‹ Histoire de la ville et du port de BrestChapitre 20 sur 59 · FOIRES, MARCHÉS ET HALLES · texte numérisé non relu

FOIRES, MARCHÉS ET HALLES

(Voir p. 93.)

Marie de Rieux, qui se maria, le 8 janvier 4647, dans réglisc du château, à Sébastien de Plœuc, marquis de Tymeur, baron de Kergoriay, mourut en 4628, la même

anoée que son père. Elle était propriétaire de la terre et du fief du Ch&tel. Les deux foires créées en sa faveur se tenaient à Recouvrance , l'une le 3i janvier, Tautre le 2 juillet , et le marché, le vendredi de chaque semaine. L'acte de fondation portait «qu'elle aurait fait bfttir balles, bancs et étaux pour loger les marchands et mettre en sûreté les marchandises , et jouir des privilèges , droits et devoirs dont les seigneurs et dames du dict paîs avaient accoustumé de jouir. y>

Les lettres-patentes de 4681 qui transférèrent à Brest les foires et marchés tenus jusques-là à Saint -Renan, fixèrent k tenue des foires au premier lundi de chaque mois , et jprie des marchés au lundi et au vendredi de chaque semaine lus la halle que le Roi s'engagea à faire b&lir incessamment. Les droits de halle devant être payés au fermier du domaine par les habitants , ceux-ci se pourvurent auprès du Roi , qui leur fil répondre , le 24 novembre 4684, qu'il ne ferait pas, l'année suivante , les fonds nécessaires à la construction de la halle et de l'auditoire projeté au-dessus en remplacement de celui qui occupait la moitié de l'étage du vieux magasin général. Le Roi voulant s'exonérer de cette construction , chargea , le mois suivant , l'Intendant de Seuil , d'engager des particuliers à la faire. Soit qu'on n'en eût pas trouvé, soit toute autre cause, deux ans se passèrent sans qu'aucune détermination eût été prise. Les habitants crurent alors que le meilleur moyen d'obtenir l'exécution de l'engagement du Roi, c'était de se refuser à. payer les droits de halle jusqu'à ce que satisfaction leur eût été donnée. Mal leur en prit. M. Rougis, fermier - général du domaine, obtint du Conseil, le 49 janvier 4684, un arrêt qui les condamna à payer ces droits , sauf à eux à réclamer du Roi la construction d'une halle à Brest.

En même temps, M"* la duchesse de Portsmoulh, alors propriétaire du flef du Chfttel, se mit en mesure de faire fructifier les droits qu'elle tenait de la création de 4 604 , par représentation de

Marie de Rieux. Soit négligence de ses prédécesseurs ou de leurs fermiers, soit qu'avant 4681 la population, très restreinte alors, eût rendu ces foires et marchés très peu productifs pour M*"*" de Portsmoulh, elle avait semblé tenir peu de compte du plus ou moins de régularité de leur tenue. Hais le développement de la ville , et plus encore celui qui lui était présagé, la déterminèrent à faire valoir ses droits que le comaiandant du château , les olllciers du port , les échevins , et même les principaux habitants de la ville, s'étaient à Tenvi les uns des autres arrogés & son détriment , en permettant aux bouchers, boulangers et autres marchands , d'étaler sous des tentes , et môme d'avoir des bancs ou de construire des boutiques et ' échoppes sur les places et les quais de Recouvrance , moyen* nant certaines redevances qu'ils s'attribuaient. M*** de Portsmouth ayant fait sommation aux étalagistes de ne payer ces redevances qu'à elle où à son receveur, ceux qui exploitaient les droits de halle à leur proflt se hâtèrent de faire abattre les boutiques et échoppes, en alléguant pour raison, dans une requête présentée au Roi , qu'elles entravaient la circulation . et ils s'opposèrent à tout éUilage. M"** de Portsmouth s'adressa alors au Conseil et en obtint, au mois de juillet 4681, un arrêt qui, non-seulement la confirma dans ses droits, mais créa en sa faveur deux nouvelles foires dont la tenue fut fixée à la Suint -Marc (28 avril) et à la Saint -Luc (48 octobre). Le fennier du domaine , à cette époque , était M. Bougis , qui multipliait , même au mépris de la loi , les moyens de grossir son revenu. Ainsi, nonobstant les leUres-patentes de 4GS1, les foires et marchés dont la translation à Brest avait été ordonnée , continuaient de se tenir à Saint-Renan , où il passait des baux de droits de halle , et les faisait publier à son de caisse , ce qui détermina la communauté, le 25 juillet 4685, à requérir les juges de se transporter le lendemain sur les lieux pour y constater que la foire de la Saiul-Jacques se Icnail illégalement et au préjudice de la ville.

