L'ÉGLISE ET LE COUTENT DES CARMES
(Voir p. 189.)
M. de Casieinau , gouverneur de Brest, ayant exprimé le désir que les Carmes déchaussés vinssent y établir un couvent et diriger riiùpital Saint- Yves, annexé à l'église ou chapelle
située, comme lui, claos la rue qui portait et a conservé ce QOBi , le P. Jérôme de Salut-Jacques , prieur de Bar-lc-Duc, fondé de pouvoirs du P. Ange de Sainte-Marie , Provincial île Tordre, traita à cet effet , le il août 4651 , avec MM. G. Le Bcscond, maire en exercice, Jacques Leslobcc, François Leslobec, François Turin, Jean Le Roy, tous anciens maires, les gentilshommes et le» nobles bourgeois, en présence de M. de Courpoy, l'un des majors de la place, aux conditions suivantes :
i* Que la confrérie du Rosaire, eu possession de l'église de Saint- Yfes, conser?erait le droit de s'établir dans une autre église, ou de eoDliouer h jouir de celle qu'elle occupait, auquel cas les RR. PP. Carmes y fendent le service ordinaire et permettraient au procureur de recevoir les aumônes qu'il distribuerait de lu manière accoutumée pour la décoration de l'église et l'entretien du service ;
S* Que les prééminences , tombes et bancs dont quelques particuliers jouissaient daùs l'église Saint- Yves continueraient de subsbter ; qu'il serait permis à ceux dont les ancêtres y étaient enterrés d'y choisir leurs sépultures que les religieux seraient tenus d'accorder d'après les taxes établies; «l que, quant aux obils, ofiices et grand'messes , ils pourraient, à l'avenir, être transférés dans d'autres églises, si les RR. PP. Carmes étaient dans l'impossibilité de les desservir.
3* Que les habitants et autres personnes qui voudraient faite choix de cette église pour leur sépulture, obtiendraient d'y être inhumés aux conditions établies dans les autres couvents de Carmes du royaume ; et que , relativement aux pauvres , si ceux à qui leur charge faisait un devoir de les inhumer s'y refusaient k cause de leur indigence , les religieux les inhumeraient dans l'église, ainsi qu'ib y étaient obligés par leurs constitutions.
L'année suivante, quelques habitants ayant réclamé contre cet acte , parce qu'ils n'auraient pas joui d'une entière liberté, lorsqu'il avait été passé au château, le maire, les échevins et les nobles bourgeois s'assemblèrent de nouveau ans l'église des Sept-Saints, et conflrmèrent l'acte du
47 aoùl par une convention du T' mai 4632 dans laquelle les RR. PP. Carmes s'obligèrent à établir dans leur couycnt une chambre où seraient reçus les pauvres de la ville , en échange de quoi les habitants leur firent abandon de tous leurs droits sur Téglise et sur Thôpital.
Mais le chapitre de Léon , qui n'avait pas été consullé sur rétablissement des Carmes, témoigna, le 3 août suivant, son c( estonnement que quelques religieux eussent CDlrepris de s'establir en l'église et l'hospital de la ville de Brest sans le consentement de l'ordinaire du diocèse , » et il se plaignit (( que les habitants du dit Brest eussent été appelés dans le chasteau, et de la sorte forcés de souscrire à cet establissemcnt, et de signer contre leur gré ; sur quoy le chapitre, après avoir mûrement délibéré , députa les sieurs de Guergorlay et Hamon pour se rendre sur les lieux et informer de Tattentat dont il estoit cas. « Il parait que l'enquête des deux chanoines, et par suite la décision du chapitre furent favorables à l'établissement des Carmes , car il fut approuvé, le 49 novembre 4652, par TÉvôque de Léon qui n'avait en cette circonstance que voix délibérative et était tenu d'exécuter les délibérations du chapitre. Les lettres-patentes du Roi, de 4654, enregistrées au Parlement de Rennes, le 24 juin 4659, et à la chambre des comptes de Nantes, le 34 juillet -1688 seulement, conflrmèrent cet établissement.
Trois semaines après l'approbation de l'Évèque (12 décembre 4652), les Carmes prirent possession de régh>e et de l'hôpital Saint-Yves , ainsi que de tous les biens et rentes qu'ils possédaient. L'église , dont nous ignorons la date de construction, existait tout au moins depuis 118 an?, puisque, comme nojis le verrons , une statue y avait été érigée en 4534 à Saint-Yves, et que, par un acte du 42 juin 4537, Guillaume Le (lamus et Jeanne Guirioc , son épouse, lui avaient fait don d'un champ de deux journées et demie de charrue, nommée Pan: -Trycorn ^ situé dans la paroisse
Ploucavaîz (Cuipavas). L't^glise Saint-Yves, ainsi que celle
t Notre-Dame de Rccouvrance, devait être postérieure à
li^pital, et, comme ii l'époque de leur fondation, ils étaient
Kliviisibles et pris indiCFcremment l'un pour l'autre, il y a
«u de croire que la donation des époux Le Camus s'appli-
luait à TuD et à lautre.
