SAINTE MARIE MAGDELENE
Tous nos compilateurs modernes, à commencer par Du Breul, ont marqué que cette Eglise a été d'abord sous le titre de Saint Nicolas, qui y étoit le patron des bateliers : quelques-uns ont ajouté que cela étoit ainsi dès le XII siècle et tous se réunissent à dire, que ce n'est que long-tems après que Sainte Magdelene a été regardée comme patrone ; et même il y en a qui ont avancé que cela ne commença qu'à l'occasion de la réception de ses reliques en 149 1. Il n'y a aucun de ces auteurs qui ne se soit trompé plus ou moins. Il faut sçavoir premièrement que les Juifs ayant mérité d'être chassés du Royaume vers le commencement du règne de Philippe-Auguste, ce Prince permit à l'Evêque de Chart. Ep. Par, Paris, par Lettres datées de cette ville Tan ii83, de convertir en f^àJetafia. église la Synagogue qu'ils avoient à Paris. Or voici ce qui décide que ce fut l'Eglise de la Magdelene qui succéda à cette Synagogue. Pierre, Chantre de l'Eglise de Paris, qui a vécu sous Louis VII, et qui est mort en 1197, écrit dans sa Somme de Théologie, Partie I, Chap. ci, ce qui suit : Septem Clerici volunt autoritate Episcopi Parisiensis in Ecclesia B, Mariœ Magdalenœ ubi fuit Synagoga Judœorum constituere fraternitatem spirituaient, proponentes aggr égare prœhendas usque ad viginti *. Ce passage proposé en forme de cas par ce Théologien, nous apprend que dès son tems il existoit à Paris une Eglise de la Magdelene, et qu'auparavant il y avoit eu en la même place une Synagogue de Juifs. Ce qui est d'autant plus véritable, que la rue s'appelle encore la rue de la Juiverie *. Ainsi l'Eglise de la Magdelene Hist. Ecci. Par. existoit avant l'an 1197. Aussi voit-on dans l'Histoire de l'Eglise T.ii,p,2g5, de Paris un testament écrit en latin l'an i2o5, dans lequel le testateur met Ecclesiœ B. M. Magdalenœ quinque solidos pro anniversario. De plus, le Pouillé de Paris qui fut rédigé vers le
1. On voit par ce qui s'est passé dans le temps de l'origine de Saint Thomas du Louvre et de Saint Honoré, que de pieux laïques s'nccordoient à fonder des Prébendes en diverses Eglises.
2. L'Abbé de Camps avoit conjecturé dans son troisième Cartulaire de Philippe-Auguste que cette Juiverie étoit vers les Halles.
même tems, faisant Ténumération des Eglises comprises dans l'Archiprêtré de Paris, et dont l'Evêque confère les Cures pleno jure, riiet pour première de Donatione Episcopij Ecclesia B, Mariœ Magdalenœ. Par conséquent S. Nicolas n'est dans cette Eglise qu'un patron accessoire, et non pas le premier patron, comme on l'a cru.
A l'égard du titre d'Archiprêtre, il n'étoit pas encore attaché à cette Cure dans le commencement du XIII siècle, puisqu'en 1221 Chartui. minus Gui, Curé de Saint Jacques de la Boucherie, l'étoit. Il y a appa- ^' ^'^'• rence que ce titre étoit attribué alors à celui des Curés de la Cité ou du quartier de la ville du côté du Parisis que l'Evêque choisissoit. Quelques-uns disent que ce n'a été qu'en i5oi que Pîganioi. cette Cure fut érigée en Archipresbyterale : cependant elle paroîtcomme telle dans un acte de 1232 aux Archives de Saint Magloire. ^^^!^
Le portail et quelques arcades de la nef à gauche en entrant, semblent être de structure du XIV siècle ; et lorsque le sol de la Cité fut élevé au point qu'il l'est, cette Eglise fut allongée et élargie de la longueur du chœur, et de la largeur des Chapelles dans le siècle suivant, comme l'indiquent les armoiries qu'on voit au dehors dans le haut de ces Chapelles qui regarde l'orient, dont quelques-unes sont de M" Arbalêtre. Un Gui Arbalêtre avoit eu Sauvai, sa maison rue des Marmouzets. "^^ ^*^» p- ^9^-
Mais l'édifice que l'on élargit encore actuellement (1749) à cause de la réunion des Paroisses de Saint Christophe et de Ste Geneviève qui vient d'être faite, outre celle de S, Symphorien, dite Saint Gilles, aura toujours quelques chose d'irregulier : c'est le sort des bâtimens construits à différentes reprises, et resserrés par plusieurs rues.
