CHARONNE
Il y a en France plusieurs Paroisses qui portent le nom de Charon, mais on n'en connoît aucune du nom de Charonne que celle qui est voisine de Paris. L'étymologie de tous ces lieux me paroît devoir être la même ; cependant je n'espère point la donner, persuadé qu'on ne peut le faire qu'en devinant. Je sens bien de quel mot latin ce nom approche le plus, mais cela ne suffit pas. Ce mot peut venir d'une autre langue, et probablement de celle des Gaulois.
Quoique le mot Carronenses qui se tjouve dans la Notice des Gaules, dressée vers le tems de l'Empereur Honorius à l'occasion des troupes ainsi dénommées, ait une ressemblance entière avec celui de Charonne, je n'ose avancer comme certain que ce soit de ces garnisons que Charonne ait tiré le sien ; parce que je crains qu'au lieu de Carronenses il ne faille lire Carronenses, d'autant plus que ce nom se trouve joint avec celui de Blabia, qui est plus vraisemblablement Blaye sur la Garonne, situé sur les côtes
Armoricanes des Gaules, qu'un lieu prétendu de Bretagne qui auroit été dit Blavet. Cependant, comme M. Lancelot, de TAca-
Mem. maouscr. demie des Belles-lettres, fort versé dans nos Antiquités, a cru que
le village d'Andresy, situé au confluent de l'Oise et de la Seine, tiroit son- nom des garnisons Andericiennes, j'ai cru pouvoir penser aussi que le territoire où sont bâtis Charonne et Charenton, auroit eu sa dénomination des Carronenses et CataronenseSy lesquels, après avoir résidé à Blaye aux environs de l'embouchure de la Garonne, auroient été transférés au confluent de la Marne et de la Seine pour la sûreté de Paris.
Parmi les titres parvenus jusqu'à nous, le plus ancien qui fasse
mention de Charonne est du Roi Robert, lequel confirmant les
donations que Hugues-Capet, son père, avoit faites au Monastère
Thet. anecd. de Saint Magloire de Paris, et celles qui venoient de lui-même,
T. J, p. io8. tusirqixe In potestate quoque Cataronis mansus unus arabilis terrœ cum vinearum fœcunditate. Il est évident par une charte postérieure, que ce que cette Abbaye eut de plus considérable à Charonne, venoit du Roi Robert même. C'est Louis le Jeune qui
Tab. s. Magi. l'assure dans SOU diplôme de l'an iiSg. On y lit ces mots : In villa quœ dicitur Karrona quant dédit Robertus Rex cum vineis, terris, torcularibuSy liberis ejusdem hospitibus à telonio, et quod in procinctu ejusdem villœ nullus torcular possit construere,
L'Eglise de Charonne est une des plus anciennes de la Banlieue de Paris; elle paroît avoir commencé par un oratoire que les Parisiens firent bâtir en mémoire de quelque miracle opéré en leur présence par S. Germain, Evêque d'Auxerre, dans l'une des deux fois qu'il passa par Paris pour aller dans la Grande-Bre- Vita tagne, je dis en leur présence, parce qu'il est certain qu'ils vinrent
s. Genov. Boii. en affluence au-devant de lui, et que le chemin le plus ordinaire
^^^' pour arriver d'Auxerre et de Sens à Paris, étoit de ce côté-là.
Cette Eglise dédiée de tems immémorial sous l'invocation de ce
Saint, fut accordée et confirmée par écrit l'an 1 140, aux Religieux
Bénédictins du Prieuré de S. Nicolas, proche Senlis (dit autre-
Htst.s.Mart. ment Saint Nicolas d'Acy), par Etienne de Senlis, alors Evêque de
àcamp.p. 296. Ps^ris. Le titre imprimé porte: Ecclesiam de Carrona cumomni
minuta décima et tertia parte majoris decimœ tam vini quam segetis. Ce don fut confirmé avec les autres biens de S. Martin des ibid.,p. 180, Champs et de ses dépendances par le Pape Eugène III, l'an 1 147. On lit dans sa Bulle : Ecclesiam de Carrona cum tertia parte decimœ, et dans la charte de Thibaud, Evêque de Paris, d'environ l'an ii5o, la même chose, avec un mot de plus : Ecclesiam de ibu., p. 187. Charrona cum tertia parte decimi vini. Le droit de la dixme en ce lieu causa des difficultés dans le siècle suivant. Elles furent réglées en 1246 par une sentence arbitrale de Frère Guy, Prieur
de Saint Lazare de Paris, et de Gautier, prêtre de Saint Nicolas
des Champs, qui décidèrent que le Prieur de Saint Nicolas d'Acy Chart. s, Magi.
