‹ Histoire de la ville et du port de BrestChapitre 1 sur 59 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Topographie générale. — Température. — Population. Origines.

Quand on suit, sur la carte de Bretagne, les dernières ondulations de la chaîne dite Armoricuine, qui sépare les eaux tributaires de la Manche de celles de l'Océan, on remarque, par 7* 20' de longitude Ouest, un bassin très petit, très encaissé, dont les eaux viennent se réunir dans un de ces longs bras de mer qui font ressembler les côtes de la Bretagne à celles de la Norwège. Ce bassin est celui du petit bras de mer sinueux, improprement appelé rivière de Penfeld , coulant sur un lit de vases et sables noirs alluvionnaires , et ayant 2,861 mètres de longueur dans le port de Brest, depuis l'avant- garde jusqu'à la chaîne de l'arrière -garde, et environ 2,500 mètres de ce point à l'extrémité de la 1 1

Penfeld, sur une largeur moyenne de 68 mètres et un profondeur variable de 10 à 13 mètres aux plus basse marées. C'est sur les deux rives de ce bras de mci formant le port, que se développe, par 48° 22' 22" d latitude et 6° 49' 42" de longitude Ouest (1), la ville d Brest, divisée ainsi en deux parties : Brest, propre ment dit (rive gauche), et Recouvrance (rive droite). Les deux versants sur lesquels repose la ville or leur point culminant à 66» 45^ au-dessus du niveau d la mer, et sont coupés de valions dirigés vers TO.-S.-O comme' les strates de gneiss qui en forment la roch dominante. Le premier de ces vallons, celui de 1 Villeneuve , du côté de Brest , où l'on voit le bassi creusé à l'entrée du port, se prolonge , par la Grand rue, vers l'ancien enfoncement du Pont -de -Terre aujourd'hui Place de Latour-d' Auvergne. On y rcmai que sa dépression à droite des portes , d'où il va , e; traversant la route impériale, prendre naissance C!oat-ar-6uéven, près du couvent de l'Adoration; mais dans la ville, les inégalités sont moins sensibles, grâc à l'admirable disposition des rues percées, dans s partie supérieure, par M. René Dumains d'Angereta sur les plans de Vauban. Le second vallon , égalemer sinueux, mais plus petit, se voit du côté de Recou vrance (Pontaniou), et le troisième est celui où coul la rivière de Kerinou , se jetant dans le port, à la Toe nellerie ; il est plus considérable que les précédents mais plus éloigné de la ville.

(i) La longitude de Brest, conclue d'observations astronomiques en 1824, par la méthode des signaux de feu, a été trouvée pk faible de i 4" que celle qu'on a obtenue par les opérations géodes ques. Au moment où nous mettons sous presse , l'Obscrvaloii impérial de Paris s'occupe de la révision de cette longitude, h Taid du télégraphe électrique , afin de s'assurer si cette diflTérence et bien réelle.

La topographie de Brest explique , en partie , sa température , généralement basse et humide. Située dans le voisinage de l'Océan, cette ville est environnée ou sillonnée d'eaux abondantes , et assise sur des collines y concentrant toutes les vapeurs qui s'élèvent du port et des vallons. A ces causes d'humidité , il faut ajouter les propriétés hygrométriques des matériaux employés à la construction des maisons et la construction elle-même de ces maisons, beaucoup d'entr'elles, surtout dans le vallon de la Villeneuve , étant bâties sur pilotis. Mais la cause principale d'humidité est dans les vents, soufflant le plus habituellement du S.-O., de ro. et du N.-O. Aussi voit- on en moyenne , à Brest , 180 jours de pluie par an, et il y a des jours où l'on ne compte pas moins de 1 5 à 20 abats d'eau , dans l'intervalle desquels le soleil apparaît plus ou moins souvent. Les bourrasques sont assez violentes , mais les forts orages sont moins fréquents ; ils suivent ordinairement une série de jours d'une chaleur exceptionnelle , ou ont lieu , soit un peu avant , soit un peu après les équinoxes. Néanmoins , la température ordinaire est assez douce. La moyenne est de 13*» au-dessus de zéro, et bien qu'on voie le thermomètre osciller, dans une même journée, de 8 à 10 degrés, les chaleurs n'y sont pas plus accablantes que l'hiver n'y est rigoureux. Mais , si la température est douce , d'un autre côté, les variations atmosphériques sont fréquentes , brusques, et parfois si tranchées, qu'on en ressent les effets d'une rue à l'autre, suivant leur différence d'orientation. De là, de nombreuses affections catharrales et rhumatismales, ainsi que de graves désordres dans l'organisme. Les plus nombreux et les plus caractérisés sont les affections des organes respiratoires et les perturbations dans la circulation du sang, ainsi que dans les voies

