Principes de philosophie soologique, p
confidente de la Providence, et qui énerve la science sans aucun profit pour la philosophie et la religion. La vérité est dans une doctrine toute contraire. Les organes sont tels parce que, à cause des circonstances dans lesquelles l’animal vit, ces organes ne peuvent être autrement. Geoffroy admettait la puissance modificatrice des milieux, et il soutenait la mutabilité des espèces, contre l’opinion de Cuvier, partisan de leur immutabilité.
Dans cette grande controverse, engagée en 1830, reprise l’année suivante, et terminée seulement par la mort de l’un des deux antagonistes, Geoffroy parut plus d’une fois vaincu par le génie vigoureux et l’admirable talent d’exposition de Cuvier ; mais en définitive il ne céda pas, et resta jusqu’à la fin de sa vie fidèle à ses idées1.
Blainville.
Ducrotay de Blainville (né à Arques, près de Dieppe, en 1777, mort à Paris le 1er mai 1850) fut élevé à l’école militaire de Beaumont en Auge, fondée pour la noblesse de Normandie et de Bretagne, et dirigée par des moines bénédictins. Cet établissement ayant été détruit pendant
1. La fameuse controverse entre Geoffroy-Saint-Hilaire et Cuvier s’est reproduite à toutes les époques, seulement sous d’autres formes ; dans l’antiquité, elle eut lieu entre Platon et Aristote, et au moyen âge, entre les nominalistes et les réalistes. Cela devait être ; car elle tient à la nature même de l’homme, à la fois analytique et synthétique. Les uns s’élèvent lentement des faits aux principes; les autres, au contraire, descendent des principes qu'ils conçoivent aux faits qu’ils cherchent à faire cadrer avec leurs idées préconçues. Tel est le thème que nous avons nous-mème développé, dès 1836, dans V Hermès (journal scientifique fondé et dirigé par Félix Dujardin). Un article intitulé: Un mol sur les théories scientifiques, provoqua une réponse de Geoffroy-Saint-Hilaire, à laquelle nous nous empressâmes de répliquer. M. Achille Comte a reproduit ces articles, comme des documents à consulter, dans son Traité complet- d' Histoire naturelle, t. III, p. 97-113.
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la Révolution, il entra à l’école de dessin de Rouen, dirigée par J. B. Descamps; mais il n’y resta pas longtemps, et vint en .1796 à Pans pour se livrer à la peinture dans l’atelier de Vincent. Dans ses moments de loisir il fréquenta des cours de physique et d’histoire na.turelle, et devint bientôt un des auditeurs les plus assidus de G. Cuvier, dont l’enseignement avait déjà acquis un grand retentissement. D après les conseils de Duméril, à cette époque suppléant de Lacépède au Muséum, il prit ses inscriptions à l’école de médecine, se livra paiticulièrement à l’étude de l’anatomie et lut reçu docteur le 30 août 1808. Les années suivantes, Blainville se mit à étudier les reptiles, de concert avec Oppel. Ce fut à ce moment qu’il attira l’attention de Cuvier. Celui-ci lui offrit de concourir à son Anatomie comparée , ouvrage auquel coopérait déjà Duvernoy. Ayant ainsi ses entrées dans le laboratoire de Cuvier, Blainville lut bientôt mis en évidence, et choisi par le maître comme son suppléant au Collège de France. En 1812, il obtint, par voie de concours, la chaire d’anatomie et de zoologie, vacante à la Sorbonne. C’est, à cette occasion qu’il composa une dissertation sur Vornilhorhinque, l’un des plus singuliers types du règne animal.
