DE SAINT DENIS
K'Abbave de Saint Denis a rendu ta Ville de ce nom une des plus célèbres du Diocèse de Paris. La proximité dont elle est de la Banlieue, m'engage à ne l'en point ' séparer '. Dans ce que je vais en dire, je tâcherai de rassembler plusieurs choses qui ont échappé à ceux qui ont écrit avant moi sur cette Abbaye. Je rapporterai aussi ce que j'ai pu trouver de plus remarquable sur l'origine et l'accroissement de la ville, sur les Eglises qu'elle renferme, dont plusieurs ont été sujettes % bien des changemens. Je passerai de-là au commerce de cette ville, à ses foires, etc. ; et je terminerai le tout par l'Histoire du Landit, dont la plaine, autrefois très-fameuse, fait la jonction du territoire de Saint Denis à celui de la Banlieue de Paris, matière sur laquelle j'ai fait beaucoup de recherches.
Nom primitif du lieu hit depuis S. DENIS. Je ne dirai rien de nouveau, en avançant que le lieu où l'Eglise de Saint Denis se trouve bâtie, étoîi le territoire du village appelle Catolacum; mais il faut observer que ce territoire a -eu différentes parties; l'une sur
I. Chacun S(ait qu'on l'a appellét pays de la France, strictement pria jusque dans le Diocèse de Meaui :
trËs-bien expliqué d'après Satnson,
Saint Denis en France à cause du petit ;, qui est au nord de Paris, et qui s'éiend c'est ce que le Dictionnaire de Trévoux a
laquelle étoit le gros du village, que depuis Ton a appelle Saint Martin de l'Etrée et Saint Marcel. Cette partie principale du village étoit située sur le grand chemin qui va de Pontoise à Paris, dont l'itinéraire d'Antonin fait mention ; le nom de strata qui a formé celui de l'Etrée vient de-là. Une autre partie du territoire de Catolacum étoit celle où une pieuse femme avoit un champ, dans lequel elle fit inhumer les Saints Martyrs Denis, Rustique et Eleuthere, sur le tombeau desquels une Eglise ayant été bâtie par la suite, et même un Monastère, on vit les pèlerinages et l'Abbaye rendre le lieu plus célèbre et plus peuplé que n'étoit la partie adjacente au grand chemin.
Il faut donc se figurer à l'endroit qui compose aujourd'hui la ville de S. Denis, d'abord sur le grand chemin de Pontoise, et assez près du bord de la Seine, un lieu habité appelle Catolacum^ et à droite de ce chemin, en venant de Paris, un champ, où le premier édifice qu'on y construisit, fut une Chapelle sur la sépulture de S. Denis, qui devint par la suite une Basilique accompagnée d'un Monastère. Ce fut autour de cette Abbaye que commença à se former la ville de Saint Denis, par la forme de Château que prit le hameau ou le village, lorsqu'on l'entoura de murs au IX siècle, pendant que le village de Saint Marcel et de Saint Martin de l'Etrée, ancien Catolacum, restoit sans clôture et au milieu des champs; car la clôture de la ville qui les renferme maintenant avec l'ancien Château ou Bourg de l'Abbaye n'est que des derniers siècles.
Je me suis déclaré dès l'an 1789 pour Catolacum ou Cadolagum, Dissert, sur ainsi que l'écrit Fulrad, Abbé de Saint Denis, comme pour le nom
l'Hist. de Pans, primitif du territoire dont il s'agit, et j'ai conjecturé alors que ce mot, aussi-bien que celui de Cadolaicum, pouvoit avoir quelque rapport dans l'ancien langage celtique avec la nature du terrain gras et marécageux * de ces cantons-là. Ceux qui ont dérivé ce nom de Catulla, se sont fondés sur les seconds actes de S. Denis, où il est marqué que la pieuse femme qui fit donner la sépulture aux trois Saints ci-dessus, s'appelloit Catulla, ce qui pourroit bien être de l'invention de l'Abbé Hilduin, puisque ce n'est que depuis son tems que ce lieu se trouve appelle Catulliacum; étymologie dont les suites dans l'onzième siècle portèrent à faire une Sainte de la Dame Catulle; de sorte que dans les Litanies de l'Abbaye de Cod.MSS. Saint Denis, pour les Rogations, écrites alors, on lit cette invo-
B.ManaParts. nation: Sta Catulla, ce qui ne paroît point autre part.
Cod. s. Dtonys, Ce qu'il y a de certain, est que la Basilique de Saint Denis étoit
I. M. de Thou dit de Saint Denis que Pair y est très-grossier et les eaux mauvaises, passant par le. plâtre. Hist, lib. VIL p, 4g4* Doublet convient que c^est un lieu marécageux, page 420.
sur le territoire de Catolacunty et que l'Eglise de Saint Martin de TEtrée et celle de Saint Marcel furent (ainsi que je l'ai déjà insinué ci-dessus) les premières Eglises Paroissiales du lieu. Le peuple s'étoit bâti des maisons primitivement sur le bord du grand chemin où étoient ces Eglises. La Basilique du sépulcre des Saints étoit à l'écart et dans un lieu solitaire, où l'on n'érigea des titres de Paroisses que fort tard, et seulement depuis la clôture commencée à l'occasion des guerres des Normans. Comme le culte de S. Martin fut répandu dans les Gaules dès le commencement du V siècle, il y a grande apparence que le lieu de Cadolagum, aux habitans duquel une Eglise étoit nécessaire, eut d'abord pour Eglise, sur la route Romaine, celle de S. Martin.
L'origine de l'Eglise de S, Marcel ne doit pas être postérieure de beaucoup à celle de S. Martin. Il ne faut pas croire comme Du Breul, qu'elle soit sous l'invocation de Saint Marcel, Çvêque de Paris. Elle est et a toujours été sous celle 3e S. Marcel, Martyr de Challon, auquel le Roi Contran portoit une singulière dévotion, et je pense que ce fut lui qui fit bâtir le premier édifice de cette Eglise. On sçait qu'après la mort de Caribert, Roi de Paris, arrivée l'an 566, ses trois frères Contran, Sigebert et Chilperic ayant partagé entr'eux son Royaume, réservèrent la ville de Paris sans la faire tomber dans le lot d'aucun. Ils convinrent de la pos* séder tous les trois par indivis, en sorte qu'aucun des trois ne pourroit y entrer sans le consentement des deux autres. Le droit commun qu'ils eurent sur la ville de Paris, les engagea à avoir chacun quelque Palais, Château ou Maison de plaisance aux environs. Il est vraisemblable que celles qui appartinrent au Roi Contran, ont été dans les lieux où nous trouvons des Eglises du titre de Saint Marcel de Challon, tel que Catolacum et Croissy en Brie, qui est à cinq lieues de Paris. On verra ci-après que le Four de cette Paroisse de S. Marcel étoit encore du Domaine Royal sous le Roi Robert. Mais comme on trouve qu'au moins dès le XII siècle, les Seigneurs de Montmorency jouissoient de cette Terre, et qu'ils la tenoient en fief de l'Evêque de Paris, c'est ce qui porte à croire que quelqu'uns des anciens Rois l'avoient donnée à l'Eglise Cathédrale, peut-être Clovis II, à l'Evêque S. Landry, en considération de Timmunité que cet Evêque accorda au Monastère de Saint Denis nouvellement bâti. On verra ci-après que ce ne fut qu'à la fin du XIII siècle que les Religieux de cette Abbaye entrèrent en jouissance de cette Terre, par échange fait avec un Seigneur de Montmorency. Peut-être aussi fut-ce sur le territoire de Saint Marcel qu'étoit le Palais que le Roi Dagobert avoit assez près du Monastère, auquel cas il ne seroit pas difficile de croire qu'il lui seroit venu de Contran, par Clotaire II, père du même
Le Blanc. Dagobert, et que ce seroit là qu'auroient été battues les pièces de Trait. des Monn. monnoies suF lesquelles on lit Catolaco.
Ce qui fait conjecturer que ce fut avant le siècle de Charle-
magne que la Terre de Saint Marcel fut donnée à TEvêque de
Paris, est qu'il fut besoin pour attirer ce Prince à Saint Denis,
Ex Carmin, que l'Abbé Fardulfe lui bâtît un Palais proche l'Abbaye. Au reste,
Farduifi, T. IL ^e que l'ou désignoit par les noms de S. Martin de l'Etrée et de
p. 644/ Terre de Saint Marcel dans le XI et le XII siècle, s'appelloit Ca-
tulliacum en latin sous le règne de Charles le Chauve et l'Abbaye
étoit encore alors censée en faire partie, puisqu'un Moine du lieu
écrivant en ce tems-là les miracles arrivés au tombeau de Saint
Denis et ses compagnons sous les règnes immédiatement précé-
dens et parlant de deux femmes qui avoient été guéries, s'exprime
Sacui. ///. en ces termes, pour faire entendre qu'elles étoient du lieu même :
Bened. Part. II, ^ffialgundis ipsius vici CatulUaci habitatrix, et dit de l'autre
^' ' ^' qu'elle étoit in ipso vicô Catulliaco degens. L'Abbé Fulrad avoit
Fuiradi dit de la Basilique de S. Denis, cent ans auparavant, qu'elle est
TeHamentum sitUéC loCO CadolûgO,
anni tji
Ce que j'ai dit jusqu'ici des Eglises de Saint Martin et de Saint Marcel, n'est pas dans le dessein de les faire passer pour plus anciennes que la Basilique de Saint Denis, mais seulement pour détruire dès le commencement de cet article les préjugés où l'on est, surtout depuis la construction de la dernière enceinte de la ville, que de tems immémorial les Eglises ont été dans une enceinte qui auroit précédé celle qu'on voit aujourd'hui, et l'erreur de ceux qui croiroient que c'est le Monastère de Saint Denis qui a donné naissance à l'Eglise et à la Paroisse de S. Marcel.
