‹ Histoire de la ville et de tout le diocèse de ParisChapitre 99 sur 210 · SAINTE COLOMBE · texte numérisé non relu

SAINTE COLOMBE

J'ai publié, en 1743, un écrit pour prouver que c'étoit au lieu Dissert, sur où est la Chapelle de Saint Bond, que subsistoit l'Eglise de Sainte * "**^- ^* **■"*♦ Colombe, dont il est parlé dans la vie de S. Eloy, écrite par chtz Durand. S. Oûen, auteur contemporain; j'y ai dit que le saint Orfèvre, ayant travaillé à orner le tombeau de cette sainte Martyre de Sens, les reliques qu'il dut en apporter par dévotion, furent destinées par lui pour l'autel de cette Eglise, dont il doit être regardé comme le fondateur, de la manière dont il en a parlé à l'occasion Vita s. EUg. de l'accident qui y arriva : que durant qu'il travailla à Sens, un '*''• '' ^' "'• saint BalduSy grand pénitent, étant récemment mort et éclatant en miracles proche la même ville, cela dut lui inspirer la pensée d'en apporter quelques précieux restes qu'il joignit aux reliques de Ste Colombe : que les reliques, à cause des guerres inévitables autour de Paris, ayant été mises en sûreté à l'Abbaye de S. Pierre des Fossés, les religieux ne reportèrent depuis à la petite Eglise voisine de la Cité de Paris que celles de S. Bond, qui en retint le nom lorsqu'elle eut été rebâtie comme dépendance du Prieuré de Saint Eloy réuni à cette Abbaye au commencement du XII siècle et qu'ils retinrent celles de Ste Colombe que les Chanoines qui* leur ont succédé conservent encore : que ce S. Bond, Baldus^ étoit celui de Sens dont le même Prieuré de S. Eloy célébroit la Fête avec distinction le 29 Octobre, sans faire jamais aucune mention

de S. Bonit ou Bonet^ Evêque de Clermont; ce qui se vérifie par les anciens Calendriers et livres Ecclésiastiques de ce Prieuré jnBibiioth, écrits au XII, XIII et XIV siècles; et que ce n'est que dans les pp, Barnabit. j^^tes civils que les Notaires, au lieu d'appeler cette Chapelle Sanctus Baldus, voyant qu'on prononçoit Saint Bont, ont rendu ce nom en latin par 5. Bonitus, ce qui a été cause qu'on a laissé dans les derniers temps le saint Pénitent de Sens, pour honorer S. Bon de Clermont.

La Chapelle que l'on voit aujourd'hui et à l'entrée de laquelle

il y a beaucoup à descendre, est grossièrement bâtie : la tour qui

est au côté méridional du Sanctuaire est une des plus anciennes

de Paris et paroît avoir six ou sept cens ans. Ce Bénéfice a eu

plusieurs maisons dans Paris, suivant un titre de iSoj. Mais

jamais il n'a été titré Paroissial, quoique l'Auteur du Pouillé écrit

Reg.Ep. vers 1450 l'ait crû. L'Eglise a seulement servi à faire l'Office

is Sept. i55i, j^ quelques confréries. Quelques familles Juives ont autrefois

Sauvai, logé dans le voisinage; ce qui fait que dans un titre de l'an 1261

T. I, p. 117. on li^ Judearia S. Boniti.

Cette Eglise ou Chapelle de Saint Bond est revenue en ces derniers temps aux Chanoines de Saint Maur des Fossés, comme ancienne dépendance de celui de Saint Eloy, réuni à l'Abbaye, et ils ont cédé Tusage du bâtiment aux Paroissiens de Saint Merry ; ils ont de plus consenti au don que M. l'Archevêque visitant la châsse de S. Babolen, premier Abbé des Fossés, au mois d'Août ijSo, a fait au Clergé de Saint Merry du cubitus droit de ce Saint, pour mettre dans cette même Chapelle.

