‹ Histoire de la ville et du port de BrestChapitre 21 sur 59 · INSCRIPTION EN PROSE · texte numérisé non relu

INSCRIPTION EN PROSE

Hwic foniem noxiarum aqucwam consortio fœdaium nativx salubritati restituerunt Prœfsctus et Œdiles per triennium D< Aa6y. — Anno R, S. 1783.

Toutefois, ramélioration obtenue ne fut que passagère , et la prétendue pureté des eaux , si vantée par Santeuil et ses émules, s*altéra de façon à motiver les plaintes réitérées de ceux qui étaient particulièrement appelés à en faire usage. Après les avoir analysées , M. Thaumur déclara, le 28 vendémiaire an Vlll, qu'elles pouvaient , sans inconvénient , servir aux usages domestiques. Néanmoins, de nouvelles plaintes motivèrent une nou\elie visite. Le Conseil de santé de la marine qui la ût, le ^9 août 1813, conQrma l'opinion de M. Thaumur, avec cette restriction qu'elles étaieiit de qualité inférieure ù la plupart des eaux de la partie supérieure de la ville. Mais, soit que ces diverses analyses eussent été incomplètes, soit que de nouvelles causes de détérioration eussent altéré les eaux conduites à la foutaine du quai , leur mauvaise qualité était si notoire qu'en ^1826 M. Barchou, alors Maire de Brest , crut devoir faire appel aux connaissances chimiques bien connues de M. Grimes , Pharmacien en chef de la marine, lequel fît connaître le résultat de ses investigations dans sa lettre du 29 juillet , où il dit a qu'après examen de Teau de la fontaine du quai, il avait reconnu qu'elle était de mauvaise qualité et peu propre aux usages domestiques,

surtout comme boisson ; qu'elle ne pouvait môme servir avec

avantage à savonner le linge ; que sa mauvaise qualité tenait

à sa composition , parce qu'elle tenait en dissolution une

quantité assez considérable d'hydrochlorate de chaux , sel

dont l'action sur l'économie animale est assez marquée , et

dont la présence dans Teau de la fontaine du quai lui donnait

le défaut de ne pouvoir servir de boisson , et la rendait

impropre à la cuisson des légumes ainsi qu'au savonnage du

linge, s Malgré les inconvénients signalés par M. Grimes, la

fontaine sert encore à quelques usages domestiques.

§ 16. — ÉGLISE SMNT- LOUIS.

(Voir p. 173.)

L'accroissement de la population de Brest ayant démontré l'insuffisance de l'église des Sept-Saints qui ne pouvait pas contenir plus de 400 personnes , Seignelay, lors du voyage qu'il fit en cette ville, en 4685, reconnut^ comme il l'avait déjà fait à celui de -1681 , qu'il était urgent d'en construire une nouvelle. Il invita en conséquence les habitants, au nom du Roi, à rechercher les moyens de se procurer, jusqu'à concurrence de 75,000 livres, les fonds nécessaires à sa construction , et il s'engagea pour S. M. à faire los frais de Texcédant. Après plusieurs réunions ; le corps de ville proposa , le 2 septembre , deux modes de perception , pondant neuf ans, d'une somme de 8,000 livres, l.e pn'micr eût consisté dans l'augmentation d'un sol par pinte de vin , de deux sols par pot d'eau-de-vie, et de six deniers par pot de cidre et de bière qui seraient débités dans la ville et les fau-

bourgs. D'après le second , il aurait été perça 8 livres par tonneau de vin et ^2 livres par tonneau d'eau-de-vie déchargés à Brest, au Ck>nquct, à Laber, Ârgentoa et antres ports de la juridiction royale de Brest En transmettant cette double proposition à Seignelay, la communauté lui rappebût h nécessité de ne faire qu'une seule et même paroisse de celte des Sept-Saînts et de la partie de celle de Lambézellec qui serait renfermée dans l'enceinte. Comme TÉvêque de Léon avait seul droit de statuer sur ce dernier point , une députation composée de deux échevins et d'un conseiller de ville (bt chargée, le 9 octobre 1 685, d'aller lui exposer les difflcultés que soulevait (e choix du lieu où l'église serait construite, t parce que la paroisse de Brest qui étoit autrefois un vicariat ou prieuré a la collation des Bénédictins de Saint-Mathieu , avoit été ruinée par la démolition de plusieurs rues employées à faire les glacis et fortiûcations du chasteau* dans Testendue desquelles mesme la maison presbytéralle et prioralle avec les champs et terres qui faisoient le gros du bénéfice , se sont trouvés enveloppés , les deux principales rues de rancienne ville qui sont la rue des Sept-Saints et celle de Saint-Yves, autrement dit des Carmes , étant marquées sur le plan du M^^de Vauban pour estre démolies, en sorte qu'il ne restoit plus que les maisons bastîes sur le quay ; que dans la nouvelle enceinte, le terrain qui s'y trouvoit renfermé estoît de la paroisse de Lambézellec, distante du dit Brest d'une lieue, ce qui donnoit occasion à des différends qui sur\'enoient tous les jours entre les deux Recteurs, etc. »

L'Évôquc, appréciant la gravité des conflits suscités par la délimitation confuse et incertaine des deux paroisses , dont les habitants ne savaient parfois à quel prêtre s'adresser pour obtenir les sacrements , fit faire par son officialité toutes les procédures voulues en pareil cas, et par sa sentence du ^8 janvier ^ 686, que confirmèrent les lettres -patentes du 46 mars suivant, il prononça la suppression du vicariat des

Sept-Sainls ; jpuis , joignant à la nouvelle paroisse la partie de celle de Lambézellec , il Térigea en rectorat, du consentement des habitants des deux paroisses , à la charge par le recteur de Brest de payer à celui de Lambézcllec une indemnité annuelle de 200 livres.

Le Ministre ayant laissé à la communauté Toption de celui des deux modes d'imposition qu'elle jugerait préférable, elle se prononça pour le premier, et s'entendit à cet effet avec M. rintendant Desclouzeaux qui avait dressé, le 2^ novembfe 'It85, un état où larépartition de la somme de 8,840 livres, produt présumé de la recette annuelle, était réglée de la manière nivante, entre les i ,275 habitants imposables de la population bourgeoise qui, d'après le mode d'évaluation adopté en matière de statistique, devait alors se composer d'environ 6,975 individus (4) : 4"^ ^,000 livres entre vingt-cinq juges, greffiers^ avocats et procureurs^ à 40 livres l'un; Sl<^420 livres entre six notaires; 3'* 90 livres entre six huissiers ; 4'' 4,600 livres ent|% quarante bons bourgeois ; S*" 4; 800 livres entre soixante marchands de vins ou autres marchandises ; 360 livres entre dix-huit chirurgiens et apothicaires ; 7^ 600 livres entre trente cabareliers ou hostes ; S"" 3^270 livres^ à raison de 3 livres par tête, entre mille quatre-vingt-dix artisans, tels que boulangers, bouchers, serruriers, cordonniers, charpentiers, menuisiers , couvreurs , chapeliers , tailleurs , maréchaux , etc. Toutefois, comme les éléments de cette population ne lui semblaient pas offrir toutes les garanties d'une perception stable et régulière, M. Desclouzeaux proposa de doubler le chiflEre de chaque cotisation, afin de pouvoir ainsi parer à toutes les éventualités. Trouvant , comme M. Desclouzeaux , qu'une perception annuelle de 8,000 livres serait insuffisante, le Ministre avait recommandé (22 décembre ^685) de faire en sorte de la porter à 45,000 livres, et après s'être élevé contre le

(4) Ce chiffre ne comprenait, k aucuu degré, le personnel maritime.

ridicule des plans qui lui semblaient propres à ^traîner le Uoi dans une trop grande dépense, alors que , d'après loi, elle n*aurait pas dû dépasser vingt mille écus^ parce qu'on de^ah moins s'attacher à faire un bâtiment magniQque qu'à satisfaire ] au besoin pressant d'une église où l'on pût célébrer roBee divin , il fixa comme maximum le chiffre de 75 à 80,000 livres dont le tiers serait à la chai^ du Roi. La communauté, qui connaissait mieux que le &linLstre et rinlendaiil les ressources réelles de la ville, persista dans ses premières propositions ; mais les lettres-patentes du mois de juin 4686 ordonnèrent que pendant neuf ans, à compter du 4" octobre 4687, il ^c^ait perçu, pour la construction de l'église, et par augmentation aux droits d'octroi déjà existants , 8 livres par tonneau de vin , et 4 livres par tonneau de cidre et de bière, entrant tant par terre que par mer, à Brest comme à Recouvrance, droits qui^ pour la bière ^ s'étendaient à celle qoi serait faite ou brassée dans ces divers lieux. H n'y eut d'excepté de ces impôts que les PP. Carmes et les RR. PP. Jésuites, ces derniers récemi^ent établis à Brest, en vertu des lettres-patentes du Roi du mois de mars 4686, présentées à la communauté le 48 septembre suivant.

M. Desclouzeaux ne s'abusait pas sur le chiffre de la dépense qu'occasionneroit la construction de l'église. Il pressentait qu'elle s'élèverait à 90,000 livres au moins , et pour n'avoir pas à provoquer de nouvelles impositions, il demandait que les habitants de Recouvrance y contribuassent spécialement pour une somme de 47,000 livres , ce que Seignelay ne voulait pas admettre , les habitants du côté de Brest devant seuls , disait-il , supporter la construction de leur église paroissiale. L'Intendant dut donc rechercher les moyens de répartir entre ces derniers l'excédant à recouvrer, et trouver des particuliers ou des compagnies qui fissent l'avance des fonds nécessaires , sauf remboursement par la ville en capital et intérêts. Pour remplir les vues du minis-

Ire, la perception fut ordonoée, et Fadjudicataire, M. Dupille, muDîtîonnaire géoéral de la marine , offrit d'avancer en deux .108, 80lt la somme de 72,000 livres , passible d'un intérêt le 14 pour cent, soit celle de 56,000 livres sans intérêts, a la condition que , dans l'un comme dans l'autre cas, il jouirait de la recette évaluée à 8,000 livres. La communauté ioeepta la seconde proposition , sauf , en cas d'insuffisance de la recette , à la parfaire sur les deniers d'octroi.

Les travaux de Féglise acy ugés le^ juin 4 687, sur les plans de l'architecte Garangeau, à l entrepreneur Perrot, n'étaient pas meure commencés, que se laissant circonvenir, soit par les lÉnites, soit parles officiers de la marine qui, se fondant au le peu d'importance de la population bourgeoise , voulaient que régiise appartint à la marine, l'Intendant représenta à Seignelay qu'on pourrait s'épargner les frais de construction d'une seconde église en faisant celle qui était projetée sur le terrain attenant au séminaire dont l'église serait unie à la cure de la ville. Il fallait un prétexte quelconque pour colorer Tadoptlon de cette étrange mesure. Celui que fit valoir M. Oesclouzeaux était le besoin d'avoir de bons aumônier» pour la marine , raison fort bonne en elle-même, mais sans application dans l'espèce, car le séminaire pouvait bien en former do tels sans qu'il fût besoin pour cela de l'unir à la tare, ce qui, cojnme nous le verrons, était formellement prohibé par les lois ecclésiastiques, et aurait pour conséquence de faire payer par la ville une église qui ne lui appartiendrait pas exclusivement. Ces considérations si décisives n'avaient pas arrêté M. Oesclouzeaux. « L'unique empêchement qu'on peut avoir pour trouver en Bretagne de bons aumôniers pour les vaisseaux de Sa Majesté , avait-il écrit à Seignelay, le 21 avril -1687, c'est qu'on leur donne peu d'appointements à terre. Il n'y a point d'ecclésiastique qui ait quelque mérite qui ne trouve un meilleur parti dans la province où il y a de bons bénéfices à la nomination des

i^.vôqucs. Il faudroit donc faire la condilion des aumôniers de h marine meilleure qu*ellc n'est, satis qu*il en coûtât plus d Sa Majesté, Pour cela , il faudroit donner aux PP. Jésuii» la paroisse que le Roy fait bûlir, et la placer eii lieu commode pour leur servir d'église. L'emplacement se trouve fort commodément pour tout le monde. Les avantages decedessio sont : h"" Les aumôniers de la marine seront les prôtres Iiabitués de la paroisse où ils auront les messes assurées et feront bourse commune sans que* les PP. Jésuites y puissent rien prétendre. 2^ Les aumôniers, après leur débarquement, s'occuperont et exerceront utilement dans les fonctions de leur ministère. 3"" La paroisse en sera bien desservie et on aura grand soin des soldats , du peuple et des enfants. 4** On y administrera les sacrements sans un sordide Intérêt Sa Majesté épargnera la dépense pour l'église des PP. Jésuites, laquelle dépense pourra être employée à la paroisse pour la faire plus belle et plus grande. Ce que Ton a à opposer, c'est qu'il est difficile de l'accomoder à l'Institut des PP. Jésuites qui ne se chargent pas de paroisse (^1) ; pu(^ la nature de la paroisse de Brest étant un prieuré-cure , il faudroit seulement que le supérieur du séminaire fût recteur et prieur primitif^ qui auroit à sa nomination deux vicaires de plus, tant pour desservir le bcnéflce que pour les pouvoir envoyer sur mer, les uns après les autres, pour y profiter des petits émoluments qu'ont les aumôniers dans le sen'ice de la marine. Le collège de Rennes a un bénéfice de cette nature , etc. * Une autre raison alléguée en faveur de Tunion était l'avantage qu'elle procurerait aux Jésuites de former les aumôniers aux Tonctions du saint ministère en les faisant travailler sous leur direction dans l'église paroissiale.

L'Intendant ^ s'il faut en croire la requête publiée par les Jésuites en \ 704 , n'aurait pas été le seul à faire prévaloir ces

{\) Qui ne peuvent canoniquement être chargés de paroisses, aurait dû dire plus exactement M. Desclouzeaux.

élranges prétentions. Le succès devrait aussi en être attribué à r£véqae de Léon, Mv Leneboux de la Brosse, lequel^ dans Que Gonrérence avec le Roi , lui aurait donné l'assurance que ronioD de la cure au séminaire ne rencontrerait aucun obstacle de la part des habitants^ parce qu'elle serait alors desservie par des personnes plus désintéressées , plus capables, et que d'ailleurs ils n'auraient plus le déplaisir d'avoir parfois pour pasteurs « des étrangers pourvus en cour de Rome y gens pauvres , sans mérite et snns capacité. » La requête lyoute que le P. La (ihaise aurait témoigné beaucoup 4e répugnance a charger les Jésuites d'une cure parce qu'il ndoutait les conséquences d'un pareil acte,— il le savait interdit par toutes les lois ecclésiastiques, — et que le Roi, aurait alors pris un moyen terme en décidant que la cure serait unie au séminaire et exercée par un aumônier. Que Msr de la Brosse eût ou non tenu, dans son entretien avec le Roi , le langage peu flatteur qu'on lui attribue au sujet du clergé de la ville , toujours est-il que Seignclay, pour qui la construction d'une ou de deux églises se réduisait à une question d'argent, s'empressa^ le -15 juillet ^687, de saisir le prétexte qu'on lui offrait de n*en faire qu'une qui servirait tout à la fois au séminaire et à la paroisse (4), sans consentir néanmoins à ce que la dépense s'élev&t, comme le faisaient pressentir les plans envoyés par M. Desclouzeaux, à la somme de 97,677 livres, y compris celle de 4^494 livres pour l'élévation de la tour et du clocher.

(i) Ce n'était là qu'un pfélexte, car le gouvernement et les Jésuites s*élaieDt accordés depuis rannée.précédenle pour ne faire qu'uue seule église dont la jouissance aurait été commune à la ville et aux RR. PP. On en trouve la preuve dans le procès- verbal d'adjudication des travaux de construction du séminaire, adjudication prononcée les 11 et 29 juillet 1686 par M. Desclouzeaux , en présence du R. P. Roucbeboc, supérieur du séminaire et du R. P. Bachelier, procureur, qui s'étaient portés cautions de Tadjudicalaire. A l'esgard de Végliie, y est-il dit, il en sera parlé dans U7i autre temps, n*en estant poB question présentement. Le devis d'une église spéciale au séminaire, fixé le 5 novembre 1685, h 79,940 liv., était ainsi mis k néant.

Si la réponse de Seignelay faisait pressentir l'urnoo, iln'en élait pas encore ainsi de la translation de Téglisedonl laçons* truction venait de commencer sur le terrain qu'occupe aajouN d'hui la halle de Keravcl , terrain que Vauban avait choiâ comme le plus commode pour les habitants et comme devant contribuer à faire un objet d'ornement de l'édiflce qui dominerait la rade et le port. Mais laisser ^égU^e en cet endroit ne convenait pas aux Jésuites qui firent exposer à Seignelay, par M. Desclouzcaux, le '{^'septembre suivant, qu'elle serait trop éloignée de leur séminaire , que la plupart des PP. n'y pourraient aller dire la messe pendant l'hiver, et qu'il eut été plus avantageux de la construire sur le premier plan (celui de l'église du séminaire). Quoi qu'il en soit, la nou\ elle réponse de Seignelay (25 octobre IG$7) fut encore négative. Loin d'accueillir la demande de translation, il prescrivit de faire préparer par l'entrepreneur les matériaux de l'église pendant l'hiver, de façon à ce qu'elle pût être terminée en deux ans, comme le voulait son marché. Présumant qu'ils ne parviendraient à leurs fins que si l'union était formellement prononcée, les Jésuites, qu'appuyait l'Évéque , agirent dans ce sens, et le P. La Chaise, surmontant sa répugnance, a se résigna a obéira la volonté bien arrêtée du Roi sur ce point. » Mais, comme ils ne voulaient pas prendre eux-mômcs l'initiative d'une démarche dont ils reconnaissaient l'illégalité, il fallait qu'ils eussent la main forcée. Ils firent donc écrire par l'Évûque ù M. Desclouzeaux , le \ 0 novembre, pour que ce dernier demandât ou fit demander l'union par le Procureur du Roi de la ville. L'Intendant en ayant référé au Ministre reçut ordre de s'abstenir personnellement de cotte démarche, et d'en laisser le soin au Procureur, mais de •^'entendre avec l'ÉvOque , ce qui eut lieu lors d'un voj'age que M»»" de la Brosse fit tout exprès à Brest peu de jours après.

