CHAPITRE PREMIER DE L'EGLISE NOTRE-DAME
qui ont formé la teule Basilique qui fut d'tbord dans Paris ; stavoir : l'Eglise Biptiamile, dSie de Saint Jean et celles qui sont adjacentes, telles que Saint Chrisiophe et son Hâpital, Saint Denis du Pas; des Chapelles du Palais Episcopal et de celte de Saint Agnan dans le Cloître.
S ne sommes plus dans les lems où l'on croyoît que r même depuis la Paix accordée aux Chrétiens sous l'Empereur Constantin, lés Evèques eurent leur Siège , Episcopal dans les lieux éloignés des Cités. Cette opinion étoit pardonnable dans ces siècles où l'on s'occupoit peu à s'instruire, et où l'on n'avoit pas le talent de suppléer sur tout ce qui, faute de livres, est resté obscur dans l'Histoire d'une Ville, par les faits certains qui nous ont été transmis sur d'autres Villes. Ainsi, je n'entreprendrai point de réfuter l'erreur de ceux qui se sont imaginiis que la Cathédrale de Paris a été primitivement au lieu où est l'Eglise de Saint Marcel ; ce qui a pu tromper les auteurs de cette opinion, vient de ce que le Clergé Episcopal de Paris s'y est rendu autrefois assez souvent, parce que c'étoil l'un des Cimetières publics des premiers Chrétiens de cette Ville.
Je n'avancerai point ici que Saint Denis, Apôtre de Paris, ait établi aucun Oratoire dans l'enceinte de la Cité qui étoit contenue dans risle ; je pense au contraire qu'il n'a célébré les Saints Mystères que dans le dehors, et plus probablement dans les Fauxbourgs qui étoîent situés du côté qu'il étoit arrivé de Rome, c'est-à-dire vers le Midi. J'admets la tradition qui porte que l'un des lieux où il célébra pour les Néophytes étoit à l'endroit où se trouve l'Eglise de Saint Benoist, dont le vrai nom est celui de la Sainte Trinité, que dans les siècles reculés le peuple appelloit Benoist'Sire^Diex Benedictus Dominus Deus. J'accorderai même que cet Apôtre célébra pareillement dans le quartier de Notre-Dame des Champs, et encore ailleurs à la campagne dans Greg.Tur. des lieux retirés, comme Grégoire de Tours le dit de Saint Catien, /i7». a; cap. XXXI. premier Evêque de cette ville; mais je ne puis passer qu'il Voyez mes ^it fait bâtir une Eglise dans la Cité de Paris. Ce qu'on en lit Dissertations dans ses Actes, qui ne sont pas d'une haute antiquité, a été *%aris*i73o * emprunté du langage de la Vie d'un autre Saint; et je dis, que si T.i,p.4o,chez Saint Denis a établi une Eglise de Parisiens, cela ne signifie Durand. autre chose, sinon qu'il en convertit en assez grand nombre pour former une Assemblée de Chrétiens qui se rendoient avec lui en secret dans les lieux dont on étoit convenu pour célébrer les Divins Mystères le jour du Dimanche.
Ceux que l'on regarde comme ses successeurs immédiats, pour avoir maintenu l'établissement qu'il avoit fait, sont premièrement, Mallo, le même, peut-être, que Saint Mellon, qui aura depuis étendu son zélé Apostolique jusqu'à Rouen ; et un autre appelle MassuS, qui peut aussi être le même que Maximus, lequel mourut dans le Pays des Morins en y prêchant l'Evangile. Ces deux Personnages que l'on regarde comme les deux successeurs immédiats de Saint Denis, qui étoit venu à Paris vers le milieu du III. Siècle, paroissent être restés trop peu de tems à Paris, et en des tems trop dangereux pour y avoir pu augmenter de beaucoup le nombre des Chrétiens, et y avoir pu faire bâtir dés édifices matériels en l'honneur du vrai Dieu. Nous n'avons point de Cod. Reg, monument plus ancien que le X. Siècle, qui nous fournisse une ex Btbi. Coib. jjgjg d'Evêques successeurs de Saint Denis, où se trouvent Mallo et Massus. Il y avoit déjà plusieurs Siècles que les noms Latins souffroient de l'altération ; ainsi, comme de Maximus on avoit fait Maxe ou Masse dans le langage vulgaire ; de Maxe aussi on fit en nouveau Latin, Massus, lorsqu'on dressa la liste vers l'an 940. Quant à Marcus, Adventus et Victurinus, Evêques, qui suivent ceux-ci dans le même Catalogue, il est certain que c'est sous l'un des deux premiers que les Chrétiens ont eu toute facilité de construire un Temple au vrai Dieu dans l'intérieur
de risle de Paris, et je ne doute point qu'ils n'en soyent venus à bout, leur Episcopat qui a dû tomber dans les années 3i5, 32o, 325 ou 33o, ayant été un tems où les persécutions n'étoient plus à craindre. Cependant nous ne trouvons aucun indice de cette Eglise matérielle bâtie au dedans de la Cité de Paris, que sous PEvêque Prudentius, qui tint le Siège après vitaS.Marceiu. Paul successeur de Victorin, ce qui peut revenir à Tan 375 ou 38o. Cette Eglise étoit située sur le bord de la Seine, à peu près à jtu. l'endroit où est la Chapelle inférieure et la dernière Cour de l'Archevêché. Et comme l'on étoit alors plus exact que l'on n'a été depuis à tourner le chevet ou fond des Eglises vers l'Orient, sans s'astraindre à l'alignement des rues qui étoient fort mal en ordre, je présume que le fond de cette petite Eglise étoit tourné vers le lieu où est maintenant l'Eglise de Saint Gervais.