Ancienne Dépendance Cemeteriale du Monastère de Saint Martial de la Cité

de Paris, dit autrement Saint Elojr

ET DE SAINTE MARGUERITE son démembrement

Plusieurs écrivains de nos jours ayant cru qu'on pouvoit suivre Spiciieg. à la lettre ce qu'on lit dans la vie de S. Eloy au sujet de TEglise f»/o. T. IL jg Saint Paul de Paris, je ne prétens point m'écarter absolument de leur sentiment. Quoique je pense que dans cette vie tout n'est «pas également autorisé, et qu'il y a eu des additions faites à cet ouvrage de S. Ouen, Evêque de Rouen, je ne laisserai pas de dire sur la foi de cette vie telle qu'elle est aujourd'hui, que cette Eglise a commencé par une Basilique que S. Eloy fit construire sous le

ANCIENNE oéPENDANCE DE SAINT ELOY 321

titre de Saint Paul, Apôtre, pour y enterrer dans le cimetière les Religieuses du Monastère quUl avoit construit dans la Cité de Paris. Le reste du texte attribué à S. Ouen, consiste à dire que « cette Basilique avoit une couverture de plomb fort élevée, et « que le bienheureux Quintilien, Abbé, reposoit dans cette même « Basilique », qui sont des faits où il n'y a rien d'incroyable, mais qui peuvent avoir été insérés par un écrivain plus nouveau que S. Ouen, comme seroit un des Prêtres qui desservoient le Monastère de S. Eloy de la même ville, dans le tems qui suivit les guerres des Normans, c'est-à-dire lorsque ce même Monastère se trouva soumis entièrement à l'Eglise de Paris, en conséquence d'un Diplôme de Charles le Chauve de l'an 871. On y trouve tant de phrases et de périodes tournées dans le style rimé du X ou XI siècle, qu'il est aisé de s'appercevoir que vers ces tems-là on a pu amplifier et retoucher l'ouvrage de S. Ouen *. Quelques personnes même ont observé, que dans plusieurs anciens manuscrits du XII et du XIII siècle, l'Eglise que S. Eloy fit bâtir est simplement dite avoir été du titre de S. Paul, sans l'addition du titre d'Apôtre; ces manuscrits sont cités dans le procès-verbal de la découverte du corps du B. Quintilien dressé en 1490. On infère de là que primitivement l'Eglise de Saint Paul qui étoit Du Breui dans la campagne, a pu avoir tiré cette dénomination du véne- **^* '*' rable Paul, Evêque de Paris, qui auroit été inhumé là dans un ' '

champ, selon l'usage du IV siècle où il vivoit, ou bien que le Saint Paul, du nom duquel étoit la Chapelle cemeteriale des Religieuses de Ste Aure dans Paris, a été S. Paul, hermite, de même qu'à Joarre, célèbre Abbaye au Diocèse de Meaux, la Chapelle et Crypte cemeteriale des Religieuses, construite au même siècle que celle de Saint Eloy, est sous le titre du même Saint Paul, hermite. Cette pensée est d'autant mieux fondée, qu'il y a preuve que cet Oratoire de S. Paul hermite a été bâti à Joarre par Agilbert, Evêque de Paris, qui mourut en ce Monastère Gaii. Chr. dont sa sœur étoit Abbesse et qui fut enterré en cette même ^- ^'^' ^*''- ^7- Chapelle vers l'an 680, toutes circonstances marquées dans le Cartulaire de cette Abbaye. Or le choix de Saint Paul hermite pour titulaire de la Chapelle d'un Cimetière de Filles qui ont ' renoncé au monde, semble être appuyé sur la narration des funérailles de ce Saint anacorette rapportée par S. Jérôme, au lieu qu'on ne voit pas clairement pour quelle raison l'Apôtre Saint Paul ait pu être choisi pour titulaire d'une Chapelle cemeteriale.