« Cependant, raconte ici un juge compétent, diverses causes et certains froissements d’amour-propre amenèrent bientôt une véritable rupture entre le maître et le jeune émule. Nous ne saurions en dire les vrais motifs; mais comme M. de Blainville se montra souvent d’un caractère difficile, on ne fut pas généralement très-étonné de la mésintelligence qui éclata entre lui et l'illustre Cuvier. Il est certain, au reste, que cette inimitié, qui a servi peut-être à stimuler l’ardeur de M. de Blainville pour le travail, futpousséc loin. Cuvier, dans ses Rapports annuels et dans plusieurs de ses ouvrages, où il mentionnait des productions scientifiques souvent insigniliantes, évitait, dans la plupart des cas, de citer les écrits de M. de Blain-
ville ; et plus tard on a pu lire dans V Histoire des sciences de ce dernier , rédigée d’après ses leçons par l’abbé Maupied, que les travaux de Cuvier pouvaient à peu près être comptés pour rien. Tristes représailles, qui n’ont jamais d'autres résultats que de tomber sur leurs auteurs*. »
Il est certain que, quels que fussent les torts de Cuvier envers Blainville, rien ne devait autoriser celui-ci à déprécier le maître. Mais il est difficile à l’homme d’imposer silence à sa haine ; malgré les précautions oratoires dont il entourait ses discours, Blainville laissa toujours percer quelques-uns de ces sentiments incorrects qui choquent tout esprit juste. Ces réflexions nous sont venues à la lecture de l’appréciation suivante, où l’auteur fait vainement tous ses efforts pour se donner un vernis d’impartialité. «Cuvier a été, dit Blainville, sans contredit un des hommes les plus remarquables de notre époque ; la carrière qu’il a parcourue en est une preuve évidente. Tous ceux qui ont eu l’avantage de le connaître sont unanimes pour lui accorder cette immense facilité d’esprit, cette étonnante activité d’intelligence, qui lui permettaient de saisir sur-lechamp tout ce dont il lui plaisait de s’occuper. Il parlait de toute espèce de sciences, et écrivait avec intérêt sur toutes leurs parties, sans même en avoir fait l’étude ; il lui suffisait pour cela d’une conversation avec les hommes spéciaux, ou de quelques notes rédigées par eux, et il avait l’art de tout lier et de tout enchaîner avec un intérêt si merveilleux, qu’on aurait cru que le fond lui appartenait. Il passait de la politique à l’administration, de l’administration à la science, sans trouble et sans fatigue. Mais cette facilité, qui fait les génies quand elle n’est pas émoussée, devient un écueil inévitable pour la plupart des esprits qui en sont doués : c’est, sans aucun doute, ce qui arriva à Cuvier. Il avait pourtant un grand nombre des qualités nécessaires aux progrès de la science.... Il y
î. M. E. Blanchard, article Blainville, dans la. Biographie générale.
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joignait, quand le temps ne lui manquait pas, la sagacité d’un observateur ingénieux ; témoin ses recherches anatomiques sur les reptiles regardés comme douteux, ses observations sur le daman, etc. Mais bien des obstacles vinrent enlever à ces heureuses dispositions une partie des résultats qu’on devait en attendre; ils vinrent du dehors et de lui-même Il était trop tôt pour généra-
liser et systématiser, et, quand il voulut le faire, il échoua. Sa méthode et ses théories zoologiques out nécessairement succombé sous les faits les plus nombreux et les mieux étudiés. Il fallait encore approfondir les faits et essayer de bien asseoir les principes de leur systématisation, avant de systématiser. Ce ne fut pas la position, ni les moyens qui lui manquèrent pour cela : de bonne heure il fut en possession de collections nombreuses, et il eut à sa disposition toutes les facilités que le gouvernement français a toujours accordées à la science. Mais il méconnut une telle position; il lui manqua. Il sq méconnut lui-même en sortant de la science pour entrer dans la politique Ses ouvrages, bien qu’inutiles pour la philo-
sophie, sont pourtant et demeurent encore des répertoires qu’il faut consulter. Ce sont là des services assez grands pour mériter à Cuvier la reconnaissance de la science ; mais ils ne suffisent pas pour lui accorder la gloire d’être son créateur, ni le titre d’Aristote des temps modernes; ils ne suffisent pas pour lui accorder la gloire d’avoir agrandi le cercle des connaissances humaines, en développant les principes de la vraie philosophie1. »
Nous verrons plus loin comment Blainville entendait « la vraie philosophie, » qu’il considérait comme le couronnement de 1 édifice zoologique. C’est dans cette divergence d idees qu’il faut, selon nous, en partie, chercher la cause de cette discorde qui rappelle celle qui régnait, dans un autre domaine, entre Leibniz et Newton.