Le Procureur du Roi du siège de Brest élait alors à Vannes, où il sollicitait un procès. Ce n'était pas lui , mais le Pro-

cureur-Syndic de la ville que Seignelay avait pu et voulu indiquer (4). Mais, comme il s'était montré peu disposé à agir, à la faveur d'une équivoque , à la place de M. Le Gac do l'Armorique, Procureur-Syndic qui, seul, avait qualité pour présenter une requête au nom de l'a ville, et que, d'un autre côté, ce dernier, très sympathique aux Jésuites, chez lesquels il avait deux de ses flis , était bien aise d'avoir un prétexte tel quel de s'abstenir, on s'adressa à M. de la Tour Cariou , avocat et ancien médecin , alors moribond (il mourut le 30 décembre), qu'on transforma en substitut du Procureur du Roi, et qui, après avoir une première fois motivé son impossibilité d'agir sur le défaut d'un ordre du Roi , consentit , le 28 novembre , à le faire, et présenta, le 3 décembre, la requête voulue.

La procédure marcha si rapidement qu'en vertu d'une ordonnance de l'Évêque , rendue sur les conclusions conformes du promoteur, les habitants furent prévenus, les ^6, ^9 et 23 décembre, par des bannies à son de caisse et des placards aOlchés sur les murs : « que, par ordre de Sa Majesté, Msr l'Évoque prétcndoit unir la rectorerie et cure de Brest au séminaire royal des aumôniers de la marine , dont il leur donnoit avis , avec assignation à tous prétendants droits à la dite cure de comparoistre au tribunal de Monseigneur, à l'audience du 20 janvier, à Saint-Paul , sa ville épiscopale , pour y déduire leurs raisons et oppositions sur l'exécution

(i) Les Jésuites ont nié qu'il existât un Procureur de la ville en 1687, et ils ont prétendu que celte charge ne fut créée qu'en 1690 ou 1691. Il suffit, pour leur répondre, de les renvoyer <nux lettrespatentes du mois de juin 1681 , portant création de cet offîce sous le litre de Procureur-Syndic. Il ont accusé les Jansénistes de s'être mépris sciemment sur ce point, et il^oot répondu, quand ces derniers leur ont objecté l'absence de lettres- patentes du Roi, qu'il n'eût pas manqué de faire expédier, s'il eûl voulu s'attribuer l'initialive de l'union , que la volonté du Roi , souveraine et absolue, élail telle qu'il n'avait pas besoin de s'assujétir à celle forme.

des ordres de Sa Majesté. « Coolrairemeni à Tusage el àli loi , ni la communauté , ni les marguilliers , ni Tabbé Roignant, ni les religieux Bénédictins, patrons présenlateun de la cure des Sept-Saints , ne reçurent d'assignation perso&nelle. Quoi qu'il en soit , la communauté crut devoir s'opposer, et, le 'l 5 janvier ^688, elle décida qu'un de ses membres 8e présenterait , cinq jours après , devant TÉvéque , et dAvdopperaît les motifs d'opposition déduits dans un mémoire rédigi par le Maire et les Ëchevins , mémoire portant en substance: a que les bourgeois et habitants de la paroisse seroient maintenus dans le droit et ancien privilège de nommer^ créer et instituer marguilliers, trésoriers et fabriques pour la direction des deniers provenant de la dite paroisse el des chapelles, pour comptera l'ordinaire; que les prêtres, aumôniers et tons autres employés au service de la dite paroisse n'auroîent à prétendre aucune rétribution que, suivant les anciennes coutumes , de cinq sols par assistant de service , le double au célébrant, et pareille somme pour les enterrements et convois de corps, parce qu'aussi chacun seroil libre de prendre tel nombre de prêtres que sa faculté permettroil et non autrement; que les fondations ci-devant faites dans l'ancienne paroisse seroient desservies à la coutume et pour la même somme qu'au passé ; que les tombes et enfeux pour enterrer les dits paroissiens qui n'en auroient point d'arrenlés dans la dite église, seroient payés à la fabriquée l'ordinaire, comme a présent , 30 sols par tombe , hors le chœur de l'église ; qu'ils demeureroient chargés et maistres des ornements, vaisselle d'argent et tous autres meubles de la dite paroisse , comme de ceux qui y sont présentement ; que le recteur ou curé veilleroit et auroit soin des malades tant pauvres que riches de la dite paroisse, de leur administrer les sacrements^ et pour cet effet d'avoir des confesseurs et prêtres en nombre suffisant dans la dite ville pour y avoir recours, de nuit comme de jour, cl particulièrement un prêtre pour dire une me?se

journellement dans la dite église des Sept-Saiots , pour môme y administrer les sacrements en cas de besoin ^ vu l'éloignemens de l'église paroissiale ; que le recteur ou curé pour le lervice de la dite paroisse seroit nommé et connu aux parois- MD8, pour y avoir recours au besoin, par un acte public déposé dans Thùtel public de la ville. »

Le recteur Roignant se borna, de son côté, à demander la conservation de ses droits tant qu'il vivrait , et ne forma d'opposition à l'union qu'autant qu'elle lui serait personnellement préjudiciable.

Les Jésuites durent sourire, quand ils virent ceux qui avaient àfeire valoir tant de solides moyens pour repousser leurs piAentions, se borner à présenter un tarif de fabrique ou à stipuler des intérêts personnels, toutes choses qui, si elles étaient accordées , impliquaient un acquiescement à Tunion demandée. Cette conduite de la ville, si elle ne se justifie, s'explique, du moios^ par la pression qu'on exerça sur elle au nom du Roi, qu'on lui représenta comme résolu à traiter en rebelle quiconque hasarderait la moindre opposition. Du reste, on était si bien disposé à passer outre, en tout état de cause , que sans attendre l'issue de l'enquêle faite par l'Ëvéque, Seignelay, comme s'il eût tenu à prouver sa volonté d'écarter tout obstacle à l'union^ s'empressa d'ordonner, dès le 9 février 4688, de démolir ce qui avait été fait de la première église^ dont les murs s'élevaient déjà de 5 à 6 pieds au-dessus du sol , et de dresser le mémoire de ce qu'il y aurait à payer tant pour les travaux inutilement exécutés que pour les dédommagements dus à l'entrepreneur. L'ingénieur Garengeau^ par son procès-verbal du 42 avril 4688, constata que les travaux exécutés avaient donné lieu à une dépense de 9,010 livres 5 sols , mise , il est inutile de le dire , à la charge de la ville , et que le changement de place de l'église, son agrandissement par suite de la suppression de celle des RR. PP. Jésuiks , l'augmentation du prix de main-d'œuvre

nécessitée par robligatlon d'asseoir fort bas les fondations (le la nouvelle église , etc., donneraient lieu à un surcroît de dépense d'environ 40,000 livres.

Vauban, quand il apprit le changement de place de Tég^ ne se flt faute d'en témoigner son' roécoDteQteiaent dans plusieurs lettres , dans celle surtout qu'il écrivit de Strasbourg, le 21 mars 468S, à M. Desclouzeaux , et où il loi disait : « J*ai reçu, Monsieur, la vostre du 5 de ce mois avee le plan de Brest y joint que je vous renvoyé signé de moy comme vous le désirez. Je vous advoue que j'ay été estrangemcnt surpris de voir le changement d'esglise qui n*est nullement bien , mais sur lequel je no diray plus un mot , ayant fait ce que je devais là-dessus , non plus que sur la halle. » La chose lui tenait au cœur, car, bien qu'il vint de dire qu'il ne parlerait plus de cette affaire , il terminait néanmoins sa lettre en ces termes : « Je ne puis m'empescher de vous marquer encore une fois Testonnement où je suis du changement de Tcsglise paroissiale. Je voy fort bien par là le dessein des Jésuites qui est d'occuper la place ci-devant destinée à Tcsglise, et comptez que vous n*y ferez point de halle, et que si vous en faites une, ils trouveront moyen dans peu de temps de la faire osier. Ma foy, vous êtes de vrayes poules mouillées vous et tous ceux de Brest de n'avoir pas mieux soutenu cela. Vous verrez par les suiles ce qui en arrivera, et que cette csglise ne sera pas à beaucoup près si saine ny si commode qu'elle eust été en la laissant où je l'avais mise. »

Mais qu'importaient les doléances de Vauban ! Sur les lieux il eût peut-être empêché la ville de passer si bénévolement par les fourches caudincs. Éloigné de deux cents lieues, il était impuissant à la ranimer. Aussi quand l'Ëvéque vint à Brest, le 7 mars, put-il, sans obstacle, faire procéder à l'enquête par M. Taillard, sénéchal des Regaires deGouesnou qui , comme remplaçant feu La Tour Cariou , substitua le

Procureur du Roi , sans ragréracnt loulefois de ce deruier qui I plus lard, désavoua ses deux prétendus substituts par uo acte du -15 juin ^699, déposé chez les notaires Derm et Banic , acte dans lequel il déclara que jamais il n*avait été diargé de demander l'union ; qu'étant absent lorsqu'elle fut provoquée , et n'ayant alors aucun substitut , ii n'avait pu être suppléé légalement ; qu'en tout cas , le fait intéressant la ville I son Procureur - Syndic avait seul eu qualité pour agir.

Le 8 , de grand matin , les témoins furent assignés , et lenéme jour, à dix heures, l'enquête s'ouvrit en présence 4t l'Évèque , chez le notaire Nayl, dans la maison où pendit le pavillon royal de ce notaire , que l'on avait adjoint i U. Taillard. Le premier jour^ on entendit onze témoins. f^ deux premiers furent l'abbé Joignant et le P. Rolland , supérieur du séminaire. Interrogé sur le produit du revenu certain et du casuel de la nouvelle paroisse , M. Roignant répondit qu'il avait environ 300 livres de revenus en fonds de terre , 4 écus au plus de dîmes dans la ville , 22 écus de dîmes et prémices delà trêve de Trénivez (Saint-Marc), des droits de champart , et 2 écus de rentes sur un champ situé dans cette trêve, des droits de censives à Brest dans le champ dît ParC'Cpr-Carnou; et que son casuel, de ^,600 livres environ, pourrait bien s'élever, dans quatre ou cinq ans, à 2,700 livres , sur lesquelles il devait payer annuellement 200 livres au recteur de Lambézeliec.

Le P. Rolland déclara que les Jésuites étaient mus par un seul désir, celui de se procurer les moyens d'avoir de meilleurs aumôniers en les habituant a l'exercice de leurs fonctions; que, s'ils demandaient l'union, ce n'était pas pour augmenter leurs revenus , leur intention étant que les produits de la cure fussent distribués à ceux qui desserviraient l'église ; que, pour eux, ils n'avaient jamais prétendu et ne prétendaient rien prendre ni pour messes ni pour aucune

fonction sacerdotale ou curiale. Après ces deux déposilioos, vinrent celles de MM. Desnos de Ghampmeslin, de Coêtlogoo, Vincent Hyacinliic de Goulombe , de la Harteloire , de Ruât, de Penancoët de Keroualle, capitaines de vaisseaux, de Jaequcs de Colas, chevalier de Cintré, et de René de Coulooibe, le premier, gouverneur, le second , major de la ville et da château. Répétant le thème des Jésuites, ils se bornèrent à dire que l'union serait avantageuse , parce qu'elle aurait pour résultat de former de meilleurs aumôniers ; qu'au surplus, ib n'uvaient rien à objecter, puisque telle était la volonté de Sa Majesté. Môme réponse fut faite par le Maire, M. Thomas Le Mayer, sieur de la Villeneuve, qui ajouta toutefois qu'il s'en référait à l'opposition formulée au nom de la ville , le 20 janvier précédent, devant lofflcialité de Saint-Paul, et qu'il réservait ses droits personnels en tant que propriétaire da terrain sur lequel l'église serait b&tie.

Le lendemain, quoique ce fût un dimanche. l'enquête continua. MM. de Kerven , de Villevert, Massiac, ingénieur chargé des fortifîcations , Duplessis- Lestobec, Duchesne - Monod, de Kerigonan, anciens maires, Le Cac deTArmorique, Charles Hubac, syndics delà communauté^ Estienne Hubac et Louis Jourdain, notables, se montrèrent favorables à l'union, qu'ils représentèrent comme devant améliorer rinstruction des prêtres et des habitants. Tous néanmoins ne crurent pas pouvoir se dispenser de maintenir les réserves faites devant roiricialilé de Saint-Paul.

L'enquête ne fut et ne pouvait être qu'une affaire de pure forme. Peut-être néanmoins eùt-il été séant de sauver les apparences en lui donnant un caractère plus sérieux. On ne saurait , en effet, le concéder à l'audition de dix-neuf témoins dont huit étaient des bourgeois dociles , soigneusement triés dans toute la population , et les autres , des fonctionnaires n'ayant qu'un intérêt très secondaire à la solution de la question.

Quoi qu'il en soit, Ms^ de la Brosse trouva ce simulacre d'enquête suffisamment concluant, et considérant TafTaire comme terminée, il alla le lundi, à la pointe du jour, en compagnie de l'Intendant, de Garengeau, de l'abbé Koignant, de son clergé, du Maire, de plusieurs (Conseillers de la ville, et de deux archers, poser la première pierre de l'église et placer dans les fondations une plaque de cuivre portant cette inscription : Sanctis Ludovico et Xaverlo Ludovwus Magnxis parocchialem hanc ecdesiam consecratam volult , ac Patribus societatis Jesu regendam una cum seminario Brestense GOMMisiT illicstrissimus Episcopus et cornes Leanensis Dominus Petrus de la Brosse, regni admlnistro marchione Domino de Seignelay, rei inaritimœ Domino Desclouzeaux, totum opus dirigente architecto Domino de Garengeau.

L'addition du vocable de saint François-Xavier à celui de saint Louis à qui la ville voulait exclusivement dédier son église, indique, comme les termes exprès de T inscription , que, dans la pensée de ceux qui poursuivaient l'union , elle était consommée de fait , en attendant qu'elle le fût de droit, ce qui n'eut lieu que le 25 juin suivant. La sentence épiscopale de ce jour, tout en concédant à la communauté et au curé Roignant leurs inoffensives réserves , statua qu'après le décès de ce dernier, très avancé en âge , le titre de la cura serait supprimé, et qu'elle serait convertie en vicariat amovible , uni au séminaire des Jésuites , et desservi par celui des aumôniers qu'instituerait l'Évoque , sur la présentation du supérieur, qui aurait la faculté de le révoquer à volonté. Sanctionnée par les lettres-patentes du mois de septembre suivant, enregistrées au Parlement de Uennes ; le ^6 mai ^689, la sentence de l'Évoque ne fut pas alors signifiée aux parties intéressées , comme elle aurait dû l'ôtre pour devenir exécutoire contre elles. Les Jésuites ne virent aucun inconvénient à en remettre la notification à l'époque où l'achève- I 20

ment de l'église leur permettrait de faire valoir lears droils, dont Texercice était d'ailleurs ajourné tant que vivrait Tabbé Roignant. A quoi leur eût servi de donner réveil aux haHtants à qui Ton avait eu l'adresse de persuader que les réserves faites, tant à Saint-^aul que dans l'enquête, laissaient intacts les droits de la ville. Peu t- être,' néanmoins , les Jésuites eussent-ils mieux faits de profiter de cette quiétude des uns et de la quasi-terreur des autres pour obtenir de la ville uoe adhésion qui l'eût liée à tout jamais. Mais les plus avisés ne sauraient songer à tout.

La construction de l'église, commencée immédiatement après lu bénédiction épiscopale, fut poursuivie avec vigueur par la communauté dont la confiance dans son bon droit ne fut pas ébranlée par la communication qu'elle reçut, le 8 mai, d'une lettre adressée par Seîgnelay à Garengeau , le 24 avril précédent , lettre où il était dit « qu'on avait fait entendre aa Roi qu'elle désirait l'agrandissement de l'église. > La ville, néanmoins, ti^moigna d'autant plus de surprise de cette communication , que , loin d'avoir eu la pensée de cet agrandissement, résultant de plans, devis et marchés faits sans sa participation , et devant, croyait-elle, occasionner un surcroît de dépense de 8,000 livres, elle avait supplié le Roi de l'exonérer du droit de 8 livres par tonneau de vin, ruineux pour le commerce , et de le remplacer par l'augmentation d'un sol sur chaque pot de vin vendu en détail, ou par l'établissement d'un droit de 3 livres sur chaque tonneau entrant par le goulet.

La communauté était loin de compte quand elle croyait que la dépense de construction de la nouvelle église ne dépasserait que de 8,000 livres les prévisions primitives. Une lettre de M. Desclouzeaux du ^3 août nous apprend que le devis arrêté par lui et Garengeau s'élevait à ^ 47,496 livres. Or, comme le fermier des droits d'octroi avait déjà versé 72,000 livres entre les mains du tréso-

rier de la marine, et que le miseur avait, de son côté, payé 4,800 livres^ il était nécessaire de faire un nouveau foods de 70,796 livres. La communauté, mise en demeure de le fournir, déclara, le 9 septembre, n'avoir d*autres moyens de so le procurer que par la substitution, déjà demandée , du droit de 3 livres à celui de 8 livres par tonneau de vin , et par rétablissement de celui de 30 sols sur chaque tonneau de cidre et de bière. En donnant avis, le lendemain, de cette délibération à Seignelay, M. Desclouzeaux ne lui dissimula pas que la ville était obérée, et pour atténuer les charges qui pesaient sur elle , il lui proposa de faire contribuer tout le diocèse à la construction de l'église de Brest , ainsi que cela t'éUdt déjà pratiqué pour celle de Gouesnou. a II y auroit plus de justice , disait-il , de faire entrer dans cette dépense les lieux de l^ndemeau , le Faou , Daoulas , Chàteaulin et autres lieux qui profltent tous de rétablissement de Brest , soit par leurs denrées quMls débitent et vendent chèrement , soit par leurs habitants qui y viennent travailler. » Seignelay ne répondit pas ; mais comme le manque de fonds avait obligé de suspendre la construction, M. Desclouzeaux renouvela sa demande et fit connaître , le 5 novembre , que les travaux exécutés montaient à 84,797 livres, sur lesquelles -12,862 livres restaient à payer. Cette fois, Seignelay répondit , mais seulement pour dire de ne plus travailler à Téglise, et de se borner à la couvrir de paille afin d'en empêcher la destruction. Elle servit alors de magasin à fourrages au maréchal d'Estrées et aux divers officiers généraux employés à Brest. Les travaux étaient suspendus depuis trois ans , lorsque la communauté demanda , pour qu'ils pussent être repris , à être subrogée à l'adjudicataire des derniers droits d'octroi dont la ferme avait sept années à courir. Le produit de la recette serait afi'ecté à l'achèvement de l'église , sauf remboursement au fermier de ses avances et des intérêts qui seraient déterminés par le Roi.