Il faut se figurer en gros que la pointe de Flsle finissoit à peu près où est le Pont rouge. Le Jardin du Terrein n'est qu'une addition à la partie Orientale de cette Isle, de même que la Place Dauphine et la pointe où est la Statue d'Henry IV en est une qui a été faite à la partie Occidentale. Il faut aussi faire attention que n'y ayant point dans ces tems-là de Pont à l'endroit où a été bâti depuis celui qu'on nomme le Pont Notre-Dame, il n'y avoit point non plus de rue qui continuât une droite ligne en entrant du Pont nommé depuis le Petit-Pont dans la Cité ; mais comme il n'y avoit seulement que deux Ponts et deux Portes dans Paris, aussitôt qu'on avoit passé le Pont méridional, dit le Petit-Pont, parce que c'étoit le Pont du petit bras de la Rivière, il se présentoit une rue qui conduisoit (autant droit que les routes frayées par les voitures le peuvent permettre) à la Porte Septentrionale où étoit le grand Pont, nommé aujourd'hui le Pont au Change.
On peut après cela s'imaginer comment dévoient être tournées les rues aboutissantes à la rue qui alloit d'un des Ponts à l'autre, ou qui la coupoient. Mais quant aux Eglises, il est sûr qu'il n'y en avoit encore qu'une seule dans Paris sous le règne de Childebert, fils de Clovis, cent cinquante ans après l'Episcopat de Saint Marcel. Ce n'étoit pas la même qui avoit existé dès le tems de l'Evêque Prudentius. Comme le nombre des Habitans de Paris, et par conséquent des Chrétiens, étoit augmenté, on en avoit rebâti une autre plus grande au même endroit. Fortunat qui vivoit un peu après, parle des colonnes de marbre qui la décoroient, et de ses fenêtres vitrées, de son chevet tourné vers l'Orient, de manière que l'Aurore en éclairoit tout à coup la voûte ou les planchers, et il fait entendre que c'étoit le Roy Childebert qui avoit fourni au moins pour la dépense des colonnes, des vitrages et des voûtes.
Je n'ai point balancé à revendiquer ici en faveur de l'Eglise Fort. lib. Il, Cathédrale de Paris la pièce de vers que Fortunat a intitulé : De cap. X et XI. Ecclesia Parisiaca, laquelle dans ses ouvrages est précédée immédiatement par celle qu'il a adressée Ad Clerum Parisiacum. Cette Eglise et ce Clergé sont constamment ce qui formoit la Cathédrale
Sirc.iLBened.de Paris au VI. Siècle. C'est à tort que Gislemar, Chancelier ;'. 254. de l'Abbaye de S. Germain des Prés, qui ne vivoit qu'en 1070, a
Tab. .p. ar. ^^^ ^^ Fortunat a voulu faire dans ses vers une description de l'Eglise de Saint Vincent, bâtie par Childebert, située au Fauxbourg de Paris. De tout tems, lorsqu'on a dit simplement, VEglise*de Paris, on a entendu par-là la Cathédrale; aussi Dom Luc Dachery marque-t-il à l'occasion de ces vers insérés par Gislemar en sa Vie de Saint Droctovée, que pa? le Poëme de Fortunat De Ecclesia Parisiaca, la plupart entendent sous ce nom, l'Eglise principale de Paris, ainsi qu'a fait du Breul, Religieux de Saint Germain : le Poëte le dit même assez clairement, en marquant que cette Eglise étoit pour le Peuple du Roy Childebert, pour le Peuple de Paris. Ce ne peut être que cette même Eglise où l'Evêque Saint Germain faisoit célébrer l'Office Divin avec tant de dignité par le Clergé et le Peuple, ainsi qu'on le lit dans la pièce de vers qui précède immédiatement celle dont je viens de parler. L'assertion de Gislemar n'est fondée que sur ce qu'on avoit appelle TEglise de Saint Germain des Prés, Saint Germain le Doré, et Fortunat ne dit pas qu'il y eût des dorures dans la Cathédrale de Paris, il en oppose au contraire la simplicité aux dorures et aux autres ornemens du Temple de Salomon. Je soupçonne Gislemar d'avoir même attribué à l'Eglise de Saint Germain-des-Prés ce que l'on avoit dit de Saint Germain l'Auxerrois, que le vulgaire .avoit long-tems appelle Saint-Germain le Teret, c'est-à-dire le Rond, et par corruption, Saint Germain le Toret, puis Saint Germain le Doret.