Ce n'était pas là, du reste , le seul grief que la ville fût

fondée à opposer aux fermiers du domaine et de M"^ de

Portsmouth. Bien que les droits de l'un et de l'autre eussent

été consacrés par des arrêts , des contestations s'élevaient

chaque jour à leur sujet. La quotité des droits , élevée à un

taux art)itraire et excessif, en était la cause. Ce fut pour faire

disparaître ces abus intolérables que M. le vicomte de la

Boordonnaye-Coation, Conseiller au parlement de Rennes, et

Commissaire générai pour la réformation et conservation des

domaines du Roi en Bretagne , rendit exécutoire des deux

cMés de Brest, par son ordonnance du ^6 décembre ^690, la

fÉDCarte ou tarif des droits de foires et marchés adoptés pour

Adnt- Renan en 1459, pancarte que nous croyons devoir

reproduire ici comme document ûscal assez curieux :

Par livre de lin, i denier. — Par livre de fil, 1 d. — Par livre de laine, 1 d. — Pour un chapon, 1 d. ^ Par couple de poulets et pigeons, 1 d. — l^ar aune de toile , de ceux qui la tiennent sur le bras, 2 d. — Par aune de berne, 2 d. — Pour un veau, mouton ou chevreau, 2 d. — Par chaque vendeur de fruit , s'il y a charge de cheval, 2 d. — Pour 20 livres de fil, 3 d.; au-dessus, 6 d.; s'il y a charge de cheval , 1 sol. — Par écuellc de beurre ,1 d. ; si le beurre est eu pot, au-dessous de 12 livres, pot et beurre, 2 d. ; aa-dessot de 12 livres, G d. — Pour chaque potée de miel, 2d.— Pour chaque ruche à miel, 1 s. — Pour ime vache, 6 d. — Pour un porc, 6 d. — Pour un cheval, 1 s. — Pour un bœuf, 1 s. — Pour une braye, i s. — Pour les petites roues à charrue , 1 s. -r- Pour les roues à charrette, 2 s. — > Par boisseau de blé, 1 s. — Par boisseau de cendre, i s. — Par peau de bœuf ou de vache, 6 d. — Par douzaine de peaux de veau ou de mouton, 2 d. — Par place à vendre cuir tanné ou blanc, i s.; en fournissant la table, 2 s. — Par place aux ustensiles de bois, i s. — Pour chaque cloulier, en fournissant la table, 2 s. — Par pîace aux fayences et pots de terre, i s. — Pour chaqne place de poisson, 1 s. — Pour chaque place de poëllière, i s. — Pour chaque place aux sacs et crubles, 1 s. — Pour chaque place aux graines do jardinage, 1 s. — Pour chaque place aux

choux , porées , panais , nayels et autres légumes , 6 d. — Pour chaque place aux pois, fèves et graine de lia, i s. — Pour chaque plac« de marchand drapier, lui fournissant la table ,5 s. — Et généralement par chacune place de toutes autres marchandises non expliquées ni spécifiées, 1 s.; en fournissant d'étaax, 2 s.

IjOl ville n'acquiesça pas h la sentence du Commissaire reformateur. Au mois de décembre 4691, elle arrêta d'en demander l'annulation au Parlement et persista à refuser le paiement des droits d'étalage tant que la balle ne serait pas construite. Comme on le pense bien , elle réitéra son refus, lorsqu'on 4696 une somme de 4,000 livres lui fut assex étrangement réclamée par le fermier du domaine , c'est-àdire par celui qui , percevant pour son compte les droits auxquels elle était assujétic, trouvait commode de mettre! sa charge la somme exigée de lui pour que son bail fût maintenu.

Le gouvernement royal , trop obéré pour qu'il lui fût possible de construire une halle , comme il s'y était obligé, s'était déchargé de ce fardeau sur BI. Alvarez de Trédion par les lettres-patentes du 45 mars 4695 qui lui avaient imposé la construction , à ses frais et sur les plans de Vauban , d'une halle qui aurait été placée, au bout de la corderic, sur le terrain appartenant au sieur de la Villeneuve , auquel il en aurait remboursé la valeur à dire d'experts. M. de Trédion s'était engage en outre à bâtir au môme endroit, toujours à ses frais , un pavillon servant d*audîtoire , avec prisons et cachots pour l'exercice de la justice. En retour , il aurait perçu pendant trente ans les droits de halle , et aurait joui des mémos privilèges que les propriétaires des halles semblables de la province. A l'expiration des trente années , les édifices et les droits auraient appartenu au domaine. Un arrêt du Conseil du 46 avril 4698 ayant enjoint à M. de Trédion de remplir ses engagements que ses ressources ne lui avaient pas permis d'exécuter, 'il obtint le 2f juin

suivant , une prorogation de trois ans , et le 2 août de la même année, M. de Bouridal , Intendant des fortiGcations de Bretagne , lui permit de construire la halle à Textrémité de la rue tle Keravel , sur remplacement où avait été commencée la première église Saint-Louis. A l'expiration des trois années, la situation de M. de Trédion étant toujours la même , il fit abandon de ses droits au Roi qui les retint jusqu'au 30 juin -17^9, époque où Sa Majesté les^ céda à M""" Antoine Boudeti sous le titre de droits de coutume et des étaux aux boucliers et boulangers ^ ainsi que le poids te Roi de la wUede Brest y à la seule condition de payer 34,000 livres foor la finance.

Dans rintervalle, les privilèges de M*"* de PortsmoutL tYaient reçu une nouvelle consécration parle paiement qu'elle avait fait, 10-13 mai -1693, de la somme de ^,430 livres, à laquelle elle avait été taxée, le ^0 avril précédent, par le Conseil pour qu'elle pût être maintenue dans ses droits, ce qui eut lieu le 29 avril ^698. I^ financier Crozat, auquel M"* de Portsmouth vendit la terre du Chàtel, le ^4 août 4714, obtint, à son tour, le 3i août i717, un arrêt de confirmation. Pas plus que M*"*^ de Portsmouth, il ne se montra disposé à construire une halle à Rccouvrance. L'arrêt du 34 août lui en imposait pourtant l'obligation formelle; mais lui et ses successeurs l'éludèrent toujours, malgré lordonnance rendue, le 49 août 4728, par M. Feydeau de Brou, Intendant de la province, commis à l'exécution de l'arrêt du 3i août , ordonnance qui avait prescrit à M. Crozat de bâtir, sous deux ans, à Recouvrance , une halle de 420 pieds de longueur et de 60 de largeur, sur le terrain qui lui serait indiqué, et conformément au plan arrêté par M. Robelin, \eU août 4728.