Cette demande n'ayant eu aucune suite, et le fermier continuant sa recette sans qu'aucun travail se fît, la communaulé^ par sa délibération du 18 juin H93, représenta que ce fermier ayant perçu, depuis quatre ans, plus de 430,000 livres tournant à son profit exclusif, elle demandait de nouveau à lui être substituée, en lui remboursant , en capital et intérêts, les 72^000 livres montant de ses avances^ à moins qu'il ue préférât se contenter de ce qu'il avait perçu et abandonner à la ville le revenu des quatre dernières années de son bail. Le fermier, à qui la requête de la ville fut communiquée, convint que ce buil lui procurait un bénéfice considérable , mais il allégua de grandes pertes sur sa fourniture des vivres à la marine, à quoi la ville répondit que les droits sur les boissons n'avaient pas été établis pour Tindcmniser de ces perles, mais pour élever un temple à Dieu.

Quoi qu'il en soit, ce ne fut que le 20 septembre U95 que fut rendu l'arrêt du Conseil portant prorogation , pour neuf ans, à compter du V octobre suivant, du droit de 8 livres par tonneau de vin et de 4 livres par tonneau de bière et de cidre entrant à Brest par terre et par mer. Le nouveau bail fut adjugé, au mois de février 1696, à raison de 43,200 livres par an au sieur Gounier, à qui le cahier des charges imposa l'obligation de verser immédiatement , sauf à s'en rembourser, sans intérêts, sur ses receltes annuelles, la somme de 20,000 livres, qui serait employée à la construction de l'église.

Faire payer par la ville les frais d'une église qui ne lui appartiendrait pas, voilà le seul point auquel on s'attachait. En effet , dès le 9 septembre de l'année précédente, Garengeau avait, à son insu, dressé et envoyé de Suint-Malo un nouveau plan comprenant des chapelles latérales non prévues par le premier devis et des caveaux voûtés. Parvenue à obtenir la communication de ce plan, la communauté consentit à la construction des chapelles , bien que , closes dans les ailes de

réglise f elles lui donnassent l'aspect d'une église de couvent. Elle avait l espoir que cet inconvénient serait compensé si on les disposait de façon à procurer dans l'intérieur de l'église un grand espace permettant d'y faire les processions lorsqu'elles n'auraient pas lieu extérieurement. Quant aux caveaux, qui devaient entraîner une dépense de 30,000 livres, elle les repoussa comme inutiles et incommodes tout à la fois , vu qu'il aurait fallu les séparer les uns des autres par des piliers qui auraient absorbé la plus grande partie du terrain.

L'arrivée de Garengeau à Brest avait suivi de près l'expé- Slioii de ses nouveaux plans. Par le toisé qu'il fit des traf9ux de Perrot, le 7 novembre ^695, il en fixa le solde à 51,008 livres 13 sols 7 deniers, et après l'avoir déchargé d'une somme de 4,000 livres à titre de dédommagement des pertes que lui avait causées la longue suspension du travail , il le déclara débi'.eur d*une somme de 2;958 livres pour trop perçu.

- Assigné devant M. de Noinlel en reprise des travaux, Perrot SIeva des prétentions qui amenèrent la ville à rechercher si les offres meilleures ne lui seraient pas faites. Des prix bien inférieurs furent demandés par un sieur Chevalier et provoluèrent l'adjudication définitive du 31 mars 1697, prononcée în feveur de Perrot et de divers autres entrepreneurs.

Les travaux étaient enfin repris sur les plans approuvés par H. de Pontchartrain (ji^n ^698), plans d'où avaient été kartés les caveaux , quand la communauté demanda que ces >lan8 lui fussent communiqués. Grand fut son étonnement l'y voir figurer deux sacristies , l'une pour le clergé de la allé, l autre ayant un escalier communiquant de l'église avec e séminaire. Cette découverte , un peu tardive , la déternina à agir avec plus de vigueur qu'elle n'en avait montré mze ans auparavant. Le 42 mars 4699 , elle décida que trois le ses membres iraient demander aux Jésuites , pour le cas >ù ils auraient quelques prétentions sur l'église qui se b&tissait

des deniers de la ville , des copies de leurs titres. En cas de refus , ils seraient prévenus que deux notaires apostoliques les sommeraient d*en délivrer des copies coliationnées pour qu'elles fussent enregistrées à la Mairie , si besoin était, conformément aui édits et déclarations du Roi qui obligeaient les communautés ecclésiastiques à faire enregistrer aui hôtels de ville les donations qu'elles recevaient età obtenir le conseotement des habitants , tant pour s'établir que pour b&lir.

Le R. P. Recteur était absent quand les députés se présentèrent la première fois. Le P. Procureur auquel ils s'adressèrent les reçut fort mal, les invectiva même, et finit par dire : «qu'A n'estoit pas si idiot que de donner des bastons pour le battre, et que si Messieurs voulloicnt scavoir des nouvelles, ils pouvoienl aller au Conseil du Roi , à Saint-Paul et au Parlement de Rennes, où ils trouveroient peut-être à satisfaire leur curiosité ; que^ du reste, il ne connaissoit point la commanauté et n^avoit que faire à elle. » Comme ses interlocutears lui objectaient que les Jésuites dc^'aient bien connaître la communauté, puisqu'ils y avaient fait enregistrer le don .que Sa Majesté leur avait fait de la Maison et du Jardin du Roi ; que, conséquemment , s'ils avaient reçu le don de l'église, ils devaient également le faire enregistrer, il répondit qu3 a si (l*aultres pères avoient fait une faute , il ne vouloit point les imiter ; » puis, perdant toute mesure, il s'emporta jusqu'à dire qu'il était surpris que trois délégués de la commune vinssent ainsi l'insulter. Il fallut alors employer le ministère des notaires apostoliques, auxquels il fui répondu que les RR. PP. n'avalent rien fait que publiquement, et que, si la communauté voulait des copies de titres , elle pouvait se pourvoir au Conseil d'État , au Parlement et partout où bon lui semblerait.

Le P. Recteur étant de retour à Brest , les deux notaires se rendirent près de lui , le 23 mai. Il refusa de répondre, mais se montra aussi facétieux que le P. Procureur avait été dis-

courtois. « — L'habit que vous portez est-il à vous? demandat-a à M* Polard , l'un des deux notaires. — Oui , répondit ce demieri car je l'ai bien payé. — Et se tournant vers l'autre notaire : — Votre perruque , votre chapeau , sont - ils aussi à TOUS? — Même réponse, — Allez, mes amis, poursuivit le Recteur, l'église est aussy bien à nous que le justaucorps, la perruque et le chapeau que vous portez sont à vous (^). »

Le dimanche suivant, 31 mai, jour où un arrêt du. Conseil approuvait la soumission faite , le 6 du même mois , par If. Charles Hubac , receveur des octrois de la ville, d'avancer 4uis l'année la somme de 40,000 livres pour achever l'église, les principaux habitants, au nombre de plus de ^20, arrêtèrent que, pour obliger les Jésuites à s'expliquer avant qu'on çontinu&t les travaux, ils seraient assignés devant le présidial de Quimper. Ému de celte démonstration , le P. Forlet la dénonça le lendemain au Ministre , par une lettre où il représentait M. Lars de Poulrinou, Maire, et M. Duverger- Bigot, Ëchevin , comme ayant soulevé le peuple.

Parvenue , peu de jours après , à se procurer une copie de la sentence d'union, la communauté arrêta , le -15 juin, qu'elle se pourvoirait en cour de Home ; mais, se. ravisant promptement, elle en interjeta appel comme d'abus, au Parlement , le 9 juillet, en se fopdant principalement sur ce que l'union de la cure et sa conversion en vicariat amovible n'avaient eu lieu ni à la demande des Jésuites, ni à celle des habitants, parties intéressées. Les moyens de droit qu'elle développa dans divers mémoires démontrèrent que la sentence épiscopale était une violation flagrante de toutes les lois canoniques. Les Jésuites , religieux mendiants , aux termes

(!) Le récit des deux entrevues des délégués de la ville et des deux notaires apostoliques avec le P. Procureur et le P. Recteur est textuellement extrait du registre des délibérations de la communauté de Brest. Le style habituel du rédacteur révèle une véracité et une modération qui nous font hésiter à croire qu'il ait brodé sur ce sujet.

de leur institut et des bulles des papes I^aul 111 , Jules 111 et rieV, étaient incapables, d*après tous les coociles et l'ordoonance de Charles \ni, de ^443, déposséder ni cure, ni bénéfice. L'incapacité de posséder des cures était encore plus absolue, en quelque sorte, pour les Jésuites que pour les autres ordres religieux, car une des conditions de leur rétablissement en France, en 1603, avait été qu'ils n'auraient pu rien entreprendre^ soit au spirituel, soit au temporel^ contre les curés. Do reste , leur manière de procéder indiquait assez qu'ils reconnaissaient aussi bien que qui que ce fût leur Incapacité personnelle, puisqu*au lieu de se faire attribuer directement la cure , ils en avaient fait conférer l'exercice à un de leurs aumôniers , sous le titre de curé amovible. Mais ce biais était lui-même inadmissible , le cbapitre XIII de la 24* session du Concile de Trente, accepté sur ce point par les prélats et les ambassadeurs français , ayant décidé en termes exprès que les évoques étaient tenus d'instituer des pasteurs perpétuels et certains là où il n'y en aurait pas , ce qui excluait toute possibilité de supprimer un titre de cure pour y substituer un vicariat amovible. A ces raisons , habilement développées dans ses divers mémoires, la communauté ajoutait a que jamais elle n'avoit songé à demander l'union qui ne lui auroit été d'aucune utilité , parce que des aumôniers obligés d'embarquer à tout moment seroient des pasteurs errants, et parce que c'est une troupe de jeunes gents ramassés de difTérents endroits , sortans des collèges , sans expérience et sans capacilé , dont les entiens mesme sont anglais , hollandais et flamans , et qui n'entendent point ou très peu la langue naturelle du pays, ce qui joint à la vie liccntieuse de la plusparl d'entr'eux empêcheroient les habitants d'y eslablir leur confiance et d'en retirer leurs besoings spirituels , estant vray de dire que qui ne peut se gouverner soi-mesme n'est pas capable de gouverner les autres , car comme le dit le Seigneur en Saint-Mathieu , chap. XIIÏ :

t Si un aveugle on conduit un autre^ ils tomberont tous deux « dans le précipice , ce qui est encore de plus grande impor- « tance dans l'église que dans le monde , etc. etc. i> D'autres parties de ces mémoires signalèrent les vices de la procédure qui avait précédé Tunion, et l'injustice des motifs lur lesquels on s*était appuyé pour la faire prononcer. Les Jésuites répondirent, le 6 août ^699, à l'appel de la communauté par une assignation de plaider devant le Conseil d'État , et non ailleurs^ à peine de ^^500 livres d'amende, en vertu d'un arrêt de committimus du 21 juillet précédent y conflrmatif de ceux de 4665, ^674 et 23 mai 1492, par lesquels, contrairement à l'ordonnance de ^669, le Roi j à l'exemple de Louis XIJ! , permettait « à ses bien aimez amys les PP. Jésuites » d'évoquer à son Conseil les causes où ils étaient intéressés. Les Bénédictins intervinrent ; mais bientôt, cédant aux menaces que leur firent les Jésuites de les déposséder de leur abbaye , ils consentirent à ce que le Recteur de l'église fût à leur nomination. Les Jésuites n*eurent plus alors pour adversaire que la ville.

M. Duverger-Bigot , Procureur-Syndic de la ville , alors à Paris , où il poursuivait la rentrée des sommes induement perçues par le munilionnaire général de la marine, fut chargé de hftter la solution de Tinsiance engagée au sujet de l'église. Les Jésuites ayant publié un écrit où ils insinuaient que la communauté désavouerait la réplique qu'il avait faite , le 9 août -1700, à une réponse publiée par eux, la communauté , les roarguilliers , les ofliciers de la milice et le directeur des hôpitaux , assemblés extraordinairement le 4 octobre, confirmèrent ses pouvoirs. Les Jésuites , voyant l'attitude résolue de la ville , imaginèrent alors de faire courir le bruit que la communauté prétait les mains à un arrangement proposé par TÊvêque , et conune preuve de ses dispositions conciliantes, ils alléguèrent qu'elle aurait demandé le rappel du P. Chauvel dont elle ne pouvait plus long-temps supporter l'absence ,

laquelle aurait duré huit à dix jours au plus. Jugeant que ce bruit , s*il s'accréditait , exercerait quelque influence sur le Conseil d'État , la communauté se hftta de protester par sa délibération du 24 février 4704, où elle déclara n'avoir eu connaissance du prétendu exil du P. Cbauvel que par la rumeur publique , et n'avoir provoqué ni directement , ni indirectement , une mesure qui lui était parfaitement indifférente ; puis elle termina en persistant dans ses délibérations antérieures, notamment dans celle du 4 octobre. L'aifaire traînant en longueur, M. Duverger-Bigot , rappelé à Brest par ses affaires, fut remplacé, le 43 novembre , par M. Charles , receveur des deniers communs de la ville.

Cette attitude énergique de la ville préoccupait assez le Roi pour qu'il désirât un accommodement entre elle et les Jésuites. M. de Pontcharlrain écrivit dans ce sens à M. Desclouzeaux dont la réponse semble annoncer que ses opinions primitives en faveur des Jésuites s'étaient- quelque peu modifiées, et qu'il commençait à reconnaître les difficultés de la situation. Cet aveu ressort clairement de son mémoire du 5 janvier 4704, où il s'exprime ainsi :

« Le Roy s*esl obligé de faire baslir une église d'environ 90,000 livres aux RR. PP. Jésuites en fondant leur éUiblissemcnt. Ils ont voulu unir la cure de Rrest à leur séminaire estably par Sa Blajesté pour les aumôniers de la marine.

(f Leà bourgeois de ceUe ville le reiïusenl absolument si on la joint au séminaire quoiqu'on la rende amovible et sujette à la nomination de l'Évesque ainsy que Monseigneurle propose par sa lettre du 29 décembre dernier, ne voulant pas mesme que leurs enfants soient instruits, et les uns et les auUres que j'ai veu aujourd'huy séparément demandent un arrest et ne veulent point d'accommodement. Cependant je prends la liberté de continuer le présent mémoire que Monseigneur aura pour agréable d'examiner.

« On a fait baslir une église paroissiale des deniers d'octrois proche des dits PP. Jésuites qui ont demandé cette église avec celle mesme cure, mais voyant Topposition des dits habitans trop forle ii l'union

de celle cure , ils ont déclaré Tabaudonner, se relraachant sur la prétenlion d'une église , bastie pour esite la paroisse.

ff Les habitans ne peuvent convenir de la leur abandonner parce qu'elle est trop grande et qu'elle coûte déjà 250,000 livres ou environ quoique imparfaite ; que \ts RR. PP. Jésuites ayant renoncé à la cure (1), il n'est pas nécessaire qu'ils ayenl une si grande église ; que ces habitans ne croyent pas que S. M. qui leur a promis une église de 90,000 livres veuille qu'elle soit bastie à leurs dépens, estant desjà d'ailleurs beaucoup chargez de debtes , de garnisons, et s'estant de nouveau engagez à la construction des cazcrnes pour le logemeut des officiers et soldats de la marine , qui coûteront environ 80,00P livres , qui est une chose essentiellement nécessaire pour le soulagement de la ville à cause des désertions continuelles des dits habitans fatiguez des dites charges de ville , et que si Sa Majesté ordonnoit que les fonds qu'elle a promis à ces RR. PP. fussent pris sur les Estats de la province , qu'ils en pay croient très volontiers leur part comme les autres villes de la province.

Les RR. PP. Jésuites , en considération de la promesse que le Roy leur a faitte de leur faire bastir une église de 90,000 livres ont si peur qu'on leur en donne uue petite qu'ils croyent ne pouvoir mieux faire que de demander celle-cy toute bastie , s'attachant à la promesse de Sa Majesté.

« Sur quoy il paroist qu*il ne seroit pas juste que l'église bastie des deniers d'octroys pour servir de paroisse fût donnée aux Jésuites sans que le Roy indemnisast les habitans. Il ne seroit pas juste aussy que S. M. payastplus qu'elle n'a promis, cette église étant d'uue trop grande conséquence et de beaucoup de dépense. 11 nes'agiroit plus que de savoir si les affaires de S. M. luy permettroient de faire le fond de 90,000 livres pour leur bastir cette église , sinon leur en accorder une moindre que S. M. pourroit, si elle le jugeoit k propos, assigner sur les Estats de la province , le tout en considération de rengagement de Sa Majesté envers les dits RR. PP. Jésuites. »

(1) Les Jésuites ne ûrent acte officiel de renonciation à l'union que le 19 novembre 1702. La renonciation dont parle M. Desclouzeaux avait bien pu lui être annoncée par les Jésuites ; mais aucun document ne prouve qu'elle ait eu lieu avant l'acte du 49 novembre qui eût été sans objet si une renonciation avait eu lieu antérieurement.

Les négociations continuèrent en conséquence , mais sans plus de succès. Le P. Van-Rhyn, Recteur du séminaire, avait compté , il parait , qu'une décision émanée du Roi seul aurait tranché la question. Mais voyant qu'il n'en était rien, et attribuant la neutralité de la cour à l'influence prédominante des Jansénistes représentés par M°** de Maintenon et' le cardinal de Noailles , il se démit de ses fonctions par la lettre suivante qu*il adressa, le 27 mars n02^à M. de Pontchartrain :

(f Monseigneur, ma conscience el ma d reliure naturelle m*ob]igenl de déclarer k voslre Grandeur, à ma confusion, que je suis incapable de remploi dont on m*a chargé, malgré mes justes répugnances el mes représenlalions réitérées. Peut-être aurois-je pu autrefois eslre Recteur k Brest, lorsqf le la cour décidoil elle-même des affaires du séminaire royal de la marine et que le supérieur n'y avait point d'autre soin que celuy des bonnes œuvres el de contenter l'église, la marine, le chasieau , la noblesse , la justice et la bourgeoisie , car par la miséricorde de Dieu , je ne croy pas qu'on se plaigne beaucoup de moy ; mais aujourd'huy. Monseigneur, que la cour occupée de la guerre abandonne son premier séminaire de la marine , et qu'elle laisse ruiner par les procès celte magnifique maison , le P. de la Fare el moy ne sommes point propres pour la gouverner. Voslre Grandeur le jugera «lisémenl par la situation des choses. Le sémi~ naire de Rochefort est en possession de la paroisse de la ville d), du gros bénéfice de Sniiil -Vivien, el de plus de vingt petits destinés h ses aumôniers. Sa Majeslé fil de semblables présens , il y a dix années, à celuy de Bresl. Le Pape, l'Évéque , le Parlement, la Marine , le Ghàleau el la Ville y concoururent, el de tout cela que nous en esl-il revenu? 2i,000 Uvres de délies, deux procez pour soutenir les inlerresls el les volontés du Roy, el une condamnalion aux dépens envers MM. de Monlenarl , Guillou , Le Page el Rousseau , que M. l'abbé , M. le Prieur el toute la communauté des religieux de Daoulas désavouèrent Tan passé par un bon acte, et qui n'ont aucun droit au bien de l'abbaye, etc. »

(1) Les Jésuites insistaient k tout moment, dans le cours de leurs démêlés avec la ville de Brest, pour qu'on y fil rapplicalion de ce précédent qui, comme nous l'avons démontré , était formellement réprouvé par les lois ecclésiastiques.

