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SAINT CHRISTOPHE

ET l'HOSTEL-DIEU.

On a débité jusquUci des faits très-incertains, pour ne pas dire faux, sur Torigine de l'Eglise de Saint Christophe, en assurant qu'elle avoit été bâtie sur un fond d'Erchinoald, Maire du Palais, qu'on a fait sans fondement Comte de Paris au VII. Siècle. Sauvai a grande raison de mépriser toutes ces fables, et je suis surpris que M. Moreau de Mautour ait ajouté foi à cette tradition, pour en conclure que la statue qui faisoit face à l'Hôtel-Dieu de Paris, et qu'on a ôtée de là en 1748, étoit une statue de cet Erchinoald. Voyez ce que j'en ai dit ci-dessus, pag. 8.

Ce qu'on peut regarder comme certain touchant l'Eglise Saint- Christophe, est que dès le VII. Siècle c'étoit un Monastère de Filles voisines de la Cathédrale de Paris, laquelle s'étendoit Testam. de 690 beaucoup moins alors qu'aujourd'hui du côté de l'Occident où ^'P^om., p. 472 étoit située cette Maison. Il faut aussi faire attention que plusieurs choses qu'on voit aujourd'hui dans ce quartier-là n'existoient pas au VII. Siècle, sçavoir, le Parvis tel qu'il est, la Chapelle de l'Hôtel-Dieu, non plus que la rue Neuve Notre-Dame. Tout cela est depuis six cens ans seulement.

Le Monastère de Saint Christophe pouvoit avoir été placé proche la principale Eglise, afin que les Religieuses eussent soin de l'entretien des Ornemens et du Linge, ainsi qu'on en a des exemples à l'égard d'autres Cathédrales. Mais comme par la suite on vit que ces soins pouvoient être pris par d'autres personnes, l'emplacement de ce Monastère fut destiné par l'Evêque de Paris et par son Clergé pour servir d'Hôpital aux Pauvres, ce que je croi être arrivé aussi-tôt après le Concile d'Aix-la-Chapelle de l'an 817; car il est sûr, par une Charte de l'Evêque Incade de Hisi. EccL Par. l'an 829, que les Chanoines étoient déjà dans l'usage d'aller dans ^- '• le lieu appelle Memoria Sancti Christophori, pour y laver les pieds des Pauvres, et que ce même Hôpital où ils étoient logés fut doté la même année 829 par cet Evêque de la dixme des Villages dont il venoit de céder la Seigneurie aux Chanoines.

Cent ans après, cet Hôpital continuoit de porter le nom de Saint Christophe. De la manière dont le Nécrologe de l'Eglise de Paris s'énonce au 12 Septembre, on voit que les Chanoines étoient propriétaires de la moitié de cet Hôpital, et que l'Evêque avoit l'autre moitié. Mais l'Evêque Renaud, qui vivoit sous le Roi Robert, leur en fit présent en entier. Il ne leur manquoit plus

