SAINT MARTIN, SAINT HIPPOLYTE ET SAINT HILAIRE
En parlant de cette Eglise, j'aurois volontiers suivi l'exemple de ceux qui, écrivant l'Histoire de Paris, ont gardé un profond silence sur le Comte Roland, quoique d'autres eussent dit de lui, qu'il en avoit été le Fondateur sous le règne de Charlemagne. Ce fait ne se trouve dans aucuns anciens titres, ni dans aucun auteur avant ceux des derniers temps, mais il peut se soutenir: et dèslors qu'on est en état de prouver, comme je le ferai ci-après, qu'il y avoit en l'an 8x1 un Clergé à S. Marcel, ce n'est point remonter trop haut que de placer son établissement vers le milieu du siècle précédent, temps qui concourt avec l'Episcopat de Madelbert. Qu'on me permette de dire quelque chose sur cet Evêque de Paris. Son nom étoit en quelque façon tombé en oubli depuis que le laps de temps l'avoit défiguré en celui de Maubert. Mais Dom Mabillon l'ayant découvert dans un catalogue des Evêques de cette ville, qui a huit cens ans, et de mon côté l'ayant pareillement trouvé dans d'autres listes de cinq cens ans, je ne fais aucun doute que cet Evêque n'ait été distingué dans le monde avant son Episcopat, et que c'est de lui qu'a tiré son nom la place de Paris dite Maubert par abrégé de Hi»t. de Madelbert, aussi bien que le Pont-Maubert construit sur la rivière Montmorency, Je Crould entre Saint Denis et Epinai-sur-Seine. Ainsi le Comte ^Tranfaoô?' Ro^^nd et l'Evêque Maubert ont pu être auteurs de la fondation
des Chanoines de Saint Marcel; cependant je ne puis être de Tavis de Du Breul, qui avance .que Charlemagne leur donna plusieurs Privilèges. Cet Ecrivain a pu prendre Charlemagne pour Charles le Simple, dont effectivement il y a eu un Diplôme concernant ce Chapitre.
Ce n'est que sur une simple tradition et qui n'est établie sur aucuns titres d'une antiquité reculée, que l'on assure que le premier Oratoire bâti sur le tombeau de S. Marcel, Evêque de Paris, ou dans lequel ce Saint fut inhumé, porta le nom de S. Clément Pape. Les Reliques qu'on y possède de ce Saint Martyr paroisscnt avoir fait naître cette idée ; mais je suis plus porté à croire que
l'Eglise de Saint Marcel n'a eu ces reliques de S. Clément que depuis qu'on eut retenu à la Cathédrale le corps du Saint Evêque de Paris, et qu'on les lui a données, soit par forme de dédommagement, soit par pur présent, afin que cette Eglise ne restât pas sans Reliques.
Personne ne doute que dans les premiers temps on a été fort exact à ne faire aucunes inhumations dans les Villes, pas même celle des Evêques, et que cet usage a duré pendant plusieurs siècles. Ainsi de même que Prudence, prédécesse.ur de S. Marcel, fut inhumé vers Tan 400 sur le haut de la montagne proche Paris, à l'endroit où fut depuis bâtie la Basilique des Apôtres, dite par la suite de Sainte Geneviève, aussi Saint Marcel le fut depuis sur un autre coteau au-delà de la petite rivière de Bievre. Ce coteau ou petite montagne a été appelle dans quelques titres des moyens temps Mons Cetarius QtMons Cetardus, d'où le peuple a fait Moucetar selon l'usage fréquent de changer mon en moM, comme de Monasterium faire Moutier, et de Conventus Couvent. On lit dans le Necrologe de Notre-Dame au sujet du Chancelier Algrin qui mourut sous le règne de Louis le Jeune, qu'entre les biens qu'il Necroi. Paris. légua à cette Eglise pour son anniversaire, il y eut un demi arpent -° •^""• de vigne situé in Monte Cetarii. Selon le livre des cens de Sainte Geneviève, écrit vers la fin du Règne de S. Louis, les Chanoines de Saint Germain l'Auxerrois lui dévoient neuf deniers par an pour des masures sises in Monte Cetardi. A quoi on peut ajouter que le bas du coteau de S. Marcel est encore en bonne partie de la Paroisse de Saint Medard, appartenante à Sainte Geneviève, et que le nom de Mon-Cetard ou Mou-Cetard altéré en Moufetard, est celui que porte encore toute la grande rue du Bourg ou Faubourg S. Marceau jusqu'à l'entrée de la campagne.
Dés le tems de Grégoire de Tours, c'est-à-dire au VI siècle, on voyoit des maisons bâties en ce lieu sur le grand chemin : et il étoit assez peuplé pour que cet historien ait pu écrire que S. Marcel reposoit in ipsius Civitatis Parisiensis vico. Le concours se faisoit au tombeau non seulement de la part du peuple, mais aussi de la part des Prêtres sous l'Episcopat de S. Germain. Ragnemode, l'un de ses Prêtres, attaqué de fièvre quarte, Creg. rur. y vint passer une journée à" jeun et en prières, et s'y étant en- ^'^^ Gior.Con/. dormi sur le soir, il se trouva guéri en se reveillant. Il est à croire que ce même Ragnemode qui succéda à S. Germain dans l'Evêché de Paris, n'oublia pas les obligations qu'il avoit à S. Marcel. Peut-être fut-il celui qui éleva le premier une Eglise considérable sur son tombeau. Si nous avions la moindre autorité de quelque Ecrivain du VIII ou IX siècle, nous pourrions assurer plus hardiment que je ne l'ai fait au commencement de ce Cha-