‹ Histoire de la ville et du port de BrestChapitre 2 sur 59 · POST LIGIBIS FLU. OSTIA I · texte numérisé non relu

POST LIGIBIS FLU. OSTIA I

Long. Lat.

Brivates portus 17« 2/3 ou 40' 48^ 3/4 ou 45'

Herii flu: ostia 17 » » 49 1/4 ou 15*

Vmdana portus 16 1/2 ou 15' 49 2/3 ou 40'

G*)bœum promontorium, . 15 1/4 ou 15* 49 3/4 ou 45'

La tus autetn , quod Septentriones aspicit juxtà Britannicum Oceanum^ sic se habet :

POST GOBOEUM PROMONTOBIUM (SAINT-MATmEU) ."

Staliocanus portus 16M/2 ou 30' 50*» 1/4 ou 15'

Tout ce que l'on peut raisonnablement inférer de ces diverses indications, c'est qno Drivâtes portus était situé entre l'embouchure de la Loire et celle de la Vilaine, c'est-à-dire entre Saint -Nazaire , à 59 kilomètres O.-N.-O. de Nantes, et la petite commune de Penestin, où la Vilaine se jette dans l'Océan , à trois lieues de la Roche-Bernard, entre la pointe du Halguen, rive Sud, et la pointe de Penlan , rive Nord. Ceux qui se sont fondés sur Ptolémée pour placer ailleurs qu'entre ces deux points extrêmes Brivates portus, n'ont tenu aucun compte de la manière d'opérer de ce géographe qui , indiquant successivement les principales parties du littoral à partir du pays des Nannètcs jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Armorique , désigne en premier lieu Brivates portus y tandis que s'il l'avait placé à Brest, il l'eût mentionné entre Vinduna portus et Gobaram

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pivmontorium, ce qu'il ne fait ni dans sa table, ni dans 8a carte do la Gaule , où Drivâtes portus figure inunédiatement après Tembouchure de la Loire. Et pourtant ses commentateurs Scaliger, Mercator, au XVP siècle ; le P. Briet , Sanson , Adrien de Valois , au XVIP ; Guillaume Delisle , Cellarius , Dom Bouquet , Robert de Vaugondy et d'Anville au XVIIP, ont reconnu une parfaite analogie entre Drivâtes portus et Geso^ribatey qu'ils placent, eux, là où est Brest. Les raisons déduites par plusieurs d'entre eux sont tellement contradictoires , tellement bizarres même , qu'on est confondu de les trouver exprimées par des hommes possédant une science réelle. Ainsi Mercator affirme formeUement que Ptolémée met à Brest le port Drivate, qui en tient presque le nom. Adrien de Valois, après avoir rappelé que Ptolémée place Drivâtes portus entre les embouchures de la Loire et de la Vilaine , n'en décide pas moins que ce port est à Brest , dont le nom est celui de Drivate^ défiguré par l'addition de la lettre 5, truncato veterinomine, ac S litterà insertd; puis il affirme ensuite que le Geso-cribate de la Table théodosienne a été mis par erreur, mendosè , pour Geso-cribate ; or, de Drivate à Drivâtes^ il n'y a évidemment qu'un pas.

On devait s'attendre à ce que le célèbre d'Anville ne fût pas tombé dans ces étranges aberrations. Il dit bien d'abord, il est \Tai (1), que la situation assignée par Ptolémée à Drivâtes portus se rapporte au Croisic plutôt qu'à tout autre endroit, — (d'Argentré, son contemporain Ortelius , et , plus tard , le président de Robien avaient déjà exprimé cette opinion), — et il ajoute même que Geso-cribate est le terme d'une voie romaine aboutissant à la mer (2). Mais, qui le croirait ! après avoir

(1) Notice de la Gaule, édit. in-4' de 1760, p. 178-170.

(2) Parergon. Gallix veteris fypus.

constaté l'existence de deux localités , si éloignées l'une de l'autre , il arrive à dire , en invoquant les défectuosités de la Table théodosienne , que ^Gesocribate doit se dire Geso-bricatey ou Brivates^ par la grande affinité qu'on y remarque avec Brivates portus^ autrement dit à ne faire qu'un seul et même lieu des deux qu'il avait d'abord distingués l'un de l'autre.