Edifices divers de l'Eglise de Saint Denis. Le premier Oratoire de ces cantons-là est incontestablement celui que les Chrétiens bâtirent sur le tombeau des SS. Martyrs. Sainte Geneviève ensuite, aidée du Prêtre Genès et des aumônes des Parisiens, en Acta S. Dion, aggrandit l'édifice. Soixante-deux ans après la mort de cette Sainte, Vita s. Genov, c'est-à-dire en 574, quelques-uns des soldats Allemans du Roi Sigebert qui revenoient d'une course faite contre le Roi Chilperic, entrèrent dans cette Eglise; un Officier enleva de dessus le tom- Greg. Tur. beau Une pièce d'étoffe de soye garnie d'or et de pierreries, et un de gtor. Mart. autre soldat ayant monté sur le tombeau qui finissoit en forme de ^^' ^ '' tour, pour faire tomber une colombe d'or qui y étoit, se tua. Nous Hist. Lit. V, avons dans Grégoire de Tours la preuve que Tan 579, des percap. xxxiii. sonnes de Paris vinrent au même tombeau pour y prêter serment touchant un fait contesté.
ibid.. En l'an 58o, le Roi Chilperic étant au Palais Brinnacum entre
lib. V, c. iixv. Paris et Soissons, fit porter en la Basilique de Saint Denis le
corps du jeune Dagobert, son fils, décédé en ce Palais. C'est la première inhumation de Prince qu'on sçache y avoir été faite. Mais alors les personnes de considération qui y faisoient beaucoup de bien, y étoient aussi inhumées; c'est ce qu'on lit de la Noble Dame Theodilane, sous le règne de Clotaire II, vers l'an 626, auquel tems le chef de ceux qui desservoient cette Basilique, étoit un Abbé appelle Dodon. Doublet qui rapporte le testament de Doublet, p. 654. cette Dame, a cru qu'il s'agissoit de l'Eglise de Saint Denis de l'Etrée, parce qu'il ajoutoit foi aux fables des Gestes de Dagobert écrits au IX siècle. Un écrivain moderne vient d'avancer que l'Eglise où se sont faites toutes ces sépultures, et où reposoient les corps des trois saints, étoit à Paris vers la rue Aubry-le-Boucher. Nouvelles Quant à l'auteur des Gestes, le trait sur lequel il se fonde pour annales de Pans admettre alors une seconde Eglise de S. Denis à Catolacum, est reconnu faux par tout le monde. A l'égard de la situation d^une Eglise du même Saint aux environs de la rue Aubry-le-Boucher, elle n'a pas la moindre ombre de.fondement dans l'Histoire. On y voit que quoique l'Eglise de Catolocum où les Saints reposoient, et qui depuis est devenue Monastère, soit à deux lieues de Paris, elle a souvent été dite située à Paris même. Le Pape Innocent II, par exemple, écrivant à Suger, le qualifie Abbé du vénérable Monastère de Saint Denis situé à Paris, quod in honore beati Dionysii Martyris Parisius situm est.
En parlant donc de ce que Dagobert a fait pour la véritable Basilique de Saint Denis, je me bornerai à ce qu'en dit Fredegaire, auteur contemporain, sçavoir qu'il fit faire beaucoup de décorations dans l'Eglise tant en or qu'en pierreries et qu'il voulut que l'on en ornât de quelques sculptures les dehors ou le fond pratiqué en forme de chevet roqd. Ce chevet ou abside étoit apparemment le lieu où il fit transporter les trois corps saints d'un autre lieu de la même Eglise; ce qui donna occasion à Saint Eloy Audoen. de l'embellir de plusieurs ouvrages d'orfèvrerie. Outre cela Dago- ^'^^ ^- ^''^• bert donna à cette Eglise tant de terres et de villages que le même Fredegaire dit qu'on en étoit étonné. Il ajoute que ce Roi y établit la Psalmodie continuelle, de même qu'on la pratiquoit dans le Monastère de S. Maurice d'Agaune, et qu'enfin ce même Prince y fut inhumé. Cette Basilique existoit avant lui, comme j'ai déjà dit, mais il passe pour en être le fondateur, parce qu'il fut le premier qui la combla de biens, qui en embellit splendidement l'Eglise \
I. Le tour de Fredegaire, et condignè in circuitu fabricare prceciperat, a souffert diverses explications du mot in circuitu, Dom Mabiilon, Diplomate pag, 626; croit que cela signifie qu'il fit bâtir autour de l'Eglise des logemens pour les Moines ; d'autres croyent qu'il faut entendre in circuitu tumuli ; d'autres qu'il ht bâtir en forme de rotonde in circuitum. Je m'en tiens à in
et qu'il fut pareillement le premier Roi qui y reçut la sépulture, après y avoir fait inhumer Landegisile, frère de la Reine Nantilde, son épouse. Il faut observer que Fredegaire ne dit pas qu'il Tait enrichie de reliques. Tout ce qu'on a avancé là-dessus pourroit bien être mis avec les fables racontées par Tauteur des Gestes de ce Roi.
Pépin, père de Charlemagne, commença l'édifice d'une autre Eglise de Saint Denis environ six vingt ans après que Dagobert eut fait à celle de son tems les embellissemens dont je viens de parler. Charlemagne dit dans un diplôme que c'est lui-même qui l'a fait construire. C'est celle dont l'Abbé Fulrad fit faire la Dédicace le 25 Février de l'an 775, Dédicace sur laquelle on a aussi débité des fables, comme celle de dire que ce fut J.-C. en personne qui la fit durant la nuit, et qu'un lépreux qu'il y guérit en fut témoin. Un fragment historique rapporté par Du Breul parle d'un DuBreui,p.887. impôt que Charlemagne avoit fait lever pour ce bâtiment, qu'il
qualifie seulement d'augmentation de celui de Dagobert; mais cela
paroît fort suspect. Il est plus certain que ce Prince fit présent de
Doublet, p. 710. Lusarches à l'Abbaye lorsqu'il en ordonna la Dédicace. L'Abbé
Hilduin, dans le siècle suivant, bâtit un Oratoire du titre de la Sainte Vierge, dans lequel il statua que l'Office seroit célébré suivant le rit Romain par huit Moines. On dit que cet Oratoire Gaiiia Christ., subsiste encore, mais j'en doute; ce qu'il y a de certain est qu'il col. 354' reste une crypte, rebâtie autrefois par Suger, aux pieds de l'ancien tombeau de S. Denis. Cette crypte sert depuis plus d'un siècle à placer les corps de nos Rois.
L'Abbé Suger, qui vivoit en l'an ii3o, ayant abattu une Suger lib. avance du portail bâtie sur la sépulture de Pépin, entreprit un de admin. sua, nouveau portail qu'il acheva à p^u de chose près, et outre cela, s.^Dionl^ il jetta les fondemens d'un nouveau chevet ou sanctuaire et, Duchéne, l'ayant élevé jusqu'à un certain point, il en fit faire la Dédicace, ^* *^- le 1 1 Juin î 144, qui étoit un Dimanche. Dans le portail qu'on voit aujourd'hui, il n'y a gueres que le haut de la Tour septentrionale qui ne soit pas de son tems ^ Les portes mêmes paroissent en être, aussi-bien que les deux premières arcades de la nef contigues au portail. Les habitans de Saint Denis avoient fourni charta Sugeri à Cet Abbé deux cens livres pour achever ce portail ; à raison an. II25. Je quQi il leyr remit le droit de main-morte. M. Grancolas et
circuitu Ecclesice, ensorte que THistorien, après avoir parlé des décorations intérieures, fait mention des embellissemens extérieurs, sur tout à Tendroit du fond où étoient les corps des Saints.