Les choses continuèrent donc de rester telles qu'elles étaient jusqu'en 4782. Alors éclata la scandaleuse banqueroute du prince de Rohan Guémené qui atteignit les trois-quarls des 1 18

habitants de Brest. Les terres du Chàlel et de Carman lui appartenaient, ainsi que la plus grande partie de Recouvraoce, et il les avait hypothéquées pour garantir MM. du Couédic et Bastion qui tenaient une banque en son nom ou pour son compte. Dans le but de désintéresser les malheureux créanciers, le Roi acheta^ au prix de 42,500,000 livres, les biens hypothéqués. Ces faits firent plus que jamais perdre tout espoir de construction de halles. M"^* de Sécbelles et ses frères et sœurs , engaglstes des droits de halle et du poids le Roi à Recouvrance , n*étant nullement tenus de construire, il était à craindre que , s*ils parvenaient à se faire confirmer dans leur engagement, la ville ne fût exposée à s'en voir privée à tout jamais. En vain se serait-on eiTorcé de faire valoir le principe que Tobligation de cette construction était inhérente à la perception, par le domaine, des droits de coutume. Cette perception avait lieu depuis bien long-temps sans que cette construction eût été eiïectuée , et 11 était fort présumable que, tombant à la charge du Roi, elle ne pourrait Tôtre par suite de Tétat obéré des finances.

Ces considérations déterminèrent la ville à demander qu*il lui fût permis de désintéresser les engaglstes eu leur remboursant les 34,800 livres, prix de TacquislUon primitive de leurs droits, pour qu'elle pût ensuite bàlir, à ses frais, des halles qui deviendraient pour clic une source de revenus.

M. Bertrand de Molleville, Intendant de la provmce , se montra favorable à rétablissement d'une halle du côté de Brest. Lors d'un voyage qu'il fit en cette ville, au mois d'octobre 4785 , il prescrivit de rechercher les moyens de construire une halle dans l'enfoncement du pont de terre, ce qui auraitprocuré à la ville une économie de 32 à 33^000 livres, prix présumé de la simple clôture de cet enfoncement, d'après les plans et devis de M. Besnard , dressés en vue de l'alignement et des embellissements de la ville. Mais le renouvellement^ au mois d'octobre ^86, du bail des droits de halle au

proflt du domaine , fll avorter les projets de TadmiolstratioD municipale.

Survint la révolution qui ne permit pas de les reprendre. Ils semblaient même tout-à-fait abandonnés, lorsqu'en 4809 M. Pouliquen demanda et obtint Tautorisation d'établir des étaux de bouchers dans les maisons qu'il venait de faire construire des deux côtés de la place , formant avec ces maisons le marché Pouliquen , consacré ù la vente du mouton , du veau , de la volaille et des œufs.

L'établissement de ce marché portant préjudice au quartier loavel, où existaient, depuis un temps immémorial, des l0ocherie8 construites sur un terrain que Fhôpital avait concédé à des particuliers , à charge de rentes foncières, les propriétaires du premier rang de cabanes ou échoppes situées entre la rue Keravel et la première des venelles de ce nom , obtinrent , le 6 octobre 4810 , Tautorisation de remplacer ces cabanes, qu'avaient désertées les acheteurs, par une halle, à la condition de se soumettre à diverses obligations, notamment à celles qui résultaient de Tarrêt du Conseil d'État du 27 juillet 4786 , approbalif des plans de M. Besnard.

Celte halle, que la ville tient à bail depuis 4827, sert aux bouchers et charcutiers qui ne font pas abattre eux-mêmes.

Mais ces établissements, conçus et exécutés dans des vues restreintes , étaient loin de satisfaire aux besoins de la population. L'administration municipale le reconnut, et dès qu*il lui fut possible d'améliorer cette partie du service communal, elle s'empressa de rechercher les moyens d'y parvenir. En 4825, M. Petit, alors architecte- voyer de la ville, fut chargé de faire un avant-projet présentant le montant de la dépense d'une halle sur le terrain appelé le grand jardin des Cannes ^ vendu par l'hospice civil à la ville, halle dont le projet définitif devait faire l'objet d'un concours. Cet avant-projet ayant proposé un édiflce circulaire qui aurait présenté une superficie couverte de 4,257 mètres, la commission chargée

de dresser le programme du concours prescrivit à ceux qui y prendraient part de rédiger leurs projets en vue d'une surface couverte de ^,257 mètres, sans toutefois les astreindre à aucune forme déterminée. D'après le programme publié le 20 février ^826, la halle devait contenir les grains, les volailles, le lait, les fruits, les laines, les cuirs, toiles, étoffes , etc A l'expiration du terme fixé pour la clôture du concours, successivement prorogé jusqu'au ^5 août 4826, huit projets furent présentés , mais aucun ne reçut la sanction du jury d'examen. Une médaille d'argent , du module de 48 lignes, offrant au droit les armes de la ville et au revers cette légende : Etablissements publics de la ville de Brest, avec ers mots: Concours d* architecture de 4826, enlacés au centre par deux branches de chêne d'un dessin fort élégant , Tut remise à chacun des concurrents^ eu signe de reconnaissance de leurs efforls^ en môme temps qu'à titre de stimulant , en cas d'un nouveau concours qui n'eut pas lieu.