Devenus propriétaires, en 4658, d'un jardin attenant à leur couvent , les Carmes agrandirent successivement ce couvent et ses dépendances , au moyen d'acquisitions , parmi lesquelles nous voyons figurer la vente que M. Isaac MoDod , sieur Duchesne, maire de Brest, leur fit, le 45 juiUel 4676 , d*un terrain borné au nord « par la franchise ou issue vers la croix vulgairement appelée la croix Colleau , où est à présent un des bastions de la ville. »
L'utilité de l'établissement des Carmes fut immédiatement reconnue par les habitants qui s'empressèrent , à l'envi lès ODS des autres , de témoigner, par des fondations pieuses , leur gratitude envers ces actifs auxiliaires du clergé séculier de la ville. Une de ces libéralités amena une modification à la convention du 4*'' mai 1652. Une nommée Marie Pochard, veuve Jacolot , ayant fait don au couvent, le 2 octobre 4055, de deux petites maisons couvertes en ardoises, avec une petite cour et un jardin derrière , le tout situé à l'extrémité est de la rue Neuve (du Couédic), moyennant une rente viagère de 24 livres et la célébration de trois messes à notes après le décès de la donatrice , les ('armes demandèrent qu'en retour de la rétroccirsion à la ville de ces deux maisons et de leurs dépendances , ila fussent affranchis de l'obligation d'avoir, dans leur couvent, une chambre affectée au logement des pauvres , ce qui leur fut accordé , le 2 novembre de la même année , aux conditions suivantes ; ils acquitteraient la rente viagère et les fondations mentionnées dans l'acte du 2 octobre ; les donations , rentes et legs pieux précédemment faits en faveur de l'hôpital de la ville appartiendraient à ces
niui^oiis ; el euiniiic^ pour être appropriées ii leur desiioation, elles avaient besoin d'être réparées et élevées d'un étage, les Carmes versèrent à cet effet , le 23 décembre suivant, la somme de 75 livres entre les mains du maire, M. Michel de Houpiquct , sieur Dupin.
La veuve Jacolot eut de prompts et nombreux imitateurs dont la pieuse générosité permit aux Carmes, non-seulemenl de pourvoir à leurs besoins personnels, ainsi qu'à ceuide réglise et du couvent, mais encore de répandre d'abondantes aumônes.
Le zèle charitable dont ils étaient animés dicta l'offre qu'ils firent à la ville, le ^ 8 septembre 4 686, de construire à leurs frais, et sans que de nouvelles quêtes eussent lieu en leur faveur, un hôpital à Hecouvrance, où, depuis 4656, ils en avaient déjà établi un dans une maison qu'ils tenaient vraisemblablement à bail, attendu riiisuffisance de celui qui était annexé à la chapelle Notre-Dame. La communauté, on le pense bien, s'empressa d'accepter cette offre motivée « sur l'obligation qu'avaient ses auteurs de rendre service à toute la ville, sur la reconnaissance des bontés qu'on avait pour eux , et sur ce qu'ils ne pouvaient , vu les difficultés de passer l'eau la nuit, le passage étant fermé , porter secours aux habitants de Recouvrance. » Malgré cet assentiment de la communauté, la fondation proposée n'eut pas lieu. Colbert et Seignelay, très peu favorables , soit à la création de nouvelles communautés religieuses à Krest , soit à l'extension de celles déjà existantes , firent obstacle à un établissement qui , fondé et desservi par les (larmes , eut accru leur influence. Ce fut en vain que la communauté revint à la charge , le 4" août 4688.
Mais si la bonne volonté des Carmes échoua en cette occasion , leur zèle n'en éprouva aucun refroidissement. Ce zèle leur avait concilié une tçlle faveur qu'elle avait fait perdre de vue l'irrégularité qu'ils avaient commise, en ne présentant pas à la communauté , comme ils y étaient obligés , les titres
leur t'labli>6emcnt û Brest. Aussi, quand, le 9 juillet
II, ils «Icmandèrent à jouir de la môme faveur que les
Hiiles , c est-à-dirc ù ôire exonérés du droit de 8 livres par
QDPau de vin qui serait consommé dans le couvent , la
aromunauté , tout en accueillant cette demande , exigea-t-
Ile le dépôt de ces titres , dont ils ne remirent toutefois que
Je simples copies collatiounées , bien que sommation leur
eût été faite d'en déposer les originaux.
Accessible aux habitants , l'église dos Carmes suppléait , surtout avant la construction de TéglL^e Saint-Louis, à l'insuffisaoce de la chapelle des Sept-Saints, et non-seulement le clergé de la ville trouvait en eux des auxiliaires actifs et spontanés, mais encore la marine. Comme les prêtres desservant la chapelle des Sept-Sainls , ils allaient souvent dire la raesse sur les vaisseaux qui manquaient d'aumôniers. Ils rendirent le même service a la congrégation des artisans , tant qu'elle n*eut pas de chapelle.