Dipiomat. On apprend par un Titre de l'an 860, que l'Eglise Cathé- P472. drale de Paris portoit le nom de S. Etienne, premier Martyr. Beaucoup d'Evêques des Gaules avoient eu dès le V. Siècle des pierres teintes de son sang. Mais par un autre titre qui n'est de guéres postérieur, il est certain que cette Eglise étoit composée de deux édifices, dont l'un étoit la Basilique de Notre-Dame, et l'autre Greg. Tur. '^ Basilique de Saint Etienne. Aussi Grégoire de Tours, parlant
/. v///. c. XXXIII. de l'incendie qui réduisit en cendres toutes les maisons de l'Isle
de Paris en Tan 586, dit, que les seules Eglises furent exceptées. Cette pluralité d'Eglises dans la Cité ne peut tomber que sur les édifices qui formoient depuis peu la Cathédrale dont l'Eglise de Saint Etienne pouvoit être la plus ancienne, et celle qu'il appelle ailleurs Senior Ecclesia, et sur l'Eglise du Baptistère. Car, pour ce
qui est de Saint Martin, la petite Eglise qui étoit alors sous son creg. Tur. nom vers l'endroit où est aujourd'hui l'Horloge du Palais, n'étoit iViii,c,xizïu. qu'un simple Oratoire. Mais quoique cette Cathédrale fût, comme les autres, composée de plusieurs Eglises, on l'appelloit quelquefois tout simplement et par distinction, Sacro-Sancta Ecclesia Civitatis Parisiorum, la Sainte Eglise de la Cité de Paris, ainsi qu'a fait la Dame Hermentrude en son testament d'environ suppi. ûipiom. Tan 700 de Jésus-Christ, par lequel elle lui lègue un plat d'ar- p- ^-^• gent de valeur de cinquante sols de ces tems-là. Depuis ce siècle là, on se contenta de dire, Sancta Ecclesia Parisiensis, et cet usage étoit général. Leotheric, Archevêque de Sens, écrivant Epht. Fait. au Clergé de Paris sous le règne du Roi .Robert, intitule sa <^^rn.34- Lettre: Clero Sanctœ Parisiensis Ecclesiœ. Le Roi Philippes I, dans une Charte de l'an 1 107, met, Consilio Canonicorum Sanctœ Gaii, christ. Parisiensis Ecclesiœ. Paul Emile rapportant un fait de l'an 1378, , J' ^^!' et parlant de Gilles, Chantre de cette Cathédrale, dit, Cantor Sanctœ Ecclesiœ Parisiensis, expression qui n'a disparu que dans les derniers Siècles, et que plusieurs Eglises de France ont toujours conservé, ou qu'elles ont rétablie à la tête de leurs Livres Liturgiques.
L'Eglise de Paris possédoit dès le VI siècle des fonds considérables de Terre, non-seulement autour de la Ville dans la plaine, entre le grand Pont et Clichy, mais encore dans le Diocèse de Sens. Celle qu'elle avoit dans la Provence étoit pour la fourniture de l'huile des lampes. On lit aussi qu'en Touraine étoit pareillement une terre de l'Eglise de Paris, suivant que l'atteste Grégoire, Evêque de Tours. Cet Historien Ja qualifie de Ville, cr. w. /i*. //. et je pense que c'est Amboise, parce qu'elle est sur la route de Mir.s.Mart. Paris à Tours, et que l'ancienne Eglise de cette Ville porte encore ^^^' *"' le nom de Saint Denis.
