EGLISE COLLÉGIALE
pitre, que ce seroit en conséquence d'une semblable guérison que quelque Prince de ce tems là y auroit fondé un Clergé sous la conduite d'un Abbé. Au défaut d'Historiens, ce que je puis avancer comme certain, est que, dès le IX siècle, ainsi que je l'ai insinué ci-dessus, il existoit à Paris une Eglise de Saint Marcel. A l'anniversaire d'Etienne, Comte de Paris, suivant des lettres de l'an 8i i, dévoient assister, après le Monastère de S. Denis, les Eglises de Saint Germain l'Auxerrois et de Sainte Geneviève, le Clergé de Saint Marcel. En l'an 847, il y avoit déjà du tems que cette Eglise jouissoit d'une terre située sur la rivière d'Essonne, au diocèse de Paris, et proche le lieu d'Essonne. Le titre de cette année la qua- Dipiomat, lifie Terra Sancti Marcelli; et comme depuis elle fut dans le lot de p. 52g. l'Abbé de cette Eglise, elle prit le nom de Villa Abbatis, dont on a fait Viir Abbé; et afin que l'on n'en doute point, j'ajouterai que S. Marcel, Evêque de Paris, qui n'est le Saint Titulaire d'aucune autre Eglise du Diocèse de Paris, l'est de celle de ce Village de Villabbè. Environ trente ans après, nous lisons que Ingelvin, Evêque de Paris, détacha de son Domaine Episcopal quinze mans ou meiz, c'est-à-dire maisons ou métairies, situées proche le Moûtier ou Cloître de S. Marcel, et en fit présent au Clergé de cette Eglise qu'il appelloit Fratres S. Marcelli, et cela pour leur nourriture. Il faut si peu entendre ici des Moines par le terme Fratres, que les Gaii. Chr. Sçavans Auteurs du nouveau Gallia Christiana, rapportant la subs- T. vil, tance de l'acte d'où ceci est tiré, mettent trois fois Canonici S. Mar- ^^ ' ^' ^' celli. D'ailleurs, on sçait que la coutume étoît alors d'appeler les
Chanoines Frères, ce qui est encore quelquefois en usage. A l'égard de l'expression circa ejusdem sancti Monasterium, usitée en parlant des biens voisins de l'Eglise, ce terme signifioit Claustrum, parce que c'étoit une communauté. On a une infinité d'exemples qui prouvent que fort souvent Monasterium a signifié une Eglise avec son Presbytère ou sa Communauté. On apprend par le même acte, que l'èvêque Anskeric, l'un des successeurs d'Ingelvin, dans la nécessité de se défendre et sa ville contre les Normans, qui étoient ' revenus à Paris en 886, ôta aux Chanoines de S. Marcel ces quinze mans, et les donna à un de ces Féaux, lequel en jouit jusqu'à sa mort, qui arriva vers l'an 917; qu'alors le pieux Evêque Gendulfe, dont le nom est écrit plus communément Teudulfe et Theodulfe, compatissant à la pauvreté des mêmes Chanoines, leur rendit les mêmes biens qu'Ingelvin leur avoit donné, y ajoutant de surcroit pour le luminaire de l'Eglise un mans de son Domaine Episcopal situé à la Celle : ce qu'il fit confirmer par un Diplôme du Roy Charles le Simple, daté du Monastère de Saint Denis, l'an 918. La même Eglise de Saint Marcel est mentionnée parmi les Abbayes dont le Pape Benoît VII confirma la jouissance à Elisiard, Evêque
de Paris^ vers Pan 980. On doit reconnoître dans sa Bulle que Hist, Ecci. Par. plusieurs autres Eglises également qualifiées d'Abbaye, n'étoient ^- ^> P- ^-*'•^• nullement Monastiques.
Ce fut un peu avant les dernières courses que les Normans firent autour de Paris, et lorsqu'ils y mirent le siège, que les ossemens de S. Marcel furent tirés du tombeau (s'ils ne l'étoient pas déjà voyez ma Diss. depuis quelque temps) et qu'ils furent portés en dépôt à la Cathe- »"»" >**poquc drale de Paris. S'ils furent reportés depuis au Fauxbourg, on les ^ " ^^^ ^nsl. apporta de nouveau lors de la maladie des Ardens de l'an 945 à sur rHist. Notre-Dame, où ils sont toujours restés depuis. La Fête de cette ^* ^*"* '73o. Translation s'y celebroit au X siècle, et on la trouve marquée au 26 Juillet dans les livres écrits au XI ; ce jour tomba au Dimanche l'an 884 sous l'Episcopat de Goslen : il étoit aussi le Dimanche en 946 : ou bien ces Reliques purent être apportées en 945 le 26 au soir.
