SITUÉE SUR LE TERRITOIRE DU MONASTERE DE S. VINCENT
Ce que j'ai rapporté cy-dessus, page 268, du martyrologe d'Usuard, conservé à Saint Germain des Prez, touchant la Dédicace d'une Eglise dont S. Jean-Baptiste étoit le premier Patron et Saint Sulpice le dernier, m'a frayé le chemin pour penser que cette Eglise qui devoit être distincte de la grande Eglise de TAbbaye, et n'en devoit cependant pas être fort éloignée, a été située au lieu même où est bâtie celle de Saint Sulpice ou aux environs et que c'étoit TEglise baptismale du Bourg de l'Abbaye : ensorte que ce Bourg auroit eu son baptistère comme la Cité avoit le sien à Notre-Dame, dans les siècles reculés. On sçait que par lettres du Roy, de Tan 1297, ce bourg appelle Villa Sancti Germani, fut DuBrcui,p.252. déclaré n'être compris dans les Fauxbourgs de Paris. Le sentiment de ceux qui croyent que c'étoit la Chapelle de S. Pierre, occupée aujourd'hui par les Religieux de la Charité, qui étoit ce baptistère, m'a paru être fondé sur un monument trop récent et trop équivoque, quoique cité par Sauvai, pour pouvoir faire foi; l'auteur t. i, p. 434qui vivoit vers l'an 1430, faisant le catalogue des dépendances de l'Abbaye, s'explique en ces termes : In Villa Sancti Germani propè ParisioSj Ecclesia Sancti Sulpitii quœ est Capella beati Pétri in atrio ejusdem Villœ, Ce texte est si visiblement corrompu, que Dom Bouillard a cru le devoir donner d'une autre manière sur un manuscrit de la fin du XIV siècle, où ces deux lieux, Ecclesia hîm. de Saint Sancti Sulpitii, et Capella Sancti Pétri sont distingués l'un de .^""- p- '75. l'autre.
La Chapelle de S. Pierre qu'on a appelle S. Père, comme on fait encore à Chartres, à Auxerre et en beaucoup d'autres lieux, et qui a donné son nom à la rue que Ton nomme aujourd'hui par corruption des Saints Pères, avoit toujours été au même lieu depuis sa première construction, elle pouvoit avoir été bâtie en mémoire de ce que les cryptes de la grande Eglise de Saint Germain, démolies ou bouchées, avoient été sous l'invocation de S. Pierre. L'Eglise de Saint Jean-Baptiste, Saint Laurent et Saint Sulpice a toujours aussi été dans l'endroit où on la voit, et où elle est connue sous le titre de ce dernier Saint. Il peut seulement se faire que pendant quelques années on ait fait les fonctions curiales en cette Chapelle de S. Pierre pour une partie du Bourg de Saint Germain, pendant qu'on bâtissoit l'Eglise de Saint Sulpice, qui a été dernièrement abbatue ; et c'est ce qui
auroit porté à croire que S. Pierre étoit le premier Patron de la Paroisse de Saint Sulpice.
Le caractère dont est écrite dans le martyrologe d'Usuard l'annonce de la Dédicace de Saint Jean, Saint Laurent et Saint Sulpice au 10 May paroissant être d'environ l'an 11 00 ou ii5o, l'on peut fixer l'époque de cette Dédicace à la fin du XI siècle : mais insensiblement l'usage qui fait abréger l'énumeration des Patrons des Eglises, aura porté à ne conserver ici que le dernier. Quoique le premier Curé de S. Sulpice connu soit Radulfe, qui vivoit en 12 10, sous lequel l'étendue de la Paroisse fut diminuée du côté de Paris à l'occasion des nouveaux miirs de la Ville construits par ordre de Philippe-Auguste, il ne s'ensuit pas qu'il n'y en eut eu aucun auparavant. On voit dans un titre rapporté dans du Breul les relations où étoit avec l'Abbaye ce Prêtre de Saint Sulpice, pour le gouvernement de sa Paroisse. Le détail fait voir combien les choses changent avec le temps.
Les anciennes Eglises Paroissiales dépendantes des Abbayes avoient ordinairement assez prés d'elles un cimetière, et on y enterroit les morts jusques dans le parvis ou Atrium de l'Eglise, d'où même l'on croit que le nom d'Atrium a signifié souvent un cimetière. Or c'est dans le parvis de Saint Sulpice qu'ont été trouvés en 1724 deux sépulcres de pierre, les pieds tournés vers l'orient, l'un de cinq à six cens ans, l'autre d'environ mille ans. Le premier indiquoit le XII siècle ou environ, à en juger par la plaque de cuivre émaillé qu'on y trouva représentant l'histoire d'Elie et de la veuve de Sarepta *, ce qui dénote une sépulture chrétienne. L'autre tombeau de pierre étoit aussi d'un chrétien nommé Herluin, avec une inscription en caractères du VIII siècle au plûtard, dont voici la teneur : Hic jacet inclusus Tetopi de stirpe creatus Herluinus * comdam vocatus nomine qui obiit L, Mercure de Les connoisseurs en ont jugé par la gravure qui est dans un France Ma! 1734. journal. Ainsî OU ne peut gueres douter que la destination
chrétienne de ce lieu n'ait environ mille ans d'antiquité. L'éloge qu'Usuard fait de S. Sulpice en son martyrologe, suppose que ce saint lui étoit particulièrement connu, et peut-être dés son temps, c'est-à-dire au IX siècle, il étoit patron de l'Oratoire de ce lieu là. Ce degré d'ancienneté peut servir à prouver que le Prêtre préposé à toute la Paroisse, résidoit à Saint Sulpice, et qu'il a seulement pu être autrefois dans l'usage d'aller par droit ou par charge, au nom de l'Abbaye, officier à certains jours