ISLE SAINT DENIS
La rivière de Seine renferme un très-grand, nombre d'Isles: mais
il ne s'en trouve gueres dans son cours de plus longue qu'étoit
autrefois l'Isle de Chastelier ou Chasteler, lorsqu'elle ne faisoit
qu'un tout avec celle qu'on a depuis appelle l'Isle de Saint Denis.
Le plus ancien acte où elle soit mentionnée ne lui donne point de
nom. C'est une charte du Roi Robert, de l'an 998. On y lit qu'un
nommé Hugues Basseth, qui y possédoit une forteresse, l'ayant
Histoire de donnée à son épouse, cette femme la porta en mariage à Bouchard
Montmor. jg Barbu, lequel ne cessant d'incommoder de ce lieu l'Abbaye de
es, p. o. g j^gj^jg^ jg Yioi Robert, pour y mettre fin, fit abattre le Château.
Bouchard, animé de plus en plus contre l'Abbé Vivien et ses
Religieux, ne cessa de les inquiéter que lorsque le Roi lui eut
accordé une autre forteresse appellée Montmorency. Ses descen-
dans en rebâtirent apparemment une autre dans l'Isle, à en juger
par les termes d'un acte de l'an 12 19. C'est une promesse que
Ibidem, p. 85. Matthieu de Montmorency, Connétable de France, fait au Roi
Philippe-Auguste, que dans la suite il ne fera construire aucune
forteresse dans l'Isle qui est située au-dessous de Saint Denis,
consentant que s'il lui arrive d'en bâtir une, le Roi puisse la faire
détruire et réduire en cendres tout le village de la même Isle. On
lit que l'année suivanje ce même Prince ayant fait abattre la
maison de Guillaume de Lagny, Sergent du Connétable ci-dessus
nommé, parce qu'elle avoit l'air d'une forteresse, permit que
Ibidem. Robert de Montmorency, autre Sergent de ce Connétable, en fît
bâtir une dans l'Isle de Chasteler sur la Seine, à la même élévation
que les autres maisons de la même Isle. Il est évident par cette
charte que l'Isle habitée s'appelloit alors l'Isle de Chastelier. Soit
qu'il y eût autrefois un Château ou non, ce nom de Chasteliers
CAar/. s. Dio». étoit devenu en i25i celui d'une famille noble. Le Cartulaire de
BibL Reg. Saint Denis fait mention à cette année de Girard de Chasteliers,
p. rSo, Chevalier, et de Blanche sa femme, sœur de Simon de Corbeil, qui
pu DOYENNÉ OE MONTMORENCY
Preuves de Montmor
traitèrent pour des biens voisins de l'Abbaye. Cependant, sur IsC fin du même siècle, c'étoit Matthieu de Montmorency qui étoit possesseur du fief du Chastelier. Il fit tous ses efforts pour prouver que c'étoit du Roi que ce fief relevoit : mais Philippe le Hardi prononça à Paris, après la production des titres de Saint Denis, que c'étoit à cette Abbaye qu'il devoit en rendre hommage.
Après cette décision donnée par le Prince même, il n'est pas étonnant que le nom d'Isle Saint Denis ait succédé à celui d'Isle du Chastelier : mais quoique depuis bien du tems cette Isle soit partagée en d%.ux, le Bailly particulier de Tlsle Saint Denis a néanmoins son siège dans l'extrémité de l'Isle du Chastelier du côté qu'elle est contfguë à la grande Isle, je veux dire à l'Isle S. Denis, éloignée de Paris de deux petites lieues, ce qui est l'Isle peuplée d'habitans, dans laquelle est la Cure, laquelle Isle a environ une lieue de longueur, puisqu'elle s'étend jusqu'un peu au-delà d'Epinay.
