‹ Histoire de la ville et de tout le diocèse de ParisChapitre 52 sur 210 · ET CELLES DE SA DEPENDANCE I · texte numérisé non relu

ET CELLES DE SA DEPENDANCE I

S. Aubin, Evêque d'Angers, m'a persuadé que Childebert premier du nom, Roi de France, avoit un Palais dans la Cité de Paris, outre celui qui étoit dehors, et auprès des Thermes, lequel avoit //«/. Franco*, été construit par les Romains. De plus, Grégoire de Tours assure f-'** ^^• que Caribert, qui fut Roi de Paris après Childebert, y faisoit au moins quelquefois sa résidence. Il n'est pas difficile de croire que ces Princes y ayent eu un Palais, et même une Chapelle, si l'on fait attention qu'en ces tems-là ces édifices étoient construits fort simplement. La place où S. Eloy bâtit le monastère de Saint Martial étant un terrain du Fisc, on a lieu d'en inférer que celle où fut bâti l'Oratoire de Saint Barthelemi qui est presque contigu, en étoit aussi, et que le Palais de Childebert, occupé depuis par Caribert, n'en étoit pas loin. Mais à quelle occasion cet Oratoire fut-il sous le nom de Saint Barthelemi ? Ce ne peut être que parce qu'il en vint en France quelques reliques sous le règne de Clovis ou de Childebert : l'union et correspondance que l'Empereur Anastase entretint avec Clovis étant clairement marquée dans Grégoire de- Tours, fait juger que cet Empereur qui avoit fait transporter à Duras, Ville de Mésopotamie, le corps du saint Theod, Lect, Apôtre, put lui en envoyer par ceux qui lui apportèrent d'Orient ^'*'* ^^' p- ^7les ornemens Consulaires, ou au moins à Childebert son fils. Cependant, quoique j'avoue qu'il a pu y avoir une Chapelle de S. Barthelemi dans la Cité, proche le Palais de nos Rois de la première race, je n'en conclurai point, comme quelques-uns, que ce soit dans cette Chapelle qu'ils ayent fait baptiser leurs enfans nés à Paris. Cette cérémonie appartenoit de droit à l'Eglise Cathédrale, et comme on disoit alors, à l'Eglise Senieure^ qui étoit dans ce tems-là la Paroisse de toute la Cité.

Au milieu du X siècle, l'Eglise de Saint Barthelemi passoit dans l'esprit d'un Ecrivain anonyme qui vivoit alors, pour avoir été bâtie anciennement par les Rois de France antiquitus. Ce n'est pas trop lui donner, en vertu du témoignage de l'Ecrivain qui i'avoit vue, que de dire qu'elle avoit alors quatre cens ans, et l'on ne peut gueres affirmer que ç'ayent été les Rois de la seconde race qui l'eussent fait construire, d'autant qu'ils résidèrent fort peu à Paris, et que cela s'accorderoit moins avec l'expression antiquitus Duchêne. employée par cet Auteur, laquelle suppose un certain nombre de t- ^M p- ^43 siècles. '^'"^•

Une autre particularité observée par le même Auteur anonyme, est « que les Fidèles comme les Rois, y avoient fait transporter « les reliques et corps de plusieurs Saints, pour enrichir, ainsi « qu'il convenoit, une Chapelle Royale » : ce sont, ses termes. Mais vers l'an 965, Salvator, Evêque d'Aleth en Bretagne, craignant les suites de la guerre qui étoit entre Richard, Duc de