Pendant ce temps , les travaux de Téglise continuaient , mais lentement. La perception des droits autorisés par Tarrét du Conseil du 20 septembre IC93 avait été insuffisante , et le 30 mai ^699 , un autre arrêt avait approuvé 1 offre faite par M. Hubac, receveur *]es deniers d'octroi, d'avancer, pendant le cours de la même année, la somme de 40,000 livres dont remploi permettrait d'accélérer les travaux , et dont il se rembourserait, en principal et intérêts, sur le produit des impôts autorisés par l'arrêt du 20 septembre.

Les choses en étaient là lorsque Mb^ de la Brosse mourut 08 septembre HOI). Son successeur, Mk»" de la Bourdonnaye, sacré le 23 avril n02 , était loin d'être aussi favorable que lui aux Jésuites. Animé des mêmes sentiments que M. de Pontchartraiu, il n'attendit pas à prendre possession de son siège pour tenter une pacirication entre la ville et les Jésuites. Avant de se rendre en Bretagne, il obtint du Ministre la promesse qu'il serait sursis au rapport du procès jusqu'à ri^sue des démarches qu'iUse proposait de faire dans ce but. M. Charles ayant informé la communauté, le 2< juin, des intentions du prélat, elle examina le projet de transaction qui lui fut présenté , et d'après lequel elle aurait abandonné aux Jésuites l'église en construction , ou en aurait fait construire une autre pour eux. Loin d'y souscrire, elle exposa ses motifs de refus dans sa délibération du 22 juillet -1702, où elle disait :

« Malgré l'avance de 40,000 livres faite en 1699 par M. Hubac, la ville devoit déjà une somme à peu près égale à l'entrepreneur, sans parler ni des travaux intérieurs de Féglise qui absorberoient plus de 50,000 livres, ni du portail du clocher, des cloches et du basc6lé , toutes choses qui ne pourraient s'exécuter de longtemps et obligeroient la communauté à demander la continuation des droits de 8 livres par tonneau de vin , bien que ces droits lui fussent très onéreux, puisque, depuis 20 ans, les traitants avoient perçu 400,000 livres , qu'il falloil néanmoins que la ville supportât ces

laquelle aurait duré huit à dix jours au plus. Jugeant que ce bruit, s'il s'accréditait, exercerait quelque ioflueuce sur le Conseil d'État , la communauté se bftta de protester par si délibération du 24 février n04, où elle déclara n'avoir ea connaissance du prétendu exil du P. Cbauvel que par la rumeur publique, et n'avoir provoqué ni directement, ni indirectement , une mesure qui lui était parfaitement inffiffirente ; puis elle termina en persistant dans ses délibérations antérieures, notamment dans celle du 4 oclobre. L'affaire traînant en longueur, M. Duverger-Bigot , rappelé à Brest par ses affaires, fut remplacé, le 43 novembre , par M. Charles , receveur des deniers communs de la ville.

Cette altitude énergique de la ville préoccupait assez le Roi pour qu'il désirât un accommodement entre elle et les Jésuites. M. de Pontchar train écrivit dans ce sens à M. Desclouzeaui dont la réponse semble annoncer que ses opinions primitives en faveur des Jésuites s'étaient- quelque peu modifiées, et qu'il commençait à reconnaître les difficultés de la situation. Cet aveu ressort clairement de son mémoire du 5 janvier 4701, où il s'exprime ainsi :

« Le Roy s'est obligé de faire basiir une église d'environ 90,000 livres aux HR. PP. Jésuilcs en fondant leur éLiblissement. Ils ont voulu unir la cure de Brest h leur séminaire estably par Sa Majesté pour les aumôniers de la marine.

(' Les bourgeois de ceUe ville le reffusenl absolument si on la joint au séminaire quoiqu'on la rende amovible et sujette à la nomination de l'Évesque ainsy que Monseigneurle propose par sa lettre du 29 décembre dernier, ne voulant pas mesme que leurs enfants soient instruits, et les uns et les autres que j'ai veu aii^ourd'huy séparément demandent un arrest et ne veulent point d'accomr modemcnl. Cependant je prends la liberté de continuer le présent mémoire que Monseigneur aura pour agréable d'examiner.

(( On a fait basiir une église paroissiale des deniers d'octrois proche des dits PP. Jésuites qui ont demandé celte église avec celte mesme cure, mais voyant l'opposition des dits babilans trop forte h l'union

de celle cure , ils odI déclaré Tabandonnery se retranchant sur la prétenlion d'une église , baslie- pour estre la paroisse.

« Les habitans ne peuvent convenir de la leur abandonner parce qu'elle est trop grande et qu'elle coûte déjà 250,000 livres ou enviion quoique imparfaite ; que les RR. PP. Jésuites ayant renoncé à la cure (4), il n'est pas nécessaire qu'ils ayenl une si grande église ; que ces habitans ne croient pas que S. M. qui leur a promis une église de 90,000 livres veuille qu'elle soit baslie à leurs dépens, estant desjà d'ailleurs beaucoup chargez de debles , de garnisons, et s'estant de nouveau engagez à la construction des cazernes pour le logement des officiers et soldats de la marine , qui coûteront environ 80,0QP livres , qui est une chose essentiellement nécessaire pour le soulagement de la ville k cause des désertions continuelles des dits habitans fatiguez des dites charges de ville , et que si Sa Majesté ordonnoil que les fonds qu'elle a promis à ces RR. PP. fussent pris sur les Estats de la province , qu'ils en payeroient très tolontiers leur part comme les autres villes de la province.

Les RR. PP. Jésuites , en considération de la promesse que le Roy leur a faitte de leur faire baslir une église de 90,000 livres ont si peur qu'on leur en donne une petite qu'ils croyenl ne pouvoir mieui faire que de demander celle-cy toute bastie , s'atlachant k la promesse de Sa Majesté.

« Sur quoy il paroist qu'il ne seroil pas juste que Téglise baslie des deniers d'octroys pour servir de paroisse fût donnée aux Jésuites sans que le Roy indemnisast les habitans. 11 ne serait pas juste aussy que S. M. payast plus qu'elle n'a promis, celte église étant d'une trop grande conséquence et de beaucoup de dépense. 11 ne s'agiroit plus que de savoir si les affaires de S. M. luy permettroient de faire le fond de 90,000 livres pour leur baslir cette égUse , sinon leur en accorder une moindre que S. M. pourrait, si elle le jugeoil à propos, assigner sur les Eslals de la province , le tout en considération de rengagement de Sa Majesté envers les dits RR. PP. Jésuites. »

(1) Les Jésuites ne ûrent acte ofGciel de renonciation à l'union que le 19 novembre 1702. La renonciation dont parle M. Desclouzeaux avait bien pu lui être annoncée par les Jésuites ; mais aucun document ne prouve qu'elle ait eu lieu avant l'acte du 19 novembre qui eût été sans objet si une renonciation avait eu lieu antérieurement.

Les négociations continuèrent en conséquence , mais sans plus de succès. Le P. Van-Rhyn, Recteur du séminaire, avait compté , il parait, qii*une décision émanée du Roi seul aurait tranché la question. Mais voyant qu'il n'en était rien, et attribuant la neutralité de la cour à l'influence prédominante des Jansénistes représentés par M"* de Maintcnon et le cardinal de iNoailIes , il se démit de ses fonctions par la lettre suivante qu*il adressa, le 27 mars n02 ^à 11. de Pontchartraia :

« Monseigneur, ma conscience et ma droiture naturelle m^obligenl de déclarer à voslre Grandeur, à ma confusion, que je suis incapable de remploi dont on m*a chargé, malgré mes justes répugnances et mes représenlalions réitérées. Peut-être aurois-je pu au tn'f ois eslre Recteur k Uresl, lorsqi.e la cour déddoil elle-môme des affaires du séminaire royal de la marine et que le supérieur n*y avait point d'autre scia que celuy des bonnes œuvres et de contenter Téglise, la marine, le chasleau , la noblesse, la justice et la bourgeoisie, car parla m iséricorde de Dieu , je ne croy pas qu'on se plaigne beaucoup de moy; mais aujourd'huy, Monseigneur, que la cour occupée de la guerre abandonne son premier séminaire de la marine , et qu'elle laisse ruiner par les proct^s celle magnifique maison, le P. delà Fare el moy ne sommes point propres pour la gouverner. Vostrc Grandeur le jugera aisément par la situation des choses. Le sémi' nairo de Rocheforl est en possession de la paroisse de la ville 1), du gros bénéfice de Sainl -Vivien, el de plus de vingt petits destinés h ses aumôniers. Sa Majeslé fil de semblables présens , il y a dix années, h celuy de Hresl. Le Pape, l'Évéque , le Parlement, la Marine , le Chàleau el la Ville y concoururent, el de tout cela que nous en esl-il revenu? 2i,000 livres de délies, deux procez pour soutenir les inlerresls el les volontés du Roy, el une condamnation aux dépens envers MM. de Montenarl , Guillou , Le Page et Rousseau , que M. l'abbé, M. le Prieur el toute la communauté des religieux de Daoulas désavouèrent Tan passé par un bon acte, et qui n'ont aucun droit au bien de Tabbaye, etc. »

(1 ) Les Jésuiles insistaient h tout moment, dans le cours de leurs démêlés avec la ville de liresl, pour qu'on y fit lapplicalion de ce j)récédenl qui, comme nous l'avons démontré , était formellement réprouvé par les lois ecclésiastiques.

Pendant ce temps, les travaux de l'église continuaient , mais lenteAaent. La perception des droits autorisés par l'arrêt du Conseil du 20 septembre 1695 avait été insuffisante , et le 30 mai 4699 , un autre arrêt avait approuvé lofTre faite par H. Hubac, receveur «les deniers d'octroi, d'avancer, pendant le cours de la même année, la somme de 40,000 livres dont remploi permettrait d'accélérer les travaux , et dont il se rembourserait, en principal et intérêts, sur le produit des impôts autorisés par l'arrêt du 20 septembre.

Les choses en étaient là lorsque \\«^ de la Brosse mourut (48 septembre 4701). Son successeur, Mk»" de la Bourdonnaye , sacré le 23 avril 4702 , était loin d'être aussi favorable que lui aux Jésuites. Animé des mêmes sentiments que M. de PoDtcbartrain, il n'attendit pas à prendre possession de son sié^ pour tenter une pacification entre la ville et les Jésuites. Avant de se rendre en Bretagne, il obtint du Ministre la promesse qu'il serait sursis au rapport du procès jusqu'à l'issue des démarches qu'iUse proposait de faire dans ce but. M. Charles ayant informé la communauté, le 24 juin, des intentions du prélat, elle examina le projet de transaction qui lui fut présenté , et d*après lequel elle aurait abandonné aux Jésuites féglise en construction , ou en aurait fait construire une autre pour eux. Loin d'y souscrire, elle exposa ses motifs de refus dans sa délibération du 22 juillet 4702, où elle disait :

« Malgré favance de 40,000 livres faite en 1099 par M. Hubac, la ville devoit déjà une somme à peu près égale à fenlrepreneur, sans parler ni des travaux intérieurs de féglise qui absorberoient plus de S0,000 livres, ni du portail du clocher, des cloches et du bascôté , toutes choses qui ne pourraient s'exécuter de longtemps et obligeroient la communauté à demander la continuation des droits de 8 livres par tonneau de via , bien que ces droits lui fussent très onéreux, puisque, depuis 20 ans, les traitants avoient perçu 400,000 livres , qu'il falioit néanmoins que la ville supportât ces

droits pendant plus de trente ans encore ; qu'elle ne pouToil conséquemment rien accorder aux Jésuites qui ne leur étoienl d^aucooe ulililé. »

A ces diverses consîdératloDs, la conimuDauté ajoutait que ff bien qu'on leur eût , de fait , enlevé tout commerce maritime, l'usage du port leur étant interdit, et les étrangers profitant exdisivement des fournitures aux magasins du Roy, les habilins payoient les ra^^mes droits que les autres habitaus du royaume, et de plus , le droit de 8 livres par tonneau de vin perçu à Brest seulement; qu'ils logeoient, été comme hiver, les capitaines, ingénieurs et soldats, d'où pour eux une charge annuelle de plus de 25.000 livres , ce qui ne les empéchoit pas de monter la garde aux portes de la ville, et même d'être parfois détachés sur les c^tes, comme l'avoienl été récemment deux compagnies de la milice qui avoient campé à Quélern sans avoir reçu ni solde ni subsistance. »

Ce triste état des affuires de la ville ne lui eût guère permis, quand môme elle l'aurait voulu, d'accepter la transaction qui lui était suggérée. Aussi quand le Maréchal d'Estrées, M. de Louvigny, Intendant de la marine, et M. de Méjusseaume, Procureur-général Syndic des Étals de Bretagne, convièrent, au nom du Roi, le 40 septembre 4702, le Maire, 1c Syndic et les principaux habitants à y souscrire , un morne silence fut-il leur seule réponse. Les énergiques instances du Maréchal d'Estrées n'eurent d'autre résultat que de leur faire demander une copie du projet d accommodement qu'ils soumirent le môme jour à une assemblée qui se tint chez le Maire, et oii se trouvèrent un grand nombre d'habitants , le Sénéchal , le Bailli, le Lieutenant et le Procureur du Roi. Les magistrats opinèrent pour la transaction qui aboutissait ou au maintien de l'union , ce qui eût entraîné la jouissance de l'oglise par la ville et les Jésuites , ou à l'abandon de l'église à ces derniers. Mais la majorité repoussa tout moyen terme , et le Maire , assisté de quatre notables, dut aller porter une réponse négative au Maréchal d'Estrées, qui fit s«ivoir à la

députation « que Tesprit de résistance des habitants aux intentions de Sa Majesté étoit une manière de rébellion, qu*il en rendroit compte et qu'ils dévoient appréhender que Sa Majesté ne prit des voyes qui convenoient à son authorité. »

Le Maréchal tint parole. En effet, le 43>eptembre ^02, il adressa à M. de Pontchartrain la lettre suivante :

« n ne m*a pas été possible de vaincre Topiniaslreté de ceui qui composent la communauté de la ville de Brest. Je les ay assemblés chez moy ; M. de Méjusseaume leur explicqua les propositions sur lesquelles on pouvoit convenir à Vamiable ; ils désirèrent de les avoir par escrit ; mais bien loing d'en trouver quelqu'une de conforme à leurs sentiments , ils ont rendu la réponse que je vous fais tenir en original.

« Le Sénéchal , le Lieutenant-général de police et Procureur du Roy et le Baillif ont esté aussi assemblés chez moy, et après avoir examiné les propositions , ont esté d'un sentiment tout contraire à ceux de la communauté , comme vous verrez par Tescrit qu'ils m'ont donné.

« A considérer les choses comme elles le doivent eslre , on ne peut doubler que celle résistance des uns ne sqit causée , ou par des motifs d'un grand inléresl, ou par une liaison entretenue parla faction que l'on découvre aisémeut lorsqu'on va un peu avant en matière. Le Maire surtout paroist fort lié avec les plus aheurtés, et l'on à de la peine à croire qu'il n'ayt pas beaucoup de part à celte résistance que l'on peut qualifier de rebelle.

« Il est fort uni avec M. de Gampagnolles , et quand je luy ay dict que ce Maire prenoit le mescbant party, il me dit que luy il avoit toujours esté neutre dans cette affaire, et qu'il le seroit encore. Je luy ai répondu que je m'en étonnois, et qu'il estoit étrange qu'il fust neutre dans une affaire dans laquelle il paraissoit que le Roy prenoit quelque part.

(i Ce Maire qui se conduit si mal n'exerce la mairerie que par commission , et il est aisé par conséquent de lui en ester les fonctions et de lui faire sentir le peu de satisfaction que Ton a de sa conduite.

ff Mais quant à ce qui regarde le faict principal , il semble qu'il seroit suffisant que les Jésuites possédassent la nouvelle église sous

le lilre de séminaire royal de la marine, et que la cure demeurast comme elle a esté jusques ici , et quoique les habitans meslenl cb avant que resglise a esté bastie à leurs despens, k cause te huit livres par tonneau de via qui se payoieul à cet effet, il est aisé de ks confondre sur ce point et de faire connoislre que la marine et les gcnlilshommos qui demeurent en ville y ont contribué plus de la moitié en payant cet impost, et par conséquent beaucoup plos que la communauté.

n Les PP. Jésuites ont trouvé une lettre de M. de'Seignelay à < M. Desclouzeaux, Intendant de la marine, qui faict assez conooistre qu'ils n*ont rien entn>pris de leur mouvement, et que le changement apporté à la construction de l'esglise estoit parce que c*estoil rinlenlion du Hoy qu'elle leur demeurant.

« Il paroist que cet expédient est le meilleur, et que ne se mestant point de la cure, toutes difficultez doivent cesser ; c'est ce que les habitafis craignent extrêmement , et échauffez comme ils sont sur cette affaire, ils désirent une pleine victoire et d'obtenir tout ce qu'ils demandent.

« Depuis hier j'aprends qu'ils n'ont cessé de solliciter le Sénédial et le Haillif de ne point donner par escrit leurs sentiments , quoiqu'ils m'aient donné purolle quMls estoient de sentiment contraire h celuy de la communauté.