. I. Ce fut apparemment sur cette Tour que lé feu du Ciel étant tombé en 12 19, le 9 Septembre, y fit du dégât, minant les pierres durant deux jours, comme le dit Guillaume le Breton, auteur du temps., Z>ifc/r^ne T. V, p. 9 a. Ainsi le haut n'auroit pu être refait que depuis.
d'autres ont cru faussement que ce portail étoit de l'édifice rebâti Hist. de lEgi. par Pépin et par Charlemagne. Enfin, ce fut sous le règne de <*« p*"*» S. Louis que l'on bâtit à neuf une grande partie de l'Eglise de • » p- *o • Saint Denis (peut-être sur les anciens fondemens de l'Eglise du VIII siècle). Ce bâtiment du tems de S. Louis consiste dans les arcades et voûtes situées entre le portail et le chevet. Ce chevet fut aussi alors entièrement achevé, après que l'on y eut ajouté des piliers, dont les bases qui se voyent dans le souterrain du même chevet, les font paroître sensiblement bien plus nouveaux que les petites colonnades et cintres de l'ancien édifice que l'on apperçoit dans ce souterrain. Les Abbés qui prirent ce soin, furent Eudes* Clément et Matthieu de Vendôme. Comme la Reine Blanche se Parv. Chron. porta beaucoup à l'avancement de cet ouvrage, delà vient qu'on s. Dion. y voit les armes de Castille accollées à celles de la France. 11^ ^"" '^ '' fallut pour se déterminer à abattre l'ancienne Eglise qu'on croyoit dédiée par Notre-Seigneur, que le Pape écrivît qu'on le pouvoit, chron.frtnc.de et que cet édifice ne devoit pas être éternel. Les différentes reprises s. Denis auxquelles on a travaillé à ce vaste édifice, sont cause qu'il n'est ^ steGeneVdc pas tiré en droite ligne; car si l'allignement du sanctuaire eût été paris, suivi, la grande porte eût dû être à l'endroit où est la Tour méridionale; mais en bâtissant on réforma l'allignement dès la croisée qui est entre le sanctuaire et le chœur. Le Czar examinant cet édifice, lorsqu'il vint en France, l'an 17 17, s'apperçut de ce défaut. Il y a dans cette Eglise des vitrages qui représentent quelques actions de S. Louis. On y en voit aussi qui peuvent être plus anciens, et avoir été réservés de l'édifice précédent ; vers le fond est représenté S. Paul tournant la meule d'un moulin, et les Prophètes qui apportent leurs sacs de bled, avec quatre vers, dont le premier est
Tollis agendo molam de furfure, Paule, farinam.
L'épaisseur et la couleur du verre ne contribuent pas peu à rendre cette Eglise un peu obscure, malgré la grande étendue des vitrages, qui a fait dire à quelques-uns qu'il y avoit plus de vitres que de bâtimens.
Il reste encore à côté de la croisée septentrionale une partie de mur enfoncée en forme concave qui peut être du XII siècle.
Après la prise du Roi Jean, les Religieux travaillèrent à fortifier leur Eglise de murs et de fossés ; le Daufin Charles V leur permit Doublet, p. 994. en i358, d'abattre pour cela des maisons voisines. Ce qui paroît ajouté aux Tours du portail, vers la partie inférieure en forme de couronne et de créneau, peut avoir été construit alors. Si ces espèces de fortifications ne sont pas de ce tems-là, elles auront été faites sous l'Abbé Guy du Monceau, entre i363 et iBqS. Son
49B HISTOIRE DE l'eGLISE, MONASTERE,
épitaphe dit de lui : In turribus et fortalitiis cœnobium istud augmentavit ,
Reliques de l'Abbaye. Les principales richesses de cette Eglise étoient les reliques qu'elle possédoit, qui de tout tems ont été mises à couvert des mains des barbares, principalement celles de S. Denis et de ses compagnons. Elles sont aujourd'hui en trois châsses d'argent élevées au fond du sanctuaire, mais d'argent si ancien qu'il ressemble au plomb. On lit sur celle de Saint Denis ces mots en caractères Romains capitaux sans séparation : Hic situm est corpus beatissimi Martyr is Dionysii Archiepiscopi ; ce qui indique assez l'onzième siècle, tems de la visite faite sous le Roi Henri I. C'est de ces trois principales châsses qu'il faut entendre ce qu'on lit dans les Registres du Parlement, sçavoir que le Roi Henri H lui écrivit de Saint Germain en Laye, le 2 Janvier 1548, qu'il iroit coucher le lundi suivante Saint Denis pour remettre les corps Saints le lendemain matin, afin que le Doublet, p. 319. Parlement se trouvât à la cérémonie. Un Inventaire de l'an i534,
marque qu'on y voyoit alors dans chaque Chapelle une châsse
couverte d'argent. Les corps de ces Saints, quoique apportés de
loin, étoient encore en terre dans des tombeaux l'an 862. Celui de
S. Hippolyte, Martyr d'Italie, avoit été donné à l'Abbé Fulrad
GaiL chr. par le Pape Paul III, en l'an 713, et il avoit eu de Barcelonne
T.VII.C0L348. celui de S. Cucufat, Martyr d'Espagne. Un acte de l'an 862 met à
l'Abbaye de Saint Denis ces deux corps avec celui d'un Saint Inno-
Dipiomatica, centius. On y lit ces mots : In festivitatibus Sanctorum quorum
p. 536, corpora in hoc loco sunt humata, hoc est S. Dionysii^ S, Ypoliti^
S. Innocenta, S. Cucuphatis. Suger fait mention de l'Oratoire de
Duchêne, S. Hippolyte, dans lequel étoit sa châsse de son temps. Doublet
T. IV, p. 354. rapporte de quelle manière fut éclairci le doute qu'avoit eu le
nonbi ex vet. Pape Alexandre III, étant à Saint Denis, sur la vérité du corps
Legend. p. 3a7. Je ce Saint, qu'il avoit cru être à Rome.
Un Calendrier en forme de petit Martyrologe, placé à la tête
Cod. MS. ^'un Sacramentaire de l'Eglise de* Saint Denis écrit au IX siècle,
Bibi. s. Genov, et qui servit depuis à la Cathédrale de Senlis, met au 22 Août * :
Pans. Translatio corporum Sanctorum Monasierio S. Dionj^sii, id est
Hilarii Episcopi et Çonfessoris ; Innocenta Martyris, et S. Père-
grini Episcopi et Martyris. Voilà le même Innocentius Martyr
dont il est parlé dans l'acte de 862 ci-dessus cité ; on ne sçait d'où
Dipiom. p. 537. éioit ce Saînt-là. Pour ce qui est de S. Hilaire, le même acte
de 862 marque que dès-lors on en faisoit dans l'Abbaye une Fête * spéciale, sans désigner le jour ; mais les anciens livres de chœur
I. Dans les additions à l'Edition du Martyrologe d'Usuard des Jésuites, au 22 Août, les Saints transferez st>nt nommés en cet ordre : 5. Peregrinus, S. Patroclus, S. Innocentius, S. Hilarius, Ep. et Conf, f
nous apprennent que c'étoit le corps de S. Hilare ou Hilaire, LcgenJ. Abh. Evêque de Javoux, dont le siège Episcopal est à Mende. On ^- ^'J"* -^^'''^• trouve dans ces livres sa vie en entier; il y a un Office propre Discal. Paris. et au 25 Octobre. Quelques manuscrits que Doublet avoit vus, »« Bibi. disent que Dagobert faisoit porter à la guerre avec lui le corps ^' *''^'''"*de ce Saint. Si cela est ainsi, il a pu être des premiers que Ton Breviar. aura démembré, et dont la tête aura pu être portée ensuite à la 5- ^'«''•- i55o, place du corps. Je ne dis rien du chef de S. Hilaire de Poitiers, Doublet, p. 1198. que Ton croit conserver à Saint Denis. Le Lecteur peut juger, après ce qui vient d'être dit, duquel des deux SS. Hilaires il y a plus d'apparence qu'il est, quoiqu'on en ait donné à la Cathédrale de Poitiers un petit morceau, Tan 1602, sous le nom du grand Gaii.chr. S. Hilaire. Il me semble que Bouchet. n'avoit peut-être pas tort T.vn,coi.4r2. de nier dans son livre écrit avant les ravages de Poitiers par les Huguenots, que le chef du Protecteur de cette ville fût à Saint Denis. Quant à S. Peregrin, on convient généralement que c'est le corps du premier Evêque d'Auxerre, martyrisé vers l'an 3oo, qui a été apporté au Monastère de Saint Denis, sans qu'on sçachc par qui, à la réserve cependant de la tête dont il ne s'est jamais rien trouvé en cette Eglise, laquelle tête a été découverte en 1645, Hist. des sous l'autel de Bouy, au Diocèse d'Auxerre, lieu de son martyre. £▼• d'Aux. 743, On l'appelle communément S. Pèlerin. La consécration de l'autel ^' ^' de sa Chapelle, dans le chevet de Saint Denis, n'a été faite qu'au ex intcript, XIII siècle, sçavoir l'an i23o, par Yves, Evêque de S. Paul de inmuro. Léon ; c'est la première Chapelle d'après celle du fond de l'Eglise en tirant vers le septentrion.
