SAINT DENIS DU GRAND-CHEMIN
On ne connoit pas trop l'origine de cette Eglise. Il est certain qu'elle existoit au moins dès l'an 8oo, puisque l'auteur du premier livre des Miracles de Saint Denis, qui écrivoit au IX siècle, en fait mention, aussi bien que du Prêtre Martinien qui la desservoit. Ces expressions Martinianus Presbjrter Sancti Dionisii de Strata Mirac. insinuent assez clairement que cette Eglise n'étoit alors qu'une 5- ^»<'»- ''*• ^' Cure. Elle étoit pour une partie des habitans de l'ancien Catola- g^c^jjj^Bened cum, et on l'appella de Strata pour la distinguer de la grande part. //. Eglise de Saint Denis, à cause qu'elle étoit située sur l'ancienne route militaire Romaine de Pontoise à Paris. Car il ne faut aucunement ajouter foy à l'auteur du IX siècle qui marque en sa vie de Dagobert, que c'étoit le lieu où les corps des trois Martyrs, Denis, Rustique et Eleuthere, avoient été inhumez, fondant son sentiment sur le terme de strata qui vient selon lui à stratis ibi Martjrrum corporibus. Les corps de ces Saints ont toujours reposé dans le lieu où est la grande Eglise, et la translation qui en fut faite au VII siècle a seulement été d'un lieu de cette même Eglise en un autre.
L'Histoire de la Translation faite de l'Etrée à l'Eglise du Mo- Peiib. nastere étant reconnue fabuleuse, même par les Bénédictins, il Hist. s. Denis reste à sçavoir pourquoy on a trouvé en iSjj, dans l'Eglise de Saint Denis de l'Etrée, trois petits cercueils chacun d'un pied de long et d'un demi pied de large, et dans chacun une boëte de
plomb avec des Reliques, des habits et des cendres, des trois Saints Martyrs. Il me paroît que cela vient de ce que dans le tems de leur translation ci-dessus mentionnée, d'un lieu de l'ancienne Eglise en un autre faite au VII siècle, l'on tira quelques morceaux de leurs vêtemens qui servirent, avec la poudre de leur chair, à la Dédicace d'une seconde Eglise que l'on jugea à propos de bâtir en leur honneur sur le grand chemin, afin de satisfaire ceux qui ne voudroient pas se détourner pour aller à la grande Eglise prier au tombeau de ces Saints Martyrs.
Le Moine anonyme de l'Abbaye écrivant au IX siècle auquel il y voyoit trois cénotaphes, crut qu'ils avoient été construits pour perpétuer le souvenir d'une Translation faite de ce lieu à la grande Eglise, pendant que c'étoit tout le contraire, et qu'on les avoit érigez en mémoire du transport fait d'une partie de leurs vêtemens de la grande Eglise en celle-là. L'opinion vulgaire se trouvant appuyée de son écrit, fut cause que lorsqu'on rebâtit cette Eglise sous le Roy Robert, on y fit sculpter aux chapiteaux de quelques piliers et ailleurs des traits fabuleux de l'Histoire de la fuite de Dagobert en cette Eglise. J'ai vu encore en 1740 quelques restes de cette architecture d'environ l'an 10 10 ou 1020. Aujourd'hui la plus grande partie de la même Eglise paroît être du XIII siècle. Les trois images des trois Saints que l'on voit couchés au milieu de la nef, et qui auparavant étoient dans le chœur aqx pieds de l'Autel, paroissent être aussi de ce même siècle. Saint Rustique placé à la droite de Saint Denis est revêtu d'une dalmatique à manches larges fermées et il a les deux mains placées audessous du livre qu'il tient. Saint Eleuthere placé à la gauche du même Saint Denis, a pour habit une tunique à manches étroites et tient aussi un livre d'une main par dessous, et de l'autre par dessus. Saint Denis est représenté en mître et en crosse dont la façon paroît êU'e également du XIII siècle.
En 1577, le 22 May, lorsque le Prieur de cette Eglise de Saint
^ Denis de l'Etrée fit fouiller vers le sanctuaire pour jetter des fon-
Du Breui, demens à l'endroit où étoient ces trois figures couchées, on y
lib. IV, p. 816. trouva les trois petits tombeaux de pierre blanche d'un pied
de long, marquez chacun d'une croix par le dessus, et au dedans de chacun un petit coffre de plomb quarré et scellé en plâtre avec pareil écriteau à tous trois en ces termes : Reliquiœ de vestimentis et pulvere SS. Martyrum Dionisiiy Rustici et Eleutheriù Du Breul, dont j'ai tiré le fait de cette découverte, dit qu'alors il en fut composé un petit livre par Henri Godefroy, Moine de Saint Denis.
Je n'ai point trouvé en quel temps cette Eglise de Saint Denis de l'Etrée .devint un Prieuré. Il y avoit des Religieux dès la fin
VILLE ET PAROISSES DE SAINT DENIS 5ï5
du X siècle, et c'étoit alors une espèce de maison de santé pour TAbbaye de Saint Denis. L'auteur de la Vie de S. Mayeul de Cluny appelle du nom de Monasteriolum Saint Martin de TEtrée : Sœc. vr. ce qui fait voir qu'on disoit indifféremment Saint Denis ou Saint ^^«^^- p- ^91- Martin. 11 ajoute que ce Saint Abbé s'y reposa. Cette Eglise avoit été rebâtie du temps du Roy Robert à en juger par les vestiges de structure de son temps qui sont aux deux piliers du Sanctuaire. L'Abbé Suger y établit, dit-on, douze Religieux. Ils étoient tenus d'entretenir trois Juifs convertis, mais le Pape Grégoire IX les en dispensa au siècle suivant. Les Bulles des Papes du XII siècle données pour la confirmation des Eglises dépendantes de l'Abbaye de Saint Denis ne. font aucune mention de ce Prieuré. La première où il est nommé est d'Alexandre LV, qui siégea depuis l'an 1254 jusqu'en 1261. On y lit ces mots: Prioratum de Strata, et ceux-cy: Doublet p. 595. jus patronatus quod habetis in Ecclesia loci ejusdem. Il faut remarquer que ce Prieuré avoit le droit de présenter à la Cure d'Arcueil.
Ce même Prieuré où avoient résidé quelques Religieux de Saint Denis, devint par la suite sujet aux Commendes. Le dernier Prieur Commendataire a été M. le Bailly de Mesmes, Ambassadeur de Malte auprès du Roy, qui a consenti en 1726, qu'après sa mort le revenu qui étoit de quatre mille livres fût uni au Chapitre de Saint Paul de la Ville de Saint Denis ; depuis lequel temps non seulement la réunion a été faite, mais même le Chapitre y a été transféré, TEglise a été embellie et TOffice s'y fait avec décence.
Il y a diverses petites châsses en cette Eglise, on y conserve la moitié d'une vertèbre du corps de S. Marcel, Martyr de Challon, l'autre moitié ayant été cédée en 1725, par les Chanoines de Saint Paul, à la Paroisse de Saint Marcel, qui en place donna à ce Chapitre tous les ossemens qu'elle possedoit de Saint Betz avec la châsse de bois de l'an 1654 qui les renfermoit, et dans laquelle ils sont encore. Je parle ci-après de ce Saint Betz.