S 30. — ATELIERS DU PLATEAU DES CAPUCDIS
(Voir p. 216.)
Ces ateliers , ainsi nommés à cause de leur situation sur l'emplacement qu'occupaient, avant la révolution, le couvent et les jardins des Capucins {t. Y\ p. 339 et 340), sont ceux dans lesquels s'exécutent tous les travaux relatifs à machines. La partie construite de 4841 à 4845 n*ayant pas tardé à être reconnue insuCQsaDte, ils ont été plus que doublés par les travaux d'agrandissement exécutés de 4858 à 4 864. Ces travaux, terminés au mois d'octobre 4864, ont fait de ces ateliers un établissement magnifique presque unique dans son genre et digne y de tout point , du grand arsenal maritime qu'il est desUné à compléter.
Le sol du plateau est élevé de 25 mètres au-dessus des quais. Cette situation n'est pas sans inconvénients , mais on
a été forcé de Tadopter à Torigine par Timpossibilité de trouver ailleurs , et sur les terre-pleins des quais , un espace suffisant , surtout en se ménageant des ressources pour un accroissement qu'on jugeait indispensable dans l'avenir et qui, en effet, s*est réalisé. Pour excaver jusqu'au niveau des quais, il eut fallu des dépenses et surtout des déblais auxquels on ne pouvait se résigner. On a dû, alors , de toute nécessité, s'établir sur les hauteurs , et Ton a fait choix du plateau des Capucins qui présentait des avantages en raison de sa proximité des grandes forges et de la plupart des autres ateliers des constructions navales. On a dérasé le sol du plateau de manière à rétablir au niveau moyen de 25 mètres au - dessus des quais , et l'on a atténué , autant que possible , les inconvénients de cette élévation : V en reliant le terre-plein supérieur au sol inférieur par une rampe praticable aux chevaux et aux voitures ; 2^ en établissant, sur des môles en maçonnerie à parois verticales , des grues reliées aux ateliers par un chemin de fer, de sorte que les objets les plus lourds et les plus encombrants sont élevés à la hauteur de 25 mètres , déposés dans des wagons et transportés jusqu'au cœur des ateliers , avec autant de facilité , de rapidité, et sans plus de frais que si ces ateliers étaient au niveau des quais. L'établissement des moyens d'accès tels que rampe , murs de soutènement , escaliers, môles, grues, etc., n'a pas coûté moins de 2,000,000, dépense considérable, sans doute, mais bien inférieure cependant à celle qu'eût entraînée le dérasement radical du plateau au niveau des quais, déraseroent évalué à quatre millions environ. Au surplus, aujourd'hui que les moyens d'accès ont été établis , il y a intérêt à tirer des ateliers le meilleur parti possible , c'est-à-dire à en augmenter l'importance, en dérasant au même niveau les autres terrains que possède la marine sur les hauteurs avoisinantes de Bordenave et du Carpon, et en y cn»anl des établissements.
Le» ateliers , dans leur état actuel , forment un ensemble complet dont nous allons donner une description sommaire.-
ASPECT GÉHÉRAL. — Les établissements du plateau des Capucins se composent de trois grandes halles parallèles , larges de 46 mètres, longues de 450^ dirigées du S.-O. au N.-O., et séparées les unes des autres par des bâtiments plus bas nommés annexes , dans lesquels sont ménagées des cours , et sur lesquels elles font saillie conmie la grande nef d'une église sur ses bas-côtés. Ces halles sont connues sous les noms de halles de fonderie , d'ajustage et de montage. Ces dénominations^ ainsi que nous le verrons tout-à-rbeure, correspondent à des divisions réelles dans le travail des ateliers. A l'est de la halle de montage , les bÀtîments annexes présentent un grand développement et sont occupés par la grosse chaudronnerie. L'ensemble des bâtiments comprend , avec les cours intérieures , une superficie de 2 hectares 54 ares.