« Je ne dois pas oublier que le Maire eut l'impertinence de me dire que la populace estoit fort esmue sur ce chapitre , qu'il fisdloit apréhcndcr ses mouvements. Vous jugez bien comme je devois recevoir celte parolle , et comme je le fis en elfect.

n Je me suis toujours bien imaginé qu'il fallait des moyens plus forts que les exhortations pour vaincre cet aheurtement entretenu par beaucoup de conseils et de moyens que Von met en usage , et surtout celuy de dire qu*ils sont suffisamment justifiez de leur résistance parce qu'ils attendent le jugement des commissaires du Conseil.

cr Je suis toujours avec beaucoup de vérité et de passion, « Monsieur, .( Votre 1res humble et très obéissant serviteur, (( Le Maréchal d'Estuéls. »

I^ maréchal, on le voit, mettait de la passion ailleurs que dans ses formules de salut. Une cause était portée devant un fribunaTl A quoi bon attendre sa décision ? Ne valait-il pas mieux la trancher par la force? Ces façons soldatesques n'étaient pas du goût du ministre Pontchartrain. Ancien magistrat, — il avait été premier président au Parlement de Bretagne, — il voulait que la justice eût son cours régulier. Aussi, quand il eut acquis la conviction que la ville était inébranlable dans sa résolution, fit-il rendre l'arrêt du Conseil du '15 octobre 4702 qui chargea TÉvôque de Léon de commettre celle des parties qu'il jugerait convenable pour desservir la cure en attendant l'issue du procès. Le prélat , ayant égard à l'ordonnance de son prédécesseur, qui avait statué que le titre de la cure ne serait supprimé qu'après le décès de l'abbé Roignant qui en était seul titulaire , le commit ou plutôt le maintint lors de la bénédiction qu'il fit de l'église Saint-Louis, le 4 •^ novembre 4702. Celte désignation, dont l'Évéque ne pouvait s'abstenir, déplut fort aux Jésuites , qui s*en plaignirent au Ministre. Celui-ci reporta leurs plaintes à Msr de la Bourdonnaye, qui lui répondit, le 27 novembre 4702, D'avoir pu se dispenser de choisir l'abbé Roignant, lequel^ disait-il, devait, de toute nécessité, desservir l'église où il avait naturellement le droit de faire pendant sa vie toutes les fonctions du ministère , quand même l'arrêt à intervenir confirmerait l'union qui ne pourrait avoir d'effet qu'après sa mort.

L'église Saint-Louis n'avait encore ni autels , ni confessionnaux , ni ornements , ni chaire , et pour que le service divin pût s'y célébrer, l'Ëvêque avait été obligé d'ordonner aui marguilliers des Sept -Saints d'employer à l'achat des objets qu'exigeaient les besoins les plus pressants , tous les fonds appartenant à leur fabrique, ceux mêmes des confréries, et le produit d'une quête faite en ville. Ces diverses ressources avant été insuffisantes , on lira de l'église des Sept-Saints I 21

tout ce qu'on put, Thôpital de la ville fournit un tabernacle, et le 20 août de Tanoée suivante , l'Évéque prescrivit c de construire et placer Incessamment un autel dans l'église de Saint-Louis et d*y mettre une quantité de confessionnaux suffisante, en sorte qu'il y en eût toujours deux non remplii par les prêtres de la paroisse pour ceux à qui la fabrique les destineroit. » Puis , comme la nouvelle paroisse n'avait aucun revenu , les habitants , afin de procurer quelque casuel qui aidût les prêtres à subsister et à entretenir l'église , se cotifèrent pour construire ^G9 bancs dont ils payèrent la location annuelle à raison de 3 livres par place.

La ville avait considéré l'arrêt du 45 octobre comme le présage d'une issue favorable du procès dans lequel elle était engagée. La bénédiction de l'église et le choix que l'Évêque avait fait de l'abbé Baignant, avaient causé une véritable allégresse ; mais si les habitants étaient joyeux , il n'en était pas de même des Jésuites. Le choix de l'abbé Roignant , Tinslitution de dix prêtres habitués pour l'aider & desservir la paroisse, et la nouvelle dédicace de l'église à Saint- Louis seulement, les déconcertèrent au point de les déterminera changer de tactique. Ils renoncèrent au bénéfice de la sentence d'union par un acte notarié du 49 novembre 4702 , où ils introduisirent toutefois ces résen^es « que leur désistement ne pourroit porter aucun pri^judice à leurs droits sur l'église bâtie par ordre du Roi, joignant et pour le service du séminaire. > Leur résignation n'était donc qu'apparente , et ce qui le démontre encore plus que leurs réserves, c'est que trois jours auparavant , ils avaient fait signifier a la ville , au nom de M. de Kcret , recteur de Lambézellec , une requête que ce dernier aurait adressée au Roi pour s'opposer a toute la procédure faite par l'Évêque , par le motif que l'église aurait été construite sur un terrain appartenant à la paroisse de Lambézellec, et où on lui faisait demander que, seul, il pût y célébrer l'oflice divin jusqu'au jugement définitif du procès.

Très mécontent du rôle plus que ridicule qu'on lui faisait jouer» Tabbé Kéret désavoua cette intervention par un acte notarié du ^6 mars 4703, où il prottsta contre l'étrange procédé des Jésuites et de M* Ferrary, leur avocat. L'Évoque, à qui les réserves des Jésuites semblaient cacher un piége^ n'avait pas été édifié sur la valeur réelle de leur désistement. 11 ne le fut pas davantage lorsqu'ils le renouvelèrent le 23 janvier suivant. Aussi n'avait-il pas attendu le désaveu de Tabbé Kéret pour informer la communauté, dès le 4 décembre 4702 , que les Jésuites mettaient tout en œuvre pour parvenir à leurs fins , et que pour rendre son ordonnance de nul effet, ils avaient provoqué l'intervention non fondée de l'abbé Kéret. Par cette même lettre , il donnait à la communauté le conseil de se bien tenir sur ses gardes, et d'avoir ou de députer en haut lieu un homme inteUirjent et vigilant , sans quoy une surprise serait à craindre. Le conseil avait d*autant plus de chances d'être suivi que les Jésuites venaient de distribuer en ville, où il causait une émotion dont on redoutait les suites, un écrit injurieux pour le Recteur et les Marguilliers , écrit où l'Évéque lui-même n'était pas ménagé. Comme ils y détournaient les habitants d'aller entendre l'ofiDce divin et les prédications dans la nouvelle église, les paroissiens, réunis le dimanche 3^ décembre n02, arrêtèrent qu'il serait écrit à l'Ëvêque pour lui demander la continuation de sa bienveillance , et qu'un mémoire détaillé serait adressé à M* Poirier, avocat de la communauté. Puis, le 2 mars 4703, le receveur des deniers communs ayant déclaré que, loin d'avoir en caisse aucuns fonds appartenant à la ville, il était son créancier pour avances considérables ^ la communauté arrêta d'emprunter à ses risques et périls la somme de 4,000 livres, afin de défrayer M. Duverger - Bigot ^ député à Paris pour solliciter le prompt jugement du procès. Les Jésuites , de leur côté , ne restèrent pas inactifs. Ils exposèrent à l'Ëvêque que le clergé de la paroisse, composé de trois prêtres seule*

ment, étant loin de suffire à ses besoins spirituels, ils demandaient à lui venir en aide , en préchant , confessant et célébrant la messe dans Téglise où il n'y avait encore que le grand autel. Cet exposé était fort inexact, car, indépendamment de Tabbé Roignant , dix autres prêtres étaient alTectés en ce moment au service de l'église. Quoi qu'il en soit , le 45 mû n03 y Msr de la Bourdonnaye , ou surpris, ou ne prévoyant pas toutes les conséquences de la demande des Jésuites , se laissa aller à la leur accorder, mais à titre de simple permission. Les Jésuites, dans leurs divers écrits, affectent de qualiûer celte permission d'ordonnance, aQn sans doute de légitimer les mesures coërdlives qui furent prises quinze jours après contre les habitants. Tel n'était pourtant pas le caractère de cette décision. Pour s'en convaincre , il suffit • d'en citer ici le texte, que les Jésuites se sont toujours abstenus de reproduire :

« Nous , Jean-Louis de la Bourdonnaye, etc., attendu le petit nombre de prêtres qui ne se trouvent pas sufiisants pour dire la messe dans la nouvelle église de Saint-Louis de Brest, où une grande abondance de peuple se presse tous les jours pour l'entendre, faute de fond et revenu qui seroit nécessaire, nous avons permis , permettons et chargeons les RR. PP. Jésuites, Directeurs du séminaire royal de la marine, de dire la messe , prescher et confesser dans la dite église , et les aumôniers du dit séminaire par nous approuvés. Donné à Saint-Paul-de-Léon, etc. » L'usage de cette permission aurait laissé aux Jésuites, s'ils n'avaient rencontré aucune opposition , la faculté de se replacer en fait dans la position qu'ils avaient avant leur désistement de l'union. Elle leur aurait conféré le droit de disposer de l'église d'une manière collective et permanente , que le clergé paroissial l'eût ou non trouvé bon , tandis qu'une faculté semblable , quand elle est accidentellement concédée à des prêtres ou religieux non habitués , ne peut être exercée qu'avec l'agrément du clergé du

lieu. Ainsi l'ont sagement voulu les lois ecclésiastiques , notamment ta décision prise , le ^5 septembre 4362, par të fkrgi de France dans son assemblée de Poîssy, et Tariicle 8 do règlement du ^*' septembre ^645, arrêté, sous le titre de XèglemerU des réguliers , dans l'assemblée tenue à Paris la même année. L'assemblée de ^562 n'avait adbéré à l'établissèment des Jésuites en France qu'aux conditions énoncées dans Tarrét d'enregistrement du Parlement de Paris du 23 février précédent , et dont l'une portait qu'ils ne pourraient rien entreprendre au préjudice des âmes et des paroisses. D*après le règlement de 4645 , inséré dans le tome P^ des Mémoires du clciyé , ils ne pouvaient obtenir la permission de prêcher, confesser et dire la messe qu'à la charge de prendre le consentement du Recteur ou Curé , ce qu'ils n'avaient pas fait. Mer de la Bourdonnaye l'entendait bien ainsi , car, dans une lettre qu'il écrivit à la communauté le 40 juin 4704 , il déclara n'avoir permis aux Jésuites rien autre chose que de prêcher, confesser et dire la messe aux heures que leur assignerait le Recteur de la paroisse, à l'autorité duquel il avait d'ailleurs voulu les assujétir, sans qu'H pût être dérogé ni porté atteinte aux droits des habitants, et sans que les PP. Jésuites pussent tirer de sa permission aucun avantage ou conséquence dans le procès pendant au Conseil d'État. Les Jésuites , eux , l'entendaient bien autrement. Mais pressentant, à la disposition des esprits, que leurs nouvelles prétentions rencontreraient des obstacles sérieux, ils se préparèrent à les renverser. Voulant, à tout événement, se concilier l'autorité militaire , ils allèrent le 23 mai , jour où ils reçurent la permission de l'Évêque , la cotnmuniquer non à l'abbé Roignant , à qui seul elle devait être soumise , mais à M. de la Reintcrie, commandant de la ville et du château, qui, le lendemoin , alla en personne raisonner la communauté. Tout ce qu'il dit pour déterminer les habitants è se soumettre ne put empêcher un certain nombre d'entre

eux de se réunir le 25 cliez le Sénéchal , où , suivant ta requête signée Ferrary, ils auraient chargé le Maire de représenter aux Jésuites la convenance qu'il y avait à ne point exécuter la prétendue ordonnance de TÉvéque sans l'agrément du Maréchal d'Estrées, c'est-à-dire qu'ils auraient implicitement adhéré à la permission du 45 mai, si elle avait obtenu l'approbation du Maréchal. M. de la lleinterie , toujours d'après la requête, aurait appuyé la demande des habitants près des Jésuites qui, de leur c6té, l'auraient accueillie, tout en faisant signifier le môme jour, k la communauté , l'acte du 45 mai, tant pour eux que pour leurs successeurs, avec sommations d'y déférer, à peine de tous dépens, doDH mages et intérêts.

Cette sommation donna l'éveil aux habitants. Soit qu'aucun d'eux n'eût conféré au Maire la mission qui lui était attribuée, soit qu'éclairés par une longue expérience , ils craignissent que leurs adversaires ne parvinssent à faire convertir en droit permanent et absolu la moindre concession temporaire, ils se refusèrent à reconnaître l'autorité du Maréchal d'Estrées, h laquelle ils auraient obéi avec empressement, s'il se fût agi d'un ordre du Hoi, mais qui leur semblait tout-à-fait incompétente à exiger l'exécution d'un acte éminé d'un Évêque. S'étant donc rassemblés le lendemain, au nombre de plus de deux mille, ils décidèrent, sur la proposition de M. de Quéranmoal, premier marguillier, que , ne pouvant, malgré tout leur respect pour l'Évêque, acquiescer à l'ordonnance que lui avaient extorquée les Jésuites, ils s'en portaient appelants comme d'abus. Bien que cet appel fût suspensif, il n'arrêta pas les Jésuites. Loin de là , ils se décidèrent à frapper un grand coup. Se prévalant près du Maréchal d'Estrées du consentement vrai ou faux des habitants à l'exécution de la permission épiscopale , — le Maréchal était à Rennes et i^morait la véritable situation des choses , — ils en obtinrent d'autant plus facilement un ordre d'exécution,

qo^U le crut de pure forme. Muuis de cet ordre , ils se ren* dirent le A^ juin au chftleau» où le Commandant fit mander le Maire et les Échevins. Après leur avoir donné lecture de l'ordre du llarécbal, il se rendit avec eux et les Jésuites au presbytère, et de là a l'église, où le Curé célébrait la grand'messe. Quand elle fût terminée, M. de la Reinterie invita Tabbé Roignant à exécuter ce qu'il appelait l'ordonnance de l'Évéque ; sur son refus, le Commandant, animé d'un zèle de néophyte (\), ouvrit la sacristie et harangua le peuple qui garda un profond silence pendant son discours et celui que fe Supérieur des Jésuites prononça ensuite. Ce dernier ayant demandé des ornements pour célébrer ta messe, et n'ayant pu en obtenir^ en envoya chercher ainsi qu'un autel au séminaire. Alors commença une série de scènes déplorables qui devaient se continuer le lendemain, au grand scandale des fidèles. Diversement racontées, quant à certains détails ^ par les Jésuites , le clergé et la communauté , dans les écrits publiés à celte occasion , elles laissent , quelque version qu'on adopte, une impression pénible dans l'esprit de tous ceux qui veulent que les ministres de la religion soient , comme elle , environnés de respect. Les Jésuites , nous le savons , ont été, en raison des f^its qui se passèrent alors, l'objet de violentes attaques. C'était par conséquent pour nous une obligation plus étroite que jamais d'étudier froidement et Fans prévention tous les documents retraçant ces douloureux détails, d'y chercher la vérité , et de Texposer ensuite quelle qu'elle dût être. Dans ce but , après avoir patiemment interrogé et analysé, tant aux archives de la mairie et de la marine que dans la volumineuse procédure engagée entre la ville et les Jésuites (2), les divers

(1) M. de la Reinterie avait récemment abjuré le protestantisme, et Toulail donner des gages de la sincérité de sa conversion.

(2) Les pièces les plus importantes de cette procédure ont été publiées sous ce titre : RequeUts et répliques de Messieurs les Maire, Échevins et nobles Bourgeois de Brest, et les RR. Pères Jésuites établis au dit lieu, Brest, R. Malassis, imprimeur et libraire ordinaire de la marine, 163" pages in-i2.

éléments du récit qui précède , nous avons agi de même en ce qui concerne les deux journées du 4*' et du 2 jQiQ4703; et après avoir longuement pesé et comparé les divers témoignagos , nous avons été conduit à en présenter la substance suivante 0).

La porte par laquelle on devait apporter l'autel et les oroements ayant été fermée par ordre du Curé, le Commandant, usant d'autorité , s'en fit remettre la clef. Le chantre Le Berre s'étant alors écrié qu'il fallait s'opposer à ces procédés, le Commandant le saisit par le bras et le conduisit lui-mêoie à un corps-de-garde distant de 200 pas, d'où il fut envoyé en prison. Ramenant avec lui des soldats, M. de la Reinterieles plaça à la porte de l'église , et dès qu*il y fut rentré , le Supérieur des Jésuites dit la messe sur une table placée dans la nef entre deux croisées. Tous les habitants i'écoulërent en

(i) Nous nous sommes particulièrement appuyé pour cette partie de notre travail sur : 1* Le pîacei envoyé le A juin 1703 à M9f de Chamillart {contrôleur général des finances), par le Beeieur et les Prêtres de Saint-Louis de Brest , placet qui existe aux Archives de TEmpire, et que nous reproduisons plus loin ; 2* La. Requête, en 23 pages in-f?, rédigée en septembre 1703 par l'avocat Lauthier, ou nom du Curé , du Maire et des habitants de Brest ; elle est reproduite avec des additions dans le recueil intitulé : Procès contre les Jésuites pour servir de suite aux causes célèbres {par Nie. Jouin), nouv, édit, augmentée. Douai, 1761, in-12 ; 3* La Bequeste des Pères de la Compagnie de Jésus, directeurs du séminaire royal de la marine et des aumosniers du dit séminaire establi à Brest, avec un mémoire justificatif de la conduite des dits Pères de la Compagnie de Jésus, Pour servir de réponse à la requeste présentée au Roy par les sieurs Maire, Curé et habitans de Brest, contre Vunion d^une cure de Brest au séminaire royal de la marine , l'attribution d'une nouvetie église au dit séminaire, les artifices, les surprises et les violences prétendues des dits Pères de la Compagnie de Jésus, Vafis, Louis Sevestre, 1704, 12-40 pages in-f». Celle requête, rédigée avec beaucoup d'art , porte la signature de Tavocat Ferrary. On regrette que les violences et les voies de fait exercées sur des prêtres accomplissant leur ministère , aient pu devenir, pour l'auteur ou les auteurs de et foftumj un texte de plaisanteries prolongées.

silence, et quand elle fut achevée, les marguilliers renouvelèrent leurs oppositions, après quoi Ton se sépara avec assez de calme. Le lendemain , à six heures et demie du matin , un Jésuiie se présenta à l'église pour y dire la messe. La veille, le Supérieur du séminaire avait fait demander au Curé à quelle heure il lui conviendrait qu'elle pût être dite. «, — A quatre heures du soir, aurait, suivant les Jésuites, malicieusement répondif M. Le Cargour, prêtre sacristain. » Lorsque se présenta le Jésuite dont nous venons de parler, il lui fut répondu qu'on allait chercher la justice pour faire ouvrir l'église , conformément à ce qui avait été concerté le jour précédent entre le Maire , le Curé , les Marguilliers et deux Juges du siège. C'est ce qui eut lieu. A leur arrivée avec les prêtres, deux notaires et quelques bourgeois, les Juges, au nom de tous les assistants , déclarèrent s'opposer aux prétentions du Jésuite , qui se retira après avoir fiait pressentir que l'ohstacle qu'il rencontrait pourrait hien être mal vu du Commandant. Il ne disait que trop vrai. Pendant qu'on verbalisait dans l'église, M. de la Reinterie , informé de la résistance de la ville et du clergé, dépêcha trente soldats qui, conduits ou accompagnés par un Jésuite , entrèrent dans l'église , où se passèrent les faits détaillés dans le placet suivant du Recteur et des Prêtres de l'église Saint-Louis , placet confirmé de point en point par les divers procès-verbaux que dressèrent les magistrats sur les dépositions de témoins recommandables.