Au nombre des projets couronnés s'en trouvait un qui avait pour auteur M. Pouliquen, architecte de Brest. Ce projet assignait à l'édifice une disposition intérieure autre que celle qui existe. Au lieu d'arcades intérieures semblables à celles de l'extérieur, c'étaient de grandes colonnes doriques de 46 mètres de hauteur, reposant avec leurs bases sur des stylobates. Le premier étage, pour ainsi dire à jour, était supporté par ces colonnes que surmontait une corniche du môme ordre. A deux des angles opposés en diagonale étaient deux grands escaliers en pierres, taillés à jour, qui s'élevaient en spirale autour de deux colonnes. Cette disposition était toutà fait grandiose. M. Pouliquen avait proposé d'exécuter ces colonnes entièrement en pierres de taille ; mais le conseil municipal , dans un but d'économie , voulut qu'elles fussent en moellons. Ce mode de construction ayant été soumis au conseil des bâtiments civils , il prescrivit d'exécuter les colon-

nés en pierres de taille au lieu de faire dp arcades à rintérieur comme à l'extérieur, si le conseil municipal persistait dans son opinion , ce qui eut lieu au grand détriment de reflet qu'on aurait obtenu en adoptant le projet couronné. Invité à modifier ce projet de manière à ce qu'il portât de •1,200 à ^,600 mètres la surface couverte, Bf. Pouliquen hésita à donner une étendue si considérable, à cause des diillcoltés sérieuses que présentait la charpente de la nef, d*unc portée vraiment extraordinaire. Il y consentit néanmoins , ^ après de mûres réflexions. Son projet , ainsi modité et «pprouvé, le 34 octobre 4827, par le conseil des bâtiments thils, donna lieu à deux tentatives infructueuses d'adjudication , les entrepreneurs ayant allégué rinsuffîsancc des prix de base 9 et la difficulté, l'impossibilité môme de poser à la hauteur des sablières, établies à 25 mètres au-dessus du sol, un système de charpente qu'architectes et ingénieurs s'accordaient à déclarer ne pouvoir être placé. M. le Maire de Brest Barchou , qui désirait ardemment la construction de l'édifice dans ces conditions, pressa M. Pouliquen de s'en charger eomoie entrepreneur, et sous la surveillance de l'architectevoyer de la ville, avec cette seule réserve qu'à tout événement il ne pourrait subir d'autre perte que celle de ses honoraires d'architecte évalués à 4 0,000 francs. Les travaux préliminaires étaient à peine commencés qu*on reconnut que, faute de sondages préalables , la profondeur des fondations^ supposée de 2 mètres par l'auteur de l'avant-^ rojct , devait être bien plus grande. En effet, pour trouver le solide , il fallut ; sur divers points , le chercher à une profondeur qui varia de 2 à 20 mètres suivant la nature et les accidents du terrain. De là une dépense imprévue à laquelle la ville dut pourvoir afin que les fouilles fussent continuées. Le 4 novembre -1828, la première pierre de l'édifice fut posée par M. le vice-amiral Duperré , en présence de toutes les autorités civiles et militaires , et dans un refouillement carré pratiqué à la

partie supérieure de cette pierre , on déposa ane série complète des monnaies de France, en or et en argent , au millesime de ^828 , et une table de cuivre sur laquelle était gravée une inscription commémorative de la fondation. La boite ayant été soudée et scellée dans le refouilleinent , la pierre qui la contenait fut placée à demeure dans le pilastre Est de la porte établie au centre du côté faisant face à la rue Saint- Yves. Engagée dans la maçonnerie de moellons , elle doit avoir sa partie supérieure à 26 centimètres en contre-bas du dessus du socle de la halle»

La construction devait être terminée en trois années , et tout présageaft qu'elle Taurait été quand arriva la crise politique et Onancière de ^830. L'édiflce était alors élevé jusqu'à la naissance des arcades du rez-de-cbaussée. Se prévalant de la clause du cahier des charges qui conférait à la ville le droit de suspendre les travaux à sa volonté , le nouveau conseil municipal refusa d'affecter des crédits à la continuation de la halle , et no consentit à ce qu'elle eût lieu qu'aux risques et périls de l'entrepreneur qui , après une longue hésitation , se résigna à tenter les chances de la poursuite de son œuvre , chances d'autant plus péril* leuses pbur lui que ses approvisionnements en matériaux de toute nature l'avaient mis à découvert d'une somme de 85,0<K^ francs dont les intérêts ne lui furent pas payés. Toutefois , après bien des soucis et des pertes , il eut la satisfaction de mener à On son entreprise. Au mois d'août ^833 , les travaux furent terminés. La dépense, primitivement évaluée à la somme de ^68,000 francs, réduite par l'effet de l'a^'udication à ^35,250 francs 74 centimes, s'est élevée déQnitivement à 224,498 francs 63 centimes.