Après ce préambule qui m'a paru nécessaire, je suis obligé de

I. Le Père le Cointe s^est déjà apperçû de quelques interpolations faites à cette vie. Annal. Francor, T. IIl. p. jy5.

HlâT. DE PARIS. — T. I. %l

322 fiGLISR DE SAINT PAUL

reconnoître que nous ne trouvons aucun monument qui nous instruise sur l'état de cette Eglise jusqu'au XII siècle. On peut seulement conclure de la donation que le Roi Charles le Chauve fit en 871, de l'Abbaye de Saint Eloy à l'Eglise de Paris, que de même que les Chanoines allèrent faire la station en cette Abbaye au jour de la fête de ce Saint, l'Eglise de Saint Paul fut aussi vers ces tems-là comprise dans le nombre de celles où le Clergé de cette même Cathédrale se transportoit aux jours de la Fête pour y célébrer la Messe, suivant que les rites Romains reçus depuis peu le prescrîvoient aux Eglises Cathédrales, à l'exemple de celle de Rome. Peut-être même fut-ce alors qu'à cause de l'incommodité d'aller si loin au mois de Janvier, où tombe la Fête de S. Paul, hermite, on convint d'y aller le 3o Juin, jour de la Commémoration de S. Paul, et que ce fut ce qui fit perdre le souvenir du saint anacorette. Il falloit que cette Eglise fût déjà un peu considérable au IX siècle, puisque lors de l'établissement de la procession du 25 Avril, introduite alors en France avec plusieurs des usages Romains, l'Eglise de Paris la choisit pour la station de ce jour-là. Elle est appellée Ecclesia Sancti Pauli de campis dans l'acte de 1212, par lequel le Curé de Saint Gervais fut déchargé d'encenser le Clergé de cette Procession, passant dans la rue de la Mortellerie, et le Curé de Saint Jean chargé de le faire. Une charte de Galon, Evêque de Paris, de l'an 1107, GaiL Chr, suppose que dès-lors il étoit de coutume ancienne que le Chapitre Is V^'.Q ^^ Paris allât à l'Eglise de Saint Paul le jour de la fête et pour cette raison l'Abbaye de Saint Eloy étoit tenue envers le Chapitre ce jour-là, à une redevance de huit moutons, deux muids de vin mesure du cloître, trois septiers de froment, six deniers et une obole. Ce titre ne prouve point que Saint Paul fût dès ce tems-là une Paroisse; mais une Bulle d'Innocent II, de l'an ii36, où les Eglises dépendantes de Saint Eloy sont marquées, l'insinue assez ; on y voit avec quatre autres Eglises de la Cité, dont j'ai parlé ci-dessus, Ecclestam S, Pauli extra civitatem. Bien plus, le Prêtre de Saint Paul se trouve dans le Catalogue des Prêtres Cardinaux de Paris, qui paroît avoir été rédigé d'abord vers le même tems, récrit et augmenté dans le siècle suivant. On y lit Presbyter S. Pauli Parisiensis. Il est nommé le premier, mais l'écrivain de la copie de ce Catalogue faite vers l'an 1200, n'a pas eu intention d'arranger les Prêtres-Cardinaux suivant l'antiquité de leur Eglise.

A mesure que Paris s'aggrandit, le nombre des habitans du Bourg de Saint Paul augmenta, et le territoire de la Paroisse confinant d'un côté et entremêlé avec celui de Saint Gervais, s'étendit de l'autre côté jusques vers Charonne et vers Charenton,

Instr. p. 43,

comprenant ce qui a depuis formé la Paroisse de Ste Marguerite, territoire où le Prieuré de Saint Eloy avoit de grandes cultures, la plupart en labourages, de sorte que ni la clôture de Paris, faite du tems de Philippe-Auguste, ni les remparts des derniers siècles ne lui servoient point de barrière.

Le bâtiment de l'Eglise que l'on voit aujourd'hui est au moins le troisième, depuis celui qui fut construit au VII siècle, lequel avoit été exposé aux insultes des Normans. Ayant été réparé, il put subsister jusqu'après l'an looo, auquel tems on rebâtit les Eglises presque partout. L'édifice actuellement existant n*a rien de plus ancien que le bas de la tour, qui par le dedans est du XIII siècle, ensuite les trois portiques qui sont d'environ Tan i35o, ou un peu après, par le bas seulement; ensorte que rien n'empêche qu'on ne croye que c'est ce devant de TEglise dont a voulu parler Christine de Pisan, dans la vie de Charles V, lorsqu'elle dit de ce Prince : « Item l'Eglise de Saint Paul empres « son Hostel moult fit amender et acroistre. » Le reste est d'une structure de la fin du règne de Charles VI, ou plutôt du règne de Charles VII, qui a duré depuis 1422 jusqu'en 1461. C'est un gothique qu'on auroit pu faire paroitre plus délicat, en ne rendant point si massive la galerie qui règne sans interruption des deux côtés de la nef et du chœur.

Il reste une tradition, que je ne donne pas comme bien assurée, c'est que les Artisans Fouleurs de draps et Tondeurs sont fondateurs de cette Eglise ; il y a même sous le clocher du côté de la rue un vitrage où ils sont représentés travaillant de leur métier, et ils sont encore dans l'usage de faire en particulier et avec distinction dans cette Eglise la fête de Saint Paul, le premier jour de Juillet, le lendemain que la Paroisse l'a célébrée. Je croirois que cette vitre, qui ne paroît être que du siècle dernier, seroit seulement un mémorial de la contribution considérable qu'auroient faîte pour le bâtiment de l'Eglise précédente, c'est-à-dire de celle qui fut bâtie au XIII siècle, ces sortes d'artisans, qui pouvoient être alors en grand nombre sur le territoire de la Paroisse. Il est très-certain qu'au moins ils avoient une place ou marché aux environs de la Porte et de la Place Baudoyer, et comme le Prieuré de Saint Eloy avoit là une censive, ce lieu devoit être de la Paroisse de Saint Paul. En 1270, ces artisans VitaS.Lud. se plaignirent au Roi Philippe le Hardi du tort qu'on leur faisoit P^f Mtnoritam, de cette place. Pour ce qui est de l'édifice actuel, fini du tems se^à^ud^Boii de Charles VII, les vitrages du chœur et de la nef garnis partout de fleurs de lys, sont des indices assez certains que ce Prince aura contribué à l'avancement du bâtiment, ou en mémoire de ce que cette Eglise a été la Paroisse du Roi Charles- V, son ayeul,