Normandie et Thibaud, Comte de Chartres, surtout à cause que le premier avoit appelle à son secours les Danois, les Alains et les Déires, y en apporta bien davantage. Il vint à Paris, et ayant avec lui une grande quantité de reliques, il les présenta au Duc Hugues-Capet, Comte de Paris, et depuis Roi, qui les fit mettre dans la même Eglise de Saint Barthelemi, alors desservie par des Chanoines. Il y avoit les corps des Saints Samson et Magloire Evêque de Dol, de Saint Malo, Evêque d'Aleth, de Saint Sinier, Evêque d'Avranches, de S. Leonor, Evêque regionnaire, et de S. Guenau, Prêtre : les reliques de S. Brieu, de S. Corentin, des SS. Louthiern, Levien et Ciferien, tous cinq Evêques ; une partie des corp$ de S. Meloir et S. Tremoré, des SS. Guinganton et Escuiphle, Abbez, de S. Paterne, Evêque d'Avranches, de Saint Scubilîon, Abbé. Quelques-uns de ces corps saints furent peu de tems après portés à Beaumont sur Oise, à Corbeil et (UHeurs ; ce qui en resta, et qui étoit très considérable, engagea le Duc Hugues-Capet à aggrandir le bâtiment de Saint Barthelemi, et il fit dédier de nouveau cette Eglise sous le nom du S. Apôtre et de S. Magloire, dont le corps étoit l'un de ceux qui étoient restés sans distraction. Il y établit ensuite des Moines en place des Chanoines, et il leur donna un Abbé, avec beaucoup de terres, ce qui fut confirmé par le Roi Lothaire. Il y ajouta la Chapelle de S. Georges, que Hugues le Blanc, son père, avoit autrefois donnée aux Chanoines de Saint Barthelemi, et qui étoit située hors la Cité, sur le chemin de S. Denis à main droite, ensorte que la place adjacente devoît leur servir de cimetière. Le nom de Saint Barthelemi fut éclipsé pendant plus d'un siècle, celui S. Magloire ayant prévalu parmi le peuple. Mais lorsque les Religieux qui se trouvoient trop resserrés, se furent retirés avec leurs Reliques dans leur Chapelle de S. Georges, cette Chapelle prit le nom de S. Magloire, et l'ancien nom de S. Barthelemi fut rendu à l'Eglise voisine du Palais, en même tems qu'elle fut érigée en Paroisse vers l'an 1 140. Lors de cette érection, il ne laissa pas de rester quelques Moines à Saint Barthelemi, comme dans un Prieuré; mais les differens qui survinrent avec le Curé, les firent depuis retirer. Le Palais de nos Rois fut compris dans cette Paroisse avec la Chapelle de S. Nicolas, que le Roi Robert avoit bâtie dans son enceinte et depuis ce tems-là, nonobstant tous les changemens et augmentations faites dans les édifices, nonobstant même la construction de la Sainte Chapelle du tems de S. Louis, tout le terrain a été regardé comme étant de la Paroisse de S. Barthelemi, parce que cette Eglise représente la Chapelle primitive des Rois. Il y a eu là-dessus des Arrêts, dont le sommaire est rapporté par tous les Historiens modernes de Paris.

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Ce qu'il y a encore d'assez singulier touchant la Paroisse de Saint Barthelemi, est que les habitans du voisinage de la nouvelle Abbaye de Saint Magloire, rue S. Denis, lui furent attribués dans le siècle de l'érection de cette Paroisse. Cette attribution en rendit le casuel plus fort ; mais aussi la desserte en étoit plus difficile, à cause de l'éloignement et à cause du passage du pont. Ces habitans formèrent depuis la Paroisse de Saint Leu, dont je parlerai ci-après. Il est certain qu'encore au XVI siècle les provisions de la Cure de Saint Barthelemi portoient cette clause, cum Capella Reg. Ep. SS. Lupi et Egidii ejus annexa in vico S. Dionysii. Il semble '^ ^^^^- '-'-'^^• même que le Curé de Saint Barthelemi faisoit sa résidence au XV siècle proche la Chapelle Saint Leu, sa succursale, puisque dans le Pouillé écrit vers 1460, au lieu d'y trouver mention du Curé du titre de ce Saint, on y lit seulement Curatus SS, Egidii et Lupi, A l'égard du Pouillé du XIII siècle, la Cure de Saint Barthelemi n'y est aucunement mentionnée ; peut-être est-ce par oubli. La succursale ou annexe de Saint Leu n'a cessé d'en dépendre qu'en 161 7.

Il me paroît que l'usage de la Cathédrale de Paris de venir faire une station à Saint Barthelemi le jour de la fête du Saint Apôtre, a dû commencer avant qu'il y eut des Moines en ce lieu, et probablement lorsque par l'admission du rit Romain en France au IX siècle, le jour de cette Fête fut fixé au 24 Août, Un fait constant est que le Chapitre s'y rendoit au XIII siècle, suivant les termes d'un traité de l'an i235 entre le Curé et les Moines de Saint Magloire. L'ancien Processionel manuscrit marque que les Chanoines y entroient par le Prieuré, chantoient Tierces sous le cloître, faisoient ensuite la procession en chappes par les grottes et les voûtes, où il se chantoit un ^ de la Vierge ; qu'après cela la Grande Messe étoit entonnée par les Moines de Saint Magloire, et continuée, excepté l'Alleluya dont le chant appartenoit au Chapitre, qui après avoir chanté Sextes dans le cloître, s'en retournoit. Si ces grottes souterraines n'étoient pas bouchées ou comblées aujourd'hui, on auroit pu juger par leur construction, si elles ne sont pas un reste de l'ancienne Chapelle Royale, laquelle seroit devenue une crypte depuis l'élévation du sol de la Cité.