1. Blainville, Leçons sur l’histoire des sciences de l'organisation, etc., t. III, p. 371 et suiv.
Blainville entra, en 1825, à l'Académie des sciences, et succéda, en 1832, à Cuvier dans la chaire d’anatomie comparée. Dans son Prodrome d’une nouvelle distribution méthodique sur le régne animal , imprimé en 1816, il jeta la base d’une classification nouvelle des animaux, qui a été développée et mise au jour par Maurice Laurent, sup>pléant de Blainville à la Sorbonne.
Suivant cette classification, qui part de l’homme, le règne animal est divisé en trois sous-règnes. Le premier sous-règne comprend les zygozoaires ou animaux pairs. c’est-à-dire chez lesquels les organes de relation sont disposés symétriquement ou par paire.
Le deuxième sous-règne se compose des actinozoaires ou animaux rayonnés , chez lesquels la disposition symétrique des organes disparaît.
Le troisième sous-règne renferme les hèlèrozoaires ou animaux irréguliers , chez lesquels il n y a ni symétrie, ni disposition -radiaire.
Le premier sous-règne, le plus nombreux en espèces connues, est subdivisé en trois types , qui sont : 1° le type des ostéozoaircs ou vertébrés ; 2° le type des entomozoaires ou articulés ; 3° le type des malacozoaires ou mollusques.
Le type des ostéozoaires est, à son tour, partagé en sous-types , comprenant : 1° les vertébrés vivipares ou la classe des mammifères; 2° les vertébrés ovipares ou les classes des oiseaux, des ptérodactyles (espèces fossiles), des reptiles, des ichthyosauriens (espèces fossiles), des amphibies, des poissons, divisés en trois sous-classes . les poissons osseux, les subosseux et les cartilagineux.
Le type des entomozoaires renferme neuf classes : 1° les hexapodes ou insectes ; 2° les octopodes ou arachnides; 3° les décapodes (homard, langouste, palémon, pagure), 4° les hèlèropodes (squille, trilobite, cyclope, anatife, polyphème, calige); 5U les têtradécapodes ou animaux a quatorze pieds (crevette, aselle, ligie, cloporte, armadille) ; 6° les myriapodes (jule, polydesme, pollyxène, geoplnle,
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scolopendre, scutigère); 7° les malacopodes (péripate) ; 8° les chélopocles (serpule, amphitrite, arénicole, amphinome, néréide, lombric); 9° les apodes (sangsue, siponcle, caryophyllée, strongle, hexacotyle).
Le lype des malacozoaires comprend trois classes : 1° les cèphaliens, composés de l’ordre des cryptodibran ches (poulpe, sépia, onyckie, liélédore) et de l’ordre des p olylhalamèes (balemnite, nautile, ammonite, planospirite) ; 2° les cèphalidiens , composés de l'ordre des dio'iques (triton, casque, porcelaine, cadran, paladine, janthine), et de l’ordre des amphid-ioïq ues (limnè, hélice, limace, aplysie, hyale, clio, thétis, argonaute), et de l’ordre des monoïques (patelle, fissurelle, lialiotide, crépidule) ; 3° les acéphaliens , composés de l’ordre des palliobranches (ligule, térébratule, strophonème, orbicule), de l’ordre des lamellibranches (anomie, avicule, arche, venus chione, buccarde, phollade) et de l’ordre des hétérobranches (ascidie, distome, botrylle, biphore, pyrosome).