L'assistance spirituelle des Carmes n'excluait pas de leur part des services d'un autre genre. Kn effet , tant que Brest ne posséda point d'hôtel-de-ville , c'est-à-dire jusqu'en 4757, le réfectoire du couvent servit à la tenue des réunions électorales et à celtes des corporations d'ouvriers. Cette même année i7r>7 leur fournit une triste, mais significative, occasion de prouver les sentiments dont ils étaient animés pour les habitants. Pendant l'épouvantable épidémie apportée par l'escadre de M. Dubois de la Mothe, au mois de novembre, leur couvent fut converti en hôpital, et eux-mêmes en inflrmiers. Le zèle qu'ils déployèrent en cette occasion leur valut une gratification de 4 ,000 livres décernée par le Ministre de la marine, gratiflcation minime sans doute, au point de vue pécuniaire, mais considérable, si l'on tient compte des énormes sacrilices que ce désastre imposa à la marine.
Ces bons offices continus avaient fortifié l'affection qui unissait les PP. Carmes aux habitants. Elle se traduisit en
libéralités qui leur procurèrent les moyens, non-seulemcDl de secourir les pauvres, mais encore de rebâtir leur église, A d'acquérir tant à Hrcst que dans les campagnes voisiQes,des propriétés qui , jointes aux aumônes ,. aux fondations (te fidolrs et aux rentes constituées, leur assuraient une position sorlable. En rflet , en 1789 , ils possédaient à Brest, en biens fonds seulement , d'après le rentier du couvent , vingt-cinq maisons situées dans les rues Saint-Yves, du Château, des Sept-Saints , dans la rue Neuve , la petite rue Neuve , et le Parc- ar-Cornou. Leur revenu, en ^90, était, d'après ce rentier, de 7,402 livres 13 sols.
Leur maison était donc florissante, lorsque les officiers municipaux chargés de mettre à exécution les décrets de rassemblée nationale des 20 février, 49 et 20 mars 4790 sur la suppression des ordres religieux, se présentèrent le Ujuilltl suivant. Les Carmes étaient alors au nombre de douze, dont deux Frères convcrs. Invités à faire connaître s'ils voulaient rester dans le couvent , ou se retirer dans des maisons qui leur seraient indiquées , auquel cas il leur serait alloué des pensions proportionnelles à leur ûgc , ils firent diverses réponses. Sept refusèrent de s'expliquer ; c'étaient le P. Elisée de Saint-Paul , provincial et visiteur-général , le P. Florent de Saint-Julien, prieur; le P. Cyprien de Saint-François, définitcur, et les PP. Alexandre , Vincent Ferrier, Yves et Pacifique. Le P. Ignace, sous- prieur, et les FF. Louis et Florent déclarèrent qu'ils voulaient rester. Quant au P. Albert, il manifesta le désir de se retirer dans la maison d'Arras.
Dépossédés do leurs revenus, en exécution de larrôté du Directoire du département du 31 août 4790 , les PP. Carmes demandèrent au district de Brest , le 49 octobre suivant, qu'il fût pourvu à leurs besoins. Une somme de 4,500 livres leur fut remise , le 27 novembre , et le trésor fut bientôt couvert de cette avance par la vente qui fut faite, le 25 et le 26 jan- \k\' 1791, dune partie des biens de la communauté. Estimés
66,296 livres 46 sols , les articles vendus furent adjugés à •161,025 livres. A cette vente, la première des biens nationaux de Brest, succéda, le 48avril 1791, celle du mobilier de la maison de campagne desRR. PP. au Mont-Carmel, en Guipavas. Ce chétif mobilier produisit une somme de 433 livres U sols. On ne vendit ni Téglise, ni le couvent, ni le jardin, compris pour une valeur de 53,240 livres dans le procès-verbal d'estimation dressé le 15 novembre n90. Le Directoire avait pensé, il parait, que d'autres religieux Carmes du département auraient suivi l'exemple du P. Ignace et des FF. Louis et Florent, car, par sa délibération du 42 décembre 4790, qu'avait approuvée l'assemblée législative, il avait arrêté que le couvent des Carmes de Brest recevrait vingt quatre religieux de cet ordre, quoique d'un institut différent , savoir : les douze Carmes déchaussés et les douze grands Carmes existants tant à Brest qu'à Saiat- Pol-de-Léon, Carhaix et Pont-l'Abbé.
Ces dispositions bienveillantes du Directoire restèrent sans effet , el le couvent ne tarda pas être transformé en lieu de détention des prêtres arrêtés à l'occasion des troubles religieux qui éclatèrent sur tous les points du département, et il conserva cette destination jusqu'à la translation des détenus au ch&teau. Au commencement du mois d'octobre n9l, le 4^ bataillon des gardes nationaux volontaires avait été installé dans le couvent qui, depuis, n'a pas cessé de servir de caserne. Ce fut en vain que le Conseil municipal tenta, à deux reprises, de faire changer cette destination. Le 46 pluviôse an X, il demanda qu'il servit d'asile aux veuves ou orphelins que rinsufiisance de leurs ressources obligeait à vivre en commun, et le 25 pluviôse an XII, il sollicita la permission d'y établir des écoles secondaires.