On conserve dans cette Eglise un morceau de reliques de Sainte Magdelene, qui fut mis dans un chef d'argent par Louis de Beaumont, Evêque de Paris, en 1491. Il y a aussi un ossement considérable de S. Symphorien, renfermé et soutenu par une grande et belle image d'argent de ce Saint Martyr. Cette relique vient de l'ancienne Eglise du nom du même Saint, de même que les tapisseries gothiques dont la nef est parée, lesquelles représentent la vie de S. Gilles, patron de la Paroisse de Saint Denis de la Chartre, qui fut transférée à cette Eglise de S. Symphorien, comme on a vu ci-dessus.
L'Eglise de la Magdelene est au nombre de celles où l'on a célébré les Heures Canoniales avec Grand-Messe tous les jours, suivant la fondation qu'en avoit faite par son testament Etienne Déclaration Nyvert, Marchand de la rue S. Denis. Il y a aussi eu un autre ^* *5^* établissement, selon lequel tous les vendredis de Carême on y célébroit l'Office du matin, comme le Vendredi-Saint; les Leçons,
2l6 EGLISE DE SAINTE HAGDELENE
les Traits, la Passion, les Grandes Oraisons, TAdoration de la Croix, etc. : ce qui n'a été aboli que sous M. le Cardinal de Noailles. Je ne fais aucun doute que cela n'eût été établi pour avoir occasion de demander à Dieu la conversion des Juifs par rOraison pro perfidis JudceiSy dans le lieu même où cette nation avoit continué de louer Dieu le bandeau sur les yeux, pour me servir de l'expression de la Liturgie : mais c'est ce qu'on ne sçavoit point avant la découverte que j'ai faite ci-dessus de l'ancienne Synagogue, et qui auroit peut-être empêché la suppression de ces prières, si on en avoit été informé. Tab. Ep. in La Chapelle de S. Michel située en cette Eglise, est de la ^P*^- fondation de Marguerite Joly, veuve de Robert Turgis, sur des maisons et des terres. La date est de 1495.
Depuis l'Archiprêtre de la Magdelene qu'on trouve en 1232, on est longtems sans lui trouver de successeur. En 1420 mourut Gautier Alips, qui l'étoît, selon son épitaphe derrière le chœur de la Cathédrale de Nevers, où il est inhumé. Thomas Troussel, célèbre Docteur, l'étoit en 1478. Jean le Vaire et Jean Saulay le furent ensuite quelque tems. Jean Emery, Chanoine de Notre- Dame, en 1495, et Seigneur de Viroflé; il y a 5)reuve qu'il fut aussi Archiprêtre de Saint Severin. Il mourut en 1 5 17, et Jacques Merlin lui succéda le 17 Juin. Ce dernier est fort connu.
Le Fouillé écrit vers l'an 1450 marque sous l'article de cette Eglise, Beneficiati ibidem XIV libr, puis Capella ibidem fundata per Gentianum de Paciaco et ensuite deux Chapelles du titre de la Vierge. Il semble que ce terme Beneficiati se rapporte aux Prébendes que l'on avoit projette d'y fonder vers l'an 1190, lorsque Pierre le Chantre écrivît sa Somme. Je croirois que ce fut le nombre de ces Bénéficiers qui engagea les Administrateurs de la Grande Confrérie des Bourgeois de Paris à la fixer en cette Eglise, soit qu'il eût circulé ^éjà en plusieurs autres, soit autrement. Si S. Nicolas est réputé l'un des patrons, cela peut venir de ce que d'abord on y auroit fait la Confrérie qui étoit ChartuL appellée en 1245 Confratria Mercatorum aqtiœ Parisiensium, Sort., fol. i32. dont je trouve que Maître Hubert et Etienne Barbette étoient
alors Procureurs; ensuite cette Confrérie s'étant retirée ailleurs,
la grande Confrérie des Bourgeois aura pris sa place. Ce que j'ai
vu de plus ancien touchant cette Grande Confrérie, est la mention
qui en est faite dans le testament d'un Chambellan du Roi, de
i/w/.Ecc/. Par. l'an i2o5, lequel lègue Confratriœ Magnœ X solidos pro suo
T. Il, p. 2g5. anniversario ; ce qui s'entend de celle de Paris, à cause de ce qui
précède. Dès le tems de Saint Louis, elle avoit un Abbé qui en
étoit le chef, et elle jouissoit d'une censive : on en juge par
« le procès qu'elle eut pour une maison au sujet de laquelle le
EGLISE DE SAINTE MAGDELENE 2îJ
Cartulaire de l'Abbaye de Sainte Geneviève contient un acte Chart. ainsi intitulé : Arbitrium prolatum contra Fratres Magnœ Con- ^- ^'«•^- ^***fratriœ Paris, à Magistro Guidone Presbytero S, Bartholotnei Paris. Guillelmo Eleemosynario S. Genovefœ Paris. Auberto Presbytero S. Crucis procuratore Abbatis et Confratrum Magnœ Confratriœ 1239. Il est aussi fait mention de la censive de la Chariui. Sort. Grande Confrérie dans le Cartulaire de Sorbonne à l'an 1241, fo^- '^4^164- Censiva Magnœ Confratriœ y et à l'an 1263, Censiva civium Parisiensium; et c'est ce qui fait le gros revenu de cette Confrérie, à cause des maisons bâties dessus aux environs des Jacobins de la rue S. Jacques et ailleurs.