PLACET envoyé à Monseigneur de ChamUlart par le Recteur et les Prêtres de Saint ^ Louis ^ au sujet du scandale qui a été causé dans leur église , des iï^sultes et violences commises en leurs personnes par le sieur de la Reinterie^ commandant du chasteau^ officiers et soldats de sa suite.

Remontrent très bumblemenl à Votre Grandeur Messire Jean Roignant, Recteur, et les sieurs Curé, Prêtre el Clerc de la paroisse de Brest, que, le 2* de ce mois, les UR. PP. Jésuites s*étant

rendus environ les six beures du matin dans l'église neaTe deSunl- Louis avec des ouvriers pour j ériger un autel et y dire la mne, en vertu d'une permission de Monseigneur l*Évéque de Léca, sobR^ tisscmeut obtenue sur un Daux exposé , et dont les paroisâeni «t été appeliants comme d'abus ; les dits paroissieos , Maire et Édl^ vins de la dite ville se seroient rendus dans la dite église avec dec Botaires et Messieurs 'les juges requis à cette fln pour &ire tfUei oppositions et protestations que Ton eût jugé nécessaires : ce qd ayant été fait et rédigé dans l'une des croisées de la dite église a^ beaucoup dlionnctetez de part et d'autre , fînis^nt de signer le procès-verbal , les sieurs de la Challanderie et de Lamotte , lieat^ nants du chastcau , y seroient arrivés pour nous demander la def de la sacristie qui est au haut de la dite église , ayant laissé à It grande porte d'icelle une troupe de soldats armez, en téie de Itiquék il y avoit un P. Jésuite qui les étoit aUé chercher au chasteim , el qui avoit eu hy-méme la précaution, en pleine rue, de faire arrêter • les soldats et d'examiner si leurs armes étoient en état^ ainsi que ks suppliants Vont appris. Et comme les dits officiers étoient au haut de l'église , et marquoient aux habitants le sujet de leur commission , vos suppliants ayant vu du haut de l'église ces soldats 06011donnez par ces officiers à la conduite de ce Jésuite , qui au lieu de se tenir à la porte, entroient dans Téglise avec tumulte et irrévérence, les uns présentant leurs armes , les autres bourrant de leurs mousquets le peuple qui étoit k l'entrée de l'église pour y entendre la messe, aGn de faire faire place à deux hommes qui portoient des tréteaux pour y ériger un autel , vos suppliants. Monseigneur, coururent les premiers au bruit pour faire retirer les soldats et apaisa le désordre; mais , bien loin que leurs prières eussent eu quelque efTet sur ces soldats émus et abandonnés h leur discrétion, ils furent repoussez et maltraitez par ces soldats et insultez par des termes injurieux que leur caractère et le respect qu'ils ont pour Votre Grandeur ne leur permet pas de répéter. Ces violences, Monseigneur, furent si loin que , sans qu'un habitant leva le fusil d'un de ces soldats dont le bout étoit tourné vers Vautel, il eût été à craindre que le prêtre qui célébroit la messe n'eût été tué du coup que tira ce soldat ; ce qui fit k Messieurs les Habitants , Juges , Maire et l'icheviiis de se retirer après avoir cmpesché que le désordre n'allât

plus loin : de loul qiioy ils ont rédigé des procès-verbaui. El vos aiip^ts, llonseigiiear, ayant resté dans l'église pour dire leurs i et continuer leurs fonctions, le sieur de la Reinterie, comt, y siirfinVsur les 9 à 10 heures du matin, sui?y de 7 à 8 •fliciers du chasteau , fit mettre dehors, à coups de cannes et de toarrades , tous ceux qui y étoienl pour entendre la messe , et fit, de son autorité , ériger un autel sur lequel il fit dire la messe aux PP. Jésuites , aux deux costez duquel il fit poster deux mousquetaires auxquels il donna ordre de tirer sur le Recteur, l'un de vos suppliants , s'il en approchait , le fit prendre au collet et par Tétole dont il étoit revestu , par le s' Deplanque , officier de sa suite , tTec d'autant plus de violence qu'il déchira son surplis, le menaçant même de le tratner dans un cachot en le traitant d'insolent et de plusieurs autres injures. Un tel procédé à l'égard d'un IMSteur âgé de plus de 75 ans, et qui a servy sa paroisse sans qu'on loi ait rien imputé depuis plus de trente ans qu'il a l'honneur d*en être le Recteur, lui parut si violent , et il y fut si sensible , qu'il ne pal se dispenser de dire au sieur de la Reinterie que ce n'étoit pas là la conduite d'un homme bien converty, et que, s'il l'étoil venta- Mement, 11 auroit plus de respect pour la maison du Seigneur et quelque égard pour ses ministres. C'en fut assez , Monseigneur, pour esBoyer une infinité d'autres menaces dont le détail seroit ennuyeux k Votre Grandeur. Un autre de vos suppliants , Monseigneur, nommé le sieur Cargour, prêtre de la même église, touché de compassion de voir son pasteur si indignement traité, [ayant apperçu le dit sieur de la Reinterie en approcher d'un air de fureur, erainle que dans ses mouvements de colère il ne se fût porté à quelque excez vers son pasteur, aimant mieux s'y opposer que luy, se mil devant le sieur de la Reinterie et le prit par un bras avec ses deux mains ; c'en fut assez, Monseigneur, pour qu'il l'eût traité do séducteur du peuple et menacé de coups de canne et de le faire chasser de la ville. Le sienr Lalouer, Curé de la même paroisse , ne pouTant sans peine, non plus que le dit sieur Cargour, voir son pasteur exposé à tant d'outrages, s'étant mis auprès de luy pour le consoler et le soutenir, en fut violemment arraché par le dit sieur Deplanque , et traité par le dit sieur de la Reinterie de séducteur de femmes débauchées , et de mettre parmy elles le divorce. Ce sont,

Monseigneur, les propres termes donl on s^esl senry t\ la eoiduiic que Ton a tenue à l'égard de tos suppliants qui n'avoientptsvouhi importuner Yolre Grandeur de quelques autres iusulles qu'ils avoinl reçues le jour précédent que le dit sieur de la Reinterie ayut posté des soldats k la porte de l'église , y lit dire la messe aux RU PP. Jésuites , pour ainsi dire les armes à la main , et fit mettre ai cliasteau , dans un cachot , un cliantre de la dite église pour avw dit qu'il falloit- former ses oppositions. Mais la continuation de \uA de violences, dont on offre la preuve, oblige, Monseignenr, voi suppliants d'avoir recours k Votre Grandeur pour lui en demander justice , persuadez par une infinité d'exemples qu'ils en ont, que votre équité ordinaire et votre piété ne permettront jamais que l'OQ profane par tant de violences et d'excezle temple du Seigueur, ny que ses ministres qui doivent trouver aux pieds de ses autels un azile assuré, s'y voient assaillir comme par une troupe de satellites, menacez , outragez et calomniez par des officiers qui devroienl au contraire employer leurs armes et leur authorité pour la défense de vos suppliants qui continuent leurs vœux et leurs prières au ciel pour la conservation de votre personne.

Fait k Brest le 4 juin 1703. Ainsi signé : J. RoiG5A!fT, Prêtre Recteur de Brest; Alain Le Cargour, Prêtre sacristain; Micbd Lalooer, Curé de Brest ; Pierre Le Lann, Diacre ; Ucrvé Rebmarec, Prêtre ; Jean Flocii, Prêtre ; Yves Le Goen, Prêtre ; Urbain de la GoL'BLAYE , Prêtre ; Pierre Gratien , Clerc.

Les faits exposés dans ce placet sont, il est vrai, contredits ou atténués ?ur plusieurs points par les Jésuites dans leur requête signée Ferrary. Ils nient d'abord qu'un des Pères eût conduit lui-même les trente soldats du château à IVglise, et se fût assuré dans le trajet que leurs armes étaient chargées; ils conviennent seulement que les soldats restèrent une heure à la porte de 1 église avant d'y eutrer, et que ce fut pendant ce temps-là qu'un Jésuite qui venait à l'église passa au milieu d'eux comme mille antres qui venaient y entendre la "messe ! Quant au coup de fusil qui aurait été tiré sur le prêtre officiant , voici comment ils l'expliquent :

« Le Curé, ù la vcue des trente soldats qui csloienl à la porte de l'église, y accourut, et k l'aide de trois ou quatre preslres, se mit en

émi de la barrer pour se reUrancher derrière ; choqué ensuite de faiCgured'un grand soldat qui s'estait un peu plus avancé que les Mrs, il luy jelta son estole au cou, comme s'il eûl voulu Texorci- ■V, el se mit à le tirer violemment à luy. Un des camarades du soldat k qui Teslole ne fit point de peur, entra sous le tambour de la porte pour tirer des mains de Teiorciste ce nouvel énergumène. ir peuple attiré par cette espèce de combat estant accouru en foule, iwassa, en se pressant, le bras du soldat qui estoit dans le tamkur, et qui avoîl la main sur le chien de son fusil appuyé contre son bras gauche, le bout en haut ; ce mouvement violent fît débander le ressort dont le repos ne valoit rien , le coup partit , brusla la main gauche du soldat, perça perpendiculairement le haut du tambour, fit lâcher prise au Curé , et mit fin à l'exorcisme, »

Les Jésuites glissent sur les autres faits , et continuant d'assaisonner leur récit de plaisanteries assez mal séantes, ils les expliquent d une telle façon que, tout pesé, tout examiné, leur exposé des événements du V et du 2 juin , malgré la couleur qu'ils lui donnent et les réticences dont ils l'enveloppent , laisse subsister ce qu'il y a d'essentiel dans celui de leurs adversaires. Il se trouvera sans doute des personnes qui » adoptant exclusivement leur double version , n^admettront ni qu'ils aient eux-mêmes mené les soldats du cb&teau à l'église , ni qu'ils aient prescrit de tirer sur le prêtre officiant. Mais, eussent-ils été incriminés à tort sur ces deux points , il resterait toujours à leur adresser des reproches graves et fondés pour la conduite qu'ils tenaient depuis longtemps en vue de spolier la ville , pour leur attitude même dans les journées du 4" et du 2 juin. Leur rôle y fut passif, dira-t-on peut-être. Soit. Mais , en concédant qu'il en ait été ainsi , serait-il téméraire de penser que , s'ils avaient usé de leur influence bien connue , aucune des scènes dont l'église fut le thé&tre n'aurait eu lieu ? Aussi , quand bien même on accueillerait comme seules fondées les explications qu'ils donnent des deux faits principaux , nous semblerait-il difficile de les absoudre du reproche d'avoir, par l'ensemble et la

nature de leurs actes antérieurs , proiroqué et dâermioélft scandale. C'était beaucoup déjà , et besoin n'était f y ^ooUc en s'évertuant à persilHer sur un sujet qui ne devait qa'éid- 1er des souvenirs pénibles chez des hommes revêtus d'oo caractère religieux.

Tout n'était pas fini néanmoins. Le 3 juin, il y eat bia trêve comme on était convenu la veille » dans l'aprës-i&ldL Biais , le 4 juin , l'abbé Roignant, persistant dans son opposition, à laquelle il avait pourtant renoncé» disent les Jésuita, force fut à ces derniers de requérir de nouveau Tassista] des soldats, dont dix, commandés par un aide -major, te tinrent à leurs côtés , pendant qu'ils officièrent. Ib avaieot des auxiliaires trop redoutables pour qu'une plus longue résiêtance fût possible.

Il ne fut tenu aucun compte au clergé de sa soumission. Le 6 juin, le maréchal d'Estrées arriva à Brest, et deux jours après, Msr de la Bourdonnaye. Les premiers soins du prélat furent d'obliger MM. Roignant, Lalouer et Le Cargour d'aller faire des excuses à M. de la Reinterio, et d'interdire le curé et le sacristain. Cette double satisfaction donnée au Commandant , il ménagea le lendemain entre les Jésuites , d'une part, l'abbé Roignant, le marguillicr Quéranmoal et le Maire, une transaction à laquelle ces derniers souscrivirent devant vingt personnes , et de l'exécution de laquelle l'Evéque et le Maréchal se portèrent garants. Puis^ le -10 juin, le prélat écrivit à la communauté la lettre précédemment indiquée , dans laquelle il expliquait le véritable esprit de sa permission. Ainsi, parcelle lettre, il reconnaissait que le clergé avait pu s'opposer à ce qu'on empiétât sur ses droits , et cependant il ne révoquait pas l'interdiction qu'il avait prononcée contre les deux prêtres, avant de les avoir entendus et de s'ôtrc enquis des faits. Cette condescendance pour l'autorité militaire ne faisait qu'ajouter à Tirritalion des esprits. Chacun se demandait où s'arriHeraicnl SCS exigonccs et l'emploi abusif de la force. Aussi

la tnoBaetion imposée le 9 juin rencontra-t-elle imraédiale- BOldes obstacles. Un Jésuite voulait-il dire la messe , un piitrede la paroisse prolongeait la sienne outre mesure. ¥oobit-il user d'un confessionnal , on ne trouvait pas ia clef delà serrure qu'on y avait mise, etc., etc. Les Jésuites, au dtedes habitants , employaient des moyens équivalents pour uitnsîT le clergé dans Teiercice de ses fonctions. L'église était lioà le thé&tre de taquineries inconvenantes que MM. Lalouer elle Gargour, le dernier surtout, étaient accusés de fomenter. M. de la Reinterie , on le sait, Tavait menacé de le faire eipulser. 11 fournit un motif d'exécuter cette menace, en itfiisant , à trois reprises , de se soumettre à la sentence (Tioterdit. Une lettre de cachet le punit de sa désobéissance , en l'exilant, le -14 juillet, à Luçon, où il fut conduit entre deux archers de la maréchaussée. Une seconde lettre de cachet du 7 janvier suivant lui permit bien , il est vrai, de se retirer où bon lui semblerait , pourvu que ce fût à trente Ueoes de Brest ; puis cette dernière restriction fut levée le 24 décembre 4705 ; mais il n'osa jamais revenir dans cette ville. L'exil atteignit aussi M. de Queranmoal , le marguillier qui avait détourné le fusil braqué sur le prêtre offlciant. Une lettre de cachet le sépara de sa famille et l'obligea de renoneer aux moyens d'existence que lui procurait sa double profession de notaire et de procureur. 11 se retira à Avranches, où il mourut , croit-on , de chagrin et de misère.

Ceé rigueurs ajoutaient au désir qu'avait la ville d'obtenir justice au plus tôt. Elle se hâta, en conséquence, de présenter aa Roi une requête contenant l'exposé des faits des 4*' et 2 juin , avec la déclaration qu'elle appelait comme d'at^us de la sentence d'union du 25 juin 4688 et de la permission du 45 mai 4703. Un arrêt du Conseil , du 23 août suivant , admit cette requête que les habitants signiOèrent aux Jésuites le 6 septembre. Le moment décisif approchait. Les Jésuites cherchèrent à gagner du temps. Lentement élaborée, leur requête

eQ réponse à celle de la ville ne Tut signée que le 30 mai n04, et ne fut môme produite qu'au mois de novembre suivant. La vigoureuse réponse de la ville ne semblait guère leur laisser Tespoir de triompher, quand un incident imprévu vint ranimer leur confiance. Le ^2 août n05, M. de la Rdnterie reçut et communiqua au Maire une lettre de M. de Pontchartrain , contenant un extrait de celle que lui avait adressée le subdélégué de M. de Bouville, Intendant de Blois. On y lisait qu'une nommée Marie Villeneuve , ftgée de 28 ans , se disant née à Brest et baptisée aux SeptrSaiats, avait fuit confldence à une vieille femme , comme elle malade à l'hôpital de Blois, qu'à sa connaissance la moitié des habitants de Brest avait formé le projet de le livrer aux Anglais, et que, pour y parvenir, de fréquentes assemblées clandestines se tenaient dans la maison de campagne d'une de ses parentes , située près de la porte de la ville. Afin de donner plus de créance à sa calomnie , elle avait ajouté que deux de ses oncles avaient passé, à cet effet, en Angleterre. Après cette communication, Bf. de la Reinterie , le Major du château , le Maire et M. Le Dali Kéréon , échevin , allèrent eux-mêmes à la sacristie des Sept Saints, et y compulsèrent, avec M. Roignant , les registres de baptême de la paroisse, sans pouvoir y trouver l'indication d'aucune fille du nom de Marie Villeneuve. L'enquête que firent ensuite MM. Le Dali Kéréon et Duverger-Bigot leur apprit qu'on n'y avait jamais connu personne de ce nom. Bien édiQé alors sur la valeur des assertions de Marie Villeneuve, M. de la Reinterie les démentit et se porta garant de la fidélité des habitants. La ville, de son côté, protesta énergiquement contre c^tte fable odieuse dans un placet qui fut remis au Roi par M. Ségalen, prêtre breton, qui la représentait à Paris depuis que M. Charles était revenu à Brest. Les éclaircissements fournis par M. le subdélégué de Blois achevèrent de dessiller les yeux du Chancelier, et le M août, il écrivit « que Marie Villeneuve élok une coureuse qui ne méritoit pas qu'on fît

trop d'attention à ce qu'elle dlsoit^ mais que cependant il écrivoità M. le maréchal de Cbftteaurenault pour le prier de la faire arrêter si elle étoit dans le pays aûn de la faire mettre en prison. »

Marie Villeneuve avait-elle agi spontanément , ou , comme on le crut alors à Brest, avait-elle été l'instrument du P. Van- Ithin , recteur du séminaire de Blois qui, Tannée précédente, exerçait les mêmes fonctions à Brest ? Peut-être, si Ton avait saisi cette femme, comme le voulait M. de Pontcbartrain , eût-on découvert la vraie source de cette machination. Mais on ne put ou on ne voulut pas la retrou\er. De puissants appuis lui avaient très vraisemblablement ménagS les moyens de se soustraire ù une enquête qui fût peut-être devenue aussi compromettante pour d'autres que pour elle-même.