recueille une année la dixme de Charonne, et TAbbaye de Saint
Magloire deux autres années. Le Curé de cette Paroisse est
nommé parmi les treize Prêtres, soit Curés soit autres, qui au
XIII siècle étoient appelles Presbyteri Cardinales,
Il paroît difficile de concilier cette prérogative accordée à un Curé de la Banlieue, avec ce que dit Sauvai sur Charonne: « Cha- Antiq. de Pans, « ronne, dit-il, gros bourg à une bonne demie lieue de la porte ^* ^» p- ^®- « Saint Antoine, est tellement voisin de la Croix-Faubin, qu'on a tient par tradition qu'autrefois il faisoit partie de la Cure de « Saint Paul, et que les Religieux de Saint Nicolas de Senlis « l'en ont adroitement démembré. » Il ne faut que faire réflexion au rang que tient le Curé de ce lieu dans l'énumération des treize Prêtres où il est nommé le sixième, pour se convaincre de l'antiquité de la Paroisse, et qu'elle devoit exister plusieurs siècles avant que l'Eglise en fût cédée aux Religieux de Senlis. En effet, c'étoit un lieu si considérable, que dans le diplôme du Roi Robert, antérieur de plus de cent ans aux lettres de l'Evêque Etienne, il est appelle Potestas, c'est-à-dire une Seigneurie qui avoit eu un grand district et étendue. De-là j'ai jugé que c'étoit de cette Paroisse que pouvoient être émanés Fontenay-sur-bois, Romainville et Pentin, avec d'autant plus de raison que les Eglises de ces lieux ont S. Germain d'Auxerre pour patron, de même que Charonne ; j'en dis autant de Bagnolet et de Montreuil, quoique le Patron de l'Eglise soit différent, et je le dis, parce qu'ils sont enclavés entre Charonne, Fontenay et Pentin, et que l'on connoît l'époque de l'établissement de ces Cures, au lieu que celle de Charonne se perd dans les siècles reculés. Ainsi Sauvai auroit mieux fait de dire que c'est la Paroisse de Saint Paul, dont Tépoque est plus récente, qui a été aggrandie par quelque démembrement de celle de Charonne, que d'écrire que Charonne est un démembrement de Saint Paul. Charonne avoit un territoire presque aussi étendu que celui de Saint Germain l'Auxerrois, dont huit ou neuf Paroisses ont été formées, et de même que les labourages de l'Evêque de Paris étoient dans les plaines de la Paroisse de Saint Germain, les vignes du même Evêque et celles du Chapitre de la Cathédrale étoient sur le territoire de Charonne, ainsi que le prouvent une infinité de titres, qui font mention de ces vignes et des pressoirs de l'Evêque et du Chapitre situés en ce lieu, outre ce que j'en rapporte à l'article de Montreuil.
Le Pouillé Parisien du XIII siècle comprend l'Eglise de Charonne dans l'Archiprêtré de Paris, qu'on a depuis appelle
l'Archiprêtré de la Magdelene, et la Cure y est dite être à la présentation du Prieur de Saint Nicolas de Senlis, ce qui a été suivi dans ceux de 1626 et de 1648 (page 33), et qui est exact, à Pexception de la qualité que ce dernier Fouillé imprimé donne à cette Eglise de Senlis, la désignant sous le nom de Chapitre. Les Fouillés manuscrits du XV et du XVI siècle ont marqué qu'elle étoit à la nomination du Prieur de Saint Martin des Champs ; ce qui est faux, car jamais on ne Ta vue dans le Fouillé de ce Frieuré. L'Eglise paroissiale est bâtie sur la pente du coteau où est situé le village. L'édifice qui subsiste aujourd'hui est presque quarré, attendu que deux ou trois arcades ou travées du devant de la nef ont été abbatues, parce qu'elles avoient été brûlées autrefois, ainsi qu'il en reste encore des marques à un pilier sous l'orgue du côté du septentrion. Cette Eglise a une aile de chaque côté, dont la voûte est aussi élevée que celle du milieu, et en construisant ces ailes, on a eu l'attention de faire plus étroite celle qui est du côté du septentrion, à cause de la chute des terres et des eaux de la montagne qui est de ce côté-là. La plus grande partie de tout ce bâtiment est d'environ trois cens ans. Il n'y a que les quatre piliers de la tour placée, dans l'aile méridionale, qui sont d'environ l'an 1200. On y lit cette inscription, effacée en partie sur la muraille, en lettres gothiques : L'an mil CCCC.,.. le XVII jour de Juillet fut l'Eglise de Ckaronne dédiée par le Révérend Père en Dieu M. Guillaume Evesque de Paris : Et ordonna que la Dedicasse seroit d'hui en avant le Dimanche devant la Saint Germain : et donna à tous ceux qui ladite Eglise visiteroient XL jours de vrai pardon.