L'église éprouva plus de vicissitudes. Rendue au culte , le 2 février 4793 ,^lle fut presque aussitôt détournée de cette destination pour être exclusivement affectée à la tenue des assemblées de sections. Au mois de mai de Tannée suivante ,
la vente en fui annoncée comme devant avoir lieu en mèiu temps que celle des églises de Gouesnou , Saint Picrrc-Quilbignon, Loc-Maria, Plouzané, Ploumoguer, Laber, Wougonvelin, Milizac, Guipronvet, Plouguia, Lannilis et Ouessant Un même cahier de charges avait déterminé les conditions auxquelles se serait opérée cette razzia qui resta à Tétaldc projet. L*église des Carmes ser^'ait alors de magasin pocrles approvisionnements de la guerre. La loi du 44 prairial an lll ayant autorisé Texercice de tous les cultes, les habitants demandèrent que Téglîse fût mise à leur disposition, mais die ue put être évacuée « attendu les objets qu'elle contenait et les besoins du service. » Au nombre de ces besoins était celui d*un champ de manœuvre où Ton pût exercer les soldats pendant l'hiver ; les sapeurs qui ne pouvaient, en raison de la saison, travailler aux foriifications, y firent 1 exercice depuis le mois de novembre jusqu'en janvier 1796. Rcdevcnae alors un magasin, elle fut momentanément rendue au culte, en l'an IX , et mise à la disposition du général Gravina pour que l'armée espagnole pût y entendre le service divin que célébraient quelques prôtres insermentés. Après le départ de l'armée espagnole, le maire, M. Pouliquen, voulut profiter de cette circonstance pour faire rendre définitive la destination provisoire de l'église; mais un ordre du Préfet du Finistère prescrivit de la rendre à l'autorité militaire qui, deux ans plus tard, essaya de faire convertir en propriété la jouissance qui lui avait été accordée jusques là. Le Conseil municipal répondit à cette prétention par un arrêté où il représentait qu'en raison delà division projetée du côté de Brest en deux paroisses, l'église des Carmes serait inévitablement la succursale de celle de Saint-Louis , ce qui eut lieu en eflbl presque aussitôt (I). C'était quelque chose , mais pas assez, que cette érection de l'église des Carmes en succursale ; les besoins spirituels d'une
(1) Le Conseil qui avail (lt''jà formula' celte demaude, le 2fi mars 1792, l'avait renouvelée le 15 llicrinidor an XÏI.
grande partie de la population commandaient qu^clle dcvfnt elle-même paroissiale. Aussi , quand , au mois de juin 1804 , les conseils municipaux furent invités à donner leur avis sur les circonscriptions des succursales , celui de Brest émit-il le vœu que la succursale de Saint-Louis fut érigée en paroisse.
Plus de cinquante ans devaient s*écouler avant que satisfaction fût donnée à ce vœu. Un décret impérial du 31 décembre 1856 a créé la succursale demandée en 1801 et lui a assigné une circonscription. La conversion en paroisse ne s'est pas fait attendre. Une ordonnance rendue , le 4 février 1857, par Mk' Sergent, évoque de Quimper et de Léon, l'a démembrée de l'église archi-presbytérale de Saint-Louis pour on faire, dans les limites tracées par le décret du 31 décembre, une église paroissiale sous l'invocation de la Bienheureuse- Vierge-Marie-des-Carmcs ou de Nolre-Damc-du-Mont-Carmcl. La nouvelle paroisse, qui peut contenir 10,000 âmes, est formée des rues , places et quartiers qui suivent : quai Tourville ; Grande-Rue , du quai à rEscalier-Neuf ; rue des Malchaussés ; côté droit de la rue de Traverse ; rues de Siam , de Saint-Yves , du Château et de Voltaire , à partir de la rue de Traverse ; cours Dajot et Porstrein à partir de la môme rue prolongée sur une ligne droite ; rue et place de la Halle ; rues du Couédic, de Neptune, d'Alger, du Petit-Moulin et impasse, de Charonnière et Duguay-Trouin ; rue et place Ornou ; rue Jean-Jacquos-Rousseau et impasse ; rue TIautedes-Sept-Saints, place , escalier et tout le quartier des Sept-Saints ; chantier Hollard ; quartier du Château ; Sémaphore , cale de la Rose , quai de la Mâture jusqu'au quai Tourville.
Dès que la nouvelle paroisse a été constituée , un cri unanime s*est élevé : elle n'a pas d'église ! Suflisantc aux besoins de l'époque où elle fut construite, celle qui existe aujounl'hui est loin , en effet , de répondre aux légitimes exigences qui dérivent de sa destination et de ses attributions. Le dimanche, beaucoup de fidèles sont réduits à entendre plusieurs des
messes à l'extérieur de Téglise. 11 en est de même pour les convois funèbres. Le plus souvent , un certain nombre de ceux qui en font partie ne peuvent pénétrer à riotérieur. Il est urgent de faire cesser iin étal de choses si regrettable.
