‹ Histoire de la ville et de tout le diocèse de ParisChapitre 86 sur 210 · DIT · texte numérisé non relu

DIT

Et des Eglises qui ont été construites sur son ancien territoire ou qui en ont dépendu, sçavoir: S. Germain le Vieux, S. Sulpice, S. André et S. Côme.

Nous n'avons de monument qu'on puisse dire sans reproche, et qui soit du tems de la fondation de cette Eglise, qu'un seul mot dans la vie de Saint Germain écrite par Fortunat. Il y est fait mention d'un mira^.e qu'il opéra en se transportant à la Basilique

de Sainte-Croix, cum ad Basilicam beatœ Crucis vir Deiprocederet. Quoique cette vie soit composée de 78 articles, il n'y a pas un seul mot sur la fondation de cette Eglise en l'honneur de S. Vincent par le Roi Childebert. On ne peut appuyer constamment l'existence de cette Basilique sous ce dernier titre, que par le 90* Chapitre de S. Grégoire de Tours de Gloria Con/essorum, où il est dit qu'un paralytique se tenoit ordinairement au portique de la Basilique de S. Vincent, dans laquelle le corps de Saint Germain reposoit, et par le 33* Chapitre du* huitième livre de son Histoire, où il est marqué que les prisonniers de Paris délivrés miraculeusement, accoururent à cette Eglise. Un monument d'avant le milieu du siècle suivant, qui confirme la dénomination usitée par Grégoire de Tours, est le Testament du Roi Dagobert. Ce Prince ayant eu dessein de s'y faire inhumer, lui donna le village de Combs, et l'appelle pareillement Basilica Domni Vincentii : mais le premier qui ait parlé de l'étole de ce S. Martyr, apportée d'Espagne par Childebert, et mise dans cette Eglise, est l'auteur du Gesta Regum Francorum^ qui n'a écrit que vers l'an 720. Aimoin le copie 1. II, c. xix.

Par la suite insensiblement le nom de Saint Germain fut employé pour désigner cette Basilique, avec les noms de Sainte Croix et de S. Vincent ; et à la fin il prévalut, à cause du grand concours qui se faisoit à son tombeau, surtout depuis qu'il eut été tiré du lieu resserré où il étoit, pour être placé dans un endroit plus apparent de la Basilique. Dans les tems où l'on commença Hist. Ecci.Par,k l'appeller simplement l'Eglise de Saint Germain, quelques-uns, ^ I^ î^^' P^^'* '^ distinguer de l'Eglise de Saint Germain l'Auxerrois, l'appellerent le nouveau Saint Germain. Cela se voit dans la convocation des Abbayes tant Séculières que Régulières, dont les membres dévoient assister à l'anniversaire d'Etienne, Comte de Paris, sur la fin du règne de Charlemagne.

Si Fortunat, dans sa longue vie de S. Germain, avoit seulement dit un mot du voyage en la Terre-sainte, que l'anonyme continuateur et interpolateur d'Aimoin de Fleury lui attribue, il seroit facile d'en conclure que ce saint Evêque auroit fait un amas considérable de reliques pour son Diocèse, et que l'Eglise de S. Vincent en auroit été participante ; mais un voyage de si long cours, qui n'a pu être fait sans que le saint Prélat ait opéré quelque merveille digne d'être rapportée, a été absolument inconnu à cet écrivain, quoiqu'il fasse mention d'un grand nombre d'autres voyages du même Evêque, pour avoir occasion de parler des miracles qu'il operoit en route. On doit voir par-là que je ne regarde point comme constant tout ce qui a été écrit sur les commencemens et les décorations de l'Eglise de Saint Germain, par

Gislemar, auteur de la vie de S. Droctovée, qui selon lui en fut le premier Abbé, non plus que ce qu'en a marqué le premier anonyme qui a interpolé et continué Aimoin de Fleury, et qui quelquefois ne s'accorde pas avec Gislemar. Ce dernier écrivain n'a vécu qu'assez avant sous le règne de Philippe I. J'ai vu un titre écrit de sa main, à la fin duquel il y a : Ego Gislemarus Tab. Ep. Par Cancellarius scripsi et subscripsi. Par cet acte, inconnu à Dom Mabillon quant à cette souscription, nous apprenons que ce Religieux de Saint Germain étoit Chancelier et Secrétaire de la Communauté, ou au moins de l'Abbé Robert. C'est un Çyrographe de l'an 1070, que l'Abbaye fit avec Geoffroy, Evêque de Paris, et dont j'ai donné communication aux deux sçavans Bénédictins qui écrivent sur la Diplomatique. On ne trouvera point dans tous les Necrologes de cette Maison publiés par Dom Bouillard, d'autre Gislemar. Son nom est dans le second Necrologe au XV des Calendes de Janvier, immédiatement après celui de l'Abbé Hubert, mort peu d'années auparavant la date de cet acte. Il est vrai qu'on a trouvé un Gislemar dans une liste des Moines de Saint Germain au IX siècle, mais c'étoit un simple Religieux et sans qualité distinctive. Outre cela, Gislemar, dans son ouvrage sur S. Droctovée, parle des ravages des Normans comme d'une chose déjà très-ancienne, et il fait entendre qu'il y avoit si longtems que la vie de ce Saint étoit périe dans les incendies causés par ces barbares, que personne ne se souvenoit plus de ses actions, mais que cependant Ton conservoit encore dans les Archives (dont sans doute sa qualité de Chancelier le rcndoit dépositaire) quelques volumes très-anciens, où il étoit marqué que S. Droctovée en avoit été le premier Abbé. Outre la différence des tems, ce qui infirme encore le témoignage du premier continuateur et interpolateur d'Aimoin, est qu'étant d'un sentiment contraire touchant la primauté donnée à Si Droctovée dans le rang des Abbés de S. Vincent, par des écrits que Gislemar regardoit comme très-anciens, in tomis antiquissimis, et l'attribuant à sœc. i. un nommé Authaire, cet interpolateur montre qu'il n'avoit point ^'«- P- ^•^^• si exactement fouillé dans les Archives, qu'avoit fait par devoir de sa charge le même Chancelier Gislemar, puisqu'il ne connoissoit pas ces anciens monumens. Mais comme la première continuation des Annales d'Aimoin, faite à l'Abbaye de S. Germain, fut plus commune et plus connue que la vie de S. Droctovée, d'autant qu'elle contenoit le catalogue des Abbés et des Doyens ; delà vint que l'autorité de la vie de ce Saint ne put l'emporter, ni établir la croyance que S. Droctovée eût été le premier Abbé du lieu, à laquelle cependant on est revenu enfin, preuve sensible que les dernières découvertes servent quelquefois à éclaircir la vérité.