Cette halle forme un carré dont le côté est de 40 mètres hors-œuvre. Chaque façade est percée, au rez-de-chaussée et au premier étage, de sept ouvertures en arcades , ayant chacune , au rez-de-chaussée et au premier étage, 2°*,80 de

largeur. Son périmètre intérieur se comiAle de quatre galeries de &^,SÙ de largeur sur 8 mètres de hauteur et d'une nef ayant 23 mètres de largeur sur 25 mètres de hauteur 80QS entraits, éclairée par des mezzanines au-dessus des galeries. Les quatre galeries du premier étage ont les mêmes dimensions que celles du rez-de-chaussée. Chaque ouveriuro da premier étage est décorée d'un balcon tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. La galerie du premier étage , du côté de la rue Saint-Yves, est consacrée à la bibliothèque communale. I.es galeries du rez-de-chaussée et une partie de la nef sont dfermées par la ville à diverses industries.

Cest dans la grande nef de cette halle , présentant une surface couverte de -1,600 mètres, qu'eut lieu , en ^842, le bal oSert par la ville au duc et à la duchesse de Nemours , bal splendide , mais d'une magniflcence bien inférieure au bal vraiment féerique auquel Leurs Majestés Impériales ont assisté le 10 août 4858, et dont IL^Bizet, Maire de Brest, a fait une description si fidèle et si aiiiméc dans son Compte moral des années 4857 et 4858.

JUIGIÉ COUYEET. — Le projet de ce marché avait été im au concours en même temps que ceux de la halle aux blés et de la chapelle du cimetière. Le terrain sur lequel on avait projeté de le construire, et qui était le seul emplacement que la ville pût y consacrer, présentait , à cette époque , une surface gauche ayant une pente rapide depuis la rue 8b la Mairie jusqu'à l'église Sahit-Louis. La principale raison alors invoquée pour le faire écarter, c'était, disait-on, qu'il aurait masqué Téglise d'un côté. Plus tard, les idées se modifièrent sur ce point ,.et une circonstance fortuite détermina la construction du marché, le conseil municipal, dans sa session de 4843, s'occupait du budget de l'exercice suivant. Il y avait un excédant de recettes disponible de 30,000 francs sur l'exercice précédent. On demanda à M. Pouliquen si, avant la clôture de la session , il ne pourrait pas présenter un projet de marché

couvert. Après aviflr exprimé son appréhension de ne pouvoir réussir dans un si bref délai, il se mît à rœovre, et vingt jours après il remit son projet que le conseil approuva. Ce projet , tout différent de ceux qui avaient été présentés jusques-la, nivelait le sol autant que possible, et était entièrement conçu en fonte de fer avec couverture en tôle galvanisée. Soumis au conseil des bâtiments civils, il fut sanctionné sans restriction. A Tapprobation du conseil étaient jointes des félîcîtations adressées à l'administration municipale sur ce que, la première des départements, elle était entrée dans une voie favorable à une industrie naissante qui avait besoin d'encouragements.

Construit de 4814 à 4845, le marché couvert se compose de deux corps de bâtiments ou galeries couvertes, séparées par une cour non couverte , pavée et plantée , au centre de laquelle se voit une vasque alimentée par une fontaine et servant au lavage des légumes. Ghacime des galeries a 63",46 de longueur sur 7°, 50 de largeur, 4",00 de hauteur ù artir du sol des sablières, et 4",70 sous entraits. Elles sont fermées à leurs extrémités et sur les côtés par des griliesH^Dfer plein au centre desquelles sont pratiquées des portes sor pivots. Leur couverture est en tôle galvanisée sur les deux faces , à dilatation libre , au moyen de feuilles qui ne sont ni soudées , ni clouées , mais agrafées les unes aux autres. Elle» offrent dans leur ensemble une surface occupée de 923 mètres, surface indépendante de celle de 408 mètres réservée i\ la circulation. Dans la galerie la plus rapprochée de l'église Saint-Louis, plus spécialement réservée à la vente du poisson, Tadminislration municipale a fait établir, en 4859, des tables de marbres inclinées reposant sur des soubassements en pierre de Kersanton. La cour intérieure, où stationnent aussi les marchands de légumes , et pour laquelle un projet de couverture sera exécuté dès que les ressources budgétaires de la ville le permettront, a 63™,46 de longueur sur J4'",00

— 2il —

de largeur et une superficie de 884"',24; La dépense de eoQStrucllon a été de 56,226 fr. 30 c. Les différences de DÎTeau que présentait la forte inclinaison du terrain ont été rachetées par des perrons de hauteurs variées. Mais cet inconvénient n*est pas le seul qu'ait présenté remplacement sur lequel il a fallu établir le marché, car on n'a pu lui donner toute l'eitension nécessaire pour abriter les marchands de beurre , de fruits et de volailles , obligés , à certains jours, de stationoer, soit aux abords de ce marché , soit dans la rue Frézier, soit enfin au marché Pouliquen.

§ 13. — raSTALUTION DES MAIRES.

Le règlement de ^648 provoque plus d'une réflexion. Nous d'abord , dans son préambule et sa clôture , comme 1 l'article 2, que les deux côtés de Brest ne formaient alors qu'une seule et même communauté de ville , fait dont nous trouvons la confirmation dans l'arrêt du Conseil d'Etat du 43 juillet 4623 ; dans les démarches faites en 4645 pour obtenir que l'union des deux côtés qui, vraisemblablement, avait aessé dans rintervalle, fût rétablie ; enfin dans les lettres de Colbert de8l3et27mars 4674 (Voir ci-dessus, p. 407-109). L'arlîcle4*' BOUS apprend en outre qu'entre 4 593 et 4 64 8, le Maire, d'annuel qu'il ^tait d'abord, était devenu triennal. Mais ces observatiens ne sont pas les seules que suggère le règlement de 4 61 8. Des personnes , peu familiarisées avec les usages de nos afeux, ne voient dans plusieurs articles de ce règlement, notamment dans les articles 8, 40, 42 et 44, qu'une série de cérémonies grotesques qui , jugées d'après nos mœurs actuel-

les, ne pourraieat que prêter à rire. A répoque ou fut rédigé es règlement, qui ne ûl d'ailleurs que consacrer, et en quelque sorte légaliser un état de choses antérieur, l'emploi du symbole et de rallégorie avait fréquemment lieu dans les clrcons tances où l'on voulait impressionner les masses et rendn durable le souvenir des choses dont elles avaient été témoins. C'est là sans doute le motif qui avait conduit nos ancêtres I donner à quelques parlies de la célrémonie de rinstallatioi du Maire une forme qui , loin de sembler ridicule , devien très expressive et très logique quand on en pénètre le vra sens.