Vie de Ch. V, et de Charles VI, son père, lorsqu'ils ont demeuré au Palais dit par Christine pHôtel Saint Paul. C'est même dans cette Eglise que Charles VI

de Pisan. i • a «^o o i

reçut le baptême en i368.

Ceux qui avant moi ont écrit sur la même Eglise, s'étendent sur les vitrages de quelques Chapelles, et principalement sur ceux des Charniers, qui sont d'un travail généralement estimé. Je me contente de faire observer ici, que les vitrages du corps de l'Eglise qui sont gothiques, à la reserve d'un, et chargés d'inscriptions gothiques, contiennent quelques particularités dignes de remarque. Dans la nef, par exemple, à l'un de ces vitrages situé dans le côté méridional, presque vis-à-vis le pilier de la chaire du Prédicateur, sont quatre pans ou panneaux, et voici ce qu'ils contiennent. Au premier est représenté Moyse tenant de la main droite un glaive élevé, et de la gauche les Tables de la loi. Au second est peint un jeune homme vêtu de bleu, à cheveux blonds, tenant de la droite un sabre, et de la gauche une tête coupée, qui est sans doute David, et dans le haut de ces deux panneaux règne cette inscription : Nous avons défendu la Loi. Au troisième panneau est figuré un homme de moyen âge, vêtu d'un habit court, sur le devant duquel est pendante une grande croix potencée, comme celle du Royaume de Jérusalem ou du Duché de Calabre, laquelle croix est attachée à un collier en forme de chaîne. Le guerrier, qui paroît être un Croisé, tient une épée de la gauche, et de la droite le nom de JHS élevé et en lettres d'or gothiques. Au-dessus de sa tête est écrit : Et moi la Foy, Au quatrième panneau on voit une femme dont la coefFure est en bleu, les habits en verd. Elle a la main droite appuyée sur un tapis orné d'une fleur de lys, et de cette main elle tient une épée ; de sa main gauche posée sur sa poitrine, elle tient quelque chose qu'il n'est pas facile de distinguer. Au-dessus de sa tête est écrit : Et moy le Roy. J'ai pensé M. Daniel Que ce devoit être la Pucelle d'Orléans et un sçavant Historio- Poiiuche. graphe de la ville d'Orléans, à qui je l'ai fait voir, m'a confirmé dans ce sentiment. C'est peut-être le seul endroit public où soit représentée dans Paris Jeanne d'Arc, qui rendit de si grands services au Roi Charles VII contre les Anglois. Il y a apparence que ces vitrages ne furent faits que depuis l'an 1436, auquel Paris fut repris sur les mêmes Anglois. Pendant qu'ils en étoient encore maîtres, en 143 1 ou 1432, l'Eglise de Saint Paul avoit été dédiée le second Dimanche après Pâques, par Jacques du Chastelier, Evêque de Paris, qui tenoit pour le Roi d'Angleterre. Mais on a plusieurs exemples de Dédicaces d'Eglises faites avant que les édifices en fussent entièrement achevés.

Mon but principal étant de ne rapporter que les inscriptions les plus anciennes et qui sont peu connues, je me borne à celle-ci

de l'Eglise de Saint Paul : elle est gravée en petit gothique dans le mur proche la petite porte méridionale : Çy devant gist Dénisette la Bertichiere femme Husson de la Bertichiere, gardehuche de V Eschansonnerie du Roy et Lavandière du corps du Roy nostre Sire : laquelle décéda le jeudi XXVI du mois d'Octobre de l'an MCCCCXLI. Prie:^ Dieu qu'il ait l'ame d'elle.