Le corps de S. Romain, Prêtre de Blaye, proche Bordeaux, mort en 382, est aussi l'un de ceux qui sont conservés à Saint Denis. Je n'examinerai point si c'est Dagobert qui l'avoit obtenu, ni la manière dont il l'avoit eu ; il est certain qu'on croyoit, dès l'onzième siècle au moins, le posséder en cette Eglise, sans quoi Legend. l'histoire de sa vie ne se trouveroît pas dans le Légendaire parti- Abb. s. Dion. culier qu'elle avoit alors. Aussi Suger met-il dans le nombre des Discaf%aris Chapelles de l'Eglise qu'il fit consacrer, celle de S. Romain qui étoit au-dessous d'une voûte, en un lieu fort retiré, et où il dit Duchêne, T. iv, que le corps du Saint reposoit. L'Abbé Gilles de Pontoise qui ^' ^*' *^ ^^•** siègeoit en i320, avoit fait faire sa châsse, dont les Huguenots Gaïua Christ,, pillèrent l'argent. L'auteur du Roman du Rosier de Saint Denis "*'• ^^^' marque que de son tems ce saint corps étoit au chevet à main Gioss. Cangn droite. "^^ c^itium.
On compte aussi avoir à Saint Denis le corps d'un S. Firmîn, et même on va jusqu'à le prendre pour celui du premier Evêque d'Amiens, lequel est mort Martyr. Ce fut en cette qualité que Gaii. Chr. l'Abbé Adam, prédécesseur de Suger, fit transférer ce corps d'une ^- ^^^' ^- ^^^'
5oO HISTOIRE DE L^EGLISE, MONASTERE,
châsse dans une autre, vers l'an 1 120. On dit aussi que ce fut Dago* bert qui le fit apporter, mais cela souffre de grandes difficultés.
Un S. Patrocle, Evêque et Martyr, est encore du nombre de
ceux dont on y montre le corps. Doublet en a fait un Evêque
de Grenoble. Sa Fête est marquée de rit double au 3i Janvier,
Voirci-après dans le Bréviaire de TAbbaye de Tan i55o, mais sans légende
p. Soi. propre.
A l'égard d'une sainte Osmane, Vierge Angloise, morte en
Sacramentar, France, il y a une Chapelle de son nom avec une châsse où sont
s.DioH.JXsofc. jg seg reliques. On Thonoroit particulièrement à Saint Denis dès
S Maria Paris, l'onziéme siécle. Elle est au Bréviaire de i55o de rit Double avec
une légende propre.
Le corps de S. Eustache, Martyr, apporté de Rome vers le Doublet, commencement du XII siécle, donna occasion à la Chapelle que p. 3i7, 3i8. Suger fit bâtir sous son nom.
Enfin, le dernier corps dont je parlerai, est celui de Saint Denis Gaii.Chr. l'Aréopagite que le Pape Innocent III donna, l'an 121 5, aux Reli- T.viLcoi.385et gieux de Saint Denis, qui étoient venus au Concile de Latran au Doublet, p. 544. jjQjjj jg jgyj. Abbé, alors fort âgé. On assure qu'un Arrêt du Parlement du 19 Août 1410, a décidé que le chef du même Saint Denis Doublet p. 1060. ^to^^ conservé à Notre-Dame de Paris, mais on Tappelloit alors
dans les deux Eglises S. Denis de Corinthe, en conséquence de l'erreur où l'on étoit que l'Aréopagite étoit celui qui avoit été inhumé à Catolacum.
Je n'ai rien dit du corps de S. Eugène, Martyr de Dueil, parce que l'on n'en xnontre plus rien à Saint Denis, ayant été transféré en grande partie, au X siécle, en l'Abbaye de Brogne au Diocèse de Liège, et le reste porté à Tolède, en Espagne, dont on croyoit autrefois qu'il avoit été Archevêque.
Pour ce qui est de S. Louis, personne n'ignore que son corps est une des reliques les plus avérées de l'Eglise de Saint Denis, que ses os y furent mis dans le tombeau en 1271, et qu'ils en furent tirés en 1298 après sa canonization. La châsse d'argent doré Gaiu Chr, ^^ ^^^ ^^"^ aujourd'hui, a été donnée par Louis de Bourbon, Abbé T.viJ.coi.410. de ce Monastère, vers l'an i55o. Depuis la concession de- la tête faite à la Sainte-Chapelle de Paris, et d'une côte * à l'Eglise de Notre-Dame, la dernière distraction est celle d'une dent nvec un morceau de la mâchoire, faite par Ordre du Roi, le 3o Sep-
Reg.Arch.Par,^^^^^^ ^7^7 P^""* l'Envoyé de l'Archevêque de Cologne, dont
M. le Cardinal de Noailles fit la reconnoissance le 29 Octobre suivant.
Je ne sçai si personne a jamais fait l'observation .par laquelle
I. Cet ossemdnt long de 6 pouces ressemble assez à une clavicule.
VILLE ET PAROISSES DE SAINT DENIS 5or
je vais finir cet article des corps Saints. Il doit paroître un peu singulier que les anciennes Abbayes du Diocèse de Paris, où il est plus certain qu'il y a eu des Moines, ayent eu quelque Saint pour premier Abbé, telle que Saint Vincent dite depuis S. Germain des Prez, Saint Pierre des Fossés dite autrement Saint Maur, et TAbbaye de Lagny, et que celle de S. Denis qui les a surpassé en célébrité dès son origine, n'ait point eu le même avantage, et ne puisse produire aucun Abbé qui s'y soit sanctifié et qui ait mérité d'être canonisé par l'Eglise de Paris. Mais peut-être que quelques-uns des Saints ci-dessus mentionnés, tels que S. Firmin et S. Patrocle, sont des Saints du lieu, c'est-à-dire de cette Eglise même, des Saints lesquels. avec quelques compagnons, soit Clercs, soit Moines, ont été préposés pour présider au culte que les Fidèles rendoient aux Saints Martyrs, ou bien même sont-ils de ces Evêques qui après avoir quitté leur siège, choisissoient cette Basilique pour retraite, y servoient en quelque sorte de Corévêque à celui de Paris, ainsi que les sçavans pensent qu'il y en a eu à Lagny, et y finissoient pieusement leurs jours. Il peut être arrivé qu'on aura trouvé leurs corps, lorsqu'on bâtit sous les règnes de Dagobert, ou de Pépin et de Charlemagne, et que l'on commença alors à leur décerner quelque espèce de culte. Il est certain que l'Abbé Hilduin ayant fait bâtir, vers l'an 83o, aux pieds des trois rChataLud.PU Martyrs, une Eglise "de Notre Dame et de Saint Jean-Baptiste, • ^»- ^'^>^y renferma une grande quantité de Reliques.
Trésor de Saint Denis. Le Trésor de cette Eglise est si connu par toutes les descriptions qui en ont été faites et imprimées, aussi-bien que par la démonstration quotidienne qui se fait aux étrangers de ce qui y est contenu dans cinq ou six armoires, que je me dispenserai d'en donner le détail. On disoit autrefois que Charles le Chauve avoit ôté d'Aix la Chapelle une partie des Reliques venues de la Terre-Sainte, pour en enrichir l'Abbaye de Saint Denis. Cela se réduit aujourd'hui à un des doux dont N. S. fut crucifié, lequel ayant été perdu un jour par ceux qui le donnoient à baiser, fut heureusement rendu par une femme. Les plus anciennes Reliques de Saints qu'on y montre, sont un bras du saint vieillard Simeon et un os de l'épaule de S. Jean-Baptiste, envoyé, dit-on, au Roi Dagobert par l'Empereur Heraclius. Plusieurs autres reliquaires renferment des ossemens tirés des châsses du chevet ou des Chapelles de l'Eglise. Le chef de Saint Denis est un des plus considérables. Il y a aussi un buste de S. Benoît avec quelques reliques de ce Saint. Le nombre des richesses qu'on y voit est incompréhensible, soit en vases précieux de toutes les • espèces, en couronnes, bâtons, sceptres, images, anneaux, livres dont les couvertures sont magnifiques, en or, argent, pierreries.
502 HISTOIRE DE l'eGLISE, MONASTERE,
Je ne prétend point, au reste, garantir la vérité de Pépoque ou de
la date qu'on a donné à certains meubles que l'on y conserve, y en
ayant eu qui étoient manifestement faux, tel que l'épée de Turpin,
CoHsuetud. laquelle n'a pas pu être plus réelle que Turpin même, qui est un
htss. s. Dion. Chevalier fabuleux. Il y a eu autrefois une lance du Roi Dagobert,
RitibuêMonach. V^^ ''^" portoit en procession aux Rogations avec le bâton de
Saint Denis.