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que TEglise du nom du même Saint. L'Evêque Guillaume la leur donna l'an 1099. Elle étoit érigée en Cure dès le tems de Philippes Auguste, puisqu'elle se 'trouve dans le Fouillé du XIII siècle, où elle est marquée de la nomination de donatione Capituli Parisiensis sous TArchiprêtre de Paris. Suivant un Règlement donné en 1282 par Ranulfe, Evêque de Paris, le Prêtre de Saint Christophe n'étoit point tenu de venir au Synode de l'Evêque. Il y eut un tems où elle fut desservie par deux Prêtres * alternativement par semaine ; et en desservant Saint Christophe, celui qui étoit en tour avoit soin de VHàpital Notre- Dame, C'est dans ce Règlement que je trouve pour la première fois la distinction entre l'Eglise de Saint Christophe et l'Hôtel- Dieu. A la tête des Statuts faits pour cette Maison, vers l'an 1220, le Doyen Etienne et le Chapitre l'appellent Nostra Domus Dei Parisiensis. Au reste, la Chapelle de cet Hôtel-Dieu, quoique rebâtie vers l'an 1 38o, est toujours sous le titre de Saint Christophe, quoiqu'on paroisse l'ignorer. Quant à la Paroisse, il est certain qu'elle avoit été changée de place, et avancée vers le couchant, lorsque l'édifice de la Cathédrale fut agrandi ; car le chevet de l'ancienne avoit abouti vis-à-vis les murs de la vieille Eglise Hist.Ecci.Par, de Saint Etienne, suivant une Charte du Roi Louis le Gros. Le T,i,p.35g. bâtiment de l'Eglise qu'on a vu subsister jusqu'à l'an 1747, et dans lequel le Chapitre de Paris faisoit quelques Stations, n'avoit été achevé que vers l'an i5io. C'étoit une espèce de Chapelle gothique assez délicate. Les Habitans ont été attribués à la Paroisse de la Magdelene.

Pour en revenir à l'Hôtel-Dieu, comme je n'ai point encore vu de titre ou autre monument qui puisse prouver que S. Landri Evêque de Paris en soit le Fondateur, je ne puis encore embrasser cette opinion.

S'il suffisoit pour cela que ce saint Prélat ait vu une famine de son tems, et qu'il ait assisté les pauvres dans cette rencontre, on pourroit remonter encore plus haut cette fondation, et même jusqu'au siècle de Sainte Geneviève : ce que cette Sainte a fait pour les Parisiens dans le temps du siège de leur Ville est plus assuré que ce que l'on attribue à S. Landry ; c'est pourquoi on chante encore en son honneur ces paroles dites de la Femme forte : Proverh. Si, Facta est quasi navis institoris, de longé portans panem suum. On doit distinguer entre un Hôpital et un Hôtel-Dieu ou Maladerie. J'ai beaucoup de peine à croire que les Maladeries ayent été originairement proche les Cathédrales qui étoient bâties dans rintèrieur des Cités. Pour ce qui est des indigens qui ne faisoient que passer, j'avoue qu'on a pu leur donner l'hospitalité dans ce quartier-là sous la seconde race de nos Rois, on vient d'en voir

la preuve qui décide que S. Landri n^en est pas tant le Fondateur à Paris que l'Evêque Incade.

Bornons-nous donc à croire que S. Landri a assisté les pauvres, s'il y a eu une famine sous son Episcopat. Mais il n'y a point de preuve qu'il y ait établi une Maladerie ou Hôtel-Dieu ; je suis, au reste, si porté à croire qu'il n'a rien épargné pour empêcher les pauvres de mourir de faim, supposé qu'il y en ait eu dans ce cas, que je veux bien tirer de l'obscurité un passage de Pierre le Chantre, inconnu jusqu'ici, qui témoigne que de son temps, c'està-dire, cinq cens ans après S. Landri, on parloit d'une aliénation qu'il fit d'un de ses revenus pour les soulager dans le temps d'une famine : Beatus Landericus Parisiensis Episcopus, dit-il, tempore famis pro redempiione pauperum à periculo famis vendidit Monachis S, Dionysii oblationes pertinentes ad Ecclesiam suant ab antique, scilicet medietatem oblationum Altaris S. Dionysii. Peut-être summa que ce fait que l'on répandoit au XII siècle, n'étoit pas' plus vrai Theoi. M. s. quant à certaines circonstances, que celui de la vente de son ^^^^' '' ^' *^'"* prétendu Pallium Archiépiscopal que l'on débitoit dans le siècle suivant, et qui fut refutée dès ces temps-là. Mais en voilà assez Voy. le ii« tom. pour insinuer les raisons qui portent à douter de l'établissement de mes d'une Maladerie au VII siècle dans la Cité de Paris devant la de Paris, Cathédrale. Peut-être qu'avec de plus profondes recherches on p»g. xLvm et trouveroit l'époque du changement de l'Hôpital ou Maison "«iv. d'Hospitalité de cette Cathédrale en Maladerie ou Hôtel-Dieu.