Presque tous ceux qui ont écrit sur cette Paroisse, ont marqué qu^elle a servi de sépulture à Robert Cenal, sçavant Evêque d'Avranches, décédé en i56o; à Jean Nicot, Ambassadeur en Portugal, qui en rapporta la plante appellée Nicotiane de son nom, et ensuite Tabac ; il mourut vers l'an 1600 ; à deux célèbres Architectes, Pierre Biard et François Mansart, décédés en 1609 et 1666; à Adrien Baillet et Pierre-Silvain Régis, écrivains fon connus, mort Tun en 1706, l'autre en 1707. La sépulture de la maison de Noailles s'y voit dans la Chapelle de la Communion. Proche les orgues est l'épitaphe et la représentation en marbre de Henri Dumont, Abbé de Silly, Grand Musicien, qui avoit touché dans le siècle dernier l'orgue de cette Eglise durant 45 ans, et sous les charniers, celle de Jacques Phelyppeaux, Abbé du Bourg-moyen, décédé en 1647. François Rabelais, Médecin, qui sûrement a été Chanoine de Saint Maur des Fossez dans l'avant- Voyez l'article dernier siècle, quoiqu'en dise M. Piganiol, repose dans le Cime- ^* ^**°* iAmxit. tiere. Je finis en indiquant deux épitaphes posées dans le même cimetière au-dehors de la grande sacristie, et qui sont de la composition de M. de Bougainville, avant qu'il fût Secrétaire perpétuel de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres. L'une est de M. de la Tournelle de Couranci, mort âgé de 22 ans en 1740; l'autre de sa sœur, décédée en 1745 à l'âge de 24 ans.

Dans la Chapelle de la Communion bâtie au côté méridional de cette Eglise, vis-à-vis le sanctuaire hors d'œuvre, est un petit autel, où sont peints S. Eloy, Ste Aure et le bienheureux Quintilien. On a placé sous cet autel la caisse qui contient les ossemens de ce bienheureux Abbé. Du Breul a publié le procès-verbal latin du 6 Octobre 1490, dans lequel il est dit que ce jour-là, du tems que Jean Roussel y étoit Curé, comme on dèmolissoit un autel du titre de S. Ëloy et de Ste Aure, qui étoit sous la tribune où l'Evangile avoit coutume d'être chanté aux grandes Fêtes, on découvrit dans cet autel, au côté droit, une caisse dans laquelle, après qu'elle eût été ouverte en présence des députés de l'Evêque, on trouva les ossemens d'un corps humain enveloppés d'une étoffe rouge, avec un petit bâton ferré par le bout et cassé en trois, et une lame de plomb qui contenoit ces deux mots : Quintiniani Abbatis; outre cela, trois actes en parchemin, dont le premier étoit de Richard, Curé de Saint Paul en 1295 ; le second.

de Denis de Saint Clair, aussi Curé de Saint Paul en Pan i35o, et le troisième de Guillaume Pelecque, Vicaire de Jean Menard, Curé de la même Eglise en i377, lesquels actes marquoient que ces ossements avoient été trouvés en cet état dans ces différens tems. A rinstant ils furent remis dans la caisse ; les jours suivans on fit des recherches à Sainte Geneviève et à Saint Victor, et on y lut dans des Légendaires de trois ou quatre cens ans le passage de la vie de S. Eloy cy-dessus rapporté, faisant mention d'un Bienheureux Quintilien, Abbé, inhumé à Saint Paul. Mais nonobstant le titre de Beatus . donné par Pauteur de la vie, on n'osa pas le regarder comme Saint, ni placer cette châsse dans un lieu plus éminent ; on la laissa au même endroit renfermée entre les pierres, au lieu qu'auparavant elle étoit entourée de plâtre, et on se contenta d'envelopper ces ossemens d'un nouveau taffetas rouge. De toutes lesquelles choses fut rédigé cet acte dicté par Jean La Pite, Auditeur des Comptes, l'un des Marguilliers. Il eût été à souhaiter qu'on y eût inséré la teneur des billets des trois Curés de Saint Paul. C'est apparemment dans l'un des trois qu'il Mart. Univ. est marqué que le B. Quintilien étoit décédé le i2 Février. L'Abbé Bimestre, Chastelain assure que cette date de jour avoit été trouvée avec

de Jsnv.

au 13 Fév. son nom, sans dire d'où il a tiré ce fait. Ce sçavant Chanoine de

Journal M. S. N. D. étoit né sur cette Paroisse, le 4 Décembre 1639, et pouvoit

c^i"H**t ^^ connoître les antiquités plus que personne. L'auteur du Calen-

I Dec. p. 5Ô3. drier Historique de Paris s'est trompé, lorsqu'il a avancé que tous les ans on fait à Saint Paul la fête 4u B. Abbé Quintilien. Pour celle de Ste Aure, elle s'y célèbre assez solemnellement le premier Dimanche d'Octobre. Elle y avoit été inhumée en 666, et non dès 655, comme assure le même auteur. Quelques années après, son corps fut reporté en son Monastère ; de sorte qu'il n'en reste que ce que l'on y conserve dans une châsse d'argent.