Si l'on n'y montre rien des grands ouvrages d'orfèvrerie dont S. Eloy avoit orné le tombeau de S. Denis, ni aucune des richesses que le Roi Dagobert y avoit fait placer, il faut s'en prendre aux Annal. Berlin. Normans qui y vinrent en 85 7 et depuis. Ce fut beaucoup d'obtenir d'eux qu'ils ne missent point le feu à l'Eglise. Depuis ce tems-là, dans l'appréhension de leur retour, les Religieux trans- Suppi. ad portèrent ce qu'ils purent des Reliques de leur Eglise avec leurs Dipiomat. p. 6. titres à leur Terre de Nogent sur Seine, à Ferrieres en Gatinois, Frodoard ad puis à leur Terre de Consevreux vers Reims, et à Reims même. an. 887' Us usèrent cinq cens ans après d'autres moyens pour sauver des mains des Anglois ce qu'ils avoient de plus précieux, aussi-bien que de celles des Calvinistes dans l'avant-dernier siècle, quoiqu'il faille avouer qu'ils ne laissèrent pas de souffrir quelques pertes Gaiiia Christ., dans ces occasions. La ville de Paris leur servit d'azyle dans les T. V//.CO/. 4/^. guerres de la Ligue, surtout en i588, et encore depuis, sçavoir Hist. s. Denis, en i6i5, pendant les guerres civiles.
Quant à l'Oriflamme, cette célèbre enseigne que les Rois alloient
prendre à Saint Denis en partant pour la guerre, du Breul dit que
Ub. IV, Philippe de Valois la perdit en un voyage de Flandres. D'autres
•rt. s. Denis, assurent qu'elle subsistoi.t encore en 1594, lors de la réduction
Feiib., p. 335. Je Paris. Elle est marquée dans un Inventaire fait alors, comme
en celui de i534.
Sépultures. Pour ce qui est des sépultures, c'est ici la place de rappeller les plus anciennes dont j'ai parlé ci-dessus, p. 496. Je ne m'arrête point aux sépultures des Rois de France depuis Dagobert, des Reines et de leurs enfans, et autres Princes et Princesses que l'on voit dans l'Eglise de Saint Denis ; le Catalogue qui se monte à plus de soixante et dix, se trouve dans une inflnité d'endroits. Au reste, il ne faut pas croire que les tombes ou tombeaux que l'on y montre des Princes de la première et seconde race, soient du tems de leur mort. Ils ont été détruits lors des différentes bâtisses de l'Eglise ; leur simplicité n'avoit rien qui engageât à les conserver. Lorsqu'on rebâtit l'Eglise pour la dernière fois du tems de Saint Louis, on eut soin de dresser des deux côtés du chœur les cénotaphes que l'on y voit en mémoire Feiibien. des auciens Rois qui avoient régné jusqu'à son tems. On a aussi Hi8t.deS.Deni8. apperçu dans cette Eglise la sépulture de quelques Abbés du lieu,
VILLE ET PAROISSE DE SAINT DENIS 5o3
et celle d'un Evêque d'Angouléme. Un Enguerran de Coucy y Doublet,?. ia66 fut aussi inhumé au XII siècle.
Plusieurs personnes considérables y reçurent la sépulture depuis le XIII siècle, en considération des services qu'ils avoient rendus aux Rois et à l'Etat. On met dans ce nombre Pierre de Beaucaire, Chambellan de S. Louis; le fameux Bertrand Du Guesclin, Connétable sous le Roi Charles V, décédé en i38o; Louis de Sancerrc, aussi Connétable de France, mort en 1402; Bureau de la Rivière, premier Chambellan des Rois Charles V et Charles VI, qui décéda en 1400; Arnaud Guillem, Sieur de Barbazan, premier Chambellan de Charles VII ; Guillaume de Chastel, Panetier du même Roi, et qui se distingua à la guerre contre les Anglois, décédé en 1441. On ajoute même que Jean Pastourel, Président de la Chambre des Comptes, à qui Charles V avoit accordé d^ être inhumé, n'y ayant point reçu la sépulture, Sedile de Sainte Croix, sa femme, y fut enterrée. Le Duc de Châtillon et le marquis de Saint Maigrin ont aussi leur tombe dans cette Eglise, mais sans inscription. Enfin, de nos jours, on y a vu ériger au Vicomte de Turenne un superbe monument.
Temps de l'entrée des Religieux. Quoique communément Ton croye qu'il y eut des Moines à Saint Denis dès le règne de Dagobert, et que M. de Valois ait écrit en faveur de ce sentiment, il ne faut pas penser pour cela qu'ils y fussent dès le commencement de son règne. On peut observer qu'il y a dans le livre de la Diplomatique une charte de Tan 632, où ce Prince, parlant de l'avantage qui devoit revenir à ceux qui desservoient cette Eglise à l'occasion du legs d'une Terre, se sert simplement du terme Clerus ; que S. Ouen, contemporain de ce Roi, dit dans la vie de S. Eloy qu'une fois ce saint Orfèvre étant dans la Basilique de Saint Denis pendant que le Clergé y chantoit la Vigile dans le chœur en l'honneur de ce Martyr le jour de sa fête, il vint au vestibule de cette Eglise, où il vit un homme perclus couché par terre proche le tombeau du Saint, Dum Vigilia à Clero caneretur in choro ; et qu'enfin l'on ne manque pas d'exemples de Basiliques dont le Supérieur étoit alors qualifié d'Abbé, quoiqu'elles fussent desservies par des Clercs. Ce qu'on peut conclure de ces deux endroits, est que la charte et l'événement de la vie de S. Eloy doivent être antérieurs à l'établissement des Religieux dans cette Basilique, d'autant plus que le passage de la vie de S. Eloy montre que le corps de S. Denis n'étoit pas encore dans la place honorable où Dagobert le fit mettre, et par conséquent que ce Prince n'y avoit pas encore fait tous les embellissemens qu'on lui attribue. Mais on ne peut gueres nier que la Psalmodie perpétuelle que ce même Prince y établit lorsqu'il eut doté, orné
et augmenté cette Basilique, n'ait été exécutée par des Moines. Fredegaire dit que ce fut à l'exemple de ce qui se pratiquoit dans le Monastère d'Agaune. Cette Psalmodie perpétuelle per turmas suppose dans le lieu un grand nombre de Psalmistes pour pou* voir se succéder les uns aux autres et insinue que la règle que Ton observa alors à Saint Denis, pouvoit être semblable à celle du même lieu d'Agaune ou au moins différente de celle de S. Benoît. Aussi le nom de ce Saint ne se trouve-t-il point dans les titres de cette Maison, que Ton reconnoît unanimement pour être de ces tems-là, et exempts d'interpolation.
Or, afin que les Frères de cette Congrégation (pour me servir des tefmes du tems) fussent sans inquiétude au sujet de leur temporel, et s'appliquassent continuellement à la Psalmodie, Saint Landry, Evêque de Paris, leur donna un acte, qu'on appelle Privilège, par lequel, se dépouillant à leur égard du droit commun d'inspection qu'il avoit sur le temporel des Eglises de son Diocèse, pour en disposer à son gré, il s'engagea lui et ses successeurs et leurs Officiers, à n'ôter à cette Eglise aucun des fonds qu'elle avoit eu des Rois, ou d'autres personnes, ni ceux qu'elle pourroit avoir par la suite, ni de forcer non plus les Religieux à en faire aucun échange ; comme aussi à n'enlever jamais de la même Eglise les calices, les croix ni les ornemens, non plus que les livres, ni or ni argent et généralement aucun effet, pour l'emporter à la ville. Telle étoît la teneur de ce Privilège, ainsi que l'assure le Roi Clovis II, fils de Dagobert, dans son diplôme de l'an 653, admis par tous les Critiques. Fredegaire remarque que l'Abbé Aigulfe n'avoit pas tenu la main à l'exécution de cette Psalmodie, ou Laus perennis ; mais plusieurs chartes de Rois suivans la recommandèrent expressément.