Les Chanoines de Saint Marcel s'étant vus privés par l'Evêque Anskeric, successeur de Goslen, d'une partie de leur revenu, ainsi qu'il est dit ci-dessus, furent obligés de se disperser, et leur Eglise fut brûlée sans doute comme toutes les autres des Fauxbourgs de Paris. Cette Eglise fut rebâtie parla suite, et le titre d'Abbaye cessa d'être en usage : desorte que, depuis l'Episcopat d'Imbert, qui concouroit avec le règne d'Henri I, environ l'an 1040, on ne trouve simplement que des Doyens de Saint Marcel ; et le Pape Adrien IV, dans une Bulle de l'an 11 58, ne fait mention que du Doyen et des Frères de Saint Marcel.
Le genre de structure le plus ancien qui se voit au bâtiment de cette Eglise paroît être de ce temps-là, c'est-à-dire d'environ l'an 1040 ou de quelques années après. Tous les arcs d'un pilier à l'autre, et aussi ceux des aîles, sont ronds ; et les chapitaux sont ornés de feuillages grossièrement travaillés : ce n'est que deux cens ans après que l'on a adossé à ces piliers, en les rendant octogones, de petites colonnades qui s'étendent jusqu'à la voûte, laquelle est pareillement du XIII siècle aussi bien que les arcs des fenêtres de la nef et du chœur. Mais le cordon qui termine extérieurement les murs du chœur est orné de muffles ou têtes de fantaisies qui viennent du bâtiment construit au XI siècle. La première arcade de la nef dont les vitrages sont fermés de maçonnerie, est plus basse, parce qu'elle est du même édifice du XI siècle, aussi bien que le Sanctuaire, qui est terminé en quarré. Sous ce Sanctuaire est une Crypte ou Chapelle souterraine aux murs de laquelle on voit d'espace en espace une petite colonne, dont plusieurs n'ayant point été endommagées paroissent être du IX ou X siècle : elles supportent une voûte qui est du même temps. Quand le genre de travail n'en annonceroit pas l'antiquité, les bases des piliers du
124 EGLISE COLLEGIALE
Sanctuaire que Ton voit entées après coup sur les vieux murs de cette Chapelle, le denoteroient suffisamment. Au milieu de cette Crypte est un Autel, derrière lequel est le cercueil de pierre de S. Marcel enfermé dans de la menuiserie, excepté dans un endroit du couvercle qu'on a laissé ouvert, et par où le peuple gratte de la pierre pour s'en servir par piété comme d'un remède ; dévotion Guib. constamment très-ancienne, car Guibert de Nogent a écrit au
rt^ m^ *"^ ^^' siècle, qu'un Curé du Diocèse de Beàuvais, qui avoit été empoisonné de son temps, ayant appris que la poudre de ce tombeau ou de l'Autel de S. Marcel étoit un souverain remède, y eut recours et en fut guéri. Sur ce couvercle de pierre se voycnt gravés quelques fleurons ou ornemens de fantaisie.
Dans le Chœur, entre l'aigle et le Sanctuaire, est une représentation du tombeau du célèbre Pierre Lombard, Evêque de Paris, décédé en 1160, après un très-court Episcopat. Il est très-connu sous le nom de Maître des Sentences. Cette figure et l'inscription, quoiqu'anciennes, ne sont pas du temps de sa mort, mais de plus de cent ans après, comme on en juge par la hauteur de sa mître. Les Bacheliers en Licence de la Faculté de Paris font tous les ans son service en cette Eglise le 20 Juillet.
La tour qui est au côté septentrional du chœur, est un édifice du XI siècle. A l'un des angles de ce Clocher, à la hauteur d'environ trois à quatre toises, se voit enchâssée une pierre longue de quatre pieds, sur laquelle est en relief la figure d'un bœuf ou animal semblable, qui paroît avoir quelque chose à côté de sa tête et sous son ventre. On a eu quelque raison de placer là cette pierre pour sa conservation, quoique suivant les apparences elle vienne du Paganisme.