L'an mil CCCC et XXVIII le XX jour de Mars Révérend père en Dieu Mons. Jacques, Evesque de Paris, y donna quarante jours de vrai pardon.
Cette inscription fait voir l'attention de deux Evêques de Faris pour l'Eglise de Charonne. Celui qui donna les quarante jours d'Indulgence pour la Dédicace qu'il fit en personne, étoit Guillaume Chartier, qui siéga depuis l'an 1448 jusqu'en 1472. Celles que Jacques Chastelier, l'un de ses prédécesseurs, avoit données en 1428, étoient apparemment pour ceux qui contribuoient à la construction de l'Eglise à laquelle on travailloit alors.
Le 22 Juillet 1527, Gui de Montmirail, Evêque de Megare, de
la permission de François de Foncher, Evêque de Paris, bénit
trois autels en cette Eglise : Le premier et principal, en l'honneur
Rcf^. Ep, Par. de Saint Germain, Evêque d'Auxerre \ le second en l'honneur
I. De temps immémorial, S. Germain étoit le Patron. Des Provisions accordées le 23 Septembre i5i6 à Firmin Caron, mettent Ecclesia S. Germant de Çharona. Parmi les Charges du Prévôt de S. Magloire en i36i, étoit celle
de la Ste Vierge et le troisième en l'honneur de S. Biaise, le tout
en présence de Charles Boucher, Abbé de Saint Magloire, et de
Frère Pierre Luillier, Prieur de Saint Mandé, et le lendemain,
23 Juillet, il fit la bénédiction d'une pièce de terre proche le Regr. Ep. Paris,
cimetière. Jean Bizet, curé de cette Paroisse en i66i, avoit fait
la remarque de la bénédiction des autels au bout d'une autre
observation, écrite de sa main sur du parchemin, lorsque l'autel
fut posé contre le mur.
Anno 1661 die XV Aprilis hoc majus altare instauratum, parieti appulsum, consilio et suasu Magistri Joannis Bi\et Curati ; et prœter pixidem plumbeam inventœ sunt cum destrueretur figuras SS, Claudii et Germanù A me de licentia Vicarii Gèneralis Des Contes benedictœ sunt : illius quidem quia Capellœ unde Ecclesia initium sumpsit fuit patronus ; hujus vero, quia principalis patronus Parochiœ est^ Sanctus autem Blasius Patronus minus principalis, ex devotione Régis Karoli hujus Ecclesiœ fundatoriSy ut videre est ex indiciis tam intra quam extra Ecclesiam. Datum Charonœ anno et die ut supra.
Jean Bizet, Curé de Charonne, paroît s'être trompé dans cet écrit, lorsqu'il nomme S. Claude avant S. Germain. Il est vrai qu'il ne dit pas que S. Claude soit patron de la Paroisse, comme, en effet, il est très-rare de trouver des Paroisses de son nom dans la France. Mais il prétend, sans citer aucun garant ni aucun titre, qu'il y a eu une Chapelle de S. Claude à l'endroit où l'Eglise a été bâtie en l'honneur de S. Germain, tandis que ce doit être tout le contraire, et que c'est dans l'Eglise de S. Germain, Eglise rebâtie plusieurs fois, que vers les derniers siècles le pèlerinage de S. Claude avoit apparemment fait ériger une Confrérie. L'observation de ce Curé sur S. Claude ne me semble pas mieux fondée que la tradition des paysans sur l'origine d'une Chapelle de S. Biaise au même lieu, et qui leur a fait choisir ce Saint pour leur second patron. Ils disent qu'un de nos Rois, du nom de Charles, ayant gagné un grand enrouement et un mal de gorge, pour avoir crié contre une cloche qui écartoit son gibier, et en avoir été guéri par l'intercession de S. Biaise, fit bâtir une Chapelle en son honneur.