On a lieu de croire qu'elle étoit cessée au commencement du IX siècle, et que la ferveur des Moines de Saint Denis étoit alors fort rallentie, puisque l'Empereur Louis le Débonnaire marque dans son diplôme de l'an 832, que peu de temps après qu'il fut monté sur le trône, les Abbés Benoît et Arnoul qu'il avoit prié de remettre le bon ordre dans les Monastères de ses Etats, séparèrent à Saint Denis ceux qui vouloient vivre régulièrement, d'avec ceux qui étoient relâchés, et cela vers les années 8 1 5 ou 8i6. Le fameux Hincmar qui y fut élevé dans sa jeunesse, parle aussi de l'habillement de Chanoines que quelques uns avoient pris ; mais je ne croi pas que les figures qui se trouvent gravées dans les Annales Bénédictines d'après des sculptures qui restent à l'Abbaye, puissent décider de cette variété, ne paroissant point être d'un tems si éloigné. La réforme à laquelle l'Abbé Hilduin travailla, de l'avis des Evêques du Concile de Paris de
VILLE ET PAROISSES DE SAINT DENIS . 5oS
Tan 829 et sous Pautorité de TEmpereur, ne fut établie que par un Diplôme de ce Prince de Tan 832, donné dans l'Abbaye même. La règle de S. Benoît y est exprimée nommément. Ce Diplôme développe toutes les voies dont ces Moines s'étoient servis pour parer le coup. Il se trouve imprimé en plusieurs endroits. La ConcU.Labb. même année Hilduin fit un partage de biens avec eux. Le nom '^"•^'^"^^•^•^'' qu'il donne à son Eglise est celui de Saint Pierre et Saint Denis, HiMt. EccL Par. ce qui se trouve également dans d'autres actes du même siècle. ^' '' Ce Monastère, soit devant cette réforme, soit après, paroît avoir été aggregé au Clergé de Paris. Les Religieux sont nommez les premiers de tous ceux qui dévoient prier Dieu pour les Bienfacteurs de la Cathédrale sur l'avis qu'on leur en donnoit par un En- Chartaan.Sn. voyé dans un certain jour. Aussi l'Evêque Incade statua-t-il f/r>/. Ecc/.Par. l'an 829, en plein Concile, que les Moines comme les Chanoines T-^'P-^^-^' du Diocèse seroient reçus et nourris dans l'Hôtellerie de la Ca- jjgnc 44, usez thédrale, lorsqu'ils viendroient à Paris *. Hincmar, Religieux de »«i*5i «u Heu de Saint Denis, fit voir en plusieurs occasions le respect qu'il portoit ***** à l'Evêque de Paris : premièrement, ne voulant pas suivre son /wi., p. 350. Abbé Hilduin dans son exil sans sa permission ; secondement, fiodoard, en ce qu'il n'accepta l'Archevêché de Reims que de l'agrément '• ^'^' ^* '• du même Evêque et des autres de la Province de Sens, ainsi qu'il le dit lui-même, et que Fiodoard le confirme, ajoutant que celui Hincmar. qu'Hincmar appelloit son propre Evêque étoit alors Ercanrad, opuscut. 19. Evêque de Paris. Ce même Ercanrad étant décédé vers l'an 85/, Fiad. ubisupra. Enée fut choisi pour lui succéder. La lettre par laquelle le Clergé 1 .t: de Paris qui avoit fait cette élection, en donne avis à tous les • * * Evêques de la Province, met les Religieux de Saint Denis à la tête de tous les Monastères qui y avoient contribué après les Chanoines de la Cathédrale : Clerus Matris Ecclesiœ Parisiorum Mey-Epùt. et Fratres Cœnobii Sancti Dionysii et Sancti Germani et Beatœ ^"''* '^^'rrar. Genovefœ ac Fossatensis, etc. ": ^\\
Evêques a S. Denis. Au reste, la célébrité dont étoit ce Monastère ne dut pas lui procurer moins d'avantages qu'en eut celui de Lagny, où quelques Evêques se retirèrent quelquefois, et où .r, ..*
l'on croit qu'il y en eut qui exercèrent l'Office de Corévêque. Entre ceux qui abdiquoient pour ne plus exercer leurs fonctions ou pour prendre même l'habit monastique, l'Abbaye de Saint Denis a pu se glorifier d'en avoir possédé quelques-uns. Je soupçonne fort S. Firmin et S. Patrocle, Evêques, dont on y possède
I. Les Religieux de Saint Denis avoient occasion d*y loger connme les autres, lorsquMls venoient prendre les Ordres, ainsi que fit S. Gérard qui se rendit quatre fois à Paris entre 919 et 927, pour les y recevoir des Evêques de Paris, Tbeodulfe, Fulrad et Adelelme. Vita S. Gerardi MùH, Dion., deinde Abbatis Bron. sœc, V. Ben. p. 257.
5o6 HISTOIRE DE l'eGLISE, MONASTERE,
les corps, d'avoir été de ce nombre, ainsi que je l'ai déjà dit ci-dessus, aussi-bien que d'autres SS. dont les corps furent portez dans les Prieurés de l'Abbaye, du côté du Rhin, au VIII et au IX siècle. Il y a apparence qu'ils ont vécu avant que ces sortes d'Evêques- Subsidiaires fussent supprimez; leurs noms ne ressentent point les bas siècles. A l'égard des moyens siècles il a pu y avoir à Saint Denis des Evêques qui se bornoient aux fonctions sacerdotales, ou qui, par quelque privilège ou permission dont les actes sont perdus, y ont exercé celles de l'Episcopat. Il peut se faire par exemple que le Pape Etienne II y étant en l'an 754, y laissât quelque Prélat de sa suite qu'on s'accoutuma d'appeller l'Evêque de Saint Denis. On ne peut s'empêcher d'avouer que vers le IX ou X siècle il y avoit des Evêques qui venoient officier à Saint Denis. Il reste dans Paris un Sacramentaire que Dom Mabillon avoit cru être de la Cathédrale de Poitiers, à cause de ces mots Congregationem Sancti Petri^ mais que les Litanies du Samedi-Saint désignent avoir été écrit à l'usage de l'Abbaye de Saint Denis vers l'an 900, et qui en est véritablement ^ Or dans ce volume les cérémonies du Samedi-Saint se trouvent de deux manières, sçavoir, pour les années qu'il y a un Evêque, et pour les cas auxquels il n'y en a point. Cela fait voir au moins que quelquefois un Evêque venoit y faire la bénédiction des Fonts. Ce qui doit d'autant moins surprendre que très-souvent nos Rois y venoient résider, depuis que l'Abbé Fardulfe y eut bâti un Palais pour AnnaU Berlin. Charlemagne. Charles le Chauve y célébra même quelquefois les a<i fliwtiw «75. pfQj^gggjQj^g ^gg Rogations. Ainsi, dans ces occasions, quelque
Evêque de la suite du Roy pouvoit officier à Saint-Denis le jour Doublet des Solemnités. On lit du Roy Robert, qu'il y tenoit chœur en eaf A/SS. Sanctt chappe de soye avec son sceptre, accompagné du Chantre, le jour * de la Fête de S. Hippolyte. Et néanmoins il est dit du même Roy, ÎM. que craignant d'être à charge aux Religieux les jours de Grandes- Fêtes, en tenant sa Cour à Saint Denis, il fit expédier un diplôme dans lequel il promit qu'il n'y viendroit plus. Ensuite le Roy itid^p. 844. Philippe I, son petit-fils, voyant que le Palais où il avoit logé étoit devenu inutile, le donna à l'Abbaye.
Privilèges des Abbez de Saint Denis. On auroit pu prendre
pour époque de la concession de porter des souliers pontificaux
dans la célébration de l'Office divin aux Abbés de Saint Denis, la
Gall Chr. permission que le Pape Etienne II en accorda à l'Abbé Fulrad, si
r.K//,co/. J45. ce n'étoit qu'elle fut restreinte à lui personnellement. Ce ne fut
ibid.^p.38i, que sous le Pape Alexandre III, vers l'an 1179, que l'usage de la
I. Basilica S, Pétri est nommée dés le VII siècle dans les livres des Miracles • de S. Denis sœc, IIJ Ben, part. II. p. 348.
VILLE ET PAROISSES DE SAINT DENIS Soj
tnître, de Tanneau et des sandales fut accordé aux Abbés de Saint
Denis. Guillaume de Gap s'en servit le premier. Grégoire IX, Doublet p. 563.
dans le siècle suivant, permit qu'ils portassent aussi la tunicelle et
la dalmatique. En 1268, Clément IV donna à l'Abbé le pouvoir
de tonsurer ceux de ses vassaux qui seroient de condition libre Thés, anecd,
et non serfs. t. 11, coi. 601.
Anciens Usages Liturgiques de l'Abbaye. Cette Abbaye conserve encore de très-anciennes pratiques. Il y a dans ses anciens livres liturgiques des usages qui sont du rit Gallican, tel qu'il étoit en France sous la première race de nos Rois, et dont quelques-uns ne s'observent plus : on y voit l'Antienne Ante Evangelium que le Doublet. Diacre commençoit à la Messe et l'Antienne Venite Populi avant Vetus la Communion du peuple ; l'usage de la Communion sous les ^^""^^- ^f*^ deux espèces, à l'aide d'un chalumeau, par les ministres de l'Autel à certaines Fêtes ; le chant de la Messe en langue grecque en certains jours, de même qu'on en chantoit à Rome, à Limoges et ailleurs en quelques Fêtes; la lecture de l'Epitre et de l'Evangile en des Tribunes ou Jubez différons et dans le même ordre qu'à l'Eglise Métropolitaine. Ces Jubez sont de fer et tout à jour. Ils sont compris dans l'admirable grillage qui entoure le chœur, et qui a été fait de nos jours. .