Le principal monument, sur lequel j'ai cru pouvoir appuyer ce que l'on sçait de plus certain touchant l'édifice de l'Eglise de Ste Croix, S. Vincent et S. Germain, est la copie du Martyrologe d'Usuard, Moine de cette Abbaye, contemporain de Charles le Chauve, à qui il le dédia. Je dis la copie, parce qu'il y a de bonnes raisons, trop longues à déduire ici, pour prouver que ce que l'on a cru long-tems être l'original d'Usuard, n'est qu'une copie trèsancienne, et en même tems parce que je l'ai vu qualifié d'une manière assez incertaine de la main de Dom Mabillon à la tête du manuscrit même ^ Quoique je ne puisse regarder ce volume comme l'autographe de l'Auteur, il me parolt cependant infiniment estimable, parce que je ne puis le croire postérieur au X siècle. En le plaçant dans ce siécle-là, ce degré d'antiquité suffit pour me le rendre très-précieux ; et je suis bien trompé, s'il n'auroit pas appartenu à un Religieux nommé Harduin, qui professoit les sciences dans l'Abbaye de Saint Germain, et dont le décès est marqué dans le plus ancien Necrologe de la Maison au 29 Avril, immédiatement avant celui d'Haymon, Evêque de Verdun, qu'on sçait être mort en 1024.

Il n'y auroit rien eu d'extraordinaire dans le procédé de ce Harduin, qualifié Magister, quand il auroit reformé selon ses idées particulières la copie qu'il avoit du Martyrologe d'Usuard, qu'il y eût raturé certains Saints pour en mettre d'autres, effacé certains éloges pour les tourner autrement, ôté certaines annonces étrangères à la Maison de Saint Germain, pour y substituer des fêtes locales, supprimé des feuillets entiers, pour les récrire à neuf, et y faire tenir des augmentations considérables en pressant davantage l'écriture ; ce qu'il avoit commencé, a été continué plus simplement par d'autres mains de deux siècles suivans, qui ont écrit à la marge ce qu'elles ne pouvoient insérer dans le texte.

Après cette notice- sommaire de l'apographe d'Usuard, voici ce que j'ai cru devoir en tirer. Je vais avancer une chose qui pourra paroître surprenante : c'est que l'Eglise que nous voyons aujourd'hui, quoiqu'elle paroisse très ancienne, est néanmoins le troisième ou quatrième édifice, en comptant celui de la fondation. L'exemplaire du Martyrologe d'Usuard, dont je viens de parler, fait mention de trois Dédicaces ; d'abord, dans le corps de l'ouvrage, au 22 Décembre, on lit : Parisius, Dedicatio Basilicœ in

I. L'avis récent qu'on y voit, commence ainsi : Monîtum de vetustate istius apographi seu potius autographi, A ntiquitatis notifia istius apographi petenda est ex subjecto Necrologio, quod eadem manu exaratum est. Ces derniers mots peuvent être sujets à de grandes discussions. Uauteur de ce Monitum avoit mis A ntiquitatis notitia istius apographi; mais on s'apperçoit que (Tapo il a depuis été fait auto ; ensorte même que la queue du p de Pauteur est encore visible en 1749 que j'écris ceci.

honore sanctœ Crucis et S, Vincentii Martyris. On est persuadé que c'est la première Dédicace faite du vivant de S. Germain, et qu'il s'agit de l'Eglise bâtie par Childebert I, à laquelle Gislemar, Moine du XI siècle, attribue la description poétique faite par Fortunat, de la Cathédrale de Paris, immédiatement après celle de son Clergé, et dans laquelle l'interpolateur d'Aimoin de Fleuri Atmon, a cru sans preuve qu'il y avoit eu Tusage du chant perpétuel, '* ^^' ^' """' appelle laus perennis : mais voici deux autres Dédicaces qui sont par addition à la marge du même exemplaire en deux jours différens. Il s'y lit au 21 Juillet : Dedicatio Ecclesiœ Sanctœ Crucis et S. Vincentii Martyris; et au 19 de Novembre : Parisius Dedicatio Ecclesiœ in honore Sanctœ Crucis atque Sanctœ Dei genitricis Mariœ^ et Sanctorum Martyrum Stéphanie Vincentii et Sancti Confessoris Germani, On ne peut entendre d'aucune de ces deux dernières Dédicaces, celle qui fut faite en ii63 par le Pape Alexandre III, puisque son jour fut le 21 Avril : cette Eglise auroit-elle été rebâtie sous le règne de Pépin, avant que le corps de Saint Germain y fut transféré ? Pour lors on en auroit fait une seconde Dédicace : mais il n'existe aucune preuve de cette reconstruction, et, si elle étoit arrivée, Usuard en auroit fait mention dans le corps de son ouvrage, au lieu qu'elle n'est que par une addition marginale dans la plus ancienne copie qu'on en ait. Il faut donc plutôt placer cette seconde Dédicace du 21 Juillet immédiatement après que l'on fut tout-à-fait en paix avec les Normans : comme ils avoient détruit et brûlé cette Basilique, auroit-on resté durant la fin du IX siècle et pendant tout le dixième sans aucune Eglise? Il en fut rebâti plus vraisemblablement une sur les vieux fondemens, et elle fut dédiée le 21 Juillet : c'est celle que Morard, Abbé de cette Maison, en l'an 1000, abbattit pour en construire une autre entièrement neuve. Cet Abbé décéda en l'an 10 14, et avant que l'Eglise fut achevée. Comme il est probable qu'il ne la commença qu'en l'an 1 001, lorsqu'on fut revenu de l'opinion commune, que la fin du monde devoit arriver en 1000, il n'eut pas trop de douze ou treize ans pour avancer l'entreprise : mais il ne put la conduire à sa fin, et avec un peu d'attention, on reconnoît aisément que ce qui forme aujourd'hui le chœur, les chapelles et le fond depuis les deux petites tours exclusivement, n'est que du milieu ou de la fin du XI siècle.