Je ne sçai si ce ne seroit point la multiplication des lits qui y auroit donné naissance. Cette augmentation fut occasionnée par un Statut du Chapitre de Notre-Dame de l'an 1168. Il fut conclu Du Breui. l. i que tous les Chanoines qui décéderoient ou quitteroient leur P"8- 6«« PrebendiC, donneroient à cet Hôpital un lit garni. Ces lits facilitèrent la réception des malades : En effet, voici une preuve que trente ans après ce règlement il y avoit des malades aussi-bien que des sains dans ce même Hôpital. Dans le don qu'Adam, Clerc du Roi, lui fit un peu avant l'an 1 199 de deux maisons dans Paris, il fut marqué que c'étoit à condition qu'au jour de son anniversaire on fourniroit sur le revenu de ces maisons à ceux seulement de cet Hôpital qui seroient malades, tout ce qu'il leur viendroit dans la pensée de vouloir manger, pourvu qu'on pût en trouver : Ea conditioney quod œgrotantibus tantum prœdicti Hospitalis quicquid cibariorum in eorum venerit desideriOj si tamen possit inve- Paster Majus, ririy de totali proventu domorum in die Anniversarii ejus detur. p- ^04*

Dès l'an 12 17, il y eut quelques accroissemens de terrain en cette maison, c'est à cette occasion que le Chapitre empêcha qu'on n'y fit des portes, de crainte que les voleurs ne s'y retirassent comme dans un azyle. Le grand Portail du côté du Petit-Pont n'a été construit

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que sous le règne de Louis XI qui y est représenté. L'on m'a com-

Rcg. du muniqué un extrait du compte de Noël le Barge Receveur Général

Très, des Ch. jgg Finances de l'an 1466, où est cet article : A Jeanne la Bergiere

Pièces 3 I et 33.

* quatre cens livres, pour partie de mille livres à elle donnée pour

convertir et employer en Védifice du Portail de PHôtel-Dieu de

Paris. C'est le Portail du pignon le plus voisin du Petit-Pont, et

au coin duquel est une statue pédestre du roi Louis XI, avec son

Sauvai, t. m, nom au dessous. D'autres comptes qui sont de la Prévôté pour les

pag. 358 et 43o. années 1474 et 1478, nous apprennent qu'il y avoit alors au bout du

Petit-Pont et proche cet Hôtel-Dieu une Chapelle de Sainte Agnès. Depuis l'année i5o5, en laquelle le Parlement par un Arrêt du 2 Mai attribua à des Directeurs Laïcs l'administration temporelle de cette Maison, il en est fait plus souvent mention dans ses Registres. Sans parler des réformes, je me contente de deux endroits: Au premier qui est du 8 Août i545, se trouve un ordre aux Gouverneurs d'acheter dans la huitaine un ou deux arpens en risle Macquerelle ou autre proche Paris, faire bénir ce terrain, et y voiturer par eau les morts, et non plus au cimetière de la Trinité ; c'étoit parce qu'on craignoit la peste. Au second qui est du mois de juin i562, est un ordre aux Religieux de l'Hôtel-Dieu, qui étoient des Chanoines Réguliers de Saint Augustin, de porter une robbe de couleur de perse (c'est-à-dire bleu ou approchant), et à ceux qui y fréquentent de porter un bâton blanc pour être connus. Il paroît qu'il fut donné pareillement, au sujet de l'appréhension que l'on avoit des maladies contagieuses.

La Chapelle de cet Hôtel-Dieu a été bâtie ver^ i38o, des libéralités d'Oudart de Mocreux Bourgeois de Paris. La plaque d'airain qui le marque est encore attachée au mur du Sanctuaire.

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