DISTRAITE DU TLRRITOIRE DE SAINT BENOIT
de la cité de Paris; on la voyoit à l'un des bouts de ce grand espace appelle Tombisoire. Les Romanciers du XI ou XII siècle imaginèrent sur le fondement de ce nom, qu'un nommé Isoire ou Isoré, géant, auroit été inhumé en ce lieu, après avoir été tué par un S. Guillaume ; de sorte que Gervais de Tillebery, Anglois, Gerv. Tuuber. informé de ce prétendu événement, le marqua dans un livre qu'il '" ^"" ^'"^''■* composa vers l'an 1210. Mais, avec tout le fabuleux de cette tradition, on apperçoit aisément que ce merveilleux avoit été inventé, parce qu'on avoit perdu de vue la cause générale du nom de Tombisoire, qui par conséquent étoit très-ancien, et prouvoit que cette place étoit l'ancien champ des sépultures de Paris et des lieux circonvoisins situés de ce côté-là. L'autre extrémité de ce vaste champ, laquelle étoit du côté de Paris, fut appellée simplement les Tombes; et lorsque l'on commença à la cultiver, et à y bâtir depuis, elle se trouva être du fief de l'Evêque de Paris; ce qui n'est pas étonnant, vu l'usage Ecclésiastique auquel elle avoit été appliquée auparavant. Ce terrain, réduit en simple gazon à la longueur du tems, fut planté de vignes, dont le Roi avoit une portion, et l'Evêque l'autre. La première fut appellée durant' plusieurs siècles Le Clos-le- Roy, et quelquefois les Mureaux (Muralia), à cause des restes de petits ordoo. de i366. murs qui paroissoient avoir fait la séparation des sépultures. Rfg- Pari.
La première Eglise qui fut bâtie au milieu de ces vignes, est ''*^*'*' celle de Notre-Dame dite des Champs, pour la distinguer de la Cathédrale. Je pense qu'elle avoit succédé ou été fort voisine de l'Oratoire de S. Michel, Oratoire ordinaire des cimetières publics, qui souvent étoient accompagnés de cryptes ou de souterrains. Suppi. Dipiom, Comme le Testament de la Dame Hermentrude d'environ l'an 700 ^" ^^' de J. C, parle d'une Basilique du titre de Notre-Dame, qu'il dis> tingue de la Cathédrale par des legs différens, il y a lieu de croire que c'est Notre-Dame des Champs qu'il a en vue dans cet article placé après le legs fait à l'Eglise de Sainte Geneviève, Baselicœ Domnœ Mariœ gavata argentea valertte sol. duodece et cruce aurea valente sol. septe dari jubeo. Il reste une preuve qu'elle étoit aussi connue sous le nom de Notre-Dame dès l'an 994, Annal. Bened, et que des Moines de Marmoutier y demeuroient dès-lors. Elle se ^' ^^* ^' *7tire de l'acte du don que Rainaud, Evêque de Paris, leur fit cette même année, d'une t^rre du Blesois, qu'il détacha des biens de l'autel de S. Etienne dont il pouvoit disposer, soit qu'il s'agisse là de Saint Etienne qui faisoit partie de sa Cathédrale, soit que cela doive s'entendre de Saint Etienne, dit depuis des Gre\. J'observe ailleurs que Dom Mabillon s'est trompé, en croyant qu'il s'agissoit de Saint Etienne du Mont.
On continuoit en io33 de connoître la même Eglise de Notre-
Dame située dans les champs. J'ai lu dans des lettres du Roi
Henri de cette >année-Ià, la désignation de dix arpens de vigne
Ex autog. in appartenans à l'Abbaye de Saint Magloire, faite en ces termes :
Tab. Ep. Inter Basilicas S. Genovefœ, S. Stephani, et S. Mariœ cujus
Ecclesia sita est tn campts.
Quoiqu'on vienne de voir que quelques Religieux de Marmoutier desservoient cette Eglise dès 994, il ne suit point delà qu'elle fût à eux en propre.
Les guerres du tems de la seconde race de nos Rois, avoient fourni occasion à plusieurs riches séculiers de s'emparer des terrains consacrés par la Religion, et faute de Prêtres séculiers, ils y mettoient des Moines, en attendant qu'ils en trouvassent. ChartuL Adam, surnommé Paganus, fils de Gui, et Gui Lombard,
B, Marias de tenoient de leurs ancêtres, sous Philippe I, l'Eglise de Notre- ' Dame située dans les Champs dont il s'agit: ils la donnèrent en 1084 à l'Abbaye de Marmoutier proche Tours, avec le droit de sépulture qu'y avoient eu les deux villages d'Issy et de Fontenet.
Geoffroy, Evêque de Paris, fut si porté en faveur des mêmes ibid. Religieux, qu'outre l'autel de cette Eglise de Notre-Dame, il leur fit encore présent la même année 1084 de celui de S. Julien de Versailles, de S. Germain de Villepreux, et de celui de S. Denis d'Ourcines. Ils eurent aussi depuis un Prieuré à Juvisy, et reçurent une infinité de donations dans le voisinage de Paris. Du Breui, Quelques Auteurs modernes ont avancé que le bâtiment de Piganioi. T. iii, PEglise, tel qu'il est encore aujourd'hui, est du moins du tems du ^' ^' Roi Robert. Je puis assurer par la comparaison d'autres édifices qui sont certainement du tems de ce Prince, que celui-ci est plus nouveau; que la crypte et le reste n'est que du XII siècle, et que le portail est même encore plus récent, étant de structure du treizième. Cette crypte avoit eu sa dédicace particulière, ainsi qu'il paroît par les croix que l'on y voit.
Quoique le dedans de Fédifice ait été couvert de peintures, on en reconnoît encore assez le genre de travail. On assure par tradition, dans le Couvent des Carmélites qui a succédé aux Bénédictins, qu'il y a sous la crypte sur laquelle est le fond de l'Eglise, une autre cave plus basse ; ce qui marqueroit encore des restes de sépulcres Romains, et peut-être fut-ce dans quelques-uns de ces lieux souterrains que S. Denis assembla d'abord quelques fidèles. C'est lui, ou S. Martin de Tours, qui est représenté sur le trumeau de la grande porte. Dès le commencement du XII siècle, l'Octave de S. Denis étoit distinguée en cette Eglise par un grand lumi- B Mariœ de ^^î^^' ^^ ^^^ pour son entretien que le Roi Louis le Gros assigna Camp, fol, 14, au Prieuré une rente de vingt sols, à prendre sur la terre d' Au vers