Reg.Ep.Par. En i547, l'Evêque de Megare fit la bénédiction d'une place loJun. pj.^g Je s^ Paul et de la Grange S. Eloy, pour l'augmentation de cette Eglise. C'est apparemment le lieu où avoit été durant le règne de Charles V la cellule d'une Recluse ; car alors une femme nommée Marguerite eut la dévotion de se faire Recluse à Saint Paul, de même qu'il y en avoit auprès d'autres Eglises de Paris, et ce prince fit prendre pour lui former une cellule, un coin du jardin de ce qu'on appelloit la Grange de S. Eloy. Cela excita les plaintes des Religieux du Prieuré, mais le Roi les apaisa, en leur disant qu'après la mort de cette Recluse, il n'y en auroit point d'autre en sa place, au sujet de quoi il leur fit expédier

Tab. s. Eiigii. des Lettres datées de Paris, le 14 Juin 1370.

On ne connoît que trois ou quatre Chapelles de cette Eglise qui soient mémorables par quelque endroit. Celle de S. Maur

et S. Sulpice, qui est dite à la nomination du Curé. Raoul

Pasque, dit de Justinis, Curé, y présenta vers Tan 1400. Un autre Tat.EpJnSpir.

Curé y nomma en 148 1. En voici trois autres sous le vocable

de Saints moins connus. Celle de Ste Gemme, dont j'ai vu des

provisions des années 1479 et iSSg. Celle du nom S. Lubin,

Evêque de Chartres, a été la plus fameuse, attendu qu'elle donna

occasion à une célèbre Confrérie qui subsistoit dès l'an 1488,

et qui avoit des fonds en maisons. On y admettoit des personnes

de tous les états. C'est par rapport à cela qu'on voit dans les

Litanies du Jubilé à l'article de Saint Paul, Sancte Leobine.

La Chapelle du titre de S. Amable, Prêtre d'Auvergne, est venue

à ma connoissance, en ce que c'est celle où Jean Hennequin, Hist.desPrcsid.

Conseiller au Parlement, est dit avoir été inhumé en 1548. Il y a p. ass.

aussi eu en 1564 une Chapellenie fondée à Tautel S. Philippe,

par Philippe Macé, Secrétaire du Roi, à la nomination du plus Reg.Ep.

ancien de Messieurs de Bragelongne. '^ ^^"'

La Cure de Saint Paul étoit, de même que quatre autres qui sont dans la Cité, à la nomination du Prieur de Saint Eloy, avant que ce Prieuré eût été réuni à l'Evêché de Paris, et ce Prieur regardoit tellement cette Eglise comme l'une de ses dépendances, qu'il étoit exact à y fournir entr'autres choses le botiy pour la procession du jour des Rameaux: ce qui se pratiquoit Compot. encore en 1574. Recept. Ep.

Outre les Curés de Saint Paul nommés ci-dessus, j'ai trouvé Sauv. t. m, Jean Meynard, qui fit en 1872 un traité avec les Celestins, p- 468. le même est nommé dans les Registres de l'Ofiicialité, au i5 Mai i385, comme plaidant contre Michel Oger, Curé de Noisy le Sec ; Charles du Bec, Conseiller au Parlement, lequel ibid. p. 459. eut en 1492 un procès contre les Religieuses de Ste Claire de sa ^^''- ^*'"- Paroisse ; il mourut en i5oi ; Hugues Lesprevier, Curé en i552 ; ' * *^ '' le célèbre Simon Vigor, auteur, qui fut fait Archevêque de Tab. s. Magi, Narbonne, en 1574, et qui eut pour successeur Jacques Du Pré,

Jean La Pite, rédacteur de l'acte ci-dessus touchant la découverte du Bienheureux Quintilien, est celui qui en 1498 fonda en Reg.Ep. cette Eglise les petites Heures. La tribune ou jubé pour l'Evan- '^ ^^'»'■'• gile, dont il est parlé dans le même acte, n'a été abattue que dans le dernier siècle. M. Arnaud d'Andilli fait mention dans ses Mémoires imprimés en 1734, page 18, d'un Sermon de M. de Cospean, Evêque de Lisieux, qu'il avoit entendu au commencement de ce même siècle, étant placé dans ce jubé auprès de M. Hurault, Archevêque d'Aix. L'exemple de quelques petites tribunes rétablies dans ce siécle-ci pour l'honneur dû au livre des Evangiles, pourra inspirer d'en faire revivre de semblables, et telles qu'elles étoient dans leur origine.

