‹ Histoire de la ville et de tout le diocèse de ParisChapitre 161 sur 210 · VAUGIRARD · texte numérisé non relu

VAUGIRARD

Daiis le tems que le territoire qu'on appelle aujourd'hui Vaugirard, situé à demie lieue de Paris, au bout de la plaine de Grenelle, faisoit partie de la Paroisse d'Issy et de la Seigneurie, on lui donnoit un autre nom. L'Histoire de l'Abbaye de Saint Germain des Prez atteste qu'on l'appelloit Valboitron ou Vauboitron; ce qui venoit du latin Vallis Bostroniœ, ou Vallis Bostaroniœ. Abb, ub, il Comme donc Abbon, Moine de cette Abbaye, se sert dans ses ^^ ^^"'' Parts, Poésies du terme Bostar pour signifier une étable à vaches, et que giosm. Cangn, cette vallée étoit très-propre à en faire paître le long de la Seine et ^^^ Bostar. à les mettre à couvert durant la nuit, je ne chercherois point ailleurs d'où lui seroit venu ce nom primitif. Mais ce nom ne passa pas le XIII siècle. Gérard de Moret, qui fut Abbé de Saint Germain depuis l'an i258 jusqu'en 1278, s'attacha singulièrement à rebâtir ce lieu ; il y construisit une maison pour servir à retirer les Religieux après leurs maladies; il y ajouta des lieux Réguliers avec une Chapelle de S. Vincent, afin que les Moines, quoique convalescens, y observassent la règle. Tant de notables changemens méritèrent bien qu'en place de l'ancien nom de Vau Boitron, ce lieu fût appelle Vau Gérard, du nom du restaurateur. Telle fut l'origine de cette dénomination, et l'on ne peut pas la faire remonter plus haut. Ainsi, c'est une méprise dans M. Grancolas, d'avoir insinué en son Histoire de Paris, que le Gerardi villa^ où fut Hist. de Pans d'abord porté le corps de Ste Honorine, est ce Gerardi valliSy deGratic. confondant avec Vau Girard, Girard-ville, que Ton a abrégé en ' *^' Graville, et qui est situé en Normcgidie.

L'Abbé Gérard ne fut pas le seul qui prit ce lieu en affection. Dans le siècle suivant, l'Abbé Jean de Precy fit enfermer de murs le clos entier de Vaugirard, y comprenant même le moulin, et il en vint à bout sans qu'il lui coûtât beaucoup, parce que les habitans d'Issy ayant besoin d'un certain terrain pour augmenter leur Hist.de s.Germ. Eglise, s'engagèrent en l'obtenant de cet Abbé de faire la dépense p- '5^de cette clôture. Ceux qui demeuroient à Vaugirard y contribuèrent sans doute, comme ceux qui étoient logés à Issy, puis-

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qu^ils ne formoient tous qu'une même Paroisse, avant qu'on, eût érigé une Cure à Vaugirard.

Hist.de s.G«rm. Cette érection est très-bien détaillée dans l'Historien moderne p- >54' de l'Abbaye de Saint-Germain. Il dit que les habitans étant augmentés en grand nombre, obtinrent de ce même Abbé Jean de Precy la permission de bâtir une Chapelle, à Vaugirard; que l'ayant construite dans une place qu'ils avoient achetée et qui avoit été amortie par cet Abbé, ils prieront Foulques de Chanac, Evêque de Paris, de l'ériger en Paroisse, offrant de donner au Curé d'Issy dix livres de rente pour son dédommagement, et quarante sols à la Fabrique, et de payer au nouveau Curé vingt livres de rente chaque année. Simon de Bussy, qui étoit du Conseil du Roi, fut d'un grand secours aux habitans en cette occasion. A sa prière, le Roi Philippe de Valois leur permit d'acheter un fond de trente-deux livres de rente sur les terres de son Domaine, dont il leur remit les amortissemens. Ce Conseiller ibid., p.- 156. fit plus; car, en i352, il donna ce que les habitans étoient convenus de payer pour le nouveau Curé, et même davantage, assignant pour cela des fonds sur le territoire de l'Abbaye, que Geoffroy, Abbé, amortit gratuitement. Par ce moyen, lui et Nicole,

Tab, Ep. Par. SOU épouse, furent reconnus fondateurs et Patrons de la Paroisse : ensorte que depuis ce tems-là ses successeurs ont été regardés comme Seigneurs de l'endroit où l'Eglise est bâtie, et ils pré-

Env. de Paris sentent même à la Cure. Les Lettres d'érection de cette Paroisse

deUCâiiieiyaa. sont de l'an 1342.