CARAeTÉRES PRUfCIPAUX DE LA CONSTRUCTION. — Ce quf frappe tout d'abord le visiteur, c'est : d'une part , un grand luxe de solidité résultant de la grande épaisseur des murs et de l'abondance de la pierre de taille ; d'autre part , la symétrie parfaite des formes et des dimensions. C'est à ces deux caractères que les ateliers doivent cet aspect grandiose et monumental qui les distingue et les rend si remarquables entre tous les édifices de ce genre ; c'est par là aussi qu'ils ont pu prêtera quelques critiques portant sdr le surcroît de dépenses qu'ils ont occasionné. Ces critiques sont mieux fondées en apparence qu'en réalité. En effet, les constructions en maçonnerie sont de beaucoup les plus économiques à Brest , où Ton trouve en si grande abondance , et dans le port même , les moellons nécessaires , et si les épaisseurs de murs sont quelquefois plus fortes qu'il n'était rigoureusement indispensable , il y a là précisément un avantage des plus précieux qu'il importe de signaler ; c'est que cet excès
<fe solidité^ en permettant de prendre des points d'appui aussi résistants qu'on le désire, offre, par cela même , la possibilité de disposer partout, et comme on veut, des béttiments, et de changer à volonté la destination des locaux et la disposl* tion des machines , outils , etc. Cette faculté est particulièrement précieuse pour des ateliers dans l'outillage desquels les progrès incessants de l'industrie obligent à faire, à chaque instant, de profondes modlQcalions. Quant aux pierres de taille, les économies qu'on aurait pu faire en en restreignant l'emploi , aux dépens de la durée et du bon goût de la cens* traction , eussent été fort peu importantes et même insigui* fiantes relativement au prix total des édifices.
Les charpentes de toiture sont en bois du nord, avec tirants en fer et couverture en ardoises. Les annexes de la fonderie font exception ; elles sont couvertes en fer et tôle , de crainte d'incendie. Enfin , la fonte a aussi été employée & faire tes colonnes qui soutiennent les charpentes de plan*' cher et de toiture quand les mors sont trop espacés.
Les ateliers se subdivisent en trois parties distinctes : Valdier de la grosse chaudronnerie; Vatdier des machir nés proprement dit , et l'atelier de la fonderie. Nous allons dire quelques mots de chacun d'eux en particulier.
ATELIER DE U GROSSE CHÂUDROEHERIE. ~ On s'y occupe de la réparation , et au besoin de la construction des chaur dières des b&timents à vapeur. A ce propos, nous ferons, une fols pour toutes , une observation qui s'appliquerait également aux autres ateliers. La marine demande généralement à l'Industrie les chaudières et les machines dont elle a besoin, et qu'il ne lui reste plus ensuite qu'à entretenir. Cependant, il est important que ses ateliers soient en état de faire, au besoin, des constructions, d'abord pour qu'elle puisse, dans un cas urgent, se rendre indépendante de l'industrie, ensuite et surtout afin qu'il y ait toujours, sur les chantiers, une construction en train pour compenser les irrégularités des travaux
d'entretien et occuper les ouvriers quand ces travaux vien* nent à chômer.
La grosse chaudronnerie occupe les bâtiments annexes situés à l'est de la halle de montage. L'ateher proprement dît est un bâtiment rectangulaire ayant 97 mètres de longueur sur 47 mètres de largeur. Des colonnes en fonte , espacées de 40 mètres, soutiennent la toiture. Par un de ses grands côtés , le bâtiment est adossé à la halle de montage ; l'autre forme façade sur une esplanade où se trouvent des dépôts de charbons. Cette façade est percée de neuf ouvertures cintrées j munies de portes. Dans l'emménagement actuel^ trois seulement de ces portes s'ouvrent habituellement et donnent passage à autant de voies ferrées qui communiquent avec le réseau extérieur et pénètrent de 30 mètres dans l'atelier. Le long de ces voies sont disposés les chantiers qui doivent porter les chaudières en construction ou en réparation. L'atelier peut contenir ainsi 40 à 50 corps de chaudières de 420 chevaux chacun. Au-delà des 30 mètres , sur une seule ligne parallèle à la façade^ sont rangés ^6 autels de forge, ayant chacun sa cheminée spéciale. Le long de la halle de montage et des deux côtés en retour, sur ^80 mètres de développement , sont disposées les machines outils, à percer, buriner, cintrer, etc., au nombre de 20 environ. Ces machines , ainsi que les souffleries des forges, sont alimentées par deux machines motrices placées dans les angles , de la force de 20 chevaux chacune. Une seule de ces machines suffit , à la rigueur, au service de Talelier qui n'est jamais exposé à chômer. Enfin , un four à réchauffer les tôles , d'un nouveau modèle, complète l'outillage.