p. de Pelletier Les PouiUés modemes marquent un grand nombre de Chapel- 1692. p. 33. lenies dans cette Eglise. L'une des plus remarquables, quant au nom, est celle de Notre Dame des Ardens, qui semble être érigée en mémoire de l'événement miraculeux arrivé en la Cathédrale de Paris l'an ii3i, ou de celui qui arriva à l'Eglise Saint Martin proche celle de Saint Marcel deux ans auparavant, et dont je parlerai ci-après. Cette Chapelle avoit autrefois près de Saint Réf. Ep, Marcel un jardin situé au lieu dit la Royne Blanche, que le
9 Mart. i544- Chapelain aliéna en 1544. Il y existe encore à présent une rue dite de la Reine Blanche. Une autre Chapellenie est sous le titre de Sainte Angadrême, Vierge, Patrone de Beauvaîs, décédée vers
Tab. Spir. Ep. l'an 698. Il y avoit aussi une Chapelle du titre de S. Louis, au liasse, 4. moins dès le XV siècle: elle est mentionnée à Tan i5o4 dans le livre de sermens des Chanoines.
Le Chapitre de Saint Marcel est composé de douze Chanoines qui ont à leur tête un Doyen électif. L'une de ces Prébendes est
possédée par un Chanoine Régulier de Saint Victor. Ce fut Etienne
de Senlis, Evêque de Paris, qui la donna à cette Abbaye Tan 1 133.
On trouve plusieurs hommages rendus dans le XIII siècle aux
Evêques de Paris, parle Doyen de Saint Marcel. Pierre de Condé, Spidi. in foi.
fort considéré de S. Louis, est un de ceux qui l'ont prêté. Je n'en '^- ^^^' p- ^^^'
ai trouvé qu'un seul qui ait été élevé à l'Episcopat, sçavoir,
Jacques Spifame, lequel conserva son Doyenné pendant plusieurs
années qu'il fut Evêque de Nevers. Son prédécesseur, décédé en
1541, est appelle Maurice Bullioud en son Epitaphe qui se voit^
dans la Chapelle des Longueil de l'Eglise des Cordeliers.
Un acte de l'an 1441 m'a appris que les Chanoines de Saint Marcel se retirèrent à Paris dans le Cloître Notre-Dame au tems des guerres. L'acte de la présentation qu'ils firent le 24 Novembre de cette année à la Cure de Saintri, finit en ces termes : Datum in Tab. Spir. Ep» capitula nostro in claustro Ecclesiœ Parisiensis propter viarum ^'»»'- p- '^9pericula.
Il y avoit en 1217 un canton voisin de Saint Marcel, que Ton Très, des nommoit en latin Fuliacum ; c'étoît un lieu planté de vigne, lequel c*»«fi- ^^%' 7n'ctoit pas loin de la maison que Philippe-Auguste donna à Hugues ''
son Ecuyer (scutifero suo), Hiwéejuxta S. Marcellum ante ulmum qui dicitur Crievecuer.
Quelques Auteurs modernes ont cru mal-à-propos que le Bourg de Saint Marcel a été qualifié de Ville dans le sens que l'on donne aujourd'hui à ce terme, par une Charte de l'an 1410 du Roi Charles VI, qui y permet l'établissement d'un marché chaque semaine, et de deux foires par an; mais il y a une infinité de preuves, qu'alors, et même longtems après, le terme de Ville ne signifioit autre chose, que ce que signifie le latin Villa dont il est formé, c'est-à-dire, un village ou un bourg.
Les Evêques de Paris ont eu dans le territoire de Saint Marcel un Hôtel, dans lequel ils se retiroient quelquefois au moins durant le XIV siècle. Il reste un acte de l'Evêque Guillaume de Chanac de l'an i336, terminé ainsi : Actafuerunt hœc apud Sanctum Mar- Tab, Ep. Par, cellum in domo habitationis ipsiusDomini Episcopi; et un autre de ^p*^- ^»^*- ^ l'Evêque Jean de Meulant, daté du même lieu en i355 le 21 Avril, rue^de^'^ouv Sauvai assure qu'il étoit à la place où sont les Gobelins. Mais on num. 3. seroit très-mal fondé à inférer de-là que le siège Episcopal de Paris ^*"^- ^- "» ait jamais été à Saint Marcel, comme l'ont cru quelques Ecrivains. * '^' * ^* C'étoit une simple maison de plaisance que les Evêques ont eu sur la rivière de Bievre, de même qu'ils en avoient à Gentilli et dans l'Abbaye de Saint Victor.
Voici un événement remarquable arrivé dans le cloître de Saint Marcel l'an 1668, dans le tems que le Cardinal Ginetti envoyoit de Rome en France, et surtout à Paris, des quantités d'ossemens de