Parlons d'abord de l'article 8.

Les divers procès-verbaux d'installation des Maires de Brea dans l'église des Sept-Saints^ de 4682 à 4748 exclusivement nous apprennent que « le maire, en sortant de l'église mettait le talon dans le trou de la pierre censée le cenin de la ville j et faisait serment de bien servir le Roi et 1( public , conservant ses droits et ses privilèges de tout soi possible par l'assistance de MM. les échevins et du corps d ville. ^ Préoccupé du souvenir des longs démêlés que la viB eut avec les Jésuites avant de parvenir à l'entière possesdoi de l'église Saint-Louis , où l'installation du Maire eut Uei pour la première fois en 4748, M. Dauvin {Essais histori queSyCtc, p. 51 et 434) dit « qu'en posant le talon dans le trm de la pierre^ cl en tournant sur lui-même , le Maire voulal exprimer que l'église et le fond sur lequel elle était bfttii appartenaient à la ville, dépendaient d'elle, et non des Jésuites.^

Cette interprétation ne nous semble pas acceptable. Toul allégorie doit avoir un rapport sensible et d'une interprétatioi naturelle avec l'objet dont elle est l'image ; or, une rotatioi sur soi-même — aucun des procès-verbaux d'installation m nous apprend d'ailleurs qu'il y en eût — ne nous paraît pai une allégorie facilement perceptible du droit de propriété D'ailleurs, l'usage dont il s'agit, pratiqué dès 4648; e

avant, était bien antérieur, non-seulement aux démêlés des Jésaites avec la ville , mais encore à leur établissement à Brest en 4686 ; ajoutons qu'il survécut à leur suppression en 1762* 11 est donc préférable de chercher reipllcation de cet usage dans les procès-verbaux mêmes d'installation de nos anciens Maires. Tous s'accordent à dire que la pierre était censée le centre de la ville. Ces paroles ne signifieraient-elles pas que notre premier magistrat, aussitôt que , sous cette forme allégorique ^ il avait pris possession de sa charge, était eoosidéré comme devant ôlre désormais le centre vers lequel convergeraient tous les intérêts de la cité, tous les besoins à silirfaire , tous les droils à maintenir ?

La prise de force (art. 40) du Bérichot ou roi Brethaud, — cTesl ainsi qu'on appelait le roitelet, — n'avait-elle pas pour bot d'exprimer que le Maire, dans la sphère de ses attributions y devait faire tous ses efforts pour arrêter et livrer au gonvemeur les criminels et malfaiteurs?

Quant à la mise en liberté de Toiseau (art. 42), cette partie de la cérémonie qui consacrait la reconnaissance des prérogatives et des franchises municipales, avait une analogie fiiipante avec ce qui se pratiquait au sacre des Rois de France , lors duquel le droit de grftce était symbolisé d'une fliçon équivalente.

Reste le droit de faire sauter à la mer. M. Dauvin explique ainsi la nature de cet usage et la manière dont il se pratiquait : « Le droit de faire sauter ainsi à Teau tous les jeunes mariés dans l'année, et tous ceux qui avaient fait bâtir depuis trois ans , était un droit féodal. Il appartenait aux seigneurs de la Fallu. Ces sauteurs concouraient à gagner un prix. On l'obtenait en arrachant des oranges suspendues autour d*une couronne de verdure, elle-même suspendue à une corde qui passait sur le rouet d'une poulie frappée à l'extrémité d'une veigue. Par un mouvement de vat-et-vient, la couronne descendait près de l'eau et remontait. Il fallait que le nageur

saisit le moment favorable d'empoigner rorange. ÏJà première avait le premier prix , et ainsi de suite jusqu'à la quatrième exclusivement. Le surplus des oranges n'avait rien. »

Comment , si T usage de sauter à la mer avait constitué uo droit féodal appartenant à M"** de la Palue et à M. du Rozd de Bcaumanoir, son gendre, eux et leurs ancêtres eussentHls souffert que le Maire , ainsi qu'en font foi tous les procèsverbaux d'isistaliation, l'eût exercé à titre d'attribut municipal; et qu'il eut présidé la cérémonie avec l'assistance de la communauté ? Puis , si ce droit était dévolu à une maison seigneuriale , pourquoi les redevances au moyen desquelles les sauteurs pouvaient être alTranchis de leurs obligations étaientelles perçues par ThApital de la ville et non par cette malson? Ce qui très vraisemblablement a porté M. Dauvio à croire que les seigneurs de la Palue possédaient ce droit,* c*e8t qu'ils le revendiquèrent , au mois de septembre 4764, ainsi que plusieurs autres prérogatives honorifiques dans an mémoire qui causa une certaine émotion à Brest ; mais qui fut si vigoureusement réfuté par Anneîx de Souvenel, qae M*""" de la Palue et son gendre ne donnèrent aucune suite à leur tentative de faire revivre un usage qui avait été pratiqué pour la dernière fois, le 4" janvier 4748 , et dont la communauté , par sa délibération du 49 décembre 4750, avait demandé l'abolition ou tout au moins la translation ù une époque de l'année plus convenable.