Il n'y a pas beaucoup d'apparence que l'Eglise bâtie par Childcbert dans la Cité, ait duré au-delà de deux ou trois Siècles, quoique cela ne soit pas impossible, puisqu'on lit, que les Normans épargnèrent l'Eglise de Saint Etienne située dans Paris, laquelle fut rachetée, suivant les Annales de l'an 857. Il reste une tradition peu appuyée, que l'Evêque Erkenrad éleva quelque Bâtiment qui faisoit partie de sa Cathédrale. M. Bombe, Chanoine de la même du Brcui, p. 7. Cathédrale, qui a laissé par écrit quelques remarques sur cette matière au commencement de ce Siècle, étoit persuadé que c'étoit sous le règne de Charlemagne, tems auquel vivoit cet Erkenrad, que cet édifice avoit été commencé ; mais il prètendoit, contre la vérité, que ce même bâtiment n'a été que continué par l'Evêque Maurice de Sully au XII. Siècle. J'ai déjà réfuté autrefois cette prétention, en disant, qu'on n'apperçoit rien dans tout l'Edifice
qui soit d'une architecture au-dessus du Siècle de ce dernier Evêque. Ainsi, l'opinion de ce Chanoine n'est nullement recevable. Mais voici ce qui a pu arriver :
Comme il existoit au VIII siècle une Eglise de Notre-Dame, proche de celle de Saint Etienne, qui étoit la véritable Cathédrale rebâtie par Childebert, cette Eglise de Notre-Dame put paroître à Erkenrad n'être pas bâtie assez magnifiquement, comme de fait elle pouvoit ne l'être pas relativement à celle de Saint Etienne. Erkenrad qui siégea un grand nombre d'années, put donc la rebâtir, et ce fut celle qui servit à célébrer l'Office Divin, jusqu'à ce que les Normans y mirent le feu en 857, n'épargnant, comme j'ai déjà dit, que l'Eglise de Saint Et^pnne qui avoit un dôme à l'antique, pour la conservation duquel on leur avoit donné une somme. C'étoit dans cette Eglise de Saint Etienne qu'avoit été tenu le célèbre Concile de Paris de l'an 829. L'Eglise de Notre-Dame située à côté de celle de Saint Etienne vers le Septentrion, ayant été réparée, subsista encore autant de tems que l'autre qui n'avoit Necroi. Ecci. souffert d'accidens que quelques ruptures de murs. On lit même Par.2jun. qu'Etienne de Garlande, Archidiacre mort en 1142, y avoit fait viiieim. Mon, beaucoup de réparations, et que Suger, abbé de Saint Denis s.DionJneiogio jusqu'à l'an II 52, y avoit fait présent d'un vitrage d'une grande "^'^" beauté^; on l'appelloit vers l'an iiio, Nova Ecclesia, par opposition à l'Eglise de Saint Etienne qui étoit beaucoup plus vieille. C'est dans cette église de Notre-Dame que nos Rois de la troisième Race se rendoient de leur Palais situé à la pointe Occidentale de l'Isle, pour célébrer le Service Divin avec le Clergé. L'Evêque de Senlis étant venu à Paris avec quelques-uns de ses Chanoines l'an 1041 pour obtenir la confirmation d'une Charte, y trouva le Roi Henri à la Grande Messe le jour de la Pentecôte: Cum in die Gaii. Christ. Petitecostes, dit ce Prince dans son Diplôme, in Eccîesia Sanctœ T, IX. D^i genitricis Maries apud Parisios Missarum solemnia célébrainstr. col. 2o3. ^remus. On a aussi des preuves comme le Roi Louis le Jeune s'y
rendoit souvent dans le Siècle suivant.
Mais un peu après l'an 11 60, l'Evêque Maurice de Sully entreprit des deux Eglises n'en faire. qu'une, et de lui donner une étendue beaucoup plus grande du côté de l'Occident. Celle de Notre-Dame fut abattue jusqu'aux fondemens qui furent conservés, et sur lesquels on éleva le nouveau Sanctuaire et le nouveau
I. Quelques îmorceaux de ces vitrages de Suger paroissent avoir été conservés,à la rose de dessus la porte septentrionale de la croisée. On en auroit pu appercevoir ailleurs, si ces vitrages qu'on trouvoit trop colorés n'avoient pas disparu dans le siècle présent. Ce n'est qu'en lySS qu'on a ôté le Christ crucifié qui étoit peint dans le grand vitrage du fond du Sanctuaire entre la Sainte Vierge et Saint Jean l'Evangéliste et qu'on a mis au même vitrage le mot hébreu Jehovah dans le triangle mystique.