Pour donner une idée de Penceinte ou contour de la Paroisse de Saint Paul, on peut le commencer à la maison qui fait le coin de la rue des Nonains-d'Hierre et du Quai des Ormes. Delà, suivre jusqu'aux Célestins, puis jusqu'au Mail, y comprendre ensuite TArsenal et la Bastille, et après avoir passé pardevant la porte de Saint Antoine, y renfermer tout ce qui est au-dedans des remparts, jusqu'à la rue de S. Gilles, qui donne dans la rue de S. Louis.

En ce lieu la Paroisse traverse cette rue de S. Louis, et elle vient à la rue du Parc-Royal dont elle a le côté gauche ; puis en tournant à la rue des Trois-Pavillons, elle en a pareillement le côté gauche, ensuite tout le bout de la rue des Francs-Bourgeois qui tend vers l'orient. Delà elle a la rue Pavée. Après cela son territoire s'étend dans la rue du Roi de Sicile, dont elle a les deux côtés jusqu'à la rue des Juifs. Là elle commence à n'avoir plus que le côté gauche jusqu'à la vieille rue du Temple, où elle a les maisons situées à la main gauche jusqu'à la rue S. Antoine.

Dans cette rue S. Antoine, en allant vers la rue de Joui, à commencer au coin de la vieille rue du Temple, d'un côté, et de l'autre côté, à commencer à la maison qui fait face à cette même rue du Temple, elle a la plupart des maisons tant à droite qu'à gauche, et qu'il seroit difficile de désigner ici à cause qu'elles sont entremêlées avec plusieurs de Saint Gervais, sur tout à main droite et même dans le cul-de-sac de la Guêpine. Dans la rue de Joui, elle a tout le côté gauche, et il ne lui manque de Tautre côté que les Hôtels de Fourci et d'Aumont, puis elle a les deux côtés de la rue de Fourci et de la rue des Nonains-d'Hieres, au bout de laquelle à droite son territoire renferme le carré de la rue de la Mazure, et s'étend sur le Quai des Ormes ou place aux Veaux jusqu'à la rue du Paon-blanc inclusivement, et dans la rue de la Mortellerie il avance à peu près autant, et cela des deux côtés.

Tel est le grand continent de cette Paroisse, où l'on voit que sont renfermées la rue de Fourci, la rue Percée, les rues du Figuier, des Prêtres, des Barres, des Jardins, de Ste Anastase, de S. Paul l'ancienne et la neuve, des Lions, de Gérard Boquet, des trois Pistolets, de Beautreillis, de Petit-musc, de la Cerisaie, de Lesdigueres, des Tournelles, du Pas de la Mule, du Foin, des Minimes, de Ste Catherine, de l'Egout Ste Catherine, la rue Payenne, la rue des Balets, celle de Cloche-perce et la grande rue S. Antoine.

Il y a quelques cantons détachés. Le plus notable commence vieille rue du Temple au coin de la rue de la Croix-Blanche, et s'étend à gauche de ladite rue du Temple jusqu'au premier coin de la rue des Blancs-Manteaux où il tourne à gauche, et il continue

à cette main jusqu'au coin de la rue du Puits, gagne dans la rue de Sainte Croix de la Bretonnerie à la maison qui est la huitième depuis la rue du Bourg-Tiboud, et continue jusqu'à cette même rue qu'il a toute entière et poursuit dans la rue de la Croixblanche jusqu'au coin où elle a son commencement.

Les autres écarts de la Paroisse de Saint Paul sont dispersés d'une manière assez bizarre dans la rue Grenier-sur-l'eau derrière Saint Gervais; de plus dans la rue Geoffroi l'Anier dont plusieurs ou presque toutes les maisons situées dans le côté le plus proche de S. Gervais sont de Saint Paul. Le cul-de-sac Putigneux en est aussi à l'exception du fond et même par-delà le bout de cette rue qui conduit à la rivière, la maison où l'on voit une image de la Sainte Vierge et la maison suivante dite des quatre Vents, sont pareillement de Saint Paul.