Dans les bâtiments voisins se trouvent les dépendances de la chaudronnerie , savoir : un local spécial pour la chaudronnerie de cuivre, contenant quatre autels de forge et quelques machines outils , une salle à tracer les épures des chaudières, une salle de remise, une salle de dessinateurs et
un magasio de matières renfermant principalement des tôles et fers laminés de toutes formes et dimensions. Mentionnons en dernier lieu le dépôt des chaudières neuves et réparées auquel on a affecté une partie du b&liment de la fonderie^ bâtiment reconnu beaucoup trop vaste pour les besoins de l'atelier. A cet effet, on a séparé par un mur les 40 derniers mètres au sud de la fonderie et de ses annexes. L'espace ainsi réservé a été mis en communication avec le réseau de ceinture par quatre voies ferrées qui pénètrent dans le dépôt , et de chaque côté desquelles on dispose les chaudières. On peut placer, dans ce magasin , 40 corps de chaudières. L'espace affecté à la grosse chaudronnerie , en y comprenant tous les magasins et dépendances , est de près d'un hectare. 300 hommes composent aujourd'hui le personnel de cet atelier ; mais on pourrait, an besoin, en porter le nombre à 400 , sans augmenter l'outillage actuel.
ATELIER DES UCHINES proprement dit. — Il occupe les deux halles de Vajustage et du montage^ ainsi que les bâtiments annexes contigus , soit une superficie de 1 hectare 20 ares, en y comprenant les cours intérieures. Ces dénominations d'ajustage et de montage correspondent à deux subdivisions de l'atelier. A leur sortie des forges ou de la fonderie, les pièces de machines, préalablement tracées à la halle de montage, sont envoyées à l'ajustage , où elles sont tournées, rabotées, burinées, etc., en un mot ajustées suivant les besoins. Une fois que tous les organes d'une machine ont été ainsi préparés isolément , il faut , pour les vérifier, faire le montage préalable de la machine avant de l'envoyer sur le navire auquel elle est destinée. Tel est le but de la halle de montage.
Saui db loiTASB. — Elle a 150 mètres de long sur ^16 mètres de large dans œuvre et ^13 mètres de haut jusqu'à la corniche, sans aucun plancher ni division intermédiaire. L'outillage se compose d'un chariot destiné à transporter et à
manœuvrer des pièces souvent très lourdes, telles que nrhre» de couche , cylindres , bielles , volants , etc., qu'il faut présenter les unes aux autres avec la plus grande précision pour procéder au montage d'une machine. Ce chariot , muni de treuils à chaînes Galle , traverse Tatelîer dans sa largeur sur -16 mètres de portée , et peut rouler d'un bout à l'autre sur des rails fixés aux murs latéraux à ^ 4 mètres au-dessu» du sol. Ce chariot , qui a été construit à Brest , pèse 61 tonnes et peut manœuvrer facilement un poids de 40 tonnes.^ Sa translation^ ainsi que l'élévation du poids, se fait au moyen d'une corde sans fin qui va d*un bout à l'autre de la halle et transmet au chariot, en quelque endroit de sa course qu'il se trouve, le mouvement des machines motrices de l'ajustage. Deux autres chariots, du poids de ^2 tonnes chacun , sont mus à bras et transportent des charges de 3 tonnes. Une ligne de rails, traversant l'atelier dans toute sa longueur, le met en communication avec le réseau extérieur, et concourt , avec le chariot , à la facilité des manœuvres. Enfin , l'extrémité sud est occupée par de grandes machines outils à raboter et à tourner qui appartiennent en fait à l'ajustage , mais qui ont été placées dans le montage à cause de leurs grandes dimensions.