Ce qu'il y a de certain, est qu'on voit les armes du Roi à trois fleurs de lys à la clef de la voûte de l'Eglise ; que celles du Grand Chambrier, sur le fief duquel on tient que l'Eglise est bâtie, sont au vitrage, et que le 4 Février,, lendemain de S. Biaise, on dit dans l'Eglise de Charonne une Messe avec offrande pro Rege
d*envoyer des gardes aux Fêtes Patronales de leurs Terres ; on y Ht : et à Charonne à la 5. Germain,
gneurie de Saint Magloire, je me borne à ces trois-cy qui sont du Tab. s. Magior. XV siécle, et qui nous apprennent les usages de ce tems-Ià. Aimery Courtois, bourgeois de Paris, avoit acquis à Charonne une place proche et au-dessous de l'Eglise, étant en la haute justice de Saint Magloire, et il eut le dessein d'y faire élever une croix de pierre sur un fond de terre d'environ deux toises, mais il ne le^put; les exécuteurs du testament de Jean Du Plessis et les Marguilliers de Charonne voulurent y suppléer, mais ils ne le purent qu'avec la permission de l'Abbé de Saint Magloire, donnée le 29 mars 1426. 11 fut défendu par Arrêt du Parlement du 29 mars 1429, après ibid, Pâques, aux habitans de Charonne, de, dresser dans la suite échaffaut ou autre édifice en la place commune du village, le jour ou la veille de la f este de Saint Germain VAucerrois, Feste de la dite ville, pour /aire la Feste en icelle ville ne autrement, sans le congié des Religieux de Saint Magloire, de leur Maire ou Justice. ibid. En 1497, le 20 Avril, Jean le Clerc, Avocat, Maire de la Justice de Saint Magloire à Charonne, prononça une sentence contre une truye qui y avoit mangé le menton d'un enfant, lequel en mourut; il la condamna à être assommée et ses chairs distribuées aux chiens, et à l'égard du propriétaire de la truye, il ordonna que. lui et sa femme iroient à la Pentecôte en pèlerinage à Notre-Dame de Pontoise, où ils crieroient mercy, et dont ils rapporteroient certificat.
Le plus ancien fief situé à Charonne s'appelloit au XIV siècle le fief de la Cour Point-Lasne. Celui qui le possédoit en fit hommage en 1348 à un des Seigneurs de Levi, alors Seigneur de Marly-le- Chatel ; c'étoit un Bourgeois de Paris, nommé Louis Bonnetin. On verra plus bas qu'un propriétaire de ce fief est devenu Seigneur de Charonne.
Jean le TeuUier, Bourgeois de Paris, ayant épousé une Bonnetin, en rendit hommage l'an 1370 à Bertrand de Levi, Seigneur de Marly-le-Chatel.
Jean Chanteprime, Seigneur de Sucy en Brie, étant aux droits de Jean le Teullier, fit hommage en 1442 à Philippe de Levi, Archevêque d'Auch, Seigneur du même Marly, et il en donna un dénombrement, dans lequel on lit les cantons ou noms de lieu qui suivent, sçavoir : Montibœuf, Vignoles, Mezieres, la Garenne.
Je n'ai plus rien trouvé touchant la Terre en question, que sous
le règne de François I, auquel tems Robert Nicolas, Marchand et
Recueil Bourgeois de Paris, s'en disoit Seigneur en partie. Au moins est-il
dEpiuphcsen qualifié tel dans son épitaphe en l'Eglise du Sépulcre à Paris, où
p. 716. ^^* ^^ ^^^ ^"'^^ décéda le i8 Février i543. Hist. des Prem. Après lui Roger de Vaudetar, Conseiller au Parlement, est dit Prés. p. 143. Seigneur de Charonne vers l'an i56o. Mais il faut en excepter
sans doute les Fiefs possédés par d'autres, tel que Jacques le Bossu; car on trouve qu'en 1548, Marguerite Menant, veuve de Memor. Jacques le Bossu, Marchand Bourgeois de Paris, vendit le fief ^^ ^- Grégoire de la Court Point-l'asne et celui des Ouches à Martin de Bragelonne, Conseiller du Roi, Lieutenant particulier de la Prévôté de Paris, moyennant sept vingt livres. Ce Seigneur en rendit hommage en iSSg à Claude de Levis, Seigneur de Marly-le-Chatel et de Magny-l'essart. Depuis, Martin de Bragelonne, son fils, Conseiller au Parlement, en fit hommage au même Seigneur de Marly l'an 1570.
Ce même Bragelonne fit quelques années après une acquisition plus considérable à Charonne. Pierre de Gondi, Evêque de Paris, Abbé de Saint Magloire, conjointement avec le Prieur et Religieux de cette Abbaye, avoit vendu en 1576 la Terre et Seigneurie de Charonne à Simon de Fiez, Baron de Saulve, moyennant une rente de six cens livres sur THôtel-de-ville de Paris, par forme d'échange. M. de Bragelonne l'eut par Décret sur ce Baron l'an i586, pour la somme de six mille cent soixante écus sol.