L'ISLE LOUVIER est comprise dans la Paroisse de Saint Paul. M. Piganiol qui détaille les anciens noms donnés à cette Isle, avoue qu'on ignore la raison du nom qu'elle porte aujourd'hui. Je l'ai trouvée dans un titre du Prieuré de Saint Eloy, non que ce Prieuré ait eu des droits sur cette Isle, mais c'est que la vente qui en fut faite en 1492, est contenue dans le même acte, par lequel André d'Epinay, qualifié Cardinal de Lyon et de BourdeauXy fit l'acquisition d'une maison sise rue des Barrez en Tab. s. EUg. la censive S. Elov. Le vendeur du tout étoit Charles de Louvier, ™* ^" Barrez, Seigneur du Chastelet et de Nangis en Brie ; il y dit qu'outre cet Hôtel il cède à ce Cardinal une Isle en deux pièces sise devant les murs de la clôture de Paris de devant les Célestins, aboutissante d'un bout de la rivière proche l'Isle aux Vaches, depuis dite de Notre-Dame, chargé envers le Sieur ou Dame dont elle meut, de deux chapons et d'une mine de grain. Cet acte est du i3 Septembre. Ainsi il n'y a pas à douter que ce ne soit de Messieurs Louvier qui la possédèrent au XV siècle qu'elle a eu son dernier nom. Ce nom de Louvier est fort connu dans les Registres du Parlement. Un Charles de Louvier, que je croy avoir été fils de celui dont je viens de parler, y étoit Conseiller en 1541. Il mourut le 18 Mars i545, et fut inhumé à Saint Jean en Grève. Son éloge se trouve à ce jour-là dans les Registres de cette Cour. Sauvai qui a ignoré que l'Isle Louvier eût appar- Sauvai, tenu à Charles Louvier, dit qu'en i582, Nicolas Pagevin, Maître de T. i, p. i55. la Chambre aux deniers du Duc d'Anjou, en étoit propriétaire.

HOTEL DE S. PAUL. Je n'ai pas beaucoup à ajouter à la description que M. Piganiol a donnée à ce vaste Hôtel. On sçait qu'il n'a eu ses commencemens que sous le Roi Charles V et que cela vient de ce que, quand il n'étoit que Régent, en i36i, la Ville de Paris lui avoit fait présent de l'Hôtel qu'elle avoit acheté du

Mem. Comte d'Etampes, qu'ensuite, pour Taugmenter, ce Prince acheta de u chamb. g^ i365, de PArchevêque de Sens, THôtel que les Archevêques de

des Compt. . . a j^ ' xi ' ' j

cette Ville avoient dans Pans. Mais on ignore qu auparavant ce dernier lieu avoit été rempli de quelques maisons et vergers du

Tab. S. Eiig. Prieur de Saint Eloy, contigus aux murs du Jardin qui appartenoit à TAbbé de S. Maur, que de plus il y avoit aussi eu dans ces emplacemens un terrain provenant de Pierre Marcel, Bourgeois de Paris, le tout acheté dès l'an i3o6 par Etienne Becard, Archevêque de Sens, du consentement de son Chapitre.

La vente faite à Charles V, engagea les Archevêques de Sens à bâtir dans le même quartier un autre Hôtel, situé à la place où jbid, est aujourd'hui l'Hôtel de Sens. Avant ces temps-là, sous S. Louis, le terrain d'entre les Carmes et Saint Paul n'étoît qu'une Coulture de S. Eloy, où le Comte d'Eu avoit acheté en i25o la maison de Philippe Commin, bourgeois. Par la suite, nos Rois eurent auprès de leur Hôtel de S. Paul une espèce de ménagerie, où étoient gardés et nourris des lions pour le plaisir des Princes;

Sauv. T. m, c'est un fait dont on trouve la preuve vers la fin du même siècle ann. 1399, ^^ j^ns le Suivant jusqu'à l'an 1487. Proche cette maison en étoit p. 357, 370, 369, ^"^ autre qui devoit au Roi, à la Pentecôte de chaque année, un 480. chapeau de roses. L'emplacement de cet Hôtel Royal de S. Paul est à présent rempli par plusieurs rues ci-dessus nommées, où l'on a bâti des maisons entre la rivière, l'Eglise Saint Paul, le Couvent des Célestins et la rue S. Antoine, et il suffit de remarquer que ces rues sont fort droites pour juger de leur nouveauté. Il y a aussi en ce même quartier l'Hôtel de la Reine dont il est

Tab. s. Eiig. parlé en des titres de 1466, et qui en 1498, étoit à la garde d'un concierge particulier: on disoit encore en i536, de certaines maisons, qu'elles touchoient à la Cour la Reine.

LA CHAPELLE DE SAINTE MARGUERITE, bâtie sur la Paroisse de Saint Paul, au faubourg de Saint Antoine, vers l'an 1625, a occasionné le démembrement de tout ce faubourg de la même Paroisse de Saint Paul, sur laquelle on compteroit sans cela un bien plus grand nombre de Couvents ou Communautés, que celui dont je vais donner le dénombrement.

Page 1