La Chapelle, devenue Paroisse, quelque tems après sa construction étoit sous l'invocation de la bainte Vierge ; mais, dans le siècle suivant, il s'y forma une dévotion à S. Lambert, Evêque de Mastrict, apparemment à l'occasion de quelques reliques, car on y en conserve encore. On assure que le concours y fut si ibid. grand, qu'il y eut dès l'an 1455 une Confrérie érigée, en son honneur. Il est certain qu'elle existoit au moins l'an 1478, puisque

Cod. 835. Bibi. l'on trouve à la Bibliothèque du Roi un volume manuscrit venant ^«r- de cette Confrérie, qui porte cette date. S. Lambert est donc regardé comme le second patron de Vaugirard et on y accourre leji7 Septembre, jour de sa fête, et durant l'Octave. Ce n'est cependant point à cause de cela que sa mémoire est conservée dans les Calendriers du Missel et Bréviaire de Paris; car elle y étoit auparavant. On l'y trouve dès le XIII et le XIV siècle. Cette Eglise a été rebâtie plus grande qu'elle n'étoit il y a cent ou six vingt ans. Elle est encore trop petite pour le peuple que contient la Paroisse. L'édifice n'a qu'une seule aile, qui est du côté du midi ou de la rue. Dans une épitaphe qu'on y voit de l'an i635, 1

on lit : Saint Lambert de Vaugirard, comme si ce Saint étoit le \

seul patron, et c^est de même dans des provisions de la Cure de l'an 1564. Elle a eu après le commencement du XVI siècle un Curé célèbre, nommé Jean de Monthelon, qui est auteur de quelques ouvrages. Il vivoit en i5i5. Les Chartreux de Paris l'ont placé dans leur Nécrologe au 19 Août, comme l'un de leurs bienfacteurs. On verra ci-après que ces Monthelons ont aussi joui de la Terre de Vaugirard.

Les dixmes de ce lieu ont souffert quelquefois difficulté. Premièrement, dans le tems qu'il n'étoit qu'un hameau d'Issy, l'Ar* chiprêtre de Saint Severin et les Chartreux qui ne faisoient que d'arriver à Paris, en eurent à ce sujet ; mais Regnaud de Corbeil, Necroi. françoU Evêque de Paris, qui siégea depuis i25o jusqu'en 1268, pacifia desChirtreux ce procès. La seconde contestation naquit dans l'avant-dernier *de* Reammd * siècle. L'Historien de Saint Germain des Prez dit que le Curé de 6 Juin. Vaugirard s'étoit mis en possession de la dixme du territoire de ce lieu, mais que les Religieux obtinrent en iSga un Arrêt qui Hist.deS.Germ. les maintenoit dans le droit de la lever. p- ^06.

On ne trouve la Cure de Vaugirard dans aucun des Pouillés manuscrits ou imprimés du Diocèse de Paris. Elle ne peut pas être dans celui du XIII siècle, puisqu'elle n'étoit pas encore érigée. Ceux qui ont été écrits au XV et XVI siècle, ni ceux qui furent imprimés en 1626 et 1648, ne l'ont point encore marquée, pas même dans le Catalogue des Bénéfices de la Banlieue où elle se trouve aujourd'hui comprise. Elle ne paroît que dans le Rouillé que le sieur Pelletier fit imprimer en 1692, où elle est dite être en patronage laïque. M. Joly, Chantre de l'Eglise de Paris, assure qu'il avoit vu un Cartulaire de TEvêché écrit. l'an 1400, contenant Traité de» les bénéfices de la Ville et du Diocèse, dans lequel, sous l'Archi- Ecoles, prêtre de Saint Severin, est nommée la Cure de Vaugirard, puis ^' ^^^' ^^^* celle de Mont-rouge; mais il y a sujet de douter de ce qu'il a avancé. Entre plusieurs nominations que j'ai trouvé de cette Cure, faites par le Seigneur du lieu, durant l'avant-dernier siècle, j'ai remarqué surtout celle de Louis Lasseré, Prêtre du Diocèse Reg. Ep. Par. de Tours et Maître-ès-Arts, faite l'an iSSj par Matthieu Chartîer, 7^«/- /^J?- Avocat. Ce fut un sçavant du tems. Il mourut en 1547, possédant jtid. cette Cure outre celle de S. Benoit. /^ Sept. 1547.

On ne comptoit en 1709 que 98 feux à Vaugirard, suivant le dénombrement de l'Election imprimé alors. Celui de 1745 y en marque 11 5. Le Dictionnaire Universel des Paroisses de France a marqué le nombre des habitans sur le pied de 522. Ce livre et Descnpt.dePar. Piganiol font observer que ce village n'est presque composé que T.viii,p.i9i. de cabarets. On peut ajouter qu'il ne consiste que dans une seule rue, mais extrêmement longue.

La Seigneurie principale appartint toujours aux Religieux de

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