L'Abbé Morard ne conserva donc de l'ancienne Eglise que la grosse Tour, sous laquelle il fit construire le portail qu'on y voit; tous les piliers de la nef et de ses collatéraux jusqu'aux cintres inclusivement, sont de son tems aussi bien que les quatre piliers qui supportent chacune des deux petites tours aux côtés du chœur. Les murs où sont enchâssés les vitrages, ont été refaits

depuis, les voûtes surtout en i653. On a plusieurs exemples de. murs ainsi rebâtis sur des piliers qui sont plus anciens de quelques siècles. Ce que Morard avoit pu construire, et qui se trouvoit sans Chapelles, ayant été couvert, il dut en procurer la Dédicace; et je pense que c'est la troisième de celles dont le Martyrologe cy-dessus cité fait mention, et qui fut célébrée le 19 Nov., lequel de son vivant, tomboit au Dimanche Tan 10 10, ou bien en 1 021, si c'est sous l'Abbé Ingon, son successeur, qu'elle fut faite ; elle est écrite à la marge du Martyrologe d'un caractère plus récent que celle du 21 Juillet. J'observe en passant, que cette Dédicace du 19 Novembre est la première Dédicace où Saint. Germain fut déclaré être l'un des patrons de cette Eglise, ce qui est encore une preuve qu'elle est une troisième Dédicace.

Il est facile de remarquer, que ceux qui ont continué cet édifice depuis l'Abbé Morard, n'ont pas suivi le même ailignement que celui de la vieille Eglise, et que le fond est plus tourné au levant d'hiver, qu'il ne l'auroit été s'ils l'avoient suivi. Le couronnement de la grosse tour est d'une bâtisse toute semblable à celle des piliers de la nef, et par conséquent aussi un ouvrage de l'Abbé Morard ; aussi le continuateur d'Aï moin de Fleury dit-il, qu'il bâtit une tour, et qu'il y plaça une cloche. Quant aux dehors des deux petites tours situées aux côtés du chœur, ils ne paroissent être que de la fin de l'onzième siècle. Ces tours étoient encore inégales, il y a trois ou quatre cens ans, L'Ordinaire de l'Abbaye Hist. de écrit alors, dit de l'une qu'elle est Turris major ^ et marque que PAbb. s. Germ. jejans il y avoit un autel de S. Michel: c'étoit la tour méridionale. L'autre tour, placée au septentrion, avoit alors un étage de moins, et on l'appelloit Turris minor ; il est encore aisé de voir que l'étage supérieur y a été ajouté depuis, et qu'il est moins régulièrement construit que l'étage supérieur de l'autre tour. Le même Ordinaire publié par Dom Bouillard nous apprend, que la Tour où étoient les cloches que l'on ne sonnoit qu'aux Grandes Fêtes, étoit nommée Turris plumbata, sans doute parce qu'elle étoit couverte de plomb. C'est celle du portail, et elle n'est plus couverte que d'ardoise.

J'ai avoué ci-dessus que le massif de cette grosse tour étoit du tems de la fondation de l'Abbaye. Je penserois aussi assez volontiers que certaines arcades et voûtes, par où l'on va de la tour septentrionale à la Chapelle de la Ste Vierge hors l'Eglise, après avoir descendu huit marches, peuvent être de ces tems-là ou approchant. Dom Edmond Martene en jugeoit ainsi.

Je ne m'étendrai point sur la belle Chapelle dont je viens de faire mention. Tous ceux qui ont écrit, en ont parlé comme d'un chef d'oeuvre gothique du tems de S. Louis, aussi-bien que du

Réfectoire et du Chapitre. Mais qu^il me soit permis de faire une remarque sur un endroit de Dom Bouillard. Il assure, sans citer aucun garant, que les cryptes dont le Martyrologe qu^il a publié Usuard. fait deux fois mention à l'occasion de leur double Dédicace, ^^^^r^^^^P^r étoient à la place où cette grande Chapelle a été construite. Naturellement des cryptes sont pratiquées sous le rond-point des anciennes Basiliques, surtout lorsque le terrain de ces Basiliques a une pente prochaine. Dans cette supposition, ces cryptes de l'Abbaye de Saint Germain auroient pu être sous ce même rond-point que rOrdinaire de l'Abbaye appellée Chorea, et avoir été perdues de vue, comme il ^étoit arrivé à l'égard de celles de la Cathédrale de Bayeux. Cependant, comme Dom Bouillard peut avoir trouvé quelque ancien titre, qui rappelloit le souvenir de la situation de ces cryptes, j'aime mieux acquiescer à son sentiment, d'autant que je me souviens qu à l'Abbaye de Joarre en Brie, j'ai vu une crypte considérable ailleurs que sous la grande Eglise.