Il y a quelque chose de vrai dans ce que Sauvai assure tou* chant les différentes translations de cette Confrérie. Il est certain qu'en i362 les Services pour les défunts Confrères se faisoient à Sainte Geneviève dans la rue neuve Notre-Dame. Il y eut alors Reg. Pari, une difficulté, sçavoir si les offrandes des Confrères appartenoient ^ ^^^^' au Curé de cette Eglise. Sauvai a cru qu'il s'agissoit de la Chapelle inférieure de Sainte Geneviève du Mont. Ce fut dans la Très, des chtrt. même année i362, que Charles, Régent de France, donna des p^**'^'j lettres de confirmation de cette association de Confrères.
La Reine Blanche est la première femme qui s'y fit inscrire. Le Roi Louis XI voulut aussi en être, et à son exemple plusieurs de sa Cour. La procession que font les Confrères un des jours de l'Octave de l'Assomption, est connue de tout Paris ; on y voit assister en étole tous les Prêtres qui en sont. Cette Confrérie est celle de Paris la plus chargée d'Anniversaires. Ces services que l'on acquittoit dans le siècle dernier d'Eglise en Eglise, se font maintenant toujours à la Magdelene. Il y a dans le Mercure de France du mois d'Août 1728, page 1886, un Mémoire sur cette Confrérie, qui y est appellèe La Grande Confrérie de Notre-Dame aux Seigneurs, Prêtres et Bourgeois de Paris. Je ne voi dans cette ville qu'une ou deux Confréries qui aient pu aller de pair avec celle-ci pour l'antiquité, sçavoir celle des personnes qui assistoient aux Matines de la Cathédrale, de laquelle j'ai dit un mot ci-dessus page 12, et la Confrérie des Drapiers, que j'ai trouvé établie au moins dès l'an 1229, dans un acte qui porte CA^r/. ^d/. E;^. qu'elle devoit par an à TEvêque de Paris la somme de vingt sols. •^^'* ^^'
A l'occasion de ces Confréries, il y auroit eu quelques recherches à faire sur certaines sociétés qui subsistoient à Paris au commencement du XIV siècle, sous le règne de Philippe le Bel. Il est
/ w/9 rtnti a^l
fait mention dans les Registres du Parlement, 1 307, de celles qui Epiph. étoient appellées Societas Bardorum et Societas de Burgo ; et dans ceux de l'an i3i2, on lit Societas Caponum. On disoit à Annunt. Paris Socius ou de societate Caponum; Domus societatis Caponum.
ZlS EGLISE DE SAINTE MARINE
Voce capus. Si par cette dernière société on pouvoit entendre celle des Négo- Capo. cians Juifs, comme le Glossaire de Du Gange Tinsinue d'après un article des Gapitulaires de Gharles le Ghauve, cette petite observation peut paroître convenir assez au bout de l'article de l'Eglise de la Magdelene, où l'on vient de voir qu'il étoit d'usage de prier publiquement pour leur conversion en plusieurs jours particuliers.
Pour se représenter l'étendue actuelle de la Paroisse de la Magdelene, il faut, en partant du petit Ghâtelet, y comprendre d'abord le côté droit de la rue du Marché-palu, puis la rue neuve Notre- Dame en entier, la rue l'Evêque, les maisons du parvis Notre- Dame, la rue de S. Ghristophe, la rue des Trois-canettes. De la rue Gocatrix, elle n'a que deux maisons de chaque côté en y entrant par la rue des Trois-canettes, De plus, elle a la rue Perpignan en entier ; la rue de la Licorne aussi en entier. De la rue des Marmouzets, en y entrant du côté de la rue de la vieille Draperie, elle a le côté droit jusqu'au coin de la rue Perpignan, et le côté gauche jusqu'à la maison qui fait le coin de la rue Saint Landry exclusivement. Gette paroisse a de plus le côté droit de la rue de la Lanterne. en venant de l'Eglise; toute la rue du Haut-moulin, celle de Glatigni jusqu'à la rivière quant au côté gauche, et quant au côté droit jusqu'au premier coin.