Le second sous-règne, beaucoup moins nombreux en espèces que le premier, comprend cinq classes, qui sont: 1° les cirrhodermaire&( holothurie, scutelle, oursin, astérie, ophiure, comatule, encrine) ; 2° les arachnodermaires (orythie, rhyzostome, vélelle, porpite) ; 3° les zoanthaires (actinie, actinocère, actinodendre, zoanthe, astrée, ma- ■ drépore) ; 4° les pohjpiaires (alvéolite, tubulipore, myriapore, flustre, sertullaire, hydre), et les zoophytaires ! (cuscutaire, tubipore, corail, isis, gorgone, pennatule,
I lobulaire).
Le troisième et dernier sous-règne renferme les éponges, les spongilles, les téthies.
N oublions pas d ajouter qu’il y a des animaux qui échappent a cette classification; tels sont 1° les planaires, les fascioles, les floriceps, espèces d’articulés rayonnés ; <2° les oscabrions, écailleux et larviformes, espèces de mollusques articulés; 3° les physales, les béroés, les diphlyes, espèces de mollusques rayonnés. Ges animaux, ne
formant ni un ordre, ni une classe, ont été places, sous le nom d 'animaux intermédiaires ou transitionnels , entre les Mollusques et les Rayonnés.
La classification de Blainville, qui apporte de notables changements à la classification de Cuvier, n a pas été généralement adoptée.
Parmi les autres travaux de Blainville, nous nous bornerons à mentionner: Faune française, Paris, 1821-1830, pour faire suite à la Flore française de Lamarr. , Cours de physiologie générale et comparée, Paris, 1833 et sur. ., 3' vol. in-8° ; — Manuel de malacologie et de conchyliologie, Strasbourg, 1825-1827.
A la fin de ses Leçons sur l’Histoire des Sciences de l or qanisation comme ‘base de la philosophie (rédigées par l’abbé Maupied, 1845, 3 vol. in-8»), Blainville arrive a présenter l’ensemble des connaissances humaines comme constituant un cercle complet, ayant pour terme Dieu ou la puissance intelligente créatrice.
« Cette intelligence souveraine et sa connaissance ne peuvent, dit-il, pas plus être séparées de la philosophie qu'un point de la circonférence ne peut être séparé du cercle, sans l’empêcher d’être terminé. Le moyen, 1 instrument à l’aide duquel l’homme peut arriver a ce but est son intelligence, qui lui a été donnée a cet effet. Les matériaux sur lesquels l’homme doit porter son instrument pour en faire, sortir la connaissance, le terme, sont les êtres existants ou le monde, qui ont été créés pour lui. Il suit de là que la marche de l’esprit humain a ete d abord de disposer, de préparer et d’aiguiser ses instruments, de les appliquer ensuite à 1 etude du monde, comme terme à l’homme physique et moral, c est-a-dire social et nécessairement religieux, et par conséquent anver à Dieu. D’où réponse à ces grandes questions : gue suis-ie? L’oeuvre de Dieu, faite à son image. D ou viens-je De Dieu. Où eais-je? A Dieu. Pourquoi m'a-t-.l créé?