L'église actuelle n*est point celle qui existait en 1534 sousTiovocation de Saint- Yves. Celle-ci n'avait qu'un bas-côté, séparé de la nef par deux colonnes ou piliers ronds, isolés, et uo troisième engagé dans le mur de l'abside. On ne connaît ni Torigioe ni la date de sa fondation, mais elle était vraîsemblablemeot contemporaine, ou à peu près, de l hôpital Saint-Yves auquel elle était annexée. F.lle devait être assez ancienne lorsqu'elle fut reconstruite en 1718 par M. Hobelin qui, dans sa lettre du 8 août de cette année^ dit qu'elle était alors c si caduque qu elle tombait par lambeaux. » Il parait que de l'ancien édiGce oone conserva que le clocher. I-a vétusté, le style architectonique et la pierre de ce clocher, diiïérents-de celle de l'église moderne, nous semblent conQrmer ces conjectures. Gomme aucun document ne nous apprend que l'État et la ville aient participé aux frais de sa reconstruction, nous en inférons que les aumônes des fulèles aidèrent seules les PP. Carmes à la réédifier.
L'église actuelle a éprouvé peu de changements, quant à sa disposition intérieure, depuis ni 8. Avant la révolution, on y voyait deux chapelles ou autels, placés, celui de gauche, sous l'invocation de Nolre-Dame-de-Grûces, patronne de la confrérie de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, desservie dans celte église; celui de droite, dédié à Saint-Crépin. Le premier est toujours dédié à Notre-Dame ; mais le second a pour patron Saint-Joseph. A droite, et vers le milieu de la nef, on voit une pierre tombale portant pour toute inscription le mot : Lars, On suppose qu'elle couvre la sépulture de M. Lirs de Poulrinou, maire de Brest de < 694 à H 18. Dans la travée de droite est une statue qui doit provenir de l'église primitive ou
de rhôpital SuinUTves. Elle est en pierre de Kersanton et représente uo personnage assis dans un fauteuil, coififé d'un bonnet de docteur, vêtu d*une longue robe à capuchon et à manches, serrée à la taille, et ayant sur les genoux une bourse dont il tient les cordons. Supportée par un cube de Kersanton, reposant lui-même sur une espèce de cul-delampe ornementé, cette statue est de ^53f, comme le prouve l'inscription suivante , gravée en creux sur le devant de ce cul-de-lampe :
P. Qvilbignon
mil. : V<^c XXXIIII
fist : faire : limage.
(P. Quilbignon mil cinq cent trente- quatre fist faire rimagc.)
Le personnage que représente celte statue est évidemment SaintrYves et non la Vierge , comme Ta cru M. de Fréminïille qui dit {AntiquiU^s du Finistère ^ i^ partie, p. ^91) : c que celte statue représente la Vierge tenant Tenfant Jésus sur ses genoux. » Que l'absence de la tète de la statue en 4832 — elle avait été ainsi mutilée, probablement en ^93 — pMcontribucr à induire M. de Fréminville en erreur, cela se conçoit ; mais il a fallu une bien étrange préoccupation pour que d'une bourse il ait fait un enfant. La bourse était Tuttribat le plus ordinaire de Saint-Yves, que sa charité avait fait choisir pour patron d'un grand nombre d'hôpitaux, et si Ton veut bien se rappeler que la chapelle et l'hôpital de Brest lui étaient dédiés, il n'est guère permis de douter que la statue le représentait. Aussi a-t-on bien fait quand une tête en tuffeau y a été rajustée, il y a quelques années, par M. Lapierre, sculpteur à Brest, de la décorer d'un bonnet de docteur.
Pour plus de détails , on peut consulter la consciencieuse notice que notre confrère et ami, M. Ed. Flcury, bibliothc- I 2i
eaire-arcbivîste de la ville de Brest, a publiée sur le Couwd et l'église des Carmes^ dans le 1. 1*' du BvMetin de la Soàèlè Académiqtie de Brest (i).
^ 19. — LA HADELEDŒ ou BBFDGE ROTIL
(Voir p. i89.)
Un mémoire de noi , attribué à ringenîear Traverse, fiic ù Tannée ^1667 rétablissement, dans la crique dePontanioD, d'une maison destinée à loger les filles repenties* et commenémcnt appelée les FeuUlantines^ ainsi que la rue adjacente. Cette maison devait être de fondation privée, car elle ne figure pas au nombre des édifices appartenant au Roi, et mentioDDis
(\) Nous ajouterons les noms suivants à la liste qu*a^ M. Fleury, des Prieurs, Sous-Prieurs et Procureurs du cou^eoldtf Carmes , des recherches postérieures à la publication de son tnnil nous ayant fail découvrir ces indications éparses dans divers docn. raenls : 1659, Louis de Saint-Joseph , prieur ; Isidore de la Résurrection, sous-prieur. — 1673, Laurent de la Visitation , prieur; Marion de Saint-Apoliuaire, sous-prieur. — 1699 (novembre), Etuèbe de Jésus, prieur ; Hyacinthe de l^Assomption, sous-prieur. — i7Û0« 1702, Melaine de Saint-Hilarion, prieur; Aubin de la Très-Sainte- Trinilé, sous-prieur. — 1703, Casimir de Saint-flilarlon, prieur; Vincent Ferrier de Saint-François, sous-prieur. — 1711, Mclaine de Saint-Hilarion , prieur. — 1721-1723, Théodose de la Circoncision, prieur; Macaire de Saint-Luc, procureur. — 1726, Eustache de Julien, prieur. — 1735-1737, Salomon de Saint-Joseph, prieur; Théotimc de la Croix, procureur. — 1742, Salomou de Saiot- Joseph, prieur ; Séraphin de Sainte-Thérèse , procureur. — 1716, Salomon de Saint-Joseph, prieur ; Robert de Saint-Guillaume, procureur.— 1764-1760, Pacifique de Saint-Jean-Raptiste , prieur; Maurice de Saint-Vaientin, sous-prieur ; Robert de Saint-Guillaume, définitcur et procureur. — 1767, Elisée de Saint-Paul , procureur. — 1770-1772, Jean-Louis de la Croix, prieur; Robert de Saint- Guillaume, procureur.