Dans la rue de la Juiverie, en sortant de l'Eglise de la Magdclene, elle a le côté gauche jusqu'à la rue neuve Notre-Dame, excepté trois maisons de ladite rue de la Juiverie, qui sont la troisième, quatrième et cinquième après la rue S. Ghristophe, lesquelles sont de Saint Germain le vieux. De l'autre côté de la rue de la Juiverie, elle a les cinq ou six dernières maisons les plus voisines de la rue de la vieille Draperie ; puis elle a les maisons depuis la rue de Gervais-Laurent jusqu'à la rue de la Pelleterie, et celles de toutes les cours de l'enclos du Prieuré de Saint Denis de la Ghartre. Enfin, elle a encore une ou deux maisons en la rue aux Fèves dans le côté adossé à la rue de la Juiverie, par le bout qui approche de Sainte Groix, et les maisons du Pont N. D. à droite jusqu'au milieu de ce pont.
L'HOPITAL DES ENFANS TROUVÉS est sur la Paroisse de la Magdelene, depuis l'extinction de celle de S. Ghristophe.
Il est difficile de concevoir la raison pour laquelle on a érigé la Paroisse du nom de cette Sainte si près de l'Eglise de Saint Pierre aux Bœufs. Mais en faisant réflexion qu'anciennement il
n'étoit pas rare de voir des riches Habitans construire chez eux de petites Chapelles pour leur dévotion, et que quelque Vénitien a pu faire sa demeure en ce quartier-là, vu qu'il y avoit ci-devant une rue dite la Rue de Venise, je croî que cela suffit pour conjecturer que c'est ce qui a déterminé à bâtir une Chapelle sous le nom de Sainte Marine, d'autant que le corps de cette Sainte fut apporté de la Grèce à Venise vers l'an 1200, et que, suivant M. Baillet parlant d'après du Saussay, on croit posséder à Sainte Vie des Saints, Marine de Paris depuis long-tems des reliques de cette Sainte. *7 Juillet.
Cette Chapelle étoit érigée en Cure dès le règne de Philippe- Auguste, puisque dès l'an 12 14 on trouve l'amortissement que le Prieur de Saint Eloy accorda au Curé pour une maison dont il • Tab. Ep. avoit fait son Presbytère», à la charge du cens et de cinq sols à '" ^"■* ^"*'^«'l'installation de chaque nouveau Curé. Aussi est-elle au Pouillé du XIII siècle, et on en connoit un Curé de l'an 1228. Elle est à la collation pure et simple de l'Archevêque. C'étoit la seule des anciennes Cures de la Cité qui fût dans ce cas, parce que toutes les autres étoient sur le territoire de quelque Abbaye, Chapitre ou Prieuré. C'est sans doute pour cette raison que les Evêques de Paris, dans le tems où la Cathédrale cessa d'être la Paroisse de toute la Cité, l'assignèrent pour Paroisse aux officiers et domestiques de leur maison, quoiqu'elle fût plus éloignée de leur Palais Episcopal que quelques autres. Anciennement le Curé avoit sa pitance à l'Evêché, pour me servir des termes d'une Enquête de l'an 1495 : mais aussi il étoit chargé de confesser les prisonniers des prisons Episcopales. Il fait encore dans cette Eglise les mariages qui sont ordonnés par l'Officialité.
Le bâtiment de cette petite Eglise, quoique très petit, est plus grand qu'il n'a été originairement. Il paroît avoir été refait il y a trois cens ans ou environ. Il faut que le sol de la rue ait été fort élevé en ce lieu, puisqu'on descend quatre ou cinq marches en entrant dans cette Eglise. On voit dans le chœur la tombe de Jean Hurault, Président en la Cour des Aydes, décédé en i5o5, et de sa femme, Guillette de Guéteville. François Miron, Lieutenant Civil, mort en 1609, y est aussi inhumé.
Cette Paroisse n'est composée que d'environ vingt maisons, comprises dans le quarré qui commence à l'Eglise, et qui tourne à droite à la rue de Saint Pierre aux Bœufs, ensuite encore à droite à ce coin de la rue des Marmouzets, et va se terminer à la porte du cloître du Chapitre de Notre-Dame. Elle a aussi toutes les maisons comprises dans la première Cour de l'Archevêché.