L'usage de sautera la mer était très répandu en Bretagne, où il figurait l'hommage rendu, tantôt au Roi , tantôt à une corporation civile ou religieuse , tantôt enfin à quelque seigneur (<).

(1) Voir, à ce sujet, noire Notice insérée dans le t. II du BuUeîin de la Société Académique de Brest, et tirée h part sous ce titre : Recherches historiqikes sur la ville de Brest avant 1789. -^ Le Pont Impérial en 1861. Brest, J. B. et A. Lefournier, 1862, 59 p. in-8«, avec plan.

Serait-il téméraire de penser qu'à Brest le saut à la mer aurait symbolisé le droit de cité conféré par la communauté, ou faudrait-il y voir, soit la transformation, soit plutôt la contécratioD d'une coutume pratiquée de temps immémorial par k population, originairement composée de pécheurs qui, afin de perpétuer à Brest les habitudes nautiques , n'admettaient dans leur corporation ou n'acceptaient pour gendres que ceui qui auraient fait preuve de dispositions suffisantes à les acquérir, en plongeant à trois reprises sur l'écueil de la Rose, à rentrée du port, et en y arrachant, chaque fois, une poignée de goémon? Cette tradition , bien qu'elle ne soit confirmée, à Mire connaissance , par aucun document écrit , ne nous semble pas dénuée de fondement, à en juger par ce qui se passait le jour de l'installation du Maire , où , d'après les procès-verbaux de cette cérémonie, « le Maire et la communauté , à rissue du dîner chez le Blaire , s'embarquaient avec les sauteurs qui, tous, sautaient trois fois et luttaient, la troisième, à qui saisirait une espèce de rondache ou bouclier placé à cet effet à bord d'une galère, après quoi les matelots composant l'équipage de cette galère , portant haut leurs avirons , ayant à leur tête le capitaine et le patron , suivis du corps de ville, allaient au château pour donner au commandant du château l'assurance que toutes les formalités et anciens statuts du jour de la Mairie avaient été faits et accomplis. »

Dans cette joute nautique, un peu différente de celle dont parle M. Dauvin, qui semble l'avoir confondue avec ce qui se pratiquait lors de la plantation du Mai {Voir cidessus ^ p. 2H), des mercenaires devaient seuls faire l'office de sauteurs , car ceux qui étaient nominalement assujétis à la triple immersion, ayant du bien, et tenus en conséquence, à peine d'une amende de 3 livres au profit des pauvres , de se faire inscrire au rôle des sauteurs, huit jours avant l'élection du Maire, pouvaient néanmoins s'affranchir de la charge de sauter personnellement , soit en se faisant remplacer, soit

en faisant h l'hôpital une aumône de 5 sols. Une compeuation honorifique de leur bain réfrigérant leur était accordée. Tenant chacun une baguette blanche , ils marchaient entre la milice et un homme qui avait sur la tête une couronne dorée et à la main un sceptre que le Maire faisait sauter « pour l'hofflmage dû au Roi. »

S 1&. — VIEILLE CORDERIB.

(Voir p. 118 et 144.)

Dans un acte de vente du 7 avril 1636 , rapporté par lei notaires Roussel et Deshayes, on lit que M. Guillaume Uesnoalet , sieur de Keranlan , héritier bénéficiaire du sieur de Keravel, vend au sieur Phih'ppe de Lonvilliers de Poincyi chef d*escadre, etc , le lieu noble de Keravel et dépendances, situé près de la ville de Brest, où est à prés&ixt bustie la corderie et estuve du Roy pour la nécessité de ses vaisseaux. Le pn\ d'acquisition fut de 1 ,200 livres que paya Estienne Le Roy, commis du trésorier général de la marine, sur celle de 4,15^ livres tournois a qu*il avoit de bon entre ses mains , du profict faict sur les victuailles des équipages des dits vaisseaux, en Tannée dernière 1635. »

Par suite de Textension que M. de Seuil donna à cette corderie (4667-4668), elle se trouvait avoir 204 toises de longueur lorsqu'elle fut consumée par Tincendie du 30 Janvier 1744, en même temps que le magasin général, le contrôle et rhorloge du port. Plus particulièrement désignée sous le nom ie vieille corderie ^ depuis la construction (1687-^706) de la corderie basse dans l'intérieur de Tarsenal , elle était séparée par un escalier d'environ 9 pieds de largeur de l'édi-

liée renfermant une partie des bureaux du contrôle. Partant de fendroit qu'occupe aujourd'hui Thorloge du port, elle vignait parallèlement, ou à peu près, à la Grande Rue qui, à roriginei s'appelait rue de Seuily depuis la maison du Roi jmqa'à la rue actuelle de la Voûte, et de là , grande rue de 5ètit{ jusqu'à la place des Médisants ou des gens oisifs,- Ces deoi rues ne prirent qu'en 4694 le nom commun de Grande Rue. La corderie aboutissait à l'angle sud de la place des Médisants , faisant un retour occupé par trois maisons dont ime en saillie , et se trouvait comprise entre deux rues ou pihiSèt deux, chemins qu'on appelait rues de devant et de derrière la corderie^ avant l'établissement de la Grande Rue et de la rue Keravel. Elle se trouvait ainsi passer au-dessus èa passage où, en 4687, on construisit un escalier pour meltre en communication la ville basse avec le quartier Kemvel , escalier remplacé en 4719 par Tescalier et la Voûte qui se voient encore aujourd'hui. Eutre elle et les maisons du côté de la Grande Rue existaient un espace de 44 pieds de largeur et douze maisons dont quatre séparaient la rue de Passage^ aujourd'hui rue Guyot^ de la place des Médisants.

