtie vers 1548. Je ne la croi pas si ancienne, et on ne Tauroit pas d'abord bâtie si grande pour les seuls Hôtes de Saint Merry. Elle a pu être rebâtie dans le dernier siècle. Sa bâtisse ressent assez le goût de ce tems-là, aussi-bien que sa tournure vers le Septentrion. C'est apparemment la situation du village sur une éminence, qui n'a pas permis d'en élever beaucoup le clocher. S. Jean-Baptiste est le patron de cette Eglise. De l'étendue dont elle est, elle sert maintenant de Paroisse à ceux des habitans qui étoient de celles de Pentin et de Bagnolet ; mais le Curé de Pentin a conservé le temporel qui lui appartenoit, sçavoir la dixme du territoire de son côté, évaluée depuis à vingt écus, et celui de Bagnolet une redevance sur cinq ou six maisons. On conipte que le total des communians de ce lieu monte à neuf cens. Le Prêtre desservant n'est regardé que comme Vicaire. Le Curé de Saint Merry y vient officier le jour de Saint Jean ou le Dimanche suivant.
J'ai marqué ci-dessus qu'il y a en ce village dix-sept ou dix-huit Seigneurs. On compte dans ce nombre Notre-Dame de Paris, ou l'Archevêché, qui est aux droits de l'Abbaye de S. Magloire et du Prieuré de S. Eloy ; l'Abbaye de Saint Denis, qui a eu autre- Voy. i'»rticie de fois quelque chose au dessus du Pré Saint-Gervais, aux environs Pentin. de Poitronville, et qui a été dans le lot du Panetier ; le Prieur de Saint Martin des Champs, dans le partage duquel est la Ferme de Savies, avec deux ou trois moulins et des vignes ; l'Abbaye de Saint Antoine; le Chapitre de Sainte Opportune; Saint Lazare, et sans doute aussi Saint Victor pour la Ferme de Saint Paul des Aulnois. Le reste de ces Seigneurs sont apparemment des Séculiers, par exemple : le fief de Mauny qui est sans manoir, et qui vient de Madame la Duchesse de la Force. Il appartient maintenant à M. le Duc d'Orléans. On m'a assuré que la nouvelle Eglise est sur la censive d'un de ces Seigneurs Séculiers, mais aucun d'entr'eux n'est nommé au P^rône. Ce lieu de Belleville est séparé de la Paroisse de Saint Merry par le territoire de celles de Saint Nicolas et de Saint Laurent. Il ne jouit point des privilèges de la ville et faubourgs de Paris, et l'on y paye la Taille.
LE COUVENT DES PENITENS du Tiers-Ordre de Saint
PAROISSE DE CHARONNB 469
François, bâti dans ce village, a été fondé en i638 par Jean
Bordier, Argentier de la Petite Ecurie du Roi, et Marie Bricart,
son épouse, qui laissèrent pour cela une maison qu'ils y avoient,
avec d'autres biens situés à Paris. L'Archevêque Jean-François de
Gondi, permit le 3o Juillet 1649, ^ ^^^^ Religieux, tant Prêtres
qu'autres, de s'y établir, à condition de ne point quêter, de ne
rien entreprendre contre les droits de l'Eglise Paroissiale ou Reg. Arch. Par.
succursale, et de ne point prêcher à la même heure. Les statues Sauvai.
de S. Denis et Ste Marguerite sont au-dessus de l'autel. La con- * 1 p- a» .
cession de l'Archevêque appelle ce lieu Belleville sur Sablon.
Le Fondateur de ce Couvent ayant donné un fond situé en la
censive de l'Evêque, les . Religieux lui constituèrent une rente
en i665. Il y a en France une ville et huit autres villages du nom Diction. Univ.
de Belleville. <*« »* ff-
Cette montagne fournit des eaux pour la commodité de Paris. On parloit de leur aqueduc dès l'an 1457. L'utilité de ces eaux est connue par deux inscriptions qu'on voit dans le Père Felibien, dont la première est du XV siècle.
Il y a un canton de la Paroisse de Saint Merry en ces côtés-là, Tab. s. Eiig. appelle la Fosse aux Flamans, dans la dixme duquel le Prieur de s*°^- <*" R«*ide S. Eloy avoit été maintenu en 1 36o. Je fais cette remarque, à cause que ce nom de lieu paroît être relatif à quelque déroute des Flamans.