dans le mémoire envoyé le 21 mars 4G7G , pcr M. de Seuil , à l'ai^poi du plan du porl de Brest qu*i1 fltdrcsser à cette époque. Ce nom de fet/i//an/ine^ s'appliquait , non aux pénitentes, mais aux religieuses chargées de les surveiller. Ces religieuses étaient-elles des Feuillantines proprement dites^ c'est-à-dire, des sœurs du Tiers-ordre de Saint-Augustin , ou des dames bospitaliëres de Saint-Thomas-de-Yilleneuve qui, assujétics i la môme règle qu'elles, prenaient indifféremment Tun ou l'autre de ces noms? Nous inclinons à croire que ce Turent les dames de Saint-Thomas qui prirent la direction de la Madefeîne, à son origine. Ces religieuses, dont la ville de Lamballo avait été le berceau en ^661 , avaient formé, moins de vingt ans après , quatorze établissements , et il ne nous répugne anilement d'admettre qu'elles durent en fonder un à Brest, en 1667^ époque où cette ville ne renfermait qu'une population nomade, amenant ou laissant après elle des femmes pour qui un asile devenait nécessaire. Si Tasile de Pontaniou prit lo Dom de Madeleine , ce fut à l'imitation de celui que M. René Levéque, prêtre missionnaire do Nantes, ouvrit dans cette ville, vers la même époque, près du Port-Communeau, sous l'invocation de sainte Madeleine, et qui, en 1G72, fut érigé en maison de retraite pour les Qlles pénitentes, sous la direction de Madame Bienvenue, première supérieure.
Seignelay ayant décidé en 468{ qu'une maison de la crique de Pontaniou servirait tout à la fois de manufacture des toiles à voiles et de maison de correction des filles et femmes débauchées qu'on y emploierait à la confection et au lavage de ces toiles ainsi qu'à celui du linge des hôpitaux , diverses personnes avaient successivement été chargées de surveiller et de diriger ces recluses lorsqu'en \ G92, sur la demande de rÉvéque de l^*on , le ministre Pontchartrain arrôla que cette maison serait régie par les dames hospitalières de Saint-Thomas-de- Villeneuve, avec lesquelles M. l'intendant Dcsclouzcaux traiia le 6 juin de cette année.
Le pénitencier se trouva ainsi composé de deux parties distinctes et séparées que l'on désigna néanmoins par on seal et mémo nom, tantôt par celui de Madeleine^ tantôt par celui de Refuge royal. Ce dernier prévalut dans le langage officiel, le Uoi ayant, depuis i 692, pris la Madeleine sous saprotedkm parce que cette maison servait d*asilo à des filles , femmes ou veuves d'employés de TÉtat qui, pendant Tabsence ou à b mort de leurs pères ou de leurs maris, y trouvaient tout à la fois des moyens de subsistance économiques et un préservatif assuré contre Tabus qu'elles auraient été tentées de faire de leor liberté. Là ne s*arrêta pas l'extension donnée à la iladeleine primitive. En 4723, les dames hospitalières demandèrent àlacommanautc de Brest, qui la leur accorda, la permission d'annexeri leur établissement une maison de retraite pour les hommes et pour les femmes dans la maison de Larc'hantel appartenant à rÉvéque de Léon, qui leur en avait, à cette fin^ concédé b jouissance tant qu'il vivrait.
Si les dames hospitalières n'usèrent pas de leur droit de recevoir des hommes dans leur maison, du moins exercèrentelles amplement celui d'admettre des femmes. Elles rétendirent môme à ladmission des femmes enceintes, de leurs enfants et des filles renfermées à la sollicitation de leori parents, ou sur les attestations des deux Recteurs de la ville. Les filles d*o(licicrs y étaient en outre élevées comme dans on couvent. Ces déviations au traité de -1692 mécontentaient Maurepas que la nécessité de faire des économies avait obligé, en n27, à réduire ù 20 le nombre des filles débauchées qui, auparavant , était de 40 et môme plus. Il ne voyait -pas sans déplaisir, du reste , que le môme local servît de magasin de chanvres et de maison de correction. Aussi, voulant tout à la fuis faire cesser une dépense onéreuse pour la marine et prévenir les dangers du séjour, dans le port, de femmes qui, disait-on, avaient plusieurs fois tenté de recouvrer la liberté à la faveur de l'incendie, il désirait se débarrasser de ce pcr-^
sonoel iaquiétant et le mettre à la charge de la ville. Il écrivit du» ce but, le 27 mai 4731, à la communauté qui, par sa délibération du 4 G juin suivant, éluda cette ouverture.