L'année suivante, M. de Bragelonne eut par échange faite avec Etienne Regnault, Seigneur de Bagnolet, Bourgeois de Paris, le fief Pannetier de l'Abbaye de Saint Denis assis à Charonne.
Le même acquit en 1601, des Prieur et Religieux de Saint Nicolas d'Acy-lez-Senlis, le Fief du Prieuré de Charonne par forme d'échange, pour une rente de cinquante livres, et en i6o3, le Fief de Saint Denis de la Chartre au même lieu de Charonne.
Vingt ans après, un de Messieurs de Bragelonne (fils apparemment du précédent) vendit la Terre et Seigneurie de Charonne à M. Barentin, Trésorier des parties casuelles, moyennant la somme de quatre-vingt-deux mille huit cens cinquante-neuf livres. Il est désigné sous le nom d'Honoré Barentin, Secrétaire du Roi, dans son épitaphe aux Grands Augustins de Paris. Il mourut le II Mai 1639. L'Abbé de Marolles en parle dans ses Mémoires, page 102, mais il le fait mourir plutôt, disant que sa veuve vivoit en 1634.
Enfin, cette Terre fut vendue en 1648 aux Religieuses de Notre- Dame de la Paix, par Charles Barentin, Président en la Chambre des Comptes, moyennant cent soixante et cinq mille livres ; ce sont des Chanoinesses dont je parlerai ci-après.
Depuis ces Religieuses, M. Mole, Abbé de Sainte-Croix de Bourdeaux, a possédé cette Terre.
Le Seigneur actuel est M. de Lenoncourt, Brigadier des armées du Roi. Sofi château est à gauche en approchant de l'Eglise. Il est accompagné d'un grand enclos.
Il y a eu sur le village de Charonne différens établissemens de
Communautés de Filles. Vers l'an 1640, Jean-Françoîs de Gondi^ Archevêque de Paris, fut prié par Marie L'Huillier, Dame de Ville-neuve, de permettre l'établissement de certaines filles et femmes dévotes à Charonne, de même qu'à Brie-Comte-Robert ; c'étoit ce qu'on a appelle depuis les Filles de la Croix. Le Prélat leur permit cet établissement en ces deux lieux par les Lettres du Sauvai. i3 Février 1640, et approuva leurs Statuts. L'établissement réussit T. m, p. 193. pour Brie-Comte-Robert. On ne voit pas qu'il en ait été de même
à Charonne.
Au lieu de cet institut, il s'en forma deux autres, i^ Madame la Duchesse d'Orléans, Marguerite de Lorraine, femme de Gaston, Duc d'Orléans, y établit en 1643 des Religieuses de la Congrégation N. D. sous le nom de N. D. de la Paix, suivant l'institution du V. Père Fourrier, Lorrain, et elles furent placées dans le terrain même de la Seigneurie que la Duchesse avoit acheté pour elles. Le Roi voulant favoriser ce nouvel institut, accorda en 1661 des Regitt. Pari. Lettres patentes qui permettoient l'établissement d'un Marché à 6 Sept. /661, Paris proche la porte Saint Jacques, dont ces Dames de la Paix dévoient avoir les profits. Ce fut chez ces Religieuses que les entrailles de la feue Duchesse fondatrice, veuve du Duc Gaston Jean-Baptiste d'Orléans, furent portées après sa mort, arrivée le 3 Avril 1672. En 1680, l'élection d'une Supérieure pour cette Communauté fut l'occasion de quelques différens entre la Cour de Rome et celle de France ; cette affaire produisit un recueil de Pièces sur diverses pièces imprimées en 1 681, et fut le sujet de quelques disle Monastère de eussions dans l'Assemblée du Clergé de France en 1682. Vers le Cologne, in 13. "^^"^^ tems. Cette Communauté se trouvoit si endettée, qu'elle
étoit obligée de vendre ses effets. C'est pourquoi le Promoteur en
Regist.Arch. ayant requis la suppression, M. de Harlay l'ordonna. Alors le
24 Jan. 1681. Saint Sacrement et les Reliques furent portés à la Paroisse, et les
Religieuses dispersées. L'Abbé Chastelain qui vit ce lieu en 1684,
Voyages manus- écrit que l'ancieune Eglise de ces Dames qu'il qualifie de Cha-
crits. noinesses. Eglise toute brillante de marbre et de dorure, servoit
alors d'orangerie à M. Mole, Abbé de Sainte-Croix de Bourdeaux,