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Pour être glorifié par la manifestation de sa toute-puissance, de son intelligence et de son amour, ou du triple caractère de son être absolu et parfait, dans la création de l’être de transition entre la matière et l’esprit1. »
C’est là ce que Blainville appelle une « grande et magnifique vérité, la seule importante et nécessaire à la vie sociale. » Puis il s’élève avec véhémence contre tous les naturalistes qui s’en sont écartés par leurs travaux. Ceux qui ont été trop loin dans la voie contraire, il leur inflige un dédaigneux silence. « Quant à ces enfants perdus qui, ajoute-t-il, se sont montrés presque à tous les âges de la science, qui ont fait une pointe hardie mal à propos, ou qui ont tiré avant l’ordre, leurs efforts ont été presque toujours sans effet, lorsque même ils n’ont pas nui.... Nous avons donc dû les passer sous silence, aussi bien que ces expérimentateurs, ces créateurs d’espèces, de systèmes, qui ont eu en zoologie la prétention de tout coordonner, et qui quelquefois ont introduit une déviation plus grande encore — » En un mot, « ces sentinelles perdues qui sont venues avant le temps, leur effort a été nul, il n’a point servi au progrès, et par conséquent ils ne pouvaient figurer dans notre dessein. »
Aussi, d’après cette déclaration de principes, ne faut-il point s’étonner de voir, entre autres, Cuvier exclu de la liste des hommes qui, depuis Aristote jusqu’à nos jours, ont contribué au progrès de la science, liste qui, sous la forme d’un résumé général, termine le dernier ouvrage de Blainville. Cette exclusion montre que le domaine même de la science, où devrait régner Ja paix éternelle, n’est pas non plus exempt de fanatisme et de passions aveugles.
Blainville n’a point fait école comme Cuvier. Cependant nous ne devons pas passer sous silence Laurent, zélé pro-
1. Blainville, Leçons sur l’ilistoire des Sciences, t. III, p. 51t> et suiv.
pagateur de son système de classification, et Straus- Durkheim, partisan de ses idées zoologico-théologiques.
Maurice Laurent ■( né à Toulon en 1784, mort à Paris en 1855) voyagea comme chirurgien de la marine, et fut longtemps professeur à l’école de médecine du port de Toulon. Après sa mise à la retraite, il vint à Paris et se livra à d’intéressantes études microscopiques, particulièrement sur l’hydre et le développement des éponges. Il publia les résultats de ses travaux sous le titre de Recherches sur l'hydre et l'éponge d'eau douce pour servir à l’histoire naturelle des polypiaires et des spongiaires , Paris, 1852, gr. in-8°, avec atlas in-fol., dont les figures ont été très-bien dessinées et en partie coloriées par l’auteur lui-même. Sa Zoophytologie (Paris, 1844, in-8°) fait partie du Voyage autour du monde , exécuté en 1836 et 1837 sur la corvette la Bonite. Laurent fut un des plus fidèles amis de Blainville.
Straus-Durhheim (né en 1791, près de Bagnères-de-Luchon, mort à Paris en 1862) s’était acquis, par ses remarquables monographies de V Anatomie du Hanneton et de V Anatomie du Chat, la réputation d’un observateur exact, lorsqu’il fit paraître, vers la fin de sa vie, la Théologie de la nature (Paris, 1 852, 3 vol. in-8°), où il se révéla, à l’exemple de Blainville, comme un partisan outré des causes finales. L’ouvrage débute par une dédicace à Pieu notre Père. Dans la préface, l’auteur nous apprend qu’il avait depuis longtemps formé le projet de clore sa carrière scientifique par la publication des faits d’histoire naturelle les plus propres à démontrer, que non-seulement les êtres vivants, mais l’univers entier, ne sont que l’œuvre d’une intelligence toute-puissante; « intelligence, ajoute-t-il, dont on n a guère admis jusqu’à présent l’existence que sur le simple témoignage d’une voix intérieure, instinctive, qui commande à la plupart des hommes de croire en cet Être suprême. » Les êtres vivants sont pour lui « de véritables hiérogly-
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phes symboliques, dont chacun renferme la doctrine tout entière de la vraie théologie. »
L’auteur reproche aux naturalistes de se borner à recueillir des observations, à décrire et classer les différents animaux, à étudier les organes de leur corps et les fonctions qu’ils remplissent, sans rechercher à pénétrer les causes de ces variétés de formes et de leurs usages. « Or, dit-il, c’est précisément en s’élevant à ces considérations qu’on reconnaît les principes fondamentaux de l’organisme des plantes et des animaux, organismes où se dévoilent les preuves irréfragables de l’existence de Dieu, aussi bien que celles de ses attributs de toute-puissance, de sagesse, de toute-science et de bonté. »
Faire intervenir, dans l’exposition des phénomènes naturels, la sagesse ou la bonté divine, c’est là sans doute un procédé pieux ; mais ce procédé est en même temps trop commode et peu propre à encourager l’esprit de recherche, et à favoriser cette liberté d’investigation qui est le principal levier du progrès.