Nombre de Religieux, leur Reforme, Offices claustraux. On trouve que sous le règne de Louis le Débonnaire, vers le temps de la première Réforme, il y avoit à Saint Denis cent cinquante Moines, nombre que l'Abbé Hilduin défendit de diminuer, Dipiom. souhaitant au contraire qu'on l'augmentât. Cent soixante ans ^^ ^"- **^^^après ce Monastère eut besoin d'une seconde Réforme. S. Mayeul, Abbé de Cluny, fut appelle pour cela par ordre du Roy, mais étant mort en chemin, l'an 994, son successeur, S. Odilon, y travailla Annal. Ben. heureusement. ^- ^^» p- ^7-
Environ au bout de cent trente ans, l'Abbé Suger y introduisit GaïUa Chrût., encore une Réforme. Il semble qu'il n'y avoit de son temps que ^•^^^»^<''- -^7' • cinquante Religieux. On en comptoit deux cens sous Philippe le Testam, Suger, Bel. En 1411 il y en avoit encore soixante et dix, et outre cela Duchéne,
T IV o 55i
cinquante-deux dans les Prieurez et Prevôtez, et dix dans le " ' ^* Collège de Saint Denis à Paris. Le nombre des Dignitez ou caïUa Chrût., Offices Claustraux étoit dans ce temps-là proportionné à celui 7*. ^^^•«''••^°-^des Religieux. Après le Prieur et le Sous-Prieur, étoit le Tiers- Prieur, le Quart-Prieur le Quint-Prieur, le Grand-Commendeur \ le Chancelier, le Garde des Sceaux, le Grand-Aumônier, l'Official, le Grand-Pénitencier, le Grand-Bouteiller. De plus, il y
I. Tai trouvé en i486 un Religieux, nommé Guillaume de Menille, Cornmendeur de Saint Denis, et en i5o4 Frère Gabriel Chollet, aussi Commendcur. Archiv. Ep. Par,
!>08 HISTOIRE DE l'eGUSE, MONASTERE,
avoit le Chantre, le Cenier \ le Trésorier, le Grand-Panetier, le
Celerier et plusieurs Prévôts qui avoient soin du revenu des
Coll. off. Cen. Terres selon leur district. On trouve des collations de quelques-
^s. /)io«. yj^g jg çgg Offices jure devoluto par l'Evêque de Paris. Il paroît
que la Garde du Chartier étoit aussi un Office en titre et qui
Re^. Ep. Paris, pouvoit sc résigner; on voit des Visa à son sujet jusqu'à Tan 1617.
j 2 Sept. 161 7. Qç^ Office étoit appelle Cartitularia, ce qui revenoit à Cancel-
laria. Il y avoit eu primitivement, c'est-à-dire dès le VII siècle,
dans cette Abbaye un certain nombre de pauvres qu'on appelloit
Doublet Matriculariif parce qu'ils étoient inscrits dans une Matricule. On
p. 669 Cl suiv. jgg nourrissoit des biens donnez à cet effet à la maison. Quelques-
Annai. Ben. uns étoient pour les bas-Offices de la Communauté, et avoient la
T. II, p. Si s. jg^g rasée comme les Moines.
Tab. chron. Un Monastere si célèbre ne pouvoit pas manquer d'être en
de l'Eglise de association avec d'illustres Eglises. Je ne puis entrer là-dessus
ptrCocquaut. d^ns Un graiid détail. J'ai lu seulenxent qu'en l'an 1249 il y eut
association de l'Eglise d'Arras avec celle de S. Denis en France.
En 1607 il se forma en France une Congrégation de plusieurs
Abbayes dont celle de Saint Denis étoit le chef-lieu. Mais cette
Gaiiia Christ,. Congrégation ne dura pas long-temps, d'autant que la Réforme
T.vii,coL4i3. de celle de Saint Maur y fut introduite en i633.
Enfin l'an 1692, la Mense Abbatiale de ce fameux Monastere fut unie à la nouvelle Maison des Dames de Saint-Cyr proche Versailles, ensorte que le 6 Août de cette année l'Archevêque de Paris rentra dans sa Jurisdiction sur le territoire de Saint Denis par un traité qu'il fit avec les Religieux, auxquels il laissa celle de l'enceinte de leur Monastere, promettant que le Supérieur seroit Vicaire né et irrévocable de l'Archevêque sur le territoire de la Ville, etc. La Seigneurie ou Justice resta pareillement à l'Abbaye, et les appels vont nuement au Parlement. Cette Justice avoit été accordée à ce Monastere dès l'an 1008 par le Roy Robert dans une Assemblée ou Concile tenu à Chelles et depuis con- Doublet. firmée et étendue jusque sur les Usuriers et les Juifs du Château et du Bourg, par une charte de Louis le Gros de l'an 1 1 1 1 , qui donne en même temps à l'Abbé le droit de pouvoir affranchir sur ses Terres.
Papes venus a S, Denis. Entre les souverains Pontifes qui sont venus à l'Abbaye de Saint Denis, et qui y ont séjourné, le premier que l'on connoisse est Etienne II, qui y étant en l'an 764, tomba dangereusement malade, et après le rétablissement de sa santé, y fit la consécration d'un autel en l'honneur de S. Pierre, qu'il
I. Sa fonction étoit de fournir aux Religieux la réfection les soirs de TEté. Gloss, Cangii.
raconta lui avoir apparu avec S. Denis, et avoir contribué à sa Dipiomat. guérison. De là l'époque du titre de S. Pierre donné à l'Eglise ''• '^^f f^ -*'-^'
et ci-dessus
de l'Abbaye dans quelques titres du IX siècle, de-là peut-être p, 506. aussi la source de quelques-uns des privilèges dont cette Eglise s'est glorifiée. La mémoire de la consécration de cet autel est marquée dans les Calendriers du Monastère à l'un des jours après la Saint Jacques de Juillet. Le Pape Innocent II étant en France Sugerdeadmîn. l'an i,i3i, vint célébrer à Saint Denis la Fête de Pâques, de même *^t.^'^:i\\r
Ducnene T. IV.
que Calixte II y étoit venu avant lui. Eugène III a aussi logea
Saint Denis en 1 146, et il en partit les Fêtes de Pâques pour aller
dédier l'Eglise de Montmartre. Alexandre III qui passa quelques Doublet
années en France au commencement de son Pontificat, vint '^'^^^•'^•^*''"-
pareillement visiter l'Eglise de Saint Denis vers l'an 1160.
Conciles a Saint Denis. A l'égard des Conciles ou Assemblées d'Evêques, il s'y en est tenu plusieurs. En 832, lorsqu'on y établit la réforme et le partage des biens, il y eut pour cela une assemblée Dipîom,p.5-2t de neuf ou dix Prélats.
Il s'y en tint une autre en 995 ou 997, au sujet des dixmes que les Evêques vouloient ôter non-seulement aux laïques, mais encore aux Moines. Abbon, Abbé de Saint Benoît sur Loire, ayant parlé en faveur des Moines, les Religieux de Saint Denis et les laïques Déciniateurs s'élevèrent à l'instant contre les Evêques avec tant de violence, qu'ils furent obligés de se mettre Annal. Ben. en fuite, et Sevin, Archevêque de Sens, fut fort maltraité : ce que '^' ^^» P- '9^ Dom Mabillon dit avoir été affreux : quod boni omnes horrere debent.
Plus, il y eut en io52 une espèce de Concile à l'occasion de l'ouverture qu'il fut besoin de faire de la châsse de S. Denis, pour confondre les prétentions de ceux de Ratisbone, qui assuroient que son corps avoit été apporté chez eux.
Il faut ajouter les Assemblées que l'Abbé Suger y fit faire d'un nombre de Prélats pour la Dédicace de l'Eglise telle qu'elle étoit de son tems.
Quelques-uns y placent aussi un Concile tenu en 1223 ; mais d'autres le mettent à Paris.
Enfin, le lieu de Saint Denis fut choisi en i382 pour tenir la conférence où l'on parla des moyens d'arrêter la sédition excitée dans Paris à l'occasion des impôts.
Ecrivains et Illustres de Saint Denis. L'Abbaye de Saint Denis a produit ou possédé dans son sein plusieurs personnages remarquables dont quelques-uns sont morts ailleurs en odeur de sainteté. Un nommé Sigebert qui étoit Reclus en ce lieu, fut député à Rome par Charles Martel l'an 726. Un des Religieux, dont la sainteté est reconnue dans les Pays-bds, est Gérard, Abbé
5lO HISTOIRE DE l'eGLISE, MONASTERE,
de Brogne, qui avoit demeuré à Saint Denis au commencement du X siècle. Plusieurs autres Religieux furent faits Evêques vers la fin du règne de S. Louis et sous celui de Charles VL Plus bas j'en nommerai d'autres qui sont de l'avant-dernier siècle. Gilles Rigaud, Abbè, fut èlevè du Cardinalat en i35o.