qui avoit acheté d'elles la Seigneuriq, et que dans la maison
étoit le chenil des chiens du Roi pour le chevreuil. Madame
Isabelle d'Orléans, Duchesse d'Alençon, Douairière de Guise,
employa en œuvres pies la vente de cette maison. Elle donna
entr'autres aux Enfans-trouvés, après la mort d'une Dame, la
somme de 6000 livres, exigeant une Messe quotidienne pour sa
Reg. Archiep. famille. Cette fondation a été réduite à une Messe par semaine le
23 Juillet 1707,
Le second établissement de piété fait à Charonne vint de Marie Lumague, veuve du sieur PoUalion, Gentilhomme ordinaire du
Roi. Elle retira de Fontenay sous Bagneux quelques filles qu'elle vie de y avoit établies vers Tan i63o, dans le dessein de former une ^*"« Lumaguc Communauté sous le nom de la Providence de Dieu. Elle les p ^^et^sùiv. transféra à Charonne dans une maison qu'elle loua d'abord, et qu'elle acheta par la suite. Les accroissemens de cette Communauté furent si prompts que dès l'an 1643 elles étoient déjà cent Dames ou Filles réunies à Charonne, desorte qu'elles songèrent à décharger cette Maison par un établissement à Paris que Sauvai. Louis XIII leur permit par ses Lettres Patentes du mois de Jan- ^miq. de >'aris, vier de la même année. Ce fut cette même Maison de la Providence ' ' ^' ^*°' établie à Charonne qui donna naissance aux Filles de l'Union Chrétienne après la mort de Madame Pollalion en 1657. M. le Vachet qui dirigeoit les Filles de la Providence, en sépara quelques-unes pour entrer dans les vues de la défunte. Une des Filles de cet Institut naissant eut une riche succession, et hérita entre autres biens d'une maison située à Charonne. Ce fut là que la Sœur de Croze commença ce second établissement en 1661, quoiqu'elle ne donna absolument la maison qu'en 1672. Ce ne fut aussi qu'après cette année-là et après la donation de la maison que l'établissement de cette Communauté fut approuvé psiv Reg. Arch. Par. l'Archevêque, sçavoir le 28 Juin 1673.
Elles n'avoient encore eu cette année qu'une Chapelle du titre de Saint Joseph où tous les jours on leur disoit la Messe; mais en 1675, on leur permit d'y conserver le S. Sacrement. Claude Sauvai. Joly, Chantre de Notre-Dame parle en son livre des Ecoles, t. i, p. 7S0. page 458, de la Demoiselle Croze, Supérieure d'une Communauté, qui tenoit une nouvelle Ecole à Charonne en 1678; ce fut la même année qu'on enregistra en Parlement les Lettres Patentes Reg. pari. en faveur de la même Supérieure, Anne de Croze des Bordes et 16 Mart. Consœurs, portant confirmation de leur établissement en forme de Communauté séculière. Deux ans après le 12 May, le Roy accorda des Lettres Patentes qui confirmoient l'établissement d'une Reg, Pari. Communauté faite à Angoulême sur le modèle de celle de TUnion '^ Afa«- '^^4- Chrétienne de Charonne, et en 1687, de semblables pour celui '^^^^' '^^'^' de la rue S. Denis. Comme elles y avoient été toutes transférées, sauvai alors on cessa de les appeller les Filles de Charonne. t. i, p. 719.
Cette translation fit naître la pensée de former encore dans le même lieu où avoient été les Filles de l'Union Chrétienne, un autre établissement. C'étoit celui d'une Communauté de Filles ou Femmes Séculières sous le nom de la Sainte Famille de inscription sur l'Adoration perpétuelle du Saint Sacrement, pour y recevoir et '* P***"^*instruire les jeunes filles de Charonne et des environs, et pour /îe^.^rcA. Par. le soulagement des malades sous la conduite du Curé. On obtint '686, à ce sujet des Lettres Patentes qui furent registrées en Parlement ^^s- p^^^-
le 14 Juillet 1689. Ce fut une Dame le Maire, veuve d'un Procu reur au Parlement, à qui Dieu inspira cette bonne œuvre, et qui acheta la Maison des Filles de l'Union Chrétienne. Cette Communauté subsiste encore au nombre de douze.