Oken.
Laurent Oken (né à Bohlsbach en Souabe en 1779, mort à Zurich en 1851) fut de 1807 à 1812 professeur de médecine à Iéna, et commença, en 1816, la publication de Ylsis, importante Revue des sciences naturelles. Impliqué dans l’affaire de la fête politique de la Wartbourg, il fut accusé de démagogie et perdit sa place. Après avoir quelque temps vécu dans la retraite, il fut appelé, en 1828, à l’université de Munich et accepta, en 1832, une chaire à Zurich, qu’il garda jusqu’à sa mort.
Oken fut un des plus ardents propagateurs de la philosophie de la nature , qui a fait beaucoup de bruit, surtout en Allemagne, au commencement de notre siècle. Ce
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système philosophique avait la prétention de connaître l’origine de la matière et d’exposer les lois qui la régissent. « Le néant étant posé, dit Oken, comme point de départ de tout élément matériel, il s’agit de mettre en lumière la formation des êtres qui occupent l'espace, de montrer comment le rayonnement d’une infinité de formes différentes, dont le cachet s’imprime au règne, tant organique qu’inorganique, arrive dans 1 homme à sapins haute
puissance. »
C’était renouveler, sous une autre forme, 1 antique question du panthéisme. Quelle était, en effet, la prétention des panthéistes, depuis Démocrite et Epicure jusqu à Gœthe et Schelling? D’étahlir qu’il n’y a dans l’univers qu’un seul être renfermant tout en lui-même, et que les différents êtres, soumis à l’observation humaine, ne sont que le développement des parties de ce grand Tout. C est ainsi, par exemple, que des naturalistes ont pu se demander si, en prenant pour modèle le premier mammitere ou le corps de l’homme, on y trouve tout ce qu’il y a dans la sérié des animaux qui lui sont inférieurs, et réciproquement.
Dans ce système, on a substitué à la Divinité créatrice la Nature créatrice, la nature étant supposée produire tous les êtres par ses propres forces. Pour donner à cet echafau dage une apparence de solidité, la science elle-meme a ete présentée comme un calque ou comme une imagerie 1 uni vers. C’était là, en dernière analyse, 1 identification .de l’homme ou du moi avec tout ce qui est. D’apres cette the^e, soutenue par Schelling, le savoir humain est partage en deux branches, en philosophie de la nature et en philosophie transcendante. La première, partant du moi, evai en déduire l’objectif, le divers, le necessaire, la Nature la seconde, partant de la Nature, devait en dedmre subjectif, le moi libre, le simple. Ces deux branche, d’un même tronc ont, d’apres le meme principe commun, à savoir que les lois doivent se retrouver immédiatement au dedans
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nous, comme lois de la conscience ou de l’entendement, et que, réciproquement, les lois de la conscience ou de l’entendement doivent se retrouver, au dedans de nous, comme lois de la Nature1.
Dans tout cela que devenait Dieu ? — Dieu c’était l’absolu, ou le Tout dans sa forme primitive. La Nature c’était Dieu ou l’absolu, se manifestant dans sa forme secondaire.