chœur, qui sont visiblement trop étroits pour une Eglise si élevée et si longue. La vieille Eglise de Saint Etienne qui auroit nui à la construction des aîles du côté méridional, fut aussi abattue au bout de six cens ans. En la détruisant vers Tan 1218, on y trouva les Reliques suivantes, qui avoient été données par Philippes Au- Martyroi. Eccl guste, à ce que Ton disoit; sçavoir, trois dents de Saint Jean-Bap- xnt\^^ • tiste, un Bras de Saint André, des pierres dont Saint Etienne avoit ,„ 5,-^/, /^^^ été lapidé, et une partie du Chef de Saint Denis Martyr, qui furent Necroi. Paris, portées le 4 Décembre dans la nouvelle Eglise de Notre-Dame. i^ià.t4juiiL L'Inscription qui se lit sur les pierres au Portail de la croisée du côté du Midi, fait foi que Ton travailloit à cet endroit de l'Eglise encore l'an 1257. Un Commentateur de la Coutume d'Auvergne, parlant de Volvic, village situé à trois lieues de Clermont, dit, que ce fut de la fameuse Carrière de ce lieu dont les pierres sont noires, que Guillaume d'Auvergne, Evêquede Paris en 1240, avoit fait venir des pierres pour la continuation de cet ouvrage; mais c'est une fable, d'autant que les pierres de l'Eglise de Notre-Dame ont d'abord été jaunes comme les autres de Paris, et ne sont devenues noires que par Tinfluence des brouillards. Or, la pierre de Volvic, dans la Carrière même, est de couleur de gris de cendres mouillées. Les Chapelles voisines de la porte rouge qui est du côté du Cloître proche le Puits, ont été bâties au XIV. Siècle seulement. On en a une époque sûre dans l'Acte de la fondation de celle des Saints Ferreol et Ferrution par Hugues de Besançon, Chantre de cette Eglise en 1324. C'est sous le règne de Philippe- Auguste qu'a été bâti le frontispice composé de trois portiques. Au portail du milieu, est représenté Jésus-Christ de plusieurs manières avec les Apôtres, les Symboles des quatre Evangélistes, les Prophètes, et même les Sibylles. Dans les côtés de ce même Portail, à la hauteur de sept à huit pieds, sont figurés les vertus et les vices sous l'emblème de certains animaux, ce qui pouvoit avoir été puisé en partie dans Tune des Vies de Sainte Geneviève, dont on voit que l'Auteur avoit lu Hermas sur les douze Vierges Spirituelles. La ressemblance du nom d'Hermas avec celui de Hermès, a pu faire croire que ces Hiéroglyphiques et autres de ce Portail ou de ces deux collatéraux, venoient du Père des Philosophes Hermétiques; au moins, selon Sauvai, il y a eu un tems où on l'a cru. On voit aussi à ce Portail, du côté du milieu, une représentation grossière du Jugement dernier; et dans les pilastres qui séparent ce Portail d'avec les deux autres, sont représentées en grand les Images de deux femmes couronnées dont l'une est la Religion, et l'autre la Foi.
Le Portail qui est sous la Tour voisine de l'entrée du Cloître, représente la Sainte Vierge, et les Prophètes qui l'ont prédite, sa
mort, son couronnement. Au côté droit de la porte en entrant, sont les statues de Saint Jean-Baptiste, Saint Etienne, Sainte Geneviève, Saint Germain d'Auxerre ou Saint Amatre son prédécesseur. Au côté gauche est la statue de Saint Denis et un Roi. Ces Figures qui sont du XIII. Siècle, paroissent avoir été réunies en cet endroit comme un mémorial des deux petites Eglises adjacentes, Saint Jean et Saint Denis, dont ces Saints et Saintes étoient les Patrons.
A l'égard du troisième Portail, les Figures dont il est orné sont différentes pièces rapportées. Au-dessus de l'entrée est encore une Notre-Dame assise, la Crèche, les trois Magesr; les huit statues dont il y en a quatre de chaque côté, paroissent être plus anciennes que le XIII. Siècle, mais non pas la statue de Saint Marcel, reconnoissable par sa crosse, sa mitre, et par le dragon qui est sous ses pieds ; elle est placée au trumeau qui sépare les deux battants de la Porte. Ces statues sont celles de Saint Pierre, Saint Paul, et deux Rois de chacun des côtés, et au milieu d'eux est une Reine. Je pense que ces Rois sont de l'Ancien Testament, et les plus notables parmi les ancêtres de la Sainte Vierge. On y reconnoît David avec un instrument à cordes. Salomon y doit être avec Bethsabée, sa mère, et la Reine de Saba, l'une et l'autre figure de l'Eglise Chrétienne, suivant les Pères. Aucun de ces Rois et Reines n'ont les ornements que l'on met aux statues des anciens Rois et Reines de France. Les plus anciennes figures de ce dernier Portail, qui sont celles de ces Rois et de ces Reines, peuvent venir de celui d'une des Eglises que l'Evêque Maurice de Sully fit abattre pour construire la nouvelle Cathédrale; et comme elles étoient assez récentes pour son tems, ce Prélat les fit conserver.