Cette intrigue ténébreuse s'ourdissait trois mois avant l'arrêt du 29 novembre 4705, qui statua définitivement entre la ville et les Jésuites. La sentence d'union du 25 juin -1688 fut déclarée abusive ; mais il n*en fut pas de même de la décision épiscopale du*45 mai -1703 : elle fut maintenue. Et par la plus étrange comme la plus audacieuse contradiction , alors que l'arrêt révoquait la sentence d'union , seul titre sur lequel les Jésuites se fussent appuyés pour obtenir indirectement la possession de l'église , il leur en adjugeait la propriété , « Sa Majesté , avait insinué le rapporteur de l'arrêt» pouvant disposer en faveur de qui bon lui sembloit d'un édifice provenant de deniers d'octroi levés avec sa permission. j> Maxime très contestable aux yeux de l'avocat de la ville, qui soutenait qu'un impôt aiïeclé pur le Roi à une destination spéciale n'en pouvait être détourné par Sa Majesté elle-même. « C'est au tribunal de la divine Majesté, ajoutait-il, que se décidera cette diflicullé. » En attendant , les Jésuites devenaient propriétaires, sans bourse délier, d'une église dont la construction hxàii exigé de la part des habitants des sacrifices hors de proportioaavec leurs ressources. On ne pouvait pourtant^mécon- 1 2î

nattre qu'il leur en rallait une, et ce fut pour leur fournir les moyens de Tavoir que Tarrét leur prescrivit de la b&lir au moyen des droits autorisés par Tarrôt du 3 juillet ^704 , « et des autres sommes qui seroient à cet effet destinées par S. M. v On savait , par expérience , quelle était la valeur de cette dernière promesse. Enfin , TÊvéque fut chargé de pourvoir aux besoins du service spirituel de façon à ce que l'église servit tout à la fois aux Jésuites et au clergé paroissial.

En résumé , une ville qui n'avait pas de budget normal et dont les recettes ordinaires flottaient entre -10 et 30,000 livres, s'était, depuis -17 ans, imposée près de 400,000 livres de charges extraordinaires pour se construire une église dont elle avait le plus urgent besoin, et cette église était donnée, d'un trait de plumo, aux Jésuites, qui n'étaient tenus, ni de rembourser les dépenses soldées , ni de payer soit ce qui restait dû aux entrepreneurs, soit les emprunts faits à la fabrique des Sept-Saints et à celles des congrégations , soit enfin la valeur des chaises, confessionnaux, autels, ornements , cloches et autres objets , transportés de l'église des Sept-Saints dans celle de Saint-Louis. Jamais spoliation ne fut plus éhontée ni plus inique de tous points. Il fallut néanmoins la subir et aviser aux moyens d'exécuter l'arrêt du 28 novembre. Ce n'était pas là chose facile. Le Roi, qui faisait si libéralement cadeau de l'église aux Jçsuites , aiderait-il réellement la ville à en construire une nouvelle ? Les habitants n'y comptaient pas, et ils avaient raison. Jamais^ cependant, cela n'avait été plus nécessaire. Leurs ressources , en efiet, étaient épuisées , et il était plus que douteux que la ville pût , de long-temps , supporter les charges nouvelles qui lui étaient si lestement imposées. L'octroi autorisé par l'arrêt du 3 juillet ^704 avait été affermé 42,000 livres par an, et l'adjudicataire avait avancé, pour |>ayer diverses charges réunies à la communauté, une somme de 28^000 livres dont il devait se rembourser sur le produit des trois premières années de son

bail. Avant trois ans , par conséquent , on n'avait rien à

Uteodre de ce côté-là , et l'excédant disponible de cet octroi

i}'ant été affecté par le Roi à la construction d*un hôtefde

ville, d'une balle , d'un auditoire et de casernes qui eussent

affranchi les babitants du logement permanent des soldats ,

que resteraitHl pour l'église si ces travaux s'exécutaient? D'un

autre côté, les recettes ordinaires étaient tombées de 28,000

livres à 9,380 livres , et les dépenses ordinaires dépassant

^8,000 livres, il avait fallu, pour qu'on pût les acquitter,

demander une augmentation de droits dont le produit n'était

rien moins que certain. Ajoutons que, dans cette cbargc

de 48,000 livres, n'était pas comprise celle de 8,000 livres

par an , que Brest , traité en ville conquise , supportait seul

alors, dans la province, pour le logement des généraux que

les guerres du temps appelaient, en assez grand nombre , à y

résider.

La construction d'une nouvelle église était donc renvoyée h UD avenir lointain. Que faire en attendant? Se servir de l'église des Sept-Saints? Mais elle était insuffisante^ puis elle menaçait ruine, et elle figurait sur les plans de Vauban comme devant être démolie. Il fallait donc se résigner à partager avec les Jésuites la jouissance de l'église.

Cette communauté de jouissance eut pour conséquence inévitable de diviser la ville en deux camps, et de provoquer, de part et d'autre , des actes d'bostilité et une défiance dont souffraient et la religion et l'église elle-même, nécessairement maintenue dans un état provisoire , parce que, comme on ne sa%-ait à qui elle aurait définitivement appartenu , des deux cotes, on ne voulait pas travailler pour autrui. Aussi, pendant trente-trois ans , ne fit-on rien qui pût tendre à l'achever ou à Tembellir, et ne vit-on s'accomplir, à son sujet, qu'un seul acte qui mérite d'être mentionné, le dépôt, en 4747, dans le reliquaire de l'église, d'une fraction de la partie inférieure d'un fémur humain , que M. Salaze, chirurgien-m»ijor

(k la marine, avait rapportée de Rome en 4700, et qui, d*après le certificat du cardinal Gaspari, avait appartenu à Saint-Candide , martyr.

La misère prolongée que les vingt-cinq dernières années du règne de Louis XIV firent peser sur la ville, ne lui permit pas, avant 4740 , de faire les sacrifices nécessaires pour qu'elle recouvrât la possession exclusive de son église. Après bien des difficultés, qu'aplanirent l'Évoque et l'Inteodant , les Jésuites consentirent , au mois d'avril , à l'abandon de leurs droits, moyennant le paiement d'une somme de 30,0(K) livres. Sanctionné par l'arrêt du Conseil du 3 août suivant, le traité conclu à ce sujet fut promptement exécuté. U ville paya 46,666 livres 43 sols 4 deniers à la réception de l'arrêt, et pareille somme aux mois de février et d'octobre n42.

L'abbé Perrot , alors recteur de Saint- Louis , n'avait pas attendu jusqucs-là pour s'occuper de faire sortir celle église du fâcheux état où elle était forcément réduite. Dès le mois d'avril 4741, il avait obtenu de M. de Maurepas , sur la demande de M. Bigot de la Mothe, jusqu'à concurrence d'une valeur de 3,000 livres, les bois et fers inutiles au service, tt pour mettre en état , disait l'Intendant, l'église Saint-Louis servant de paroisse à la marine. » Là ne s'arrêta pas la bienveillance de M. Bigot de la Mothe. Le 43 avril 4742, il demanda à M. de Maurepas et en obtint que la gabarre la Colombe apportât de Honfleur, sans frais pour la ville de Brest, où elles arrivèrent le 21 mai suivant, quatre des colonnes de marbre cippolin que Seigpeluy avait fait prendre, en 4689, parmi les ruines antiques dispersées sur la plage de Lebda ou Lebedub (rancienne Leptis Mugnu). En attendant qu'elles pussent être placées, le Recteur fit, en 4744, paver l'église , et substituer aux bancs que chacun , selon son bon plaisir, avait établis confusément et de la façon la plus disparate ,* des bancs symétriques qui furent confectionnés

lu moyen des matériaux qu*on tenait de la libératité du ministre. Les concessionnaires durent payer la somme de 50 livres pour prix du fer et du bois, plus celle de 42 à iS livres de location annuelle, suivant la situation de ces bancs disposés sur deux rangs en contenant chacun 28 de 3 pieds 2 pouces, de profondeur, faisant face à Tautel principal , mais garnis intérieurement de deux sièges mobiles permettant aux fidèles de se tourner à volonté vers l'autel ou vers la chaire. Trois de ces bancs , dits d'obligation , étaient réservés au Commandant de la ville , au Clergé et au Corps politique.

Les secours accordés par la marine ne permettant pas de satisfaire complètement aux besoins de Téglise , la communauté arrêta, le 6 juillet n46, qu'une somme de 4,000 livres serait comptée annuellement à la fabrique pendant six ans. Ces crédits furent , en grande partie , consacrés a la confection de la belle, boiserie de la sacristie que termina , en ^48^ le sieur Dervas , maître menuisier-sculpteur à Brest.

Quoique M. Bigot de la Mothe eût posé , au mois de mai 4749 y la première pierre du massif destiné à recevoir le maitre-autel , le placement des colonnes ne put avoir lieu qu'au mois de janvier 4751, époque où M. Bigol de Chézclles, fils de cet Intendant , décédé dans Tintenalle , proposa une somme de 2^000 livres pour opérer ce placement, à la condition que le banc n^ 38 , qu*il occupait , appartiendrait à perpétuité à lui et à sa famille , condition qui fut acceptée par la communauté et observée jusqu'en 4790, c'est-à-dire jusqu'à la destruction des bancs.

En nss, l'entrepreneur JafTrey construisit, sur les plans et sous la direction de M. Frézier , les bas-côtés de l'église , et éleva le portail jusqu'au-dessous des voûtes qui supportent le buffet d'orgues. C'est à la môme époque que furent placés le multre-autel, les fonts baptismaux et les colonnes apportées d'Honfleur. L'autel, de marbre rose en jugerais^ tiré, comme celui des fonts baptismaux, des carrières de la SartbC; est à la

romaine et fort élégant. On le décora d'un tabeimcle de marbre semblable, genre renaissance, qui 6*barmoDisait pvfuilement avec le reste de la décoration du sanctuaire. Il est à regretter que, de nos jours, on ait eu la malheureuse idée de le remplacer par un tabernacle dont la pauvreté des faces rectangulaires n'est dissimulée que par de maigres pilastres gréco-romains. Les colonnes, d*unc seule pièce, et ajaot 7 mètres >l f centimètres de hauteur, reposent sur des piédestaux , également en marbre, et soqt décorées de chapiteaux en bois doré. Elles soutiennent une riche corniche semi-circulaire supportant elle-même une belle gloire surmontée d'un gracieux baldaquin. Après qu'on eut achevé ces divers travaux dont Frczier avait donné les plans et les dessins , ce savant ingénieur composa , en vue de les placer , la première à gauche , la seconde à droite de la principale porte d'entrée de l'église , les deux inscriptions suivantes , dont il ne fut fait aucun usage, peut-être parce qu'elles résumaient d'une façon trop piquante les justes griefs de la ville contre Louis IIV et les Jéî^uiles :

Ludovici XIV munificenttâ Ex urbis Bresti œrario Incœptum est hoc œdificium

Anno MDCXCVIL Deiude Seminario clericorum Ad navalla armamenta institulo

A Rege gratis concesso Stedt imperfectum per muUos annos.

Auspiciis Ludovici AT, Tandem, pacto convento , Soli parrochiœ urbis Brœsti

Rcstituturn œdificium Ex ejusdem cerario hiic usque

Provcctum est

Anne MDCCLVni.

D'aotres travaux urgents étaient à faire, mais largent manqmit. Sollîeité de nouveau en faveur de l'église, le Ministre de ta marine permit, le -10 février -1762, de lui délivrer, toujours patuitement, 3,000 pieds cubes de bois, 300 planches et 40,000 Kvres de fer, à la condition qu'un banc , convenablement placé , serait réservé aux principaux officiers de la hiariae. Non-seulement la communautc^ se soumit avec empressement à cette condition , mais elle offrit de prendre un maiiguillier d*honneur choisi par le Commandant de la marine parmi les officiers de plume ou d'épée. Peu sensibles à cette distinction, les principaux officiers, réunis chez Tlntondant, la déclinèrent, leur eût-elle été offerte à l'exclusion des magistrats et des notables, mais ils acceptèrent pour les délégués de leurs corps les bancs 68 et 70 , ainsi que le 69*, qu'ils partagèrent avec la communauté.

Une des sources du casuel était alors l'inhumalion dans tes églises. Celle de Saint-Louis, quoique paroissiale, ne Jouissait pas, sur ce point, des mêmes avantages que celles des Sept-Saints et des Carmes, Msr de la Bourdonnaye l'ayant réservée exclusivement en 4707 pour la sépulture des officiers de marine et de leurs familles. Plus soucieux , en celle occasion , d'un fantôme d'égalité que de la salubrité publique , M. f^rs de Poulrinou , alors Maire de Brest , avait inutilement lutté par sa protestation du 21 juin no7 contre ce ridicule préjugé qui voulait étendre au-delà du tombeau la ligne de démarcation tracée entre les vivants, protestation où il avait vivement. réclamé pour tous ses administrés le droit d'avoir leur dernière demeure dans la maison de Dieu. Très peu de sépultures eurent donc lieu désormais dans I église Saint-Louis, et cela seulement dans des circonstances exceptionnelles, comme pour le valeureux du Couédic, pour quelques ecclésiastiques jouissant de ce privilège, etc., etc.

Quatre ans plus tard , la fabrique voulant agrandir l'église, la communauté demanda au Ministre de la marine

et en obtint la concession dé trente pieds de terrûn qui, pris sur le jardin de l'ancien séminaire, auraient permis de construire, en dehors de Téglise, une chapelle où aurûtété établi un tabernacle pour l'administration du viatique aux malades. En même temps qu'elle faisait cette demande, U communauté exprimait le vœu que les cloches du Folgoêt, appartenant aux Jésuites , et qui devaient être prochaiDement vendues, fussent acquises^ en vue de procurer la matière de la cloche du bcfTroi , destinée à annoncer la retraite des bourgeois, en exécution de Tarticle 328 de l'ordonnance da 25 juin >I750 sur le service des places , cloche dont la ^iQe avait le plus grand besoin. Ajournée à un temps plus opportun , cette dernière demande ne reçut pas plus d'exécution que celle d'ajouter une chapelle à l'église.

Au mois d'octobre >I774 , la communauté ayant approuvé les plans du clocher dressés par M. Besnard , Texécution en fut confiée à l'entrepreneur Le Jemble qui avait déjà reçu 20,100 livres pour ses travaux, lorsqu'un tassement et des lézardes qu'on remarqua , en >I776 , dans les deux piliers ou pieds-droits de la tour jetèrent l'alarme parmi la population. M. Besnard fit, en toute hâte, appliquer des contre-forts à la face de ces piliers, du côté du mallre-autel. Mais ces contre-forts paraissant insuflisants ou inutiles , la communauté demanda à Tlntendant de la province la démolition de la tour pour qu'on pùl refaire les piliers. L'Intendant n'accueillit pas celle demande, et se rangeant à l'avis de M. Besnard, il ordonna la coniinualion des contre-foris et de la tour qui fut achevée au mois de décembre. Alors on s'aperçut que, malgré les conire-forls, les lézardes avaient augmenté, et, sur-lechamp, la police y fit mettre des étrésillons. M. Besnard, accompagné de M. Choquet de Lindu, descendit sur les lieux, et il fut dressé un procès-verbal à la suite duquel on publia, à son de caisse, qu'aucun péril n'était à redouter. Néanmoins les inquiétudes, loin de se calmer, furent augmentées, et par

le refus de M. Choquel de Lindu de signer le procès -verbal où il trouvait mauvais qu'on l*eûl mentionné, et par sa déclaration de décliner toute responsabilité. L'impression que causa cette déclaration détermina la communauté à présenter à l'Intendant de la province une nouvelle requête qu'appuyèrent les autorités civiles et militaires ainsi qu'un certain nombre d'habitants, requête demandant ou la reprise en sous-œuvre des piliers , si cette opération ne présentait aucun danger, ou, dans le cas contraire, la démolition de la tour. Sur l'avis de M. Besnard, il fut prescrit de mqrer les arcades sous la tour, en laissant une porte au milieu pour entrer dans l'église. La frayeur allant toujours croissant , la communauté eut une nouvelle réunion à laquelle assista M. Besnard. Jugeant, d'après la disposition df s esprits, que s'il s'obstinait à murer les arcades, la tour serait jetée bas , il consentit à la reprendre en sousœuvre. L'Intendant de la marine mit à la disposition de la ville les bois , cordages et apparaux nécessaires à l'opération qui commença dans les premiers jours du mois de juillet 4777. Le 22 , on démolit le pilier de gauche en entrant, fait en pierre blanche que l'on croyait de mauvaise qualité ou mal posée, et on le refit en granit du pays. La semaiue suivante, on reconstruisit l'autre. Dans les premiers jours du mois d'août, on enleva les élançons, on plaça les cloches dans la toor , et l'on cessa de faire usage de la chapelle de la marine et de celle de la congrégation où l'ofifice divin avait été célébré pendant les travaux. Les piliers n'avaient pas été entièrement démolis ; on avait conservé les contre-forts qui pouvaient servir de support a un buffet d'orgues et le noyau qui avait été jugé bon. Les deux piliers supérieurs, bien que de pierre blanche, n'avaient donné aucun signe de faiblesse. Les travaux de la tour avaient, à eux seuls, absorbé plus de 40,000 livres , et il y avait à réparer la charpente et les portes, à faire un perrob et à acheter un buffet d'orgues. Ces divers travaux devaient monter à une pareille somme que la

Tiibrique dcmaDda à la ville, laquelle, reconDaissant rotilité et rurgence d'une partie des dépenses projetées, 8olUdla,k 34 juillet n88, avec l'approbation de l'Intendant, un arrèldo Oonseil qui lui permit de fournir à la paroisse une somme de 40,000 livres en différents paiements effectués sur délibérations approuvées par l'Intendant. Les premiers à-comptes venés furent employés à la construction du perron. Commencé en >I788, sur un plan de M. Maury, architecte du domaine, venu à Hrest pour vérifier le plan régulateur de la ville, il avait < conçu dans des proportions trop étroites qui, dix -huit mois plus tard, obligèrent M. Resnard à en élargir de 4 pieds 46 pouces le premier pallier, lequel aurait été insuffisant les joure de grandes fêtes et principalement lors de la sortie da dais. Quant au jeu d'orgues, la fabrique, qui avait demandé que la ville contribuât à son établissement, vit sa demande écartée par la délibération du 26 juin ^88. Klle revint à la charge, le i\ mars 4789, en sollicitant une subvention de 'l 2,000 livres en même temps que les marguilliers de Saint-Sauveur demandaient 45,000 livres pour l'agrandissement de cette église. La ville avait peu de fonds disponibles et de grandes exigences à satisfaire. Aussi rejela-t-elle ces deux demandes en disant « qu'elle ne pouvait se livrer à des générosités en faveur des églises, » et elle renvoya à des temps plus heureux FallocatiOD des secours qu'elle pourrait départir. La fabrique se décida alors à faire, avec ses propres ressources, la dépense des orgues, et en confia l'exécution au F. Florentin Grimont, Canne de Brest, lequel y employa une somme de 80,000 livres et reçut pour honoraires une rente viagère de 250 livres, qu'il touchait encore, en 4807, à Pampelune , où il avait émigré. M. Collet fut chargé de la sculpture du buffet.