La plus ancienne des Chapelles de Saint Barthelemi qui soit venue à ma connoissance, avoit été dotée d'une rente sur une maison voisine par Hervé le Roux avant l'an 1223 : mais on Confirm, ignore sous le titre de quel Saint. Les Ecrivains modernes font ^^'■'*<»'- ^pmention après Du Breul de quatre Chapelles surtout, qu'ils ^"* '^^'^' marquent être de la nomination du Roi. Ils mettent de ce nombre celle de S. Etienne. J'ai appris qu'en i3o6, Agnès, veuve de Pierre Marcel l'aîné, la dota d'une rente sur le Châtelet, que

Tat, S. Magi. Philippe le Bel avoit amortie. Dans un accord passé en iBig, pardevant Guillaume Beaufet, Evêque de Paris, entre le Prieur et le Curé de Saint Barthélémy, où il est parlé de lieux affectés de longue main au Prieur; de ce nombre se trouvent la Chapelle de S. Etienne, le cancel du chœur, l'aîle du côté de la Vieille Draperie qui n'avoit que deux toises de large, et de même des grottes et voûtes de TEglise : et il est dit, que si quelque étranger veut Être enterré en cette Chapelle, et autres affectés au Prieur, il en recueillera tous les droits; mais qu'ils seront au Curé partout ailleurs. Une troisième Chapelle, que le seul titre de S. Louis pourroit faire croire avoir été du nombre de celles de nomination Royale, avoit été dotée en 1844 de 24 livres de rente, sur une

Tab.Ep.inSpir. maison rue de la Calendre, par Jeanne, veuve de Jean d'Avranches,

Pelletier du Roi : mais Foulques, Evêque de Paris, confirmant la même année cette fondation, s'en réserva la nomination.

Je ne sais si Du Breul et ceux qui l'ont suivi ont rencontré juste, lorsqu'ils ont placé au-dessus d'un jardin la Chapelle de Notre-Dame des Voûtes dépendante de cette Eglise. On apprend par des titres du XV siècle que j'ai vus, qu'elle étoit derrière Saint ibid. Barthélemi, et qu'on y alloit par une ruelle : mais n'auroit-elle point tiré son nom de l'ancienne crypte de cette Église qui se seroit étendue du côté du levant, et sur laquelle crypte elle auroit été construite ? Cela paroît d'autant plus probable, que depuis Reg.Ep. l'an i525 je la trouve appellée Notre-Dame de la Fontaine. On

/a Sept. i556. g^jj qy^ \q^ fontaines sont ordinairement sous des voûtes et dans des lieux bas.

Je n'ai pu découvrir l'année de la Dédicace de cette Eglise : j'ai seulement trouvé qu'en 1549, ^^ ^^ ^^ Novembre fut regardé comme le jour de l'Anniversaire de cette solemnité. Apparemment que l'Eglise actuellement subsistante avoit été dédiée ce jour-là quelques années auparavant, à moins que ce ne fût la Dédicace de la précédente Eglise, que l'on a converti en une solemnité de Sainte Catherine, dont la Fête arrive ce jour-là, de même qu'en Sorbonnc, on a changé le 21 [Octobre, jour de la Dédicace de l'ancienne Chapelle, en une Fête solemnelle de Sainte Ursule. Dans le bâtiment de Saint Barthélemi, tel qu'on le voit aujourd'hui, il n'y a rien qui précède le XVI siècle. On a tâché de l'aggrandir et de l'embellir autant qu'il a été possible. C'est ce qu'on T. I, p. Sa;, voit en détail dans M. Piganiol.

Les reliques de Saint Barthélemi qui y sont placées souis le grand Autel, sont apparemment ce qui fut détaché d'un bras de ce Saint, lorsqu'il fut rendu aux Religieuses de l'Abbaye de Gerci en Bric, qui Tavoient mis en dépôt dans cette Eglise durant les guerres de la Religion sous Charles IX. Il peut se faire qu'on ait

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