Des travaux postérieurs à ceux de d'Anville ont déterminé , sinon d'une manière absolue , du moins très approximativement, la situation de Brivates portus, Gosselin (1) le place à 1,200 toises du bord de la mer, dans un petit village nommé Brivain, situé au pied des collines de Guérande , où la mer battait autrefois, et à l'entrée du petit vallon qui en formait peut-être le port. M. Walcknaer (2) adopte cette opinion, puisque, d'après lui , Brivates portus aurait été près du Croisic, dans ua petit lieu nommé Brivain, bien que , par une étrange préoccupation, il place à Brest, sur sa carte de la Gaule antique, un Geso- Brivates qui n'est que la reproduction de celui de d'Anville. M. Athénas, dans un mémoire (3) où la question géographique semble résolue , et la question topographique bien près de l'être , trouve Brivates portus à Méans , commune de Montoir, où est l'embouchure du Brivé ou Brivet (Brivata ftumen d'une charte du Cartnlairc de Redon) ^ à une demi -lieue N.-E. de Saint -Nazaire , en dedans de l'embouchure actuelle de la Loire , c'est-à-dire à 15' de la Loire et 30' de la Vilaine, d'où il résulte qu'en ne tenant compte que de l'état présent des lieux, Brivates portus n'aurait pas été compris entre l'embouchure de

{\) Recherches sur la Géographie systématique et positive des anciens , l. IV, p. 73-74.

(2) Géographie ancienne et comparée des Gaules , l. 1" , p 477.

(3) Lycée Armoricain, l. !•% p. 145-155 el 217-229.

la Loire et celle de la Vilaine. Mais il y a des raisons de croire que l'objection tirée contre l'opinion de M. Atbénas de la situation actuelle des lieux est détruite par ce qu'on sait de leur état ancien. Il est admis, en effet, comme fait géologique incontestable , qu'à une époque qu'on ne peut préciser, le vaste terrain d'alluvion compris dans le triangle dont Savenay, Herbignac et le Croisic seraient les angles, a formé un golfe semé d'iles qui donnaient à l'embouchure de la Loire à peu prés la configuration du fleuve des Amazones , golfe borné par les collines appelé le SUlo7i , sur la crête duquel passe la route de N'antes à Vannes. M. Desvaux (1) croit qu'il est impossible de retrouver Brivates portus ailleurs qu'entre deux collines, à l'ouest de Pontchâteau , où , selon lui , était un port antique , et où passe la rivière du Brivet, Enfin , M. de la Pilaye (2), dont l'opinion se rapproche plus de celle de Gosselin , veut que Brivates portus ait été originairement , dans l'anse à droite en entrant par l'Océan , dans le Mesker.

Quelle que soit celle de ces opinions que l'on adopte» c'est indifférent à la solution de la question qui nous occupe. L'essentiel, c'est qu'on ne puisse retrouver à Brest l'ancien Brivates portus^ ce qui est incontestable.

Brivates portus écarté, il ne reste plus que Geso^ crïbate , en faveur duquel on invoque l'autorité de la Table théodosienne, ou carte de Peutiiçger. Ce document antique, le seul qui fasse mention de Geso-cribatey le place sur un point qui peut convenir à' Brest ou à une localité voisine, et il l'indique comme étant à 45

(i) Annales de la Société Académique de Nantes et delà Loire- Inférieure, pour i843, 2« série, t. IV, p. 352-358.

(2) Revue de VArmorique et de VOfuest, du 20 avril el du 20 mai 1815, sous ce lilre : liésultat des Études archéologiques et géographiques faites depuis Nantes jusqu'à Vembouchure de la Loire,

milles de Vo^^gium ou Vorganiimi (Carhaix), cité des Ossismiens. Cette double indication a exercé une grande influence sur ceux qui se sont occupés de la question. Mais si , jusqu'à ces derniers temps , la Table théodosienne à joui d'une autorité presque absolue, beaucoup de travaux récents y ont signalé des inexactitudes de noms , de positions et de distances que la carte de France, levée par MM. les officiers d'état-major, a fait ressortir de plus en plus. Ce furent ces inexactitudes qui inspirèrent au savant et regretté M. Bizeul la pensée que le seul moyen de fixer la véritable situation de Geso'Cribate ^ c'était de suivre sur le sol les vestiges encore apparents de la voie romaine indiquée par la ligne de stations que fournissait la carte de Peutinger, et qui , de Nantes , paraissait se porter au N.-O. vers l'extrémité de notre péninsule. Ses investigations, qui embrassèrent un parcours de 70 lieues, le conduisirent à Plouguemeau, sur la côte, à une demilieue de la mer. « Ce devait être au-delà , et à très peu « de distance , dit-il (1), qu'on devait s'attendre à trou- « ver rétablissement romain , le port pour lequel cette « grande voie avait été faite , et cet établissement