Dans son Traité de philosophie naturelle ( Lehrbuch der Na turphil osophie , 1831, 2e édit.), Oken divise la philosophie naturelle en trois parties principales, dont ]a première traite de Dieu et de sa puissance ( mathesis ) ; la seconde, des phénomènes individuels existant dans le monde ( ontologie ), et la troisième, de l’action continue de Dieu dans chaque être particulier, ou de la doctrine du Tout, appliquée à la vie [biologie). La science par excellence, Oken la trouve dans les mathématiques : « La philosophie de la nature ne peut, dit-il, s’attribuer le nom de science qu’autant que les principes dont elle se compose rentrent dans le domaine de la mathesis. La science mathématique est la science des formes pures sans contenu ; la philosophie de la nature, au contraire, est la science des formes avec leur contenu. La valeur tout entière des mathématiques repose sur ce principe de l’identité : zéro est égal à zéro. Le néant peut donc être la source de quelque chose, puisque c’est par rapport à lui que les mathématiques sont réelles et placées au rang qu’elles occupent. Le zéro, considéré en soi ou isolement, n est rien , mais il est le principe fondamental de tout ce qui existe, dès qu’il est mis en rapport avec la réalité. Le zéro ne comprend rien en lui-même ni nombre ni figure; le zéro est l’universel sur lequel
1. Le principal fondateur de cette théorie est Kant. Reprise et déve loppée par Fichte, Schelling, Hegel, elle a été appliquée aux sciences d’observation par Oersted, dans son ouvrage, Der Geist in der Natur (l’Esprit dans la Nature); Leipzig, 1850, 2* édit.
repose le particulier. L’universel ne résidant que dans l’esprit de l’homme, est purement idéal, tandis que le particulier est objectivement réel dans le monde sensible .qui nous environne ; mais l’un est tout aussi vrai que l’autre ; ils sont même tous deux au fond égaux entre eux, et la différence ne réside que dans la forme. Ainsi, l'idée de triangle, par exemple, renferme à la fois toutes sortes de triangles ; mais à l’instant où cette conception s’extériorise ou se réalise, le triangle que vous tracerez n’est plus un triangle quelconque, mais bien un triangle particulier et parfaitement distinct de tous les autres. L’idée générale, prise dans son abstraction, est=0; mais pour qu’elle prenne corps, il faut qu’elle revête l’une des formes infiniment variables de la réalité. »
Les sens sont les organes qui mettent 1 homme en rapport avec l’extérieur réel. Voilà le vrai. Mais Oken va plus loin. Il appelle sens végétatifs , le toucher, le goût et l’odorat, parce qu’ils mettent l’homme immédiatement en contact avec les trois éléments de notre planète (la terre , l’eau , l'air). « Dans le système vasculaire et nutritif, le sang, dit-il, se consolide et devient chair. C’est pourquoi le toucher est le sens du solide ou de la résistance— sens-terrestre. Le goût est le sens de la digestion, c’est-à-dire de la dissolution des molécules, de la formation des liquides,— sens aquatique. La respiration est un phénomène d'oxydation; l’odorat est le sens qui a pour milieu l’air L’odorat est donc le sens aérien. Ces trois sens végétatifs sont les sens planétaires proprement dits. Les sens cosmiques , sens de l’animalité, attestent un plus haut degré de perfectionnement de la vie, ils s’élèvent au-dessus des éléments de la planète, ils visent le système solaire lui-même. Les os, les muscles et les nerfs, en un mot le système animal, représentent l’étlier, la pesanteur, la chaleur et la lumière. L’oreille perçoit le mouvement des atomes agités dans l’éther : Y ouïe est donc le sens èthêrè; la lumière est le phénomène de la diffusion de l’éther : la vue est l’illumi-
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nation de l’organisme. La vue est donc le sens de la lumière L’état de vie ou de veille est la communication
non interrompue de l’homme avec le monde extérieur. La mort est le moment où cesse le consensus végétatif avec les éléments de la planète, comme le sommeil est la cessation de l’animalité De même que la vue nous ré-
vèle l’immensité de l’univers ou le macrocosme, l’ouïe nous en fait connaître la miniature, l’homme ou le microcosme. La vue va du dedans au dehors, tandis que l’ouïe procède en sens inverse. La vue est le langage du monde, l’ouïe est le langage de planète. La parole est la pensée engourdie et cristallisée de l’homme; tout corps de la nature est une solidification ou cristallisation de la parole de Dieu. Du sens de l’ouïe naît la conscience de soi-même; le sens de la vue donne la conscience de l’univers. »
Cette citation montre qu’il serait difficile de pousser plus loin l’ahus des analogies.