Ce que Maurepas voulait par dessus tout, c'est que la manu*
bcturedes toiles fût exclusivement affectée a cette destination»
Inflexible sur ce point , il ne refusait pas de contribuer à la
dépense du Refuge. Les dames hospitalières à qui la prospérité
croissante de leur maison offrait les moyens de construire un
nouvel établissement, achetèrent dans ce but (7 juin ^732 et
22 décembre 4733) de M. de Hoquefeuil , ainsi que de plu- '
sieors autres personnes, des maisons et terrains situés là ou
sont aujourd'hui les ateliers et magasins de la direction des
travaux hydrauliques. La construction , effectuée d'après un
plan dressé en 4734, ne commença toutefois qu'en 4733, et le
4" février de cette année^ les dames de Saint-Thomas conclu*
rent avec le Ministre un traité portant en substance :
« La maison qui sera établie pour renfermer les femmes et filles débauchées et loger les filles de la société de Saint-Thomas , sera et demeurera sous la protection de Sa Majesté, ainsi qu'elle Ta été d-devant , et restera sous Tautorilé du Secrétaire d'Ëtat ayant le déparlement de la marine et Tinspection de ITntendanl de la marine k Brest qui aura seul le pouvoir de faire enfermer les femmes et filles dans la dite maison , d'en expédier les ordres et les taire exécuter sans qu'aucun officier d'épée , de justice , police de la ville et des juridictions ordinaires , soit en droit de Ty troubler en quelque sorte que ce soit. — Le Roi accordera une somme de 6,000 livres , une fois payée, pour aider à Tachât des terrains et k la construction. Les dames de Saint-Thomas conserveront , k charge d'inventaire et de représentation, les meubles, les vases sacrés et les ornements de la chapelle. — Un des chirurgiens du port aura soin des pénitentes malades, et deux barriques de vin rouge seront délivrées pour qu'il leur en soit donné quand leur traitement l'exigera. — Elles seront chargées , k des prix fixés par l'Intendant, de la coulure et du blanchissage des draps, matelas, paillasses et auUres objets en usage sur les vaisseaux et k l'hôpital. — Les dames^
hospilalièrcs scroul chargées de la Douniture et de rbabitlcoent des péuitoutes. — Le Roi paiera 6 sols par jour pour la uoorrilon de chacune d'elles et de deux servantes , et 400 livret |Nmr le trailcmeul de raumônicr. — Un Commissaire, assisté d'un écriTain, tiendra un rôle des pénitentes et en passera la revue mensoelle. L'Intendant les inspectera deux fois par au, slnformeradeleor conduite, et congédiera celles qui auront été assez loog-teops détenues ou qui auront subi une correction suffisante. »
Bien que Maurcpas eût formellcmcot déclaré qu*il ne donnerait aux dames hospitalières qu*une subvention de 6,000 livres, il se laissa aller néanmoins à leur faire délivrerai diverses reprises , des magasins du port , environ 3,000 pieds cubes de bois, dit de rebut, 38 poutres de sapin et deux mille livres de vieux fers. Le nouvel établissement , qui ne fut terminé qu*cn décembre n36, fut disposé de manière à ser\ir de maison de correction , de retraite et dVducation , voire même de dispensaire , car on y traitait les recluses atteintes de maladies syphilitiques, et un supplément de solde élail accordé pour elles.
L'établissement avait été construit de façon à satisfaire à sa destination multiple. Il consistait en un grand corps de b&timonts à deux étages, avec mansardes et greniers, donnant au levant sur la rue du Carpon. Au midi de ce corps de b&timeots étaient une chapelle et un cimetière affecté à la sépulture des directrices de la maison et des filles pénitentes. Un second corps-dc-Iogis aboutissant transversalement au précédent, et ayant deux cours latérales , où se trouvaient des fontaines et des lavoirs , était distribué de la môme manière. Au midi de l'une de ces cours avaient été disposés cinq petits jardins en terrasses, et clos de murs, dans le dernier desquels était pratiquée une porte ouvrant sur la rue de Bel-Air ou de David. Une maison à four et un jardin derrière complétaient rétablissement.
Le Refuge , en raison de Timporlance et de la variété des services qu'il rendait, semblait assuré d'ûlrc maintenu ù tout
jainais, lorsqu'il fut entièrement consumé, le 40 février tnT^ Cétait le dimanche gras. Les édifices dont il se composait n'étaient séparés du port que par une petite maison [dont rembrasemeat, si l'on n'avait réussi à le prévenir, se serait communiqué à des barraques voisines couvertes de toile gpu* dronnée. Bien que le feu se fût déclaré dans la soirée, les secours de la rade se Joignirent très promptement à ceux du port, et furent si bien dirigés que, malgré le peu de laideur de la rue , le feu ne s'étendit pas aux édifices voisins des barraques. Le vent était heureusement faible, et de la partie do rE.-S.-E. Il portait les flammes du côté opposé au port qui» sans cela , eût été fort difficilement garanti. A onze heures du soir, on était maître du feu» Plusieurs travailleurs furent blessés , et il périt sept ou huit femmes. La correspondance administrative se borne à dire que le feu avait pris dans la chambre d'une pensionnaire ; mais le bruit courut dans le temps qu'il avait été mis par une détenue, nommée la belle Tamisier, bru du tambour de ville, que sa famille avait obtenu d'y faire renfermer à cause de sa vie débauchée. Elle avait voulu, dit-on, faire ainsi son carnaval.