La première Dédicace de ces cryptes de l'Abbaye, en quelque endroit du Monastère qu'on les place, fut faite le premier jour de Juin. C'est dont nous sommes instruits par un feuillet écrit après coup dans la fameuse copie du Martyrologe d'Usuard, dans laquelle il n'en avoit pas été parlé. Cette insertion ou interpolation est remarquable par l'épithete grecque macharius pour beatus, que l'auteur affecte de donner à S. Denis, Evêque de Paris ; ce qu'a fait aussi depuis lui Gislemar en sa vie de S. Droctovée, l'un et l'autre se conformant à l'opinion de l'Aréopagitisme de ce Saint, de laquelle Usuard avoit paru fort éloigné. Il est bon aussi d'observer dans cette même Dédicace, que S. Ansbert de Rouen, que le même Usuard n'avoit pas admis dans son Martyrologe, s'y trouve nommé dans le rang des patrons de l'un des cinq autels de ces cryptes. Tout cela fait juger que ces mêmes cryptes avoient été bâties et dédiées après la fin des guerres des Normans. Le besoin demanda qu'on les rebâtit encore depuis et apparemment un peu . après l'an looo. Elles le furent en effet, et dédiées de nouveau le 10 Juin en l'honneur de tous les mêmes Saints que l'avoient été les anciennes, entr'autres du macharius DionysiuSy mais à cela près, qu'au lieu de cinq autels, on n'y en érigea que trois.

Les plus célèbres d'entre les anciens Monastères renfermoient autrefois plusieurs Eglises éloignées les unes des autres, dont les plus petites n'étoient qualifiées que d'Oratoires. C'est ainsi qu'on appelle le titre de S. Pierre, dont le copiste de l'ouvrage d'Usuard marque la Dédicace au 9 Juin, comme d'une Chapelle détachée de la Grande Eglise. Elle étoit alors du côté septentrional; mais étant devenue incommode au Monastère, et le corps de S. Droctovée en ayant été tiré, on la rebâtit dans un lieu moins resserré,

à l'endroit où depuis a été construite l'Eglise de la Chanté. Elle Reg.Ep. étoit si caduque en i557, que le Légat accorda alors des Indul- Par. 7 Apr, gences, afin d'engager à faire des aumônes pour la rétablir,

L'Eglise de Saint Symphorien avoit aussi eu sa Dédicace particulière faite le 19 Avril. Cette Eglise étoit au midi et peu éloignée de la grande Basilique. Le nom de S. Nicolas, Evêque de Myre, dont le culte n'est devenu commun en France qu'au XI siècle, joint à celui de Saint Symphorien dans cette cérémonie, fait voir que c'est placer assez-tôt cette Dédicace, que de la mettre au XI siècle. En effet, l'écriture dont elle est marquée à la marge du Martyrologe, ne paroît être que du douzième. Cette Eglise a été rapprochée du grand portail depuis ce tems-là, et ayant été reconstruite au commencement du dernier siècle, elle fut consainscript. crée de nouveau le 27 Avril 1619, par S. François de Sales, qu'on voit sur le Evêque de Genève, et depuis, ayant été profanée, elle fut encore

bénite en 1670, par M. Batailler, Evêque de Bethlehem. Avant

qu'on l'eût boisée ces années dernières, on y voyoit l'inscription

ancienne, gravée sur la pierre, pour perpétuer à la postérité la

donation que le Roi Pépin fit à ce Monastère de la Terre de

Palaiseau, lorsqu'on transporta de l'ancien Oratoire de Saint

Symphorien dans la grande Basilique le corps de Saint Germain.

Une quatrième Eglise comprise dans le territoire du Monastère

avoit été dédiée le 20 Mai sous l'invocation de S. Jean-Baptiste,

S. Laurent et S. Sulpice. Je remets à en parler plus au long à

l'article particulier de l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice, qui en a

retenu le nom et conservé la mémoire.

Hitt. Univ. Une cinquième et dernière Eglise étoit la Chapelle de S. Mar-

Par. T. m, jj,^^ Q^ f^j fondée en 1278 une Messe pour l'ame d'un des

Ecoliers de l'Université, tué par les domestiques de l'Abbaye.

Sauvai. Ujj ^jjj-g jg jîj^n J235 l'appelle Capella vêtus S. Martini. Ainsi

T. III, p. 63 des ,,, ,*,. . -TT I 01 c* \M •

Pièce». dès-lors elle étoit ancienne. Un acte de 1423 la nomme 5. Martin

ibid. p. 3o5. des Orges, et fait mention de son revenu. C'étoit un titre de

bénéfice, puisqu'en 1496 elle fut permutée sous le nom de

Reg. Ep. S. Martini de Fossatis prope Monasterium S. Germani de Pratis,

iS Aprii. conférée par l'Evêque en 1 5 17 et 1 5 18 sous celui de 5. Martini de

ibid. T7 Mart. Ogeriis in Abbatia S. Germani, ou bien de Orgeriis. Ce surnom

et 23 Febr. gg^ f^^^ ressemblant à celui des Orgeriis, que porte une Eglise de

S. Laurent au faubourg d'Orléans, mais l'origine en est inconnue.

Si cette Chapelle de S. Martin fut détruite du tems des guerres

des Anglois en i368, il paroît, par ce que je viens de dire, que

depuis elle avoit été rétablie. Elle n'existe plus aujourd'hui.

Jusqu'ici il y a eu divers sentimens sur l'antiquité qu'il faut donner au portail antérieur de l'Eglise de Saint Germain, et touchant les figures dont il est orné. Dom Mabillon et Dom Ruinart