Il est certain que son nom d'Isle de Saint Denis ne lui vient que parce qu'elle appartient à l'Abbaye de Saint Denis et que les Religieux en sont Seigneurs. Car il n'y a jamais eu en ce lieu d'Eglise ni de Chapelle du titre de Saint Denis. Cette Terre avoit longtems été dans la maison de Montmorency ; mais vers le milieu du XIV siècle, c'est-à-dire sous le règne du Roi Jean, elle étoit possédée par un Ecuyer nommé Pierre de S. Paul. Le Roi Charles V l'acheta de lui et la donna à l'Abbaye en 1373 avec d'autres biens, ""^" s^^^""» pour des services qu'il fonda à l'autel de S. Jean-Baptiste. Elle étoit alors estimée avoir cent cinquante livres de revenu. Pouiiié
Le territoire de cette Isle étoit de la Paroisse de Saint Marcel- ^* '^^^' ^' '^^ lez-Saint Denis. L'incommodité et la difiiculté de se rendre à cette Eglise, fit que les habitans obtinrent qu'on y érigeroit une succursale. Le Cardinal de Retz Térigea, le 9 Août 1620, dans la Chapelle ou Eglise de Saint Sebastien ; le Curé de Saint-Marcel, nommé alors Vincent Bault, étoit tenu de fournir le Prêtre et les habitans étoient obligés de venir à Saint Marcel les cinq fêtes Annuelles, compris la fête de la Paroisse, et assister aux Processions de la Reg. Ep. Paru. même Eglise sans bannière et sous celle de S. Marcel et enfin de 9^vg.i62o, payer chaque année dix livres à la Fabrique du même S. Marcel. Mais, sur ce qu'il se trouvoit difiicilement des Prêtres qui voulussent se charger de cette desserte, surtout durant Thiver, à cause qu'il n'y a point de pont, et que de quelque côté qu'on aborde on ne peut y arriver qu'en batteau, les habitans agirent en 1654 pour faire ériger cette Succursale en Cure. Ils s'obligèrent par acte d'assemblée du 14 Janvier de payer la somme de 32o livres pour la subsistance du Curé. L'Archevêque s'assura du nombre des habitans par le rolle des tailles, qui en 1666 portoit 120 feux. Enfin le décret d'érection fut donné le 20 Juin 1668, en marquant qu'outre
Felibieo.
566 PAROISSE DE l'iSLE SAINT DENIS
les 320 livres qui seroîent payées au Curé, les habitans continue* roient de payer la somme de dix livres à la Fabrique de Saint Marcel, comme îk s'y étoîent obligés quand elle fut érigée en Succursale, et que le Curé de Saint Marcel y auroit la dixme comme auparavant. Etienne Le Blanc, Prêtre du Diocèse de Troyes, fut le premier Curé, et en prit possession le 22 Juin suivant, sur la nomination de rArchevéque de Paris, qui a toujours continué d'y nommer pleno jure. Une des fautes du Pouillé de le Pelletier est d'avoir marqué que c'est le Prieur de Saint Martin des Champs qui y présente. La nouveauté de l'Eglise de Saint Sebastien fait qu'il n'y a rien de remarquable. On y voit cependant le Saint Sacrement conservé sous une suspense, comme dans les anciennes Eglises et il y a une Confrérie de S. Pierre qui convient assez bien aux habitans, puisque de leur profession ils sont tous pêcheurs. Je tiens de feu M. l'Abbé Fourmont, qu'un de ses ancêtres nommé Simon Fourmont, avoit fondé dans cette Eglise une Chapelle et un Chapelain ^u'il vouloit être de sa famille. MM. Fourmont étoient natifs d'Erbelay, ainsi que je le marque à l'article d'Erbelay.
En 1709, le dénombrement de l'Election y comptoit i25 feux dans l'Islç Saint Denis. Le Dictionnaire universel y marque 456 habitans: mais j'ai appris sur le lieu même qu'il n'y a plus que cent feux qui forment le nombre de 25o communians. L'Eglise est à la pointe de l'Isle du côté du midi et orientée régulièrement ; toutes les maisons suivent les unes au bout des autres dans la longueur orientale de l'Isle, accompagnées de leur jardin chacune par derrière, de sorte qu'il n'y a point d'autre passage fréquenté dans cette Isle, que le chemin qui est le long du bord x)riental ; au bout des maisons du côté du nord en est une qui sert à quelques Marchands de Paris pour le blanchissage de leur cire. Je ne trouve point d'autre Isle habitée qui puisse mieux représenter que cellelà. ce que Lutece étoit dans ses commencemens. Il y a encore quelques maisons au rivage occidental de la Seine et sur le continent des terres : ce sont pareillement des i^êcheurs qui les habitent avec quelques laboureurs : cela s'appelle Villeneuve-la-Garenne^ et les habitans sont de la Paroisse de l'Isle. Ils ne sont pas cependant du même ressort, mais de la Justice de Genevîlliers d'où ils appellent à Saint Denis, au lieu que les appels de Sentences du Bailly de TIsle-Saint-Denis ressortissent nuement au Parlement.
Les Pêcheurs de cette Isle sont exempts de payer le sol pour livre de leur poisson aux Jurez vendeurs de la Halle de Paris, pourvu qu'ils n'en apportent pas au-dessus de douze livres dix sols. Ils se prétendent aussi exempts de payer l'entrée, sur quoi l'on m'a dit qu'il y avoit procès.
On trouve un mot sur Tlsle Saint Denis dans les Registres du Parlement de Tan i56i. Un laïque, nommé Jean Benoîst, y fut arrêté, saisi de plusieurs livres Huguenots, qui firent croire qu'il venoit pour y enseigner le Calvinisme. Interrogé par le Prévôt du lieu, il déclara qu'il avoit été banni par une Sentence du Lieutenant Criminel d'Orléans, dont il étoit appellant. Le Parlement Reg. Pariam. le fit renfermer à la Conciergerie le 21 Mars de la même année. ^' ^^^* i56i.