digestives et urinaires. I.'abaissement et rnumidité de la température ont , en outre , pour conséquence , la prédominance du système lymphatique , les affections scrofuleuses, tuberculeuses, cutanées et autres, qui sont le résultat de Tappauvrissement ou de l'altération du sang. Les habitations des parties basses du côté de Brest, et beaucoup de celles du côté de Recouvrance , mal distribuées, insuffisamment aérées, ajoutent en outre aux chances de dépopulation et de dégénérescence que produisent , dans les classes inférieures , la misère, le peu de propreté et l'abus des boissons alcooliques et frelatées. Aussi les épidémies qui ont sévi à Brest , à diverses époques , y ont - elles fait^ de cruels ravages. La mortalité s'y affaiblira graduellement , on est heureux de le dire , grâce à l'assainisscment des bas quartiers de la ville et à la substitution de maisons spacieuses , élégantes et confortables , aux bouges infects entassés , hier encore , dans ces quartiers. Ces améliorations, dues à la persistante initiative de M. Bizet , maire de Brest , ont ouvert là voie à l*ère féconde de progrés, si heureusement inaugurée par la construction de ce monument auquel le nom de Pont Impérial a été donné par la population reconnaissante.

Circonscrite jusqu'en 1861 dans l'enceinte murée de la ville , cette population pourra désormais se porter au dehors et y respirer un air plus salubre , plus vivifiant. Ce sera le résultat , plus ou moins lointain , do l'annexion d'une partie de la commune de Lambézellec. Effectuée en vertu de la loi du i mai 1861, cette annexion a produit un accroissement de territoire s'élevant à une superficie de 172 hectares , compris dans le périmètre tracé par une ligne partant de la porte du Moulin-à-Poudre , longeant les fours à chaux

situéis à Tangle de la propriété de M. Jean Pierre, montant ensuite à la route de Saint -Renan, puis à celle de la Viei^, par l'allée Verte. Cette ligne descend à Messîdou , contourne les lavoirs et gagne la route impériale par le chemin de Kerfantras; de là eUe rejoint la route du Moulin-Blanc jusqu'à Tancien che^ min de Poul-ar-Baehet, et suit ce dernier jusqu'au ruisseau qui sert enfin luinoiéme delimitejusqu'àlamer.

Cette augmentation de territoire a porté la population à un chiffre total de 67,833 habitants, se décomposant ainsi : 44,522 pour la population fixe de l'ancienne ville et 16,652 pour sa population flottante; 6,660 pour la population fixe de la partie annexée, et 258 pour sa population flottante.

Brest occupe ainsi le quinzième rang parmi les villes de France , et ce rang ne peut manquer de s'élever après l'achèvement de son port de commerce et des voies ferrées complétant le réseau de l'Ouest dont cette ville sera le point extrême. Mais si l'extension du territoire offre de vastes terrains susceptibles de recevoir des constructions, on ne saurait se dissimuler que l'élan des capitalistes sera comprimé parles servitudes militaires dont une partie de ces terrains restera frappée tant qu'on n'aura pas donné suite au projet qui semble avoir été arrêté en principe, en 1785, de reculer l'enceinte de Brest (1), projet se rattachant à un ensemble de travaux destinés à transformer le port. L'exécution de ce projet se borna aux préliminaires d'un port

(I) « le prétois que si tous aUendez TexécatioD du projet qui a pour bal ragraodissemeol de la ville de Brest, par l^mojeo d uoe Dourelle enceinte, le port n'acquerra de long-temps le local qui lui est nécessaire, etc. » — (Lettre du 22 juin 1785, de M. le comte d'Hector, commandant de la marine à Brest , à .1/. de Castries , ministre de la marine.)

de commerce que la Révolution ne permit pas d'achever. Quant aux autres travaux , on n'y a guère songé jusqu'à ces derniers temps. Mais la récente annexion d'une partie de Lambézellec a démontré que le recul de l'enceinte est plus indispensable que jamais.

Ces prolégomènes nous ont semblé devoir précéder nécessairement le récit des origines de la ville de Brest et de ses développements.

L'origine de Brest, sa situation et le premier nom qu'il aurait porté, ont mis en jeu la sagacité des historiens , des géographes et des archéologues , sans que les opinions, ou plutôt les conjectures de la plupart d'entr'eux , aient jusqu'à présent fourni des moyens satisfaisants de résoudre complètement ce triple problème.

Les commentaires de César ne contenant absolument rien qui puisse nous aider dans la solution de . ces questions , il faut recourir , pour les élucider , aux géographes anciens et à leurs commentateurs. Le plus ancien d'entr'eux est Ptolémée. Écrivant dans le IP siècle , il a commis des erreurs inévitables , surtout en ce qui concerne les localités de la Basse-Bretagne , ou insuffisamment connues des Romains, ou encore inexplorées par eux. Aussi l'expérience a-t-elle démontré que les positions par lui assignées à plusieurs villes de l'Armorique ne doivent être accueillies qu'avec une extrême réserve , souvent même rejetées. Ainsi doit-il être de Brivates portus qu'il place, d'après ses commentateurs , à un point qui ne convient nullement à Brest. Nous disons d'après ses commentateurs, car c'est moins à lui qu'à ceux qui ont invoqué son autorité qu'il faut attribuer la confusion à laquelle a donné lieu le placement de Drivâtes portus, îjp effet , en se

tenant littéralement à ses indications, on ne saurait e& conclure qu'il ait entendu donner ce nom au lieu que Brest occupe maintenant.

Voici ce qu'il se borne à dire :

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