ont eu là-dessus divers sentimens. Un anonyme, qui paroit être l'Abbé des Tuilleries, a eu aussi des idées dififérentes sur ces Histoire points, et en a rabaissé Tantiquité de quelques siècles. De nos ^* Bourgogne, jours, Dom Urbain Plancher, Bénédictin de la même Congrégation, n'a pas craint de combattre ces différens degrés d'antiquité attribués à cet édifice ; il m'a paru avoir rencontré plus juste en reculant l'époque de cette construction jusqu'au règne du Roi Robert, et je ne connois personne qui ait entrepris de le réfuter. Je me suis déjà déclaré ci-dessus en sa faveur. La forme des habillemens de TEvêque qui y est représenté, et surtout celle de sa mitre à pendans, aussi bien que son amict à plage ou à collier, n'indique ni le sixième ni même le huitième siècle. On peut en faire la comparaison avec la figure de S. Rémi, gravée dans les Notes de Dom Hugues de Menard sur le Sacramentaire de S. Grégoire, page 364. Mais comme Dom Plancher a jugé plus sainement que les autres sur le tems de ce portail, il auroit du aussi examiner de plus près les statues des Rois et des Reines qui y sont. Les plus sçavans n'ayant pu là-dessus porter un jugement uniforme, l'examen que j'ai fait d'autres portiques m'a fait penser que ces Rois et ces Reines sont comme ailleurs des Rois et des Reines de l'ancienne Loi, excepté les deux Rois les plus éloignés de la porte. Les raisons en sont déduites dans un Mémoire Mémoire que j'ai dressé séparément. Ce portail me paroît avoir ^* l'Acad. des été retouché. Il devoit avoir dans son milieu un trumeau auquel derannée'*i75i. les deux battans de la porte venoient aboutir, et ce trumeau de pierre devoit représenter Jésus-Christ auteur de la nouvelle Loi, de même qu'il est en plusieurs Eglises anciennes, entr'autres à Notre-Dame de Paris : mais comme ce même trumeau nuisoit souvent au passage, il fut ôté de là, il y a plusieurs siècles, et pour supporter le mur, on mit dans le haut une grande pierre traversale, telle apparemment qu'on la voit encore qui représente la Cène, ainsi qu'on en mettoit autrefois au retable des autels. Le trumeau enlevé de ce«te place, fut probablement appliqué par la suite contre le mur dans l'Eglise, dans le côté septentrional de la nef, avec la statue qui y étoit adhérente. Je croi pouvoir conjecturer que cette statue déplacée, et dont le visage étoit défiguré par la vétusté, donna occasion à bien des raisonnemens, de même qu'avoit fait un semblable trumeau exposé ci-devant au parvis de la Cathédrale de Paris, et dont j'ai parlé à l'article de Notre- Cy-dessus p. 8 Dame, et il n'est pas étonnant que dans la suite on Tait pris pour une statue de la Déesse Isis.

Ce trumeau déplacé aura été pris d'autant plus facilement pour cette Déesse, qu'il pouvoit contenir dans le bas la représentation de quelques espèces de serpens, comme celui du parvis de N. D.

Le nom d^Issy qui avoit été le plus prochain village de ce côté là durant plusieurs siècles, aura aidé à cette interprétation : car on a cru autrefois que la même Isis^y avoit été honorée.

Une autre antiquité qui a été négligée de nos jours dans la

même Eglise, est le tombeau qui y fut découvert en 1704, à l'en-

Hist.derAbbay. droit OÙ Ton posa les fondations du nouvel autel, et qu'on ne dai-

S. Germ. g^^ pj^g ouvrir, quoique les sculptures dont il étoit orné à l*exté-

^' rieur dussent exciter la curiosité. On laissa ce tombeau à la même

place.

Le nouvel autel dont je viens de parler, n^a pas succédé immédiatement à celui que le Pape Alexandre III avoit consacré en 1 163. Il en avoit été dressé un autre à l'ancienne place en i557. Depuis il y avoit eu du changement en i653, et un autel reconstruit de nouveau avoit été béni par François Batailler, Evêque de Bethlehem, en 1678. Par tous ces changemens, le grand autel se trouve aujourd'hui au milieu de l'Eglise, entre la nef et le chœur. Le tombeau de Saint Germain est enfermé sous cet autel, et la châsse qui renferme son corps est élevée au dessus. L'autel matutinal, que quatre Evêques de la suite d'Alexandre III avoient consacré au fond du sanctuaire, a été entièrement détruit, et le siège Abbatial mis en sa place ; ensorte qu'il n'est resté du nom de Saint Germain vers le fond de ce sanctuaire, qu'un puits appelle le puits de Saint Germain. Ce puits existoit dès la fin du IX siècle. Abbon, Moine de ce lieu, en fait mention dans son Poëme du siège de Paris par les Normans, dont il fut témoin, et il assure que dès-lors on en buvoit de l'eau pour être guéri de la fièvre, comme l'on fait encore. Son ouverture est entre les deux premiers piliers du fond de ce sanctuaire en tirant au côté septentrional. Elle est maintenant cachée par la boiserie.

Les châsses, qui selon l'ancienne disposition auroient du rester au fond avec celle de S. Germain, ont été avancées vers le milieu, et placées autour de six piliers, sçavoir, quatre de la croisée et deux du chœur. Elles sont au nombre de huit, et la plupart contiennent des corps saints apportés d'ailleurs.

Après le corps de S. Droctovée, premier Abbé du Monastère de S. Vincent de Paris :

Celui de S. Venant, Abbé à Tours, mort au V siècle ;

Celui de S. Leufroy, Abbé au Diocèse d'Evreux, décédé en 788;

Celui de S. Turiaf, Evêque de Dol, mort en 749. Ces deux derniers avoient été mis en dépôt à Saint Germain à la fin du IX siècle ;

Ceux des Saints Georges et Aurele, et une partie de celui de Ste Natalie, martyrisés en Espagne en 852,

Et enfin des Reliques de S. Amand, Evêque de Mastrict, mort

en 679, dont le corps fut apporté à Paris du tems des Normans. On m^a dit que Tune de ces huit châsses ainsi élevées n'a point de dénomination.

Je n'ai rien à observer sur ces châsses, sinon que dans une calamité arrivée vers Tan 1490, on résolut, à l'Abbaye, de porter la châsse de S. Turiaf dans une Procession solemnelle, et qu'afin que le Clergé y parût nombreux, l'Evêque de Paris, à la prière de l'Abbé, enjoignit aux Curés d'Issy, Vanves, Clamart, Meudon, Reg. Ep. Par. Bagneux et Fontenet, d'y assister le jour que cet Abbé assigneroit. ^^ •''''• Ce fait sert à confirmer ce qui se trouve dans le Bréviaire de Paris, au i3 Juillet.