(i) Dans un mémoire inséré dans \dLRevite des provinces de V Ouest, l. V, p. i37-152 cl 222-238, sous ce litre : Des murailles romaines du château de Brest. Ce mémoire Iraile , sous toutes leurs faces , nonseulomenl les questions soulevées par la situation respective de Brivates portas Ci de Geso - cribate , mais encore celles qui se rattachent à Torigine romaine de certaines parties du château de Uresl, dont il présente une monugrapliie d'autant pUis digne d'intérêt que l'auteur s'est appuyé, quant k celle partie de son travail , sur les études persévérantes de la vieille forteresse auxquelles M. Pilven s'est livré pendant quarante ans. Au sujet do la distinction à établir entre Brivates portus et Geso - cribate , nous avons suivi de point en point notre savant ami que nous nous sommes borné à résumer ; nous le suivrons encore quand nous parlerons de l'origine du château.

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« pouvait fort bien être le Geso^ribate. Malheureuse- « ment, jusqu'ici, on n'a encore trouvé aucuns vestiges « ni de port , ni d'établissement , soit qu'on ait mal «t cherché , soit que ces vestiges aient disparu sous « l'effort incessant de la mer , qjii , dans ces parages, ft est d'une extrême violence. »

Des détails dans lesquels entre ensuite M. Bizcul , il résulte que la voie de Carhaix à Plouguerneau se bifurque entre Carhaix et Kerilien , dans le voisinage de Comana. L'embranchement , parfaitement reconnu par M. Flagel , de Landerneau , se porte de cette dernière ville à Pen-an-Traon , sur un parcours de 10 kilomètres , se bifurque encore , et la branche de droite semble continuer la direction générale indiquée par le premier embranchement partant de Comana , c'est-à-dire à peu près le N.-O. Elle prend à Landerneau le nom de Uent-^ras-coZ'Lannills, ou vieux grand chemin de Lannilis , et paraît se diriger sur cette petite ville ou sur tout autre point de la côte voisin de l'embouchure de l'Aber- Benoit. L'autre branche prend l'O. plein, inclinant même un peu au S., et se dirige, sur un développement de 21 kilomètres, jusqu'auprès de Lambézellec, bourg situé à 3 kilomètres de Brest. M. Flagel n'ayant pas reconnu cette branche au - delà du parcours que nous venons d'indiquer, on ne saurait conclure qu'elle aboutit à Brest, d'autant plus que si cette ligne était prolongée dans sa direction générale , elle arriverait , par le bourg de Plouzané ou ses environs , à Porz - Liogan , entre l'abbaye de SaintrMathieu et le bourg du Conquet , là où Ptolémée Qxe la limite septentrionale de l'Océan britannique , où D. Lobineau signale l'existence d'un port de construction romaine , et où D. Le Pelletier afBrmc avoir vu des vestiges de cette construction.

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Après avoir ainsi exposé les diverses raisons qui militent en faveur des trois positions possibles de Ges(hcribate , le prudent archéologue subordonne sa conclusion à la détermination préalable des diverses voies qui auraient conduit à la côte. C'était une réserve d'autant plus sage que Tinspection de la carte de France et des découvertes de médailles romaines, soit dans la commune de Guipavas , soit dans les communes voisines , permettent de supposer que la route déterminée par M, Flagel jusqu^à LanderneSiU a bien pu avoir pour continuation, jusqu'à Brest, le vieux chemin passant par Beuzit , La Forêt , Joyeuse- Garde, Kerhuon, Keroumen, et rejoignant la voie romaine à environ 6 kilomètres de Brest , à Lavellot, où se trouve un village dont le nom Questd (Castellum, Castel)^ semblerait indiquer l'existence d'enceintes dont la nature serait à préciser. Mais ce n'est qu'une supposition, et en admettant qu'elle se trouvât ultérieurement justifiée, nous doutons qu'elle eût une importance décisive, car une voie romaine aboutissant à Brest n'aurait pas eu l'étendue assignée par la carte de Peutinger et les distances réelles. D'un autre côté, des tuiles à rebords trouvées à Castel-menn, propriété de M. Le Tessier de Launay, au fond du port , derrière la Villeneuve , et une médaille à l'efligie de Néron , exhumée , il y a environ quinze ans, dans une ferme appartenant à M. Houllay, près de la route de Guilers à Saint-Renan, autorisent à croire que non loin de là pouvait passer une voie romaine conduisant à Porz-Liogan.