Comment l’homme résume-t-il en lui-même tout le monde organisé? A cette question, le philosophe de la nature n’est pas embarrassé de répondre. « L’homme à l’état de fœtus parcourt, dit Oken, tous les degrés de l’échelle animale. L’embryon n’est d’abord qu’un simple infusoire, une espèce de petite vésicule qui, en grossissant de plus en plus, approche du polype. Avec l'apparition des intestins, des viscères, des membres, des os et des muscles, il passe successivement du genre des lombrics aux classes des mollusques, des poissons et des reptiles. Dès l’instant où la circulation est complète et que tout le sang passe par les poumons, le fœtus entre dans la classe des oiseaux, et sa naissance a lieu aussitôt. Le lait, qui forme la substance alimentaire du nouveau-né est l’albumme.de l’œuf; car les mamelles ne sont autre chose que les réservoirs du blanc d’œuf de l’oiseau ; elles ont seulement revêtu une forme particulière qui n’existe pas chez 1 oiseau, et ont pris, chez le mammifère, plus d’ac-
croisseraent au dehors. Pendant la durée de 1 allaitement, le nouveau-né se trouve encore à l’état de fœtus, car sa métamorphose ou sa migration à travers le règne animal n’a pas encore touché à son terme; ce n’est qu après qu U a été sevré, ou détaché des mamelles de la mère, qu il entre enfin dans la classe des mammifères. Il suit de la que les différents termes de la série animale ne sont que les différents états du fœtus humain. Les anomalies et les monstruosités ne sont que des arrêts de développement du fœtus. Les êtres vivants ne sont que les branches et les rameaux du corps de l’homme, qui résume en lui tout
le règne animal1. » , , „ .
Ce sont là de pures hypothèses, dans lesquelles peuvent se complaire des philosophes spéculatifs, mais qui répugnent au véritable esprit d’observation.
Oken a rendu beaucoup moins de services à la science par son système philosophique que par son Histoire naturelle générale ( Allgemeine Naturgeschichte, btuttgart, 1832-1841, 13 volumes in-8°, avec un atlas de planches). Cet ouvrage a beaucoup contribué à populariser 1 etude
de la zoologie.
Travaux des principaux zoologistes vivants.
Ce qui distingue les travaux modernes des travaux anciens, c’est principalement la tendance de plus en p us manifeste, à pénétrer les mystères de la vie par leti simultanée de la structure intime des tissus ( histologie; et du mouvement ou fonctionnement naturel des organe, (physiologie). A ces travaux se lie très-etroitement eut zoologique, tant descriptive que classificatrice, des orgam-
1. Voy. notre article Oken ou ta philosophie de la nature, dans 11 Revue l'Époque, année 1835, p. 304-310.
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sations ou des animaux inférieurs, dont l’observation paraît avoir pour les naturalistes de nos jours un attrait tout particulier, facile à comprendre.
Ce sont les résultats de leurs recherches que nous allons très-sommairement passer en revue, en nous astreignant, autant que possible, à l’ordre chronologique.
Ehrenberg. — Le doyen des naturalistes, 1 un des associés étrangers de l’Institut de France, (jodelroy Ehrenberg, naquit le 1 7 avril 1795 à Delitsch (Saxe prussienne) . Destiné par ses parents à la carrière théologique, il lui préféra la médecine, qu’il étudia à Leipzig et à Berlin où il obtint, en 1818, le grade de docteur. Ses premiers travaux d’histoire naturelle, remontant à la même