La châsse du corps de S. Maur d'Anjou, tirée de l'Abbaye de son nom, proche Paris, apportée en cette Eglise en 1750, et conservée dans le Trésor, attend une place encore plus distinguée que les huit châsses précédentes, surtout s'il est vrai que le grand nombre de phalanges et autres petits os qui y sont contenus dans un sac de toile avec des cendres sépulcrales,''et que j'ai vu à découvert, soient de deux Saints de la première célébrité, sçavoir, de S. Pierre, prince des Apôtres, et de S. Etienne, premier des Martyrs, comme il paroît qu'on le prétend, à la page 1 5 d'un écrit anonyme, imprimé in-4®, dans la même année, sans nom d'Imprimeur.

Les Historiens de cette Abbaye n'ont pas connu un état des Reliquaires et autres pièces d'argenterie, aussi bien que des ornements qui furent engagés par le Monastère à l'Abbaye de Saint Magloire, au mois d'Août 1346, dans le tems que cette Maison avoit besoin d'argent, s'étant obérée à l'occasion de ses procès contre l'Université. Ce que j'y ai remarqué de conforme aux , anciens rits de l'Eglise de Paris, est que cette Abbaye avoit comme elles des aubes parées, c'est-à-dire garnies de plages ou paremens d'étoffes précieuses dans le bas, devant et derrière et aux poignets. Alors les Grandes Abbayes observoient beaucoup de pratiques semblables à celles des Cathédrales^ celle de S. Denis en pratiquoit plus qu'aucune.

Lorsqu'on bâtit les maisons des Marchands de la Cour de l'Abbaye vers le commencement du présent siècle, on découvrit en terre une grande quantité de cercueils de pierre tendre ou de plâtre, ce qui marque la dévotion qu'avoient eu anciennement les Parisiens de se faire inhumer aux cimetières proche les Basiliques où reposoient les Saints. On en découvrit encore à trois ou quatre pieds en terre, au mois de Mai 1748, beaucoup d'autres semblables, proche le portail de la rue Ste Marguerite à droite en allant à l'Eglise, lorsqu'on bâtit les petits logemens qu'on voit du côté du jardin du Palais Abbatial. Ce qui en prouve la haute antiquité, est qu'à la tête de quelques-uns, au côté extérieur, étoit

figurée une croix et une colombe sur cette croix. On n^y remarqua point autre chose.

La belle Chapelle intérieure de Notre-Dame est aussi mémorable par les sépultures qui y sont. Il y a celles des Abbés de S. Germain qui Tout fait construire au XIII siècle; celle de Pierre de Montreuil, Architecte, qui l'a bâtie. On y enterre les Généraux de la Congrégation de S. Maur et autres premiers de la Maison. Dom Jean Mabillon y fut inhumé en 1707, proche le mur à droite en entrant. En y faisant un vestibule en 1748, on y a placé plusieurs vieilles tombes dans une situation contraire à leur position primitive, c'est-à-dire les pieds des effigies étendus vers le couchant, ce que j'ai cru devoir observer, afin qu'on n'y soit point trompé dans la suite. Les anciens Bénédictins au XIV siècle venoient faire l'Office entier dans cette Chapelle le jour de TAnnonciation, qui étoit celui de la Grande Fête de la Ste Vierge, conformément à l'ancien esprit de l'Eglise. En i562, que les Religieuses de l'Abbaye de Chelles se retirèrent au Monastère de Saint Germain à cause des • troubles, ce fut en cette Chapelle qu'elles chantoient l'Office. Il Reg, Ep. est fait mention de la même Chapelle dans les Registres de TAr- I Jan. 1606. chevêche, à l'occasion de quelques Sacres d'Evêques qui y ont été faits. Les Religieux y chantent leur Messe conventuelle le premier Mai, pendant que le Clergé de l'Eglise Archipresbyterale de Saint Severin chante sa Messe de Paroisse au Chœur.

Le Catalogue 'des manuscrits de ce Monastère m'a fourni les Ecrivains suivans : deux Abbés et quatre Religieux, qui sont dits être de l'Abbaye de Saint Germain des Prez. ^ Joannis de Precy Abbatis. Traduction Françoise du commentaire de la règle de S. Benoît, par Bernard, num. 963.

Guillelmi Abbatis Commentaria in vêtus Testamentum. num. 122.

Gordoni Monachi Comment, in Evangel, S, Joan, num. 681.

Placidi Legerii Monachi sermones. num. i552.

Rainaudi Gibonii Commentar. in PS. 61.

Pétri Pariselli sermones. n. i332.

Annal. Dom Mabillon fait mention de quelques livres de Retractations,

L v, p. 137. composés avant l'an 1 3oo par Gislemar, Moine de ce même Monastère.

J'ai observé à l'article de l'Abbaye de Sainte Geneviève, qu'en

mémoire de la résidence qu'y fit le Pape Eugène II, il y eut à

Tenclos de l'Abbaye une porte qui fut nommée la Porte Papale. Il

en fut de même à S. Germain par rapport ^ l'entrée qu'y fit en 1 163

Ancien Plan de le Pape Alexandre III. La Porte Papale étoit située du côté de la

s. Germ. J.^Q ^j^g ^ présent la rue S. Benoît, beaucoup plus bas que celle

Bouillart. p. 100. / j 1, * i t 1 a

par laquelle on entre en la Cour de lAbbaye par la même rue.