Pas plus que Gésar, ni D. Lobineau , ni D. Morice ne nous fournissent aucune indication qui puisse nous aider à préciser la situation de Geso^ribate dont ils ne prononcent même pas le nom. Et pourtant, avant eux, Le Baud l'avait identifié avec Occismor, devenu ensuite

Brest, selon lui. Le silence des deux savants bénédictins sur cette question est tout au moins une condamnation implicite des assertions de leur précurseur, assertions qu'il est essentiel de reproduire ici, en les dégageant des accessoires fabuleux dont leur auteur les a accompagnées, a Les Leonenses , dit-il , sont és-lieux de ceux « que Iules appeloit Occismes , de leur cité nommée

« Occismense ou Occismorense Et de la fondation

«c d'icelle cité de Occisme, qui jadis, selon que Ton <t trouue en aucunes anciennes histoires , fut la prm- « cipale entre les Armoricanes, et où les roys et princes a de Bretagne Armoricane plus souvent habitoient , et a laquelle estoit située en la dernière partie d'Occident, « au païs d'Aginense , au lieu où est de présent Brest,,,. « Et de la situation et imposition d'icelle cité d'Occis- « mense , est dit en l'histoire sainct Goueznou , que « en celles parties est un trèspas de mer par lequçl on « passe d'Aginense en Crauzon , qui est contraint et « brief , appelle Mungulus , signifie gueulle de mer, « pourtant que les terres s'approchent Vvne de l'autre, « et par petite intervalle y sont distantes : et ne cesse « l'eau qui se départ de l'Occean de courir par celle a guèulle par cours hastifs ; puis quant elle l'a passée, a elle fait vn pelage en manière d'vn grand estang qui « se départ par plusieurs ports et rivages. Et pour la a vélocité par laquelle celle mer court et recourt inces- « samment par celle gueulle , est ce lieu appelle Occis- « mus , car occis en grec signifie vélocité , et occismus « se peut dire mouvement hastif , et non pas incona gruement. Ainsi furent les peuples adjacents dits « Occismes, et la dite cité , la cité des Occismes ou Occisa morenses. En laquelle cité des Occismes , après que « toute celle région d'Armorique , par la prédication a des neueux loseph d'Arimathie , qui prescherent la

c foy de lesus-Christ par Austrie , la dite Armorique

« et la Grande-Bretagne fut conuertie [au temps du

« pape Eleuthere , fut institué siège episcopai, qui retiiU

c par long terns ce nom de Occismorense^ mais selon la dite

* légende de sainct Goueznou, pour ce que d'ancienne

« coutume souloient estre trouvez en celle cité six

c mille six cents soixante et six hommes batailleurs ,

c lequel nombre , selon les Romains , fait vnc légion,

« furent le pais et la cité par propre nom appeliez

« Legionne : dont l'on trouve en aucuns volumes estre

« mention faite de la cité de Legionnense , et furent

« aussi à icelle cause les peuples nommez Legionnen-

« ses , qui depuis , par nom syncopé , sont appelez

« Leonenses, et le dit paus Léonie, qu'il retient encore. »

Le Baud ajoute qu'Occismor cessa de porter ce nom

après le meurtre, auprès de Ploudiry, du roi Salomon,

meurtre consommé, d'après lui, en 421, tandis qu'il

ne l'a été réellement qu'en 875. a Et est maintenant

« pour punition de ses péchez réduite à la semblance

« d'\Ti petit chastel , et si est priuée de nom et de

« chose : car elle a du tout délaissé à estre cité, et est

« appelée Brest sur Cheurete , par lesquels noms elle

«t est assez veue déplorer sa misère ; car l'argument

« du nom du fleuue sur lequel elle siet signifie im-

« pression de vilité , et a perdu le propre nom de sa

« dignité première, de laquelle il a esté tousché brief-

« vement. Et luy est à présent capitalle Fauli-Penfel,

« lequel nom Penfel est interprété chef de péché ;

« pourtant qu'en ce lieu les ennemis incidieusement

« trahirent la dite cité : toutesfois fait la commiction

« fluvieuse de Caprelle , et de la mer sallée , seuro

« et agréable station aux nauires au giron de cette

« ville ; car la terre du melieu d'elle , par curvation

« naturelle , s'estend aussi comme vn bec jusque près

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