J'ai toujours regardé comme détachée d'un des portiques de l'ancienne Cathédrale de Paris, la statue qu'on a vu plantée debout, en face du Portail de l'Hôtel-Dîeu jusqu'à l'an 1748. Son exposition à l'injure de l'air l'ayant fort défigurée, on avoit de la peine à y reconnoître Jésus-Christ tenant le Livre de l'Evangile, et enté sur l'ancienne Loi figurée par Aaron ou David qui lui servoit de soubassement. Quelques sçavants l'avoîent pris pour Esculape, et d'autres pour Erchinoald, ancien Maire du Palais, prétendu Bienfaiteur de l'Eglise de Paris, et le peuple en avoit raisonné à sa façon.
Le Portail de la croisée de cette Eglise qui regarde le Septentrion et est du côté du Cloître, a encore pour pièce du trumeau une image de la Sainte Vierge. A sa gauche sont les trois Vertus Théologales personnifiées, et à sa droite les trois Mages. Audessous du Cintre sont différentes Histoires, parmi lesquelles on
reconnoît la Naissance de Notre-Seigneur, l'Adoration des Mages, la fuite en Egypte, et le massacre des Innocens. En plusieurs niches au-dehors, en tirant vers la porte rouge, avoîent été posées diverses statues représentans les Vertus et les Vices, qui n'y sont plus. On y voit encore la Reine Esther et Assuérus avec leurs noms, David et Goliath assez reconnoissables. Une des statues qu'on a ôtées, représentoit Job. Ces ouvrages sont du XIV. Siècle.
Au Portail méridional, dans la première Cour de l'Archevêché, que quelques-uns ont appelé le -Portail de Saint Marcel, le trumeau est orné de l'Image de Saint Etienne, et au-dessus sont représentés la Vie et le Martyre de ce Saint Diacre. Aux deux côtés sont les statues de divers Saints, entr'autres, des compagnons de Saint Denis, ausquels, de même qu'à lui, les Sculpteurs se sont contentés de mettre leurs crânes dans leurs mains. Le Martyre de Saint Etienne est encore répété en grand dans l'une des niches, du Tnême côté, au-dedans de l'Archevêché, en mémoire de ce que son ancienne Eglise étoit de ce côté-là, et c'est pour la même raison qu'il y a au même endroit dans le tour des Chapelles du Chœur, une Chapelle du titre du même Saint Martyr. C'est aujourd'hui celle de la Maison d'Harcourt.
On voit par tout ce que je viens de dire, qiie l'on a été près de deux cens ans à finir l'Eglise de Notre-Dame telle qu'elle est; mais on n'a pas attendu tant de tems pour y célébrer les Divins Offices. La simple bénédiction du lieu et des Autels fut trouvée suffisante pour pouvoir le faire. On retarda toujours, pour des raisons inconnues, la cérémonie de la Dédicace solennelle, et plusieurs siècles s'étant écoulés, on n'y a plus pensé. Aussi n'y en célébret-on point l'Anniversaire. On sçait seulement par les anciens titres, que celle de la Cathédrale précédente avoit été faite au mois d'Octobre, entre la Fête de Saint Denis et la Toussaint.
La maison de l'Evêque étoit située, de tems immémorial, sur le bras méridional de la Seine, comme plus voisin de l'Eglise de Saint Etienne. Elle étoit vis-à-vis de la nef de l'Eglise d'aujourd'hui, et se terminoit au lieu où est la Chapelle qui se trouve dans la seconde courde l'Archevêché. Le reste du côté de l'Orient est une augmentation, dont la plus ancienne n'a pas deux cens ans. C'étoit dans la première cour de l'Archevêché où est situé le Siège de l'Officialité, que se faisoient les Monomachies ou Duels entre des Champions, pour la décision de certaines Causes. Je ne puis mieux en instruire le Public, qu'en rapportant le passage de Pierre le Chantre de Paris, qui écrivoit vers l'an 1180 ; je le tire d'un de ses Ouvrages non imprimé : Quœdam Ecclesiœ habent Cod. a/s. monomachias, et judicant monomachiam debere fieri quandoque ^^^' f?"*^"' inter rusticos suos ; etfaciunt eos pugnare in Curia Ecclesiœ, in
lO CATHEDRALE DE PARIS
atrio Episcopi vel Archidiaconi, sicut fit Parisius. De quo consultus Papa Eugenius respondit : Utimini consuetudine vestrd. Apparemment Eugène III.
C'étoit aussi du même côté, aux environs de THôpital de la Cathédrale et de la maison de l'Evêque, qu'étoient les Ecoles de Ménage, TEglise de Paris qui ont donné la naissance à l'Université. Tout Dict. Eiymoiog. ce quartier s'appelloit le Parvis; et ce qui les détermina de ce côtémot Paris, j^ plutôt que de l'autre, fut encore l'Eglise de Saint Etienne qui faisoit partie de la Cathédrale.