Halle d' Ajusta». — L'ajustage occupe la grande halle centrale et les annexes qui s'étendent de part et d'autre. Elle a exactement les mêmes dimensions que la halle de montage, mais deux rangées de colonnes, laissant entre elles une rue centrale de ^0 mètres, la subdivisent dans sa largeur. Ces colonnes , qui montent jusqu'à la toiture , supportent, dans l'intervalle , deux étages de planchers.
Le travail de l'ajustage comporte une grande quantité de machines outils de toute sorte , à tourner, raboter, buriner, tarauder, etc. Ces machines , au nombre de plus de 200 , occupent le rez-de-chaussée et le premier étage de la halle d'ajustage ainsi que les annexes entre cette halle et celle
de montage. Tous ces outils sont disposés de manière à pouvoir être mis en mouvement par une seule machine motrice dont la force se transmet ainsi jusqu'à 200 mètres, au moyen d'un système d'arbres de couche à grande vitesse dont l'ensemble présente un développement de plus de 500 mètres. Les machines outils les plus importantes , destinées à travailler de grosses pièces , par exemple à tourner des arbres d'hélice , ont été groupées le long des colonnes , dans la partie centrale de la halle d'ajustage , au-dessous d'une écoutille pratiquée dans le plancher du premier étage. A la hauteur de ce premier étage, et d'un bout à l'autre de Técoutille, qui a 75 mètres de long sur 40 mètres de large, se meut un chariot roulant , analogue à celui du montage , mais plus petit, qui dessert les machiner du rez-de-chaussée.
Les annexes entre les halles de l'ajustage et de la fonderie sont occupées par les dépendances de ces deux atehers, magasins , salles de remises, atelier des modèles, atelier des boussoles , etc. De chaque côté de l'ajustage se trouvent trois cours ayant une largeur commune de 40 mètres sur -100 de longueur ensemble. Ces cours sont bien nécessaires pour donner de l'air et du jour aux annexes, surtout à l'ajustage qui, divisé en plusieurs étages, ne peut, comme le montage, recevoir son jour de la toiture.
Les cours du côté du montage ont été laissées vides et servent de dépôts , mais celles du côté de la fonderie contiennent les deux chambres des machines motrices et de leurs chaudières. Ces machines sont au nombre de deux, de AS chevaux chacune ; elles sont flxes, à trois cylindres verticaux. Les chambres de chaudières sont de grandes fosses de 5 mètres de profondeur, couvertes par une toiture en fer et verre qui s'élève à peine au-dessus du sol des ateliers. Celte disposition était nécessaire pour ne pas enlever de jour aux bâtiments. Chaque chambre est pourvue de deux citernes dans lesquelles sont recueillies les eaux pluviales jusqu'à
concurrence de 786 mètres cubes pour la chambre du sud et de 576 pour celle du nord. Ces eaux sont filtrées et destinées à r alimentation des chaudières.
Les divers bâtiments dont nous venons de parler sont sillonnés dans tous les sens par des voies ferrées reliées en plusieurs points avec le réseau extérieur, et grâce auxquelles disparaissent les inconvénients qui pourraient résulter du grand développement de ces b&timents , au point de vue de réconomie du travail. Ils occupent actuellement 800 ouvriers, mais Toutillage comporterait facilement un personnel de 'i ,200 hommes.