ou PLUTOT l'eVIEUX ANCIENNEMENT DEPENDANTE DE SAINT GERMAIN DES PREZ

Tous les Auteurs des descriptions modernes de Paris avancent, Du Breui, que dans le lieu où est cette Eglise, ou au moins dans les environs, ^" ^' P' '^^' il y a eu un Oratoire du titre de S. Jean-Baptiste ; c'est un sentiment dont je n'ai pas intention de m'éloigner. Quelqmes-uns d'entre eux ont assuré que cet Oratoire avoit été bâti par Saint Germain de Paris, lorsqu'il résida dans cette Ville avant que d'en être Evêque : mais aucun ne cite d'anciens monumens pour établir ce dernier fait. Il faut donc pour cela en revenir aux Fonts Baptismaux, dont j'ai déjà parlé aux pages i3 et 243, et en effet, quoique ce lieu ne touche pas immédiatement à la Cathédrale, la distance dont il en est, n'est pas assez considérable pour empêcher de croire que là étoient les Fonts du titre de S. Jean, où, depuis que la Cathédrale fut construite, l'on apporta les enfans de la Cité de Paris, pour être baptisés, le voisinage de la rivière étant d'une grande facilité pour avoir de quoi y baptiser par immersion suivant l'ancien usage ; car alors le lit de la Seine n'étoit pas retenu par un Quai élevé comme aujourd'hui du côté de l'Isle. D'ailleurs BoIL t. i. Jan. nous apprenons par le livre des miracles de Ste Geneviève, à l'oc- P- '•^** casion d'un débordement de cette rivière, arrivé dans la Cité sous l'Evêque Incade, entre 811 et 832, que la maison où cette sainte décéda étoit sur le bord de l'eau, voisine de l'Oratoire de S. Jean- Baptiste, lequel étoit même sur son fond, et dans lequel, suivant l'ancien écrivain de sa vie, elle avoit fait rassembler les Dames de Paris, pour se mettre en prières lors du bruit de la venue d'Attila, comme dans un lieu sûr. Ces témoignages venant au secours de la tradition de S. Germain le Vieux \ aussi bien que le voisinage de la Chapelle de Sainte Geneviève nouvellement détruite, m'ont fait penser que c'est en mémoire de l'Oratoire de S. Jean, que le culte en fut transféré depuis avec distinction dans la petite Eglise voisine, que les Religieux de Saint Germain des Prez pouvoient avoir eu du don de quelque Evêque de Paris, pour y mettre à couvert des Normans les reliques ou autres effets de leur Eglise, de même que l'Abbaye de Sainte Geneviève et le

I. Je me conforme à Pu sage d^écrireLe Vieux, quoiquMl ne soit pas meilleur (comme on va voir) que celui d^écrire Fauxbourg au lieu de Forbourg, 11 est certain qu^encore dans le XIV siècle, le quartier habité hors la porte Saint Denis étoit appelle Forensis Burgus, Je Tai trouvé ainsi dans un acte de Tan i33o qui détermine retendue du Fief de Teroûenne»

HIST. DE PARIS. — T. I. l8

Clergé de Saint Germain FAuxerrois avoient eu un lieu de refuge dans la Cité. C'est tout ce qu'on peut dire là-dessus de plus vraisemblable, sans aller chercher dans le quartier de la Grève hors du vrai Paris les choses qui se trouvent toutes avoir été dans la Cité. Un des fragmens de la Chronique de Saint Germain des Prez du XII siècle, et insérés dans Aimoin de Fleury, marque à Toccasion du retour des Normans à Paris, en 886, que le corps de Saint Germain fut porté alors dans la Cité en une Celle ou petit Monastère qui appartenoit à son Eglise du faubourg, et que sa protection servit beaucoup à empêcher l'entrée de ces Barbares. S'il est vrai que ce fut dès le tems auquel ce saint corps fut retiré de cet Oratoire, que les Religieux de l'Abbaye y laissèrent un os du bras, il en faut conclure que c'est aussi ce qui fut l'occasion de lui donner peu à peu le nom de Saint Germain. Mais le plus difficile est de sçavoir pourquoi on l'auroit surnommé le Vieux, puisque c'étoit l'Eglise la plus nouvelle qui fût dans tout Paris, entre celles du nom de Saint Germain. Il reste un acte auten- Parv. Pastorale tiquQ de l'année 8ii, dans lequel sont nommées deux Eglises de HiMt. Ecci. Paris comme existantes alors ; l'une dite Sanctus Germanus tout Parti. T. I. simplement, qui est Saint Germain l'Auxerrois ; l'autre appellée Sanctus Germanus novus, qui doit être Saint Germain des Prez, lequel n'avoit pu commencer à être dite de S. Germain que depuis soixante ans, sçavoir dans le tems de la translation du corps de ce Saint, faite en l'an 754. Pourquoi donc auroit-on pu s'aviser raisonnablement d'appeller S. Germanus vêtus, une Chapelle qui n'a pu commencer à regarder Saint Germain, Evêque de Paris, comme son patron, qu'après Tan 886 ? Il est incompréhensible comment on a pu s'accoutumer à appeller Tancienne Eglise Sanctus Germanus novus, et la nouvelle Sanctus Germanus vêtus. Ainsi on ne doit pas regarder comme recevable la raison que quelques-uns ont donné de ce nom, disant que c'est parce que Saint Germain avoit logé en ce lieu avant son Episcopat, qu'on le nomma vers l'an 900 Saint Germain le Vieux. Peut-être faut-il écarter en cette occasion toute idée de vieillesse ou vétusté, et dire qu'originairement on a eu intention de signifier une Eglise située dans un lieu aquatique et sur le bord de la rivière : Saint Germain l'Aivieux, ou l'Evieux, Sanctus Germanus Aquosus, et que c'est la ressemblance de la prononciation qui a fait changer la manière d'écrire le nom ; ensorte que l'on aura depuis substitué dans les titres latins l'adjectif Vêtus à celui à'AquosuSy ce qui étoit déjà d'usage au XIII siècle ^ Le nom de Palus, qui étoit là

I. On dit encore Evier et Aivier pour Aquarium, et on a dit Eve ^ouv Aqua. L^Abbé Chastelain a rendu en latin Neaufle le vieux par Nidalfa aqtiosa, et il récrivoit TEvieux. Martyr. Univ. p. 1046.