Après cet incendie , il fut question d'acheter la ferme de la Grivardière, à Poulic-an-TouI, pour y établir le nouveau Refuge que le Roi aurait b&ti à ses frais. Mais l'achat du terrain et la construction auraient entraîné une trop forte dépense , ce qui détermina Tlntendant , M. Redon de Beaupréau , à demander qu'on fit l'acquisition près de la Cayenne , d'un terrain oùserait construit un établissement analogue à celui qui avait été incendié. Un nouveau contrat intervint, le 45 octobre 4787 , entre le Roi et les dames hospitalières. Cet acte, dressé par le notaire Le Lay, portait que les dames hospitalières abandonnaient au Roi les terrains de l'ancien Refuge^ et que le Roi, de son côté , leur cédait en échange divers édifices et terrains que l'État avait acquis ou devait acquérir des héritiers do H. Le Gac de l'Armorique. Au moyen de cet échange et d'ua
subside de 200,000 livres, les dames de Saint-Thomas annient fait construire un établissement capable de contenir trente religieuses, un aumônier, quatre senantes, quatre-vingU pensionnaires libres et soixante pénitentes. Elles s'obligèrenl à réserver constamment douze places de pensionnaires libra, six pour des veuves, sœurs ou orphelines d^officiers militairei ou d'administration^ et six pour des filles ou veuves de maltrei de toute classe , qui auraient payé , les premières ^SOIinei de pension , les autres -100 livres, sans qu'il y eût eaoéanmoins aucune diiïérencc entre leur traitement et eeloi des pensionnaires libres qui auraient payé un prix double. EoBn vingt-quatre filles de maîtres ou ouvriers auraient reçu riosr truction gratuite dans rétablissement. Le contrat de Mîit reproduisait toutes les conditions de celui du ^1^ février 4733f dont il ne différait qu'en ce que le prix de la nourriture des pénitentes était porté à 9 sous ; que quatre barriques de vis rouge étaient accordées au lieu de deux , pour les malades ; qu'enfin Tlntendant, dont les attributions étaient d'aillenn maintenues en entier, ferait quatre inspections annuelles. Des plans et devis furent faits par M. Trouille, et des marchés passés par les dames de Saint-Thomas ; mais ils n'avaient reçu aucune exécution lorsque le Refuge fut supprime, au mois de septembre -1792, par application do la loi sur les maisons religieuses. La maison qui en tenait lieu , et que la marine avait louée, pour neuf années, au prix de ^,840 livres par an, était alors dirigée par onze religieuses qui recevaient annuel* Icmcnt de TÉlat 2,4 3G livres et avaient un revenu foncier de 441 livres. Sept de ces religieuses, deux dames et cinq sœurs converses furent incarcérées au château de Brest au mois de A9 ventôse, an 11, en vertu de la loi du 9 nivôse précédent prescrivant l'arrestation des ci-devant religieuses qui n'avaient pas prôté le serment exigé par cette loi. Les deux sœurs étaient: M"*^ Louise -Bernardine Denizit, supérieure, ftgée de 68 ans, cl Maric-Thérùsc Duc»np (34 ans). Les sœurs converses
00 nommaient : Anne Robin (61 ans) ; Marie Ncnan*(6l ans) ; Btfbe Pouliquen (47 ans) ; Hélène Le Normand (74 ans) , et Janne Mauguairon (70 ans). Elles étaient encore détenues au ide frimaire, an III (novembre n94). Il leur fut alloué r leor nourrifore et leur entretien, comme aux autres reli* et aux prêtres détenus au château, une somme de 40 tels par Jour, à prendre sur leurs biens, ou si elles n'en raient pas, sur ceux des détenus provenant de séquestre ou de eonflscation , ou enfln sur les propriétés de ceux qui les •nieot conservées. Elles adressèrent alors aux représentants flo mission à Brest une pétition qu'appuyèrent les commis- Mires des 6* et V sections de la ville (Lcpelletier et Marat), h^els attestèrent qu'à aucune époque elles n'avaient suscité ds plaintes, qu'elles étaient de bonnes mœurs, d'une conduite ^^eoiplalre, entièrement dévouées à tout ce qui pouvait inté^ '^Bvser l'ordre public, et qu'elles avaient ohéi aux lois et décrets '^Oidos depuis la révolution. Mises en liberté , elles réclamè- '^Ot, mais sans succès, le 22 frimaire, an III, le prix du terrain «^ raoden Refuge j devenu propriété nationale.