Tout ce qui est voisin de Paris devant intéresser, j'insérerai ici
ce que j'ai trouvé sur les maisons de plaisance, qui paroissent
avoir été situées sur le territoire de Charonne. Il y avoit en 1296,
un canton de cette Paroisse qui s'appelloit Farfaigne, mais ce
Chart. s. Magi. u'étoit qu'un lieu planté en vignes. Comme le Roy avoit encore
Gaign.f.gs, dans le siècle suivant un territoire à Charonne dont il pouvoît
disposer, sur la représentation que Bénédict Dugal, Marchand de
Lucques, fit à Charles VI des bons et agréables services qu'il avoit
rendu à Charles V son père, il lui donna en 1384, une maison
avec ses appartenances, et environ trois arpens de vigne seans
Lettres du comme disent ses lettres en la ville, finaige ou territoire de
34 Dec. Charonne, et environ dix arpens de terre seans à la Tuillerie-lez-
Tres. des Chart. p .
Reg. ia5. *^ans.
Fiece 391. La Folie Regnauld, ainsi nommée parce que c'étoit au XIV siècle la maison de délassement d'un nommé Regnauld Espicier, avoit une certaine étendue de terrain, et une partie étoit comprise dans le territoire de Charonne au XV siècle. Il en est fait mention parmi les biens confisqués par Henri, Roi d'An- Sauvai. gleterre, lorsqu'il devint maître de Paris sous le règne de T. m. p. 333. Charles VII. Ce terrain appartenoit alors à Jean d'Avignon, Ménestrel du Roi; on voyoit encore en 1600, des mazures de cette maison. Quelques extraits des Registres du Chapitre de Paris m'ont appris qu'il avoit en i56o des terres à Charonne dont il fut passé un bail à ferme avec celles de la Folie Regnauld et il Regist. Coiwi/. l'a encore. En i562, Michel de l'Hôpital, Chancelier de France Pariem. avoit Une Maison à Charonne où le Parlement lui envoya quelo ec. I. 3. q^^^ Députés au mois de Décembre. L'auteur du Supplément de Suppi. dts du Breul imprimé en 1639, écrit que Charonne étoit alors renom- Antiq. de Paris, mé pour deux belles maisons qu'on y avoit bâties depuis vingt ^' ans, sçavoir celle de Nicolas le Jay premier Président au Par-
lement; l'autre de M. Barentin beaucoup plus belle. II a voulu parler d'Honoré Barentin, Secrétaire du Roy, Seigneur de Charonne nommé ci-dessus. Enfin, presque de nos jours, Louis XIV Brice, a fait bâtir près du village de Charonne et dans une situation T. IV, p. 386. très avantageuse une grande et belle maison pour le Père la Chaise, Jésuite, son Confesseur ; elle appartient maintenant aux Jésuites de la Maison Professe, rue Saint Antoine, auxquels elle sert de maison de campagne. Sa situation et le nom du Roy l'ont fait appeller Mont-Louis. Une partie de cette maison est sur la Paroisse de Charonne. Elle est dans le même canton qui au
XIV siècle avoit été appelle la Folîe Regnauld. Il y a plusieurs maisons dans ce hameau dont sept ou huit seulement sont de Charonne. Le Pressoir de l'Evêque étoit alors au territoire de Charonne entre PHôtel de la Folie et le Pressoir du Chapitre Gioss. CangH contigu à des vignes dont le vin étoit pour l'Office du Mandé du ^^'^^ Mandatum Jeudi-Saint à N. D. Au bas étoit une fontaine, et par le haut des restes de carrières de plâtre appartenantes à la Demoiselle Jeanne de Sens, ce qu'on appelloit une Douve, et qui est peut-être l'origine du Fief de Dive dont le souvenir subsiste encore en ce lieu. Dive s'appelloit aussi Engrenet vers 1400. On m'a assuré qu'il appartient aujourd'hui au Seigneur de Menil-montant.
Un autre écart de Charonne est ce qu'on appelle aujourd'hui le Du Pré sur Petit-Charonne à l'entrée de la grande avenue de Vincennes, au " ^**"* p* *^^' sortir de Paris à main gauche. C'est peut-être ce qu'un titre de 1489 appelle Charonneau et autrement Maisires ou Mezieres. Ce dernier nom étoit connu dès le XIII siècle.
Vignoles a été connu en 1425 par la maison et les vignes que les Haudriettes y avoient, et en i538, parla vigne qui y étoit et que Biaise Floret, Principal du Collège de Chanac à Paris, assigna pour fondation à Saint Gervais. La fontaine Servaye ou Sernaye étoit en ce même canton.
Clos-Ferry étoit en 1400 un vignoble au territoire de Charonne.
Montibeuf étoit un canton de vignes dès l'an i255.
Les Communautés qui ont eu autrefois des fonds à Charonne sont les Religieuses de Haute-bruyere, Ordre de Fontevrauld, Diocèse de Chartres; elles y possedoient, dès l'an 1286, un clos de vigne situé sur la censive de Saint Magloire et sur celle d'André Point-l'Asne. J'en ai vu un bail à rente, fait en iSiq, par Marguerite de Donizi, Prieure, et Jean Triquet, Prieur. Les Religieux Croisiers de Paris y ont eii aussi du bien du côté de la Folie Regnaud, et pareillement les Religieuses de Saint Antoine. Les Carmes Billettes y ont une maison vers l'entrée du village, au bout du faubourg de S. Antoine.
Le nombre des feux à Charonne étoit, en 1709, de 159 selon le dénombrement des Elections alors imprimé. Le Dictionnaire Universel de la France fait monter le nombre des habitans à 715. Cette Paroisse commence après la dernière barrière du faubourg, à main gauche. Une partie de son territoire s'étend dans le Parc de Bagnolet et dans celui de Menilmontant. Tout est presque planté en vignes, surtout depuis un siècle, il s'en trouve à l'endroit où étoient des prés. On y en compte 5oo arpens, et vers le milieu est un petit étang formé des écoulemens des fontaines qui se trouvent en allant à Ménil-montant. Il y avoit encore dans le XIV siècle en ce village et à Montreuil, une garenne appartenante
HIST. DE PARIS. — T. I. 3l
Tab. S. Magior. SiU Roi, mais Charles le Bel en fit la concession aux habitans,
en i328, pour une somme d'argent que chacun paya. Les lettres
du Roy marquant qu'il fait ce don aux bonnes gens de Charonne^
j'ai déjà conclu cy-dessus de ce don que ce doit être pour ce Roy
Charles que l'on fait un service, chaque année, dans l'Eglise de
Charonne.
Bibi.Reg. Un Poëte du XIII siècle, dont les vers sont joints au Cartulaire
Porte/. Gaign. jg l'abbaye de Saint Magloire, nous apprend qu'en i23o, au com-
^' '' mencement du règne de Saint Louis, il y eut à Charonne une
Dissert, sur femme qui se mêloit de deviner. Le peu qu'il en dit est une marque
iHist. de Paris, qu'il supposoit que chacun étoit informé de ce qu'il y avoit eu
an 1741. ' d'extraordinaire dans cette femme :
page czLiii.
L'an mil deux cent et vingt et dix
Fut Dammartin en flambe mis,
Et sçachiez que cel an meisme
Fu à Charonne la devinne.
En i358, dans le tems de l'entrevue de Charles, Régent de
France sous le Roi Jean, et du Roi de Navarre, proche l'Abbaye
Sauvai, T.i, de Saint Antoine, l'armée de ce Roi, composée de huit cens
p. 620, à la fin hommes au plus, étoit rangée en bataille entre Charonne et
Montreuil, sur une petite montagne d'où elle n'osa descendre. Tables On sçait, par la date d'un Edit du i3 Mars 1541, que François I
de Blanchard, est venu à Charonne. Cet Edit, qui concerne les monnoies de Bayonne, fut donné en ce lieu.
On assure que dans le tems de la guerre des Princes, sous la minorité de Louis XIV, ce jeune Roi étoit dans le Parc de Charonne, vers les hauteurs de Menil-montant, pendant que Mademoiselle de Montpensier fit tirer de ce côté-là le canon de la Bastille.
Outre les personnes de distinction que j'ai marqué ci-dessus avoir eu leur maison de campagne à Charonne, j'ai lu que Pierre Perm.de Chap. Nivelle, Evêque de Luçon, y fît quelque résidence en i632, avec domest. un Officier de son Diocèse.
Julien Brodeau, issu d'une illustre famille de la Touraine, excellent Avocat à Paris et auteur de plusieurs ouvrages, venait se délasser de ses travaux à Charonne, en 1642.
Madame de la Roche-sur-Yon a eu aussi à Charonne une maison dont elle n'a pas joui long-tems. T. II, p. i6ç. M. de Tournefort est venu souvent herborizer à Charonne, Herboriz. 5 et 6. surtout dans le Parc de l'Abbaye.
Je n'ai trouvé aucun personnage surnommé de Charonne dans Gaii. Chr. l'antiquité, qu'un Curé de Saint Paul de Paris. Il est appelle T.vii,coL3i8. Richardus de Charrona dans un acte de l'an 1297.
PAROISSE DE VAUGIRARO 483
On peut lui joindre un Arnoul de Charonne, qui vécut appa- compte remment dans le siècle suivant et qui se trouva assez distingué à dOrd. de Paris. Paris, pour donner son nom à la rue que l'on nommoit vers ^ ni, p. in. l'an 1425, La rue Arnoul de Charonne.