ANCIENNE DÉPENDANCE DE SAINT GERMilN DilS PREZ 276

avant qu^on eût élevé le terrain, est encore resté au quartier. On dit le Marché Palu.

Au reste, cette Eglise étoit érigée en Paroisse dès le commencement du XIII siècle. Elle se trouve dans le Fouillé de Paris du même siècle au rang de celles qui étoient de la nomination de l'Abbaye de Saint Germain des Prez, et sous le nom altéré de Sancti Germani veteris. Les Religieux cédèrent ce droit de présentation à l'Université de Paris, en i368, en échange d'une Chapelle de l'Université qui leur convenoit, étant proche leur jardin.

Il ne faut pas croire que cette Eglise ait toujours été élevée comme elle est et environnée des mêmes rues. Les élévations du terrain et les changemens de rue et de place n'étant pas de mon objet, je n'en dirai qu'un mot, et ce 'sera sur celle de Lormerie. On commença à rebâtir l'Eglise il y a environ six vingt ans. Le Grand autel construit alors, fut béni en i533, par l'Evêque de Megare, aussi-bien que la Chapelle du Sépulcre, par la permission de l'Evêque de Paris. Ce ne fut qu'en 1 544 qu'il fut accordé au Reg. Ep, Curé et Paroissiens de cette Eglise de faire porter dans la suite ^^ ^^^^' une bannière aux Processions, selon la coutume des autres Pa- ïbid. roisses. La raison pour laquelle elle n'en avoit pas porté ancien- *f ^^aù 1544nement, pouvoit lui être commune avec d'autres qui avoient été vic. Gen, à la jiomination de l'Abbé de S. Germain. Le portail et le clocher ne sont que de l'an i56o.

Le Pouillé Parisien, écrit vers l'an 1450, après avoir marqué la nomination de cette Cure comme appartenante au Recteur et à l'Université, et avoir ajouté que son ancien revenu est de trente livres, marque qu'il y a aussi en cette même Eglise une Chapellenie du titre de Ste Catherine à la présentation des héritiers de M. Etienne de la Clergerie, de Clergeria. En 1462, François Tab,Ep,inSpir. le Maire, épicier, y présenta, comme fils de Jacques qui étoit le plus proche parent d'Etienne de la Clergerie, neveu de Guerin, fondateur.

Le territoire de Saint Germain le vieux commence du côté du Petit-Châtelet, aux maisons qui font face à la porte de l'Hôtel- Dieu sur le Petit-pont ; il continue au premier coin à gauche, et comprend toutes les maisons qui sont à la même main : il n'a à la rue du Marché neuf, du côté de la rue de la Barillerie, que les deux premières maisons les plus proches du Marché ; mais il a toutes celles du Marché, et autres qui sont proche l'Eglise, le côté gauche de la rue Marché-palu, toute la rue de la Calendre, excepté du côté gauche les deux maisons les plus voisines de la rue de la Barillerie, et du côté droit les quatre ou cinq dernières maisons du même bout. A l'entrée de la rue S. Eloy par la même rue de la Calendre, il comprend trois ou quatre maisons de chaque côté.

A l'entrée de la rue aux Fèves, il en a cinq ou six à droite, et trois ou quatre à gauche. Au commencement de la rue de la Juiverie^ du côté gauche, il a les quatre ou cinq premières maisons, et à la main droite de la même rue, il a la troisième, quatrième et cinquième maison d'après la rue S. Christophe.

On dit une chose remarquable sur la cinquième maison qu'on trouve à main droite dans la rue de la Calendre, en y entrant par le coin de celle de la Juiverie. Il est de tradition, que c'est là qu'ètoit celle où S. Marcel, Evéque de Paris, vint au monde : elle a pour enseigne Timage de ce Saint et de Ste Geneviève; le Clergé de N. D. fait une station devant cette maison le jour de l'Ascension, auquel on porte en procession la châsse du même Saint. Lib. I, p. 73. Quoiqu'on voye par une charte rapportée dans Du Breul, que le Chapitre de S. Marcel n'a pas toujours eu de droit sur cette maison, et que c'est seulement en i23o qu'il en eut le cens, par échange avec les Templiers pour une maison de sa censive de S. Hilaire, néanmoins les Receveurs de cette Collégiale mar- ' quoient dans leurs livres dès l'an i23o, que cette maison voisine de Saint Germain le vieux, par laquelle on alloit du Petit-pont à la place de S. Michel du Palais, étoit celle in quanatnsfuit beatus Marcellus patronus noster, et ils ajoutent que de leur tems elle avoit pour enseigne ad galeam.

La rue où est située cette maison, est désignée en ces termes dans un acte de i23o: Via quâ itur à parvo ponte ad plateam S, MichaeliSy cela s'entend de S. Michel du Palais. Ensuite vers l'an i3oo, on appella la moitié orientale du nom de la grande Orberie, parce que la ruelle dite depuis du Four-basset s'appelloit Gioss. Cang. la petite Orberie. Mais il faut sçavoir que ce mot Orberie étoit voce Lormarius. yne altération de celui de Lormerie, qui étoit devenu son nom depuis que les Lormiers, espèce d'artisans en fer et en cuivre, s'y ètoient assemblés. Par la suite le terme de l'Orberie ayant prévalu lorsque les Lormiers se dispersèrent, ou qu'ils allèrent demeurer dans un autre quartier s'étant formé en ce lieu une place d'herbiers, on crut que l'Orberie signifioit l'Herberie, qui fut aussi écrit par quelques-uns l'Arberie. Mais comme la plupart des rues qui ont des noms de métiers, n'ont gueres commencé que vers le règne de Philippe-Auguste, je conjecture que cette rue avoit eu primitivement, suivant l'ancien usage, le nom de l'Eglise qu'on y voyoit.

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