FONDERIE. — Cet atelier occupe la troisième grande halle et les bâtiments annexes à Touest de celle-ci , sauf les 40 derniers mètres au sud qui^ comme nous l'avons vu, sont affectés à la grosse chaudronnerie. Sa superficie totale est ainsi de 3,600 mètres carrés. L'outillage fixe se compose des fours destinés à fondre le métal et des grues qui doivent porter jusque dans les moules le métal en fusion. Les fours occupent les annexes et sont rangés le long de la grande halle dans laquelle débouchent les trous de coulée , en sorte que les grues placées dans cette halle peuvent venir prendre la fonte dans des poches disposées à cet effet, et aller la verser dans les moules.
Les fours sont au nombre de huit : deux grands Wilkinson pouvant contenir chacun 4,500 kilogrammes de métal, quatre petits pouvant fondre 2,500 kilogrammes, enfin deux grands fours à réverbère , récemment construits. Ces fours, les plus grands peut-être qu'on ait jamais établis , peuvent contenir jusqu'à 40,000 kilogrammes de métal chacun. Récemment encore, il n'y avait, pour tous ces fours, qu'une seule cheminée de 30 mètres de hauteur placée à l'extérieur ; mais on a préféré ^établir une cheminée pour chaque four, à l'exception des deux fours à réverbère qui ont une cheminée commune.
Les souffleries de ces fours sont alimentées par un canal' souterrain qui reçoit le vent d'un ventilateur mu par les machines de Tajustage.
La grande halle contient huit grues de service montées sur pivots. Quatre sont anciennes et peuvent porter de 25 à 30,000 kilo. Les quatre autres viennent d*être installées et peuvent porter 22,000 kilogrammes chacune. L'atelier possède, en outre, deux petites grues ordinaires pour les petites fusions , et enfin un outillage mobile considérable consistant en châssis en fonte pour montage et poches en tôle pour le transport du métal.
L'outillage de la fonderie est encore incomplet, et les bâtiments actuels pourraient contenir un plus grand nombre de fours. Plusieurs sont en projet ; mais dès-à-présrnt, avec le personnel de 430 ouvriers, l'atelier peut fondre des pièces de 20,000 kilogrammes et produire, par mois , 45,000 kilogrammes de fonte. Quand l'outillage sera complété et le personnel augmenté dans des proportions convenables , la production mensuelle pourra, au besoin , s'élever au chiffre de 430,000 kilogrammes.
lOTENS D'ACCÈS ET DE CIRCUUTION. — En même temps qu'on augmentait l'importance des ateliers , on sentait la nécessité de perfectionner les moyens d'accès et de circulation. 11 est essentiel, en effet, de réduire la main-d'œuvre autant qne possible. Déjà le personnel actuel des ateliers est insuffisant pour en utiliser l'outillage , et il faut s'attendre à voir le recrutement des ouvriers devenir de plus en plus difficile et dispendieux , aujourd'hui que l'arrivée du chemin de fer va faire pénétrer à Brest le courant industriel. Il était donc bien nécessaire de ne plus avoir à employer, comme autrefois , des centaines d'hommes pour élever ou traîner des fardeaux. Aussi n'a-t-on rien épargné pour remplacer le travail de l'homme par celui des machines, et c'est dans ce but qu'on a établi les deux môles que nous avons mentionnés
au commeDcement de celle notice. L'un d'eux, dit môle file la grosse chaudronnerie, est surmonlé d'une grue locomobiie à vapeur, à chaîne Galle, pouvant élever un poids de 6 tonneaux. Le môle est voisin des grandes forges , et la grue est principalement destinée à élever au plaleau les pièces de machines qui viennent d'être forgées.