On apprend par une Ordonnance du Chapitre de Paris de l'an 1248, au mois de Mars, qu'encore alors la coutume étoit que les Malades, et principalement ceux qui étoient affligés des Ardens (ignis sacer^ autrement dit, Morbus Beatœ Mariœ) restoîent audedans de l'Eglise Notre-Dame, vers la seconde porte, même durant les nuits, en attendant leur guérison. Ce Règlement fut, pour établir qu'en leur faveur cette entrée de l'Eglise seroit éclairée désormais de six lampes. L'Auteur des Recherches sur l'origine de la Chirurgie, va jusqu'à dire, qu'alors et un peu après, les Médecins qui étoient tous gens d'Eglise, donnoient leurs Consultations à l'entrée de cette même Eglise, au-dessous de la Tour qui est à main droite, du côté méridional.
De toutes les remarques sur le dedans de cette Eglise faites par du Breuil et les écrivains postérieurs. Je ne m'attache qu'à celle de la figure de Pierre de Cugnieres, qu'ils ont dit avoir été posée dans cette Eglise à un pilier au bout du Jubé du côté méridional. Comme cette affreuse figure a été ôtée de ce lieu depuis la confection du nouveau Jubé, j'ai cru devoir placer ici la preuve qu'elle y étoit au XIV. Siècle. Je la trouve dans l'homologation d'un accord fait entre TEvêque et le Chapitre en l'an iSgo. En voici les termes : « L'Evêque aura la moitié du luminaire offert sur la « rangée estant à l'entrée du Cuer où l'on a accoustumé de mettre « les chemises, c'est à sçavoir depuis le Crucifix jusqu'à icelui tt gros pillier qui est au bout du Cuer d'icelle rangée, auquel est « M. Pierre du Cuignet par devers l'Hostel Episcopal. »
Dans le grand nombre de Reliques que l'on conserve en cette Eglise, je me contenterai de nommer les Saints dont on y a le corps, qui sont. Saint Marcel, Evêque de Paris, Saint Justin martyrisé à Louvres en Parisis, Saint Lucain que je croi aussi Martyr du Diocèse, et avoir souffert à Lugny sur l'ancienne Terre Episcopale de Moissy vers Corbeil, Saint Severin solitaire, proche le Petit-Pont de Paris, hors la Cité. Ces quatre Corps Saints furent mis en sûreté à la Cathédrale lors des incursions des Normans, et y sont restés. Pour ce qui concerne celui de S. Gendulfe, j'ai prouvé par un long Mémoire ^ui ne peut être inséré ici, et
que je ferai imprimer séparément, qu'il est le même que le B. Teudulfe, Evêque de Paris, mort vers Tan 920. J'en ai fait aussi imprimer un autre, pour prouver que le Corps de Saint Marcel a été transféré à Notre-Dame avant le XI. Siècle. J'ajoute ici que cette translation se trouve dans le Martyrologe manuscrit d'Usuard conservé à Saint Germain des Prés, par une addition encore d'une main presqu'aussi ancienne que la première qui a copié le texte.
On trouve dans le Necrologe du XIII. Siècle écrit pour l'Eglise de Notre-Dame, les noms des Reliques que Philippes Auguste avoit données à l'Eglise de Saint Etienne, et dont la découverte a été long-tems célébrée le 4 Décembre, mais les plus anciennes Reliques étoient celles dont l'Inventaire du Trésor avoit été Scec. ///. Ben. chargé l'année 42 du règne de Clotaire II, revenant à l'an 626 de ^* '»''• ^^^* Jesus-Christ. La plupart consistoient en vêtemens de Saint Germain, Evêque de Paris, que la piété faisoit exposer à découvert aux Fidèles de tems en tems ; je ne doute nullement que cela n'ait été pratiqué à la Cathédrale de Paris, en les attachant au mur du Sanctuaire, de même que l'on faisoit en pareil cas dans les autres Eglises de la Province de Sens ^ Car il ne faut pas juger des usages du tems passé par ceux d'aujourd'hui, où l'on n'expose plus aucunes Reliques à découvert.
La Chronique d'Alberic de Trois-Fontaines nous apprend sur l'année 12 18, comment l'on ornoit alors cette superbe Cathédrale de Paris aux grandes Fêtes ; un voleur ayant envie d'avoir les bassins d'argent et les chandeliers où brûloient devant le grand Autel des cierges allumés, entreprit, la nuit de l'Assomption, de les tirer à lui du haut des voûtes où il s'étoit caché. Les cierges élevés mirent le feu aux tentures d'étoffes dont l'Eglise étoit ornée, et il en brûla, avant qu'on pût l'éteindre, pour la valeur de neuf cens marcs d'argent, ce qui reviendroit aujourd'hui à la somme de quarante-cinq mille livres. Dans les mêmes tems, la coutume Secroi.Ecci. étoit de joncher d'herbes odoriférantes le pavé de l'Eglise à ce Paris. ad caicem même jour de l'Assomption. Les Prieurs des Prieurés situés dans FArchidiaconé de Josas les fournissoient tour à tour. Deux siècles après, on se contentoit d'y répandre de l'herbe tirée des prés de Compot. Capic. Gentilli. ^^'•"- '•^-^-
On pratiquoit aussi à Notre-Dame comme ailleurs l'usage de md. jeter par les voûtes des pigeons, oiseaux, fleurs, étoupes enflam- ^^ ""^^'" ^'"'* mées et oblayes le jour de la Pentecôte pendant l'Office Divin.