S 15. — mSCRIPTIOHS DE SANTEUn..

(Voir p. 147 et 158.)

Colbert, à qui M. de Seuil transmit ces inscriptions, au mois d'octobre 4680, ajourna la décision à prendre à leur égard jusqu'au voyage que Seignelay devait prochainement faire à Brest Rien ne nous apprend qu'une décision fut prise, et nous avons des raisons de croire que l'inscription de la porte resta à l'état de projet. Cette porte était alors située à l'extrémité méridionale de la vieille salle d'armes , incendiée

en 4832, et non à l'endroit où est la porte actuelle, cooslru dans les premières années de ce siècle. Elle était à plein cinl et placée au milieu d'un mur qui traversait la largeur quai. Comme ce mur, elle était ornée de pilastres et d* entablement d'ordre dorique avec acrotères au-dessus ( pilastres. Dans le tympan du fronton , de forme triangulai se voyaient deux écussons ovales et accolés aux armes France et de Navarre. Ils étaient entourés des cordons Saint-Michel et du Saint-Esprit et accompagnés de deux bn ches de palmier. Derrière et au-dessus de toute i'omemi tation, était un ange aux ailes éployées, soutenant la couroi royale. De deux anciens dessins que M. Pilven possède cette porte , l'un indique , par le déplacemcot de quelqi voussoirs du cintre , qu'elle était menacée d'une ruine pi chaîne ; aussi, dans l'autre dessin, postérieur au précéda et copié sur un original de M. Dumains , directeur des fort cations , ne voit-on que la partie du mur comprise entre porte et le pignon de la salle d'armes. Le reste de la dôt jusqu'à la mer est figuré par une palissade ou claire- voie, qui donne lieu de croire que , dans Tintervalle des deux d siris , la porte primitive avait été démolie. Or, ces d< dessins , exécutés avec un soin et une délicatesse qui en f supposer la fidélité, ne contiennent aucune trace d'inscripti Quant à l'inscription de la fontaine du quai Tourville, il est tradition qu'elle fut placée, et ce ne put être alors que sur la f regardant la mer, les trois autres faces ayant reçu, en I7i les armoiries et les inscriptions que la ville y Ot grave cette époque. Armoiries et inscriptions furent martelées 4791. Les neuf inscriptions que Santeuil avait compos pour que Tune d'elles fût placée sur la porte de l'arsenal , traductions françaises de plusieurs d'entre elles , et Tinscr lion latine destinée à la fontaine du quai Tourville s insérées dans le recueil intitulé : La vie et les bons vwts M. (le SantPuMy etc., nouv. édit. Cologne, Abraham L(

clume, 4740, 2 vol. in-42, p. 485 et suiv., recueil très fautif. iBOÀio^hèque communale de Brest ^ n^ 4,207.) Nous nous boroerons à reproduire ici riuscription de la fontaine, en la purgeant des incorrections qu'elle a subies dans VAnnicaire de la Société d'Émulation de Brest pour 4837, et dans la réédition da Dictionnaire d'Ogée, t. V^ p« 420.

lUam nautœ omnes celebrat$ in littore nympham , Hic vobis dulces provida prœbet aquas ;

Quin sààum per iter^ qud pocula pura ministret , Scandere amat vestras officiosa rates.

Dans Je texte que nous avons sous les yeux , le troisième lefs contient le mot falsum ; avec V Annuaire de la Société f Émulation et la nouvelle édition du Dictionnaire d'Ogée^ nous préférons le mot salsum qui, seul, nous semble exprimer la véritable pensée de l'auteur.

La fontaine du quai Tourville était , il paraît , une autre fontaine d*llippocrène. Si celle de THélicon avait le don de stimuler la verve poétique de ceux qui buvaient de ses eaux, la fontaine de Brest avait, de son côté; une vertu si efficace qu'elle produisait un efiTet semblable jusques sur les membres de la communauté de ville : témoin l'espèce de joute à laquelle prU rent part deux d'entre eux, MM. Guesnet et Sabatier. Chargé, aumoisde juillet 4783, d'analyser Teau d'une source existant dans une maison appartenant à M. Gaspard et située en face desSept-Saints, source qui, depuis plus d'un siècle, alimentait la fontaine du quai, au moyen de tuyaux rejoignant celle de la maison au-dessus de l'église, d'où résultait un mélange des eaux , M. Sabatier ne reconnut aucun principe nui:»ible à la santé dans la source de M. Gaspard, mais il constata qu'il en était tout autrement de celle au-dessus de l'église. Après une nouvelle analyse, que M. Sabatier fit conjointement avec Bf . Gesnouin , des travaux amenèrent la séparation des eaux , et le 42 janvier 4784, M. Guesnet et I iO

M. Sabaticr déposèrent sur le bureau de ville, le premier, le distique, le second, l'inscription en prose ci-après, afin de consacrer le souvenir de ramélioration obtenue.

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