Le second des deux môles, connu sous le nom de môle du viaduc, est à l'aplomb des quais , au nord du plateau, au terre plein duquel il est relié par une arche en plein^intre formant viaduc. Cette arche, de» ao^jOO d'ouverture , exécutée toute en pierres de taille, sur les plans de M. Menu de Mesnil, est d'un grand efTel, et c'est peut-être, dans l'arsenal , l'ouvrage qui frappe le plus les regards du visiteur. Le môle est surmonté de deux grues ; Tune , destinée à élever les fardeaux ordinaires , est une grue à vapeur, à chaîne Galle , montée sur pivot , et analogue à tous les appareils du même genre qu'on voit habituelle* ment ; l'autre , dite grue du viaduc, exécutée sur les plans de M. l'ingénieur Gervaize , sous-directeur des constructions navales , est un appareil des plus remarquables par sa puissance, son poids, la facilité avec laquelle 11 fonctionne, enfin par son aspect vraiment extraordinaire. C'est one grue à vapeur tournant sur un cercle de galets jointifs. Le poids de la partie mobile est d'environ 400 tonneaux. La grue est équilibrée , c'est-à-dire que le poids de la culasse est suffisant pour contrebalancer le poids des fardeaux à soulever. Cette condition était indispensable à remplir. Il importait, en effet , de ne pas exercer sur les maçonneries , au sommet du môle , une action de déversement qui aurait pu bientôt en compromettre la solidité. Cette grue est faite pour élever des poids de 40 tonneaux au plus ; mais, lors des épreuves, elle en a élevé facilement 80. Sa portée est de 40 mètres, de manière à atteindre , et au - delà , le milieu d'un vaisseau mouillé au pied du môle. Elle peut ainsi , et c'est là son but
principal , embarquer dans les navires les chaudières de la grosse chaudronnerie , ou vice versa , élever celles qui ont besoin d'être réparées. Lorsqu'on était obh'gé rie monter les chaudières à bras d'homme , par la rampe , il fallait 6 à 800 hommes pendant toute une journée pour un système de cinq chaudières. Aujourd'hui , avec la grue et le chemin de fer du plateau , 20 hommes et quelques kilogrammes de charbon font la môme opération en deux heures. Accessoirement , la grue peut , avec la même économie de maind'œuvre , servir de machine à mater.
CiUiniS DH FER. — Les chemins de fer du plateau forment la suite et le complément indispensable des appareils éleva-* toires dont nous venons de parler. Aussi , leur a-l-on donné un grand développement. On a entouré les bâtiments d'un réseau de ceinture communiquant avec les deux môles de la chcludronnerie et du viaduc. Ce réseau pénètre par plusieurs points dans les bâtiments où il se développe et forme un système intérieur très complet. Le développement des voies ainsi établies est de 2,000 mètres. Vingt-sept plaques tournantes , — onze de 3",50 de diamètre et seize de 2",80, — servent aux changements de direction. Le rail employé est le rail Bruncl {Bridge rail), posé sur longuerines, et partout en passage à niveau^ c'est-à-dire sans faire saillie sur le sol , pour ne pas gêner la circulation des voitures ordinaires. A cet effet , le rail est accompagné d'un contre-rail formé par un fer à T. Ces chemins de fer sont d'ailleurs destinés à recevoir de nouveaux développements. On doit relier le réseau de ceinture avec le bois de Bordenave, et à mesure que l'on créera des établissements dans les terrains du Carpon , nul doute qu'on ne les relie immédiatement par des voies spéciales au réseau du plateau des Capucins.
FORCES DE BORDEMAYE. — On a déjà commencé à utiliser les terrains acquis nouvellement par la marine sur les bau* teurs voisines du plateau des Capucins , en y établissant une
forge de 40 feux , destinée à desservir les ateliers des machines, en sorte que ceui-ci n'auront plus à demander aux grandes forges que les très grosses pièces. Cette forge est construite principalement en fonte et briques» avec charpente de toiture en fer et couverture en tôle ondulée. Elle a 45 mètres de largeur et 90 mètres de longueur. Deux pignons en maçonneries ordinaires dé* moellons et de pierres de taille forment les deux extrémités. L'installation de cette forge sera terminée dans le courant de ^1865.
DÉPEHSE. — L'ensemble de ces établissements représente une dépense d'environ dix millions qui peut se décomposer ainsi qu'il suit :
Rampe, murs de soutènement, escaliers,
môles avec leurs grues 2,000,000 'r*