Il reste dans le Trésor de cette Eglise des monumens touchant
I. Une partie de ces habits est encore dans une châsse au trésor de N.-D Voy. l'inventaire dans Sauvai, T. I, p. 374. — A la Cathédrale d'Auxerre, on exposait au Sanctuaire à découvert ceux de Saint Germain, Evêque de la même Ville.
la manière dont se faisoient anciennement les investitures par le moyen d'un couteau, les réparations de dommages par l'offrande d'un morceau de bois sur lequel l'acte étoit écrit, ou par celle d'une baguette d'argent lorsque la réparation venoit de la part Disiert. sar d'un Prince. Je me contente de les indiquer ici, parce que j'en ai PHist. de Paris, u-gité au long ailleurs-
Durand, ^ . ... -^ ,.
T. I, p. 86. Jc renvoyé aux Auteurs qui avant moi ont écrit sur cette Eglise, pour y voir le nombre, les titres et les singularités des Chapelles qui y ont été fondées, les noms des différens Reliquaires que l'on y conserve; l'Inventaire des choses qui y furent trouvées en terre à la fin du dernier Siècle et au commencement de celui-ci, lorsqu'on travailla au Chœur pour l'embellissement du Sanctuaire, tems auquel on fut pleinement convaincu que cette Eglise n'est pas bâtie sur pilotis, ainsi qu'on l'avoit cru. Je ne sçai si aucun de ces Mémoires imprimés a marqué que lorsqu'on y creusa pour l'érection d'un nouvel autel, on y trouva sous le pavé deux différentes aires à quelque distance l'une de l'autre, ce qui marquoit qu'on avoit bâti en cet endroit à trois différentes reprises. Je ne puis qu'exhorter ceux qui ont dépouillé les Inscriptions des tombes de la même Eglise plus amplement que n'a fait du Breuil et autres depuis lui, et qui possèdent un Catalogue complet des dignités et Chanoines promus à l'Episcopat ou autres places éminentes, comme aussi de ceux qui l'ont illustrée par leurs écrits, de faire part au Public au moins de leurs noms et du titre de ces Ouvrages.
Les deux plus remarquables Confréries de l'Eglise de Paris paroissent avoir été, i*. Celle qu'un titre de l'an i2o5 appelle Confraternitas Beatœ Mariœ Parisiensis surgentium ad Matutinas. Elle étoit composée des pieuses personnes de la Ville, qui, à l'imitation des Chanoines, se levoient au milieu de la nuit et venoient assister à leurs Matines. 2". La Confrérie de Saint Augustin qui existoit aussi dans le commencement du XIII. Siècle, et qui n'étoit composée que des Ecclésiastiques du chœur. Quelques-uns, comme M. Grancolas, ont conclu de-là, que le Chapitre de Notre-Dame avoit observé autrefois la Régie de Saint-Augustin, mais il n'y a aucune apparence à cela ; et quoique l'on trouve dans les Antiphoniers Parisiens de ce même Siècle, à la Fête de ce Saint Docteur, un Office composé d'Antiennes et Répons propres, je suis persuadé que toutes ces particularités n'ont été admises dans l'Eglise de Paris, que relativement aux deux célèbres Abbayes de Saint-Victor et de Sainte Geneviève qui étoient unies de Sauvai, prières à la Cathédrale. En 1490, les Confrères de Saint Augustin
T. m, p. 491- étoient au moins quarante, tous Prêtres Bénéficiers. Antoine Brunet, Chanoine de Saint Agnan dans l'Eglise de Paris, est qualifié
ET SES DÉPENDANCES l3
Abbé de cette Confrérie sur sa tombe en la nef.de cette Eglise. Il mourut le 27 février 1574. Quoique la Confrérie des Matines ne subsiste plus, l'Eglise de Paris ne laisse pas d'être exacte à les chanter toute l'année, à quelques jours près, à l'heure de minuit ; et elle a pris de sûres mesures pour perpétuer cette louable pratique de célébrer à cette heure-là l'Office nocturne, et de transmettre ce pieux usage à la postérité dans tous les Siècles futurs.