La révolution allait faire éprouver à l'église de nouvelles vicissitudes. KWos s'annoncèrent, le 8 août ^90 , par une proclamation de la municipalité qui, sans en prévenir l'admis îîislralion du district , arrêta pour la Saint-Michel suivante,

i suppression des bancs dans les églises de Saint-Louis et de ainl-Sauveur. Celte proclamation causa un grand émoi dans I ville. Ceux à qui la concession des bancs avait été faite, à IHre onéreux, manifestèrent leur intention de ne pas y déférer, et même de se pourvoir si elle était suivie d'effet. Le district, pressentant de fâcheux conflits qu'il voulait prévenir^ en réfera au Directoire, le 26 septembre, et tout en lui demandant quelle Ipe (Je conduite il devait suivre en cette circonstance , il ne loi dissimulait pas que, dans son opinion, la municipalité avait outrepassé ses droits, parce que les fabriques n'étant pas supprimées, c'était à elles seules qu il appartenait de révoquer les concessions de bancs. Le Diroctoiro partageait l'opinion du district de Brest, car, dans Tarrété qu'il prit peu de temps après pour ordonner la suppression des bancs seigneuriaux, il déclara formellement que c'était sans préjudice des concessions de bancs faites par les corps politiques , à titre légitime et étranger au régime féodal, la municipalité, dès qu'elle eut connaissance de cet arrêté, voulut suspendre l'exécution de sa proclamation. Mais les électeurs , assemblés pour nommer de nouveaux officiers municipaux , ayant rédigé et signé une adresse dcmiandant qu'il y fût donné suite, elle publia, le -17 novembre ^1790, un arrêté prescrivant l'enlèvement des bancs dans les vingt-quatre heures, et flxant au 49 la vente inx enchères, au profll des églises, des bancs des citoyens qui ne se seraient pas conformés à la proclamation du 8 août.

Le lendemain , les bancs de l'église de Saint-Sauveur sont mis en pièces. Le district se hâte d'adresser des représentations et de rappeler le Gonseil municipal au respect de la loi. Ce Conseil s'engage par écrit à surseoir, mais les électeurs ne tiennent aucun compte de sa décision ; ils se portent tumultueusement à l'église Saint-Louis , et les bancs sont brisés. Une voix courageuse s'éleva alors contre les atteintes qu'on venait de porter à la propriété. Ce fut celle de M. de Trédem de iézércc, qui réclama pour lui et ses co-héritiers, représen-

tants de M. Bigot de Cht^zclles , le rétablissement du baDc n" 38. Déférée au Conseil général de la commune , celle demande y donna lieu» le 28 décembre 1790, à un rapport de M. rabJ)é Béchennec, aumônier de la marine, et membre de ce Conseil (I). Dans ce mpport, longuement raoti\é, el contenant une discussion historique et canonique sur l'introduction des bancs dans les églises, il provoquait imprudemment à la violence en disant, au nom de Tégalilé, que. si la fabrique faisait construire des bancs le matin , le peuple ne manquerait pas de les détruire le soir. Fit comme s'il eût senti lui-même le besoin de tempérer ce langage dangereux, il ajoutait : a Mais, Messieurs, attendons mieux de la sagesse du sieur Trédern, attendons mieux de son urbanité, di'. sa bonté et de son ùme généreuse. Nous aimons à croire que, dégagé des préjugés que les insidieux conseils de gens mal intentionnés lui ont suggérés, U fera observer aux dames Trédern et Pontevès combien il serait bas et vil pour elles d'arracher à une église pauvre, d'une main avariciense et intéressée, un don quo la main bienfaisante et libérale de leur oncle lui a fait. Nous aimons à croire que le sieur Trédern, prenant en considération les chétifs revenus de la fabrique qui peut à peine fournir aux réparations de léglisc, sera le premier à engager ces dames à laisser là paisiblement et chrétiennement toute poursuite et à faire au Seigneur un généreux sacrifice de leurs prétentions. »

Nous ignorons si les dames de Trédern et de Pontevès furent assez basses et assez viles pour continuer à revendiquer leur bien , mais ce qui est certain c'est qu'elles ne le recouvrèrent pas , les bancs n'ayant pas été rétablis.

En n93, l'église commença à être privée des moyens de célébrer l'oflice divin. Le \2 octobre, une commission du Conseil municipal fil descendre les cloches des églises. A Saint-Louis, il n'en fut conservé que trois : celle qui servait

^1) Il avait été 31 ans nccveur de la fabrique de Saint-Louis.

aax convocations du Conseil de la commune, celle du beffroi, et celle qui sonnait les quarts et les demi-heures ; encore rclira-l-on les battants de cette dernière. Le 25 février suivant, les ornements et autres objets servant à l'exercice du culte furent partagés entre elle et la chapelle du cimetière. 11 est de tradition que les belles colonnes du chœur, qui auraient été sacrifiées une première fois si M. Branda ne les avait préservées d'une destruction imminente, n*y auraient pas échappé plus tard sans l'adroit stratagème de l'entrepreneur chargé par Jean Bon Saint^André de transformer l'église en hôpital pour y déposer, après le combat du ^3 prairial, les blessés de l'armée navale, en trop grand nombre pour que les hôpitaux pussent les contenir. Le Représentant avait prescrit de couper l'église en deux dans toute sa longueur par un plancher qui eût formé un étage ^ et de détruire tout ce qui générait l'exécution de ce projet. L'entrepreneur — nous regrettons de ne pouvoir préciser son nom — objecta que l'escalier, indispensable pour accédera cet étage , exigeait, pour qu'il fût solide, un fort point d'appui que les colonnes seules pouvaient offrir. Jean Bon Saint-André se rendit à ces raisons. C'est au m^me entrepreneur qu'on devrait la conservation de l'orgue et des boiseries de la sacristie , grâce à la précaution qu'il aurait prise de tenir constamment fermées les issues par lesquelles on pouvait pénétrer en ces deux endroits.

Il fut moins heureux pour la chaire qui , par la délicatesse et l'élégance de sa sculpture, rivalisait avec celles de la cathédrale de Quimper et de l'église de Saint-Thégonnec. Elle fut mise en pièces lorsque Jean Bon Saint-André vint inaugurer le temple de la Baison et faire placer au-dessus de la principale porte d'entrée une table de marbre où était gravée la fameuse inscription : Le Peuple français reconnaît un Être suprême et l'immortalité de rame. Les deux statues de Charlemagne et de Saint-Louis, placées à gauche et à droite du chœur, eurent le même sort que la chaire.

Plusieurs autres objets concouraot à l'oroement de FégUse furent alors vendus ou enlevés pour être eoiployés à d'autrei usages. Tels furent : i^ les six chandeliers du grand autel, la deux grands candélabres ou chandeliers d'acolytes et le lutrin. Kxécutés dans de grandes proportions, et du goût le plus élégant , ils ont été fondus, en ^59, dans les ateliers de M. Leclair, rue de la Ferronnerie, à Paris. Achetés pv M. Le Beurriée, fondeur à Brest, qui, au lieu de lesdétruirf, les cacha soigneusement dans ses caves, ils furent cédés |>ar lui, le A janvier ^804, à la fabrique, au prix qu'il les avait payés; 2° la grille qui entourait le chœur; transportée dans le port, où elle fut dénaturée, elle a été remplacée, aumoisd*août 1818, par la grille actuelle, dont MM. de Gourdon et Bedon autorisèrent la confection dans les ateliers de l'arsenal ; a"" la grille formant la clôture des fonts baptismaux. Figurant un berceau de jardin, c'était un travail précieux, réputé un chef d*Œuvre.

Le ^i mai n96, plusieurs habitants ayant demandé que réglise fût mise à leur disposition, pour qu*ils pussent y reprendre rexercicc du culte , la municipalité appuya leur demande , à la condition qu'ils se chargeraient de renlrctenir cl de la réparer à leurs frais, et en môme temps elle prescrivit renlèvcment de Tinscription robe?pierriste et le rétablissement de Ihorloge. L'administration départementale ayant accueilli le vœu des habitants, le Conseil arrêta, le 2 octobre suivant, que l'Ordonnateur de la marine serait invité à faire connaître le jour où il pourrait remettre l'église en bon état de réparations. Mais réglise fut à peine ouverte que les fôtes décadaires dont elle était le théâtre furent désertées. Cela ne faisait pas le compte du Directoire. Aussi fut-il enjoint à la municipalité d'y mettre bon ordre, et ce fut pour obéir qu'elle prit (5 mai >I798) un arrêté portant que, « pour obvier à ces inconvénients, les temples des deux côtés de la ville seront fermés les jours ci-devant des dimanches et fêtes chômées par les sectateurs du culte catholique , etc. »

Ea d'autres termes^ c'était dire aux fidèles : a L'exercice Al coite catholique vous est permis, mais il vous est interdit les jours qui lui sont fondamentalement consacrés I »

Le Consulat abaissa les barrières que le Directoire avait élevées ; la ville recouvra la jouissance sans restriction de son église. L'Empire fit plus encore. Informé du désir qu'avaient to personnes pieuses de Brest de placer dans Téglise deux Qoavelles statues de Charlemagne et de Saint -Louis, le lialstre des cultes Portails fit savoir, le 43 mal 4805, que tEmpereuT avait autorisé l'exécution de ce projet. « S. M., dtsait-il , eo autorise raccomplissement ; elle a décidé , quant i ce qui concerne la statue de Charlemagne , qu*afin qu'elle soit digne de son objet, et autant perfectionnée que possible, 00 emploierait pour cette statue les fonds nécessaires pour les deoi ; qu'à l'égard de la statue de Saint-Louis, S. M. s'en chargerait elle-même et donnerait des ordres pour la faire élever à ses frais. » M. Collet, maître sculpteur au port de Brest , fut en conséquence chargé d'exécuter les ordres de l'Empereur. Vers la même époque , la concession à l'église de divers objets ayant appartenu à d'autres temples chrétiens, vint apporter quelque compensation aux - perles qu'elle avait éprouvées. Tels furent le tableau de Bounieu , représentant le martyre de sainte Félicité et de ses sept enfants, qui ornait autrefois le maltre-autel de l'église des Sept-Saints {Appendice , i 9), et que l'on voit aujourd'hui au-dessus de l'autel des Saints-Anges ; les stalles du chœur, en chêne sculpté, provenant , dit-on , tle l'église de l'abbaye de Landévennec ; l'autel de la seconde chapelle, à gauche du chœur (celle de Saint-Corentin), qui appartenait à la chapelle du couvent des Dames de l'Union chrétienne; enfin, le baldaquin qui surmontait le mattre-aulel de cette chapelle , et qui aujourd'hui est placé au-dessus des fonts baptismaux.

Quelques années plus tard , la fabrique continua l'œuvre réparatrice commencée par l'exécution des deux statues.

M. Trouille remplaça les deui autels de la Vierge et des Saints- Anges , qui tombaient de vétusté, par les deux autels! la romaine que Ton voit aujourd'hui dans régKse, le premier d'ordre ionique, le second d*ordre dorique. En même temps, il fit exécuter la chaire dont il avait donné les plans. Elle se compose de deux ordres d'architecture en menuiserie, Von rectangulaire et montant de fond , l'autre semi-circulaire et portant par encorbèlement. L'intérieur du premier corps renferme l'escalier qui , par cette disposition ^ ne nuit pas à U symétrie du soubassement^ et n'a exigé aucune décoration particulière. 11 n*en est pas de même de la partie principale, l/auteur du plan pensa que , dans une église qui possède un des plus beaux autels de France , il ne convenait pas que la chaire fût dépourvue d*ornements. Dominé par cette pensée , il multiplia les ornements de toute espèce , et leur profusion , enlevant à la chaire évangélique le caractère de simplicilé grave dont elle doit être empreinte, en a fait une sorte de tribune mondaine..

M. l'archi-prôtre Mercier, curé de Saint-Louis, a beaucoup fait pour rornemenlation de son église. En -18 S2, sur ses instances réitérées , des lambris en plâtre ont remplacé les lambris en feuilles de sajûn qui , depuis l'origine de l'église, en formaient le plafond. Ces feuilles , très légèros , étaient presque vermoulues , et dans beaucoup d'endroits , notamment dans la nef, elles préscntiiient des vides qui nui:iaient considérablement à la sonorité de l'église , en même temps que leur vétusté inspirait des craintes assez fondées aux fidèles pendant la célébration des saints-oflices. Cette réparation urgente, la peinture de la voûte tout entière et la décoration de la grande nef, où se remarque une rosace due au pinceau d'un artiste étranger, alors à Brest , ont donné lieu à une dépense de -12,000 francs, et ont été faites au moyen d'un écliafaud d'une hardiesse surprenante, établi par M. rarchilecle Paisant, à la disposition duquel M. le \icc-

amiral Grivcl , préfet maritime , s'était empressé de mettre les apparaux nécessaires. Ces travaux ont été accomplis par Farcbitectc et l'entrepreneur de la ph\trcrie avec un soin si cooscleocieux et si intelligent qiie , depuis 22 ans , pas une léiarde n'est apparue , pas une réparation , tant soit peu importanfc, n'a été nécessitée. En 4845, M. Mercier a fait ffparer et considérablement augmenter les orgues que Ton peut citer maintenant parmi les plus belles de l'Europe. En 4850, la fabrique traita avec M. Besson, fondeur à Angers , qoi s'engagea à fondre quatre nouvelles cloches, avec lesquelles trois des anciennes seraient mises en harmonie , de iiiçoD à ce que les sept donnassent les notes vt, fa, sol, la, si hémoly etc. Ces cloches, qui ont donné lieu à une dépense de 7,300 francs presqu'entièrement couverte par le subside de 7,000 francs voté le 5 juillet 4850 par le Conseil municipal , ces cloches, disons -nous, ont été baptisées au mois de mars suivant , le premier jeudi du carême. Suspendues , d'aprèâ un ingénieux système , aux piliers de la grande nef, elles ont été, en présence d'un immense concours de fidèles, l'objet d'une Imposante cérémonie, où furent observées toutes les prescriptions du rituel romain, et où .M. l'abbé Kervoal, chanoine honoraire et curé de Landerneau, prononça un discours adapté à la circonstance, qui impressionna vivement son auditoire. Des quatre cloches nouvelles, la plus grosse, ou bourdon, pesant 3,500 kilogrammes, et nommée Marie-Alcjcandrine, porte pour inscription : Vox Domini in magnificentiâ. Elle a eu pour parrain M. Hyacinthe Bizet , maire de Brest , et pour marraine , M"* de Col. — La seconde, du poids de 850 kilogrammes, et portant la môme inscription que la précédente, avec les noms de Marie-Emma, a eu pour parrain M. de Col , sous-préfet de Brest , et pour marraine, M"* Gasson , fille du maréchal Bugeaud , et épouse de M. Gasson , receveur général du Finistère. — La troisième, pesant 600 kilogrammes, et nommée Joséphine, porte pour inscripliun : I 23

fMudateeuhi in tympano. Le parraÎA et la marraine onl éié M. Baron-Monibcl , président du bureau de la fabrique de Saint-Louis , et M"* Bizet. — La quatrième, du nom de Fciicité , du poids d'environ 500 kilogrammes , et portant pour inscription : fn tympano psallant ei , a eu pour parrain M. Morier, trésorier de la fabrique, et pour marraine, M™* Félicité Perrot , née Pelletier.

En ^853, M. le curé de Saint-Louis a obtenu de la fabnque l'acquisition de beaux vitrauK coloriés représentanl riiistoirc de Saint-Louis et fabriqués dans les ateliers de la maison Lobin, de Tours. Comme le fait observer M. de Courcy, on a eu le bon goût de ne pas les encadrer dans des bordures ogivales qui eussent juré avec le style de l'église, construite en forme de croix latine avec bas-côtés ayant des chapelles autour du chœur, mais d*une simplicité dépourvue de tout caractère architectural qui puit^sc la recommander comme monument religieux. On remarque aussi , dans l'église , d'élégants confessionnaux en chêne , sculptés , vers la mùmc époque , par MM. Lapierre et Tritschler.

Derrière le chœur, à droite et à gauche , se voient deii\ monuments funéraires , consacrés, l'un à la mémoire de du Couédic, l'autre à celle de M^r Graveran, évêque de Quimpcr et de Léon, mort à Quimper le V^ février ^855.

La table de marbre noir, commémorative de l'héroïque commandant de la Surveillante , n'est point le monument qui lui avait été élevé lorsqu'il mourut, le 7 janvier -1780. Son corps fut alors déposé dans un caveau derrière et au pied du pilier de droite du maitre-autel. Le Roi, pour perpétuer sa mémoire, ordonna qu'on érige&lsur sa tombe un monument dont M. Trouille traça le plan. Il se composait d'un tombeau de marbre noir surmonté dune pyramide dont les inscriptions et les ornements étaient en bronze doré. Ce monument, qui avait 5 pieds 3 pouces de hauteur sur 3 pieds 3 pouces de largeur, fut appliqué contre le pilier au-dessus

du caveau. Une inscription , éloquente de simplicité , mentionnait le combat de la Surveillante, A la base de la pyramide était un écusson aux armes de du (louédic. Louis XVf, afin que ce monument fût tout à la fois un honneur pour la marine et un encouragement pour ceux qui s'y destinaient , fit graver sur la face de la pyramide ces mots remarquables : 9i Jeunes élèves de la marine^ admirez, imitez Vèœemple du brave du Cmiédic, premier lieutenant des gardes de la marine, » Malgré la sainteté du lieu où avait été élevé ce monument national , des forcenés , beureusemcnt étrangers à la ville de Brest, osèrent le mutiler en n93. Les habitants, prolestant contre cette profanation, s'unirent au corps de la marine pour demander, à plusieurs reprises, la permission de le remplacer à leurs frais. Le gouvernement ayant accédé à leurs vœux, M. le préfet maritime CafTarelli fit appliquer en grande pompe une table de marbre noir, surmontée d'une pyramide et portant l'inscription suivante : « Ici repose le corps de M. Charles du Couédic de Kergoualer, militaire décoré^ capitaine de vaisseau , mort, le 7 janvier 1780, des suites des blessures qu'il avait reçues dans le combat mémorable qu'il a rendu, le 6 octobre n79 , commandant la firégate de l'État la SurveiHante^ contre la frégate anglaise le Québec. Ce monument, posé pour honorer un brave guerrier, fut mutilé dans des temps malheureux : les habitants du Finistère , pleins de respect pour l'armée navale et pour la mémoire de du Couédic , l'ont fait restaurer en l'an XUi. r* En 4814 , sur la demande de M. de Marigny, cette inscription a été remplacée par l'inscription primitive ainsi conçue : « Ici repose le corps de Messire Charles - Louis du Couédic de Kerçoualer, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis , capitaine des vaisseaux du Roi , né au château de Kerguélénen , paroisse de Pouldrégat , diocèse de Quimper, le M juillet 4710, mort le 7 janvier 1780, des suites des blessures qu'il avait reçues dans le combat mémorable qu'il

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