Du nombre des Ecrivains qui ont vécu dans cette maison, sont :
Dungale Reclus, qui a écrit sur deux éclipses solaires de l'an 8io, et sur le culte des Images contre Claude de Tur^n ;
L'Auteur des Gestes du Roi Dagobert, imprimés dans Duchêne, et composés au IX siècle ;
Les Ecrivains des Miracles de S. Denis, qui sont aussi du même tems ou environ, et que l'on trouve dans Dom Mabillon, sœc, III Bened. Part, 2 ;
Le célèbre Abbé Hilduin, qui outre ce que l'on connoît de lui sous le titre d'Aréopagitiques, peut avoir été le rédacteur des chapitres des Conciles de Paris tenus de son tems;
L'Abbé Suger^ auteur des Descriptions de l'Eglise de Saint Denis, qui subsistoit de son tems, et des revenus qu'elle avoit ; duquel on a aussi beaucoup de Lettres très-curieuses, principalement en sa qualité de Ministre d'Etat. Quelques-uns ont observé ChasteUiQ que l'on a mis mal-à-propos à l'endroit de sa sépulture dans Mem. raanuicr. l'Eglise de l'Abbaye les armes de Castille ;
Odon de Dueil, aussi Abbé de Saint Denis, dont on a une Histoire de la Croisade sous le règne de Louis VII, à laquelle il avoit été présent ;
Guillaume, Moine de Saint Denis, qui traduisit de grec en latin plusieurs ouvrages vers Tan 1 1 70 ;
Guillaume, auteur de la vie de l'Abbé Suger, le même peut-être que le précèdent ;
Rigord, Clerc ou Moine de Saint Denis sous le règne de Philippe-Auguste, dont il a écrit la vie ;
Guillaume de Nangis, Religieux de S. Denis, dont on a une Chronique qui s'étend jusques vers le commencement du XIV siècle, et une Vie de S. Louis tant en latin qu'en françois ;
Gilles de Pontoise, Abbé, que l'on croit auteur d'une vie de
Cod. Reg. MS. Saint Denis, qu'il dédia au Roi Philippe. Selon d'autres, ce fut
n. 5286, Yves, Religieux de Saint Denis, qui écrivit l'Histoire du Martyre
de Saint Denis vers l'an i32i, par ordre du même Abbé Gilles, et
même l'histoire de France en latin, jusqu'à Philippe V ;
L'Abbé Gui de Châtres, qui, entre les années i326 et 1342, composa un Recueil de vies des Saints en latin sous le titre de Sanctilogium, qui est à Saint Victor de Paris;
Philippe de Villette, qui tint le siège Abbatial depuis iBgS jusqu'en 1418, fit un livre sur la Jurisdiction temporelle et spi-
rituelle du Monastère et un autre ouvrage sur l'autorité des Conciles ;
L'Anonyme auteur d'une vie de Charles V, qui est perdue, et dont il reste une vie de Charles VI écrite en latin, publiée en françois par le Laboureur, et qui peut être Benoît Gentien, Religieux de l'Abbaye ;
Jean Chartier, Chantre du Monastère, continuateur des Chroniques de France sous le règne de Charles VII ;
Jean de Villiers, Abbé, qui composa des Commentaires sur le Maître des Sentences, des Sermons et des Harangues, entre 1474 et 1499.
Il y a eu dans le XVI siècle plusieurs Bénédictins de l'Abbaye de Saint Denis, que l'on peut compter parmi les Ecrivains, et même un certain nombre qui ont rempli de grandes Dignités :
Jean Olivier, par exemple, d'abord aumônier de l'Abbaye, puis Abbé de S. Medard de Soissons, et enfin Evêque d'Angers, que l'on dit auteur d'une Chronique de François I, quoiqu'il soit mort avant ce Roi ;
Crêpîn de Brichanteau, Docteur, Confesseur du Roi Henri II et de François II, puis Abbé de S. Vincent de Laon, qui mourut en 1567, peu de tems après avoir été nommé Evêque de Senlis;
Jean Doc, Grand Prieur de TAbbaye et Prieur de S. Denis de l'Etrée, puis Evêque de Laon, lequel mourut en i56o. Il fit imprimer en 1554 un livre Théolo^ique sur la Génération de J. C. ;
Jean de Verdun, Moine de Saint Denis, député au Concile de Trente, auteur d'une Lettre mise à la tête du livre de Jean Doc;
Henri Godefroi, Moine de S. Denis, Docteur en Théologie, qui a fait imprimer un Traité des Reliques trouvées à Saint Denis de l'Etrée en 1577 et un Traité de l'Usure imprimé la même année;
Valentin Douglas, Moine de Saint Denis, Abbé de S. Rémi de Sens, puis Evêqu.e de Laon en i58i, mort en 1598 ;
Godefroi de Billi, Grand Prieur de S. Denis, Auteur de plusieurs ouvrages de piété. Abbé* de S. Vincent de Laon, puis Evêque de la même ville en 1601, mort en 16 12;
Jacques le Bossu, Moine à Saint Denis, a écrit une relation de la Congrégation de Auxiliis, et est mort en 1626 ;
Jacques Doublet, Religieux de l'Abbaye, auteur de l'Histoire de ce Monastère, publiée in-40 en 1625. Cet Ecrivain a été oublié dans Moreri et dans tous ses supplémens ;
Dom Hugues Menard avoit pris en 1608 l'habit Bénédictin dans l'Abbaye de S. Denis. Il passa depuis dans la Congrégation de S. Maur, où il est décédé. Par zélé pour sa première Maison, il avoit fait imprimer un Ecrit en faveur de l'Aréopagatisme de S. Denis. Ses autres ouvrages ont été mieux venus dans le public.
5 12 HISTOIRE DE l'eGLISE, MONASTERE,
Bibliothèque de S. Denis. Un Monastère fameux comme étoit celui de Saint Denis, a dû avoir une Bibliothèque fort riche, surtout en matière d'Histoire de France, puisque nos Rois y ont souvent résidé, et qu'il y a eu dans tous les tems un si grand nombre de sçavans Religieux attentifs à transmettre par écrit les événemens. Néanmoins il n'en est parvenu jusqu'à nous qu'un foible reste. Les livres étant plus difficiles à mettre à couvert que les titres, ont la plupart été dissipés dans le tems des guerres. Quelques-uns se retrouvent à Paris dans diverses Bibliothèques, ayant été rachetés de ceux qui les avoient sauvés du pillage et du feu. J'en ai cité dans le cours de ce Mémoire trois ou quatre, qui sont du neuvième, dixième et onzième siècles. Le plus ancien de ceux que j'ai vu dans Paris, et qui vient de Saint Denis, est un Commentaire de S. Jérôme sur Jeremie. Il a été écrit au plûtard vers l'an 800, puisqu'on y lit à la fin, et du même caractère que l'ouvrage, cette annotation : Hoc (il y a ainsi) codicem explanation. in Hieremiam Domnus et Pater Fardulfus Abba transcribere rogavit ad opus inclyti Martyris Dyonisii, Belgicœ lucis et secte legite perpetim Fratres ; quin imo mementote pro ipso. Fardulfe, Abbé de Saint Denis, mourut en 806. Un Auteur que S. Jérôme appelle simplement Ismenias dans la Préface du troisième livre selon les Imprimés, y est appelle Ismenius poèta. J'estime aussi qu'un autre manuscrit des Rétractations de S. Augustin et sur les Epîtres aux Romains et aux Galates, conservées au même lieu, et écrites d'un caractère du dixième siècle à l'onzième, vient pareillement de la Bibliothèque de Saint Denis, parce qu'à la fin du volume est une longue èpitaphe précédée de ce titre; Versus cujusdam Monachi S, Dionysii, En voici les deux premiers vers :
Hic celebris recubat vitâ redimitus honestâ Goifredus Monachis KaruSy Monachusque beatus,
Hist.dcS.DeDis. On y marque qu'il étoit Poëte, et qu'il décéda le 12 Février, Preuves. sans spécifier l'année. Il se trouvfe dans l'ancien Nécrologe sous le nom de Gauffredus, mais sans éloge.
Nos anciens Romanciers du XIII siècle ont souvent cité les
livres de l'Abbaye de Saint Denis, comme étant ceux d'où ils
avoient puisé ce qu'ils ont dit de l'Histoire de France vraie ou
Mémoires fausse. En effet, c'est à Saint Denis, plutôt que partout ailleurs,
de TAcademie q^'g pu ^tre fabriquée l'Histoire du prétendu voyage de Charle-
" T XV * ^ niagne à la Terre-Sainte, d'où on le fait apporter des reliques, qui,
d'Aix la Chapelle où il Içs déposa, furent selon cette Histoire
transférées à Saint Denis sous Charles le Chauve. Ce fut aussi
dans ce Monastère que furent réunies en un corps et mises en
françois les anciennes Histoires de France, abrégées par Aimoin,
VILLE ET PAROISSES DE SAINT DENIS 5l3
et continuées par Helgaud, Suger, Rigord, Guillaume de Nangis, et autres tant de fois cités sous le nom de Chroniques de Saint Denis.
Au reste, les auteurs qui ont recueilli les noms des Ecoles célèbres en France surtout dans les Monastères depuis le siècle de Cbarlemagne, n'y comprennent point celui de Saint Denis. Dom Felibien n'a parlé des études faites par les Religieux de cette Abbaye, que depuis l'établissement d'un Collège pour eux dans l'Université de Paris, et il se contente de dire que l'Abbé Gui de Châtres élu en i326,fut très-ardent à faire observer la constitution Hist.de s. Denis du Pape Benoît Xll sur les Etudes. 11 l'appelle Gui de Castres P- ^^7. comme s'il eût porté le nom de Castres, ville du Languedoc. 11 Voy. Panicie de est sûr que c'est de Châtres du Diocèse de Paris qu'il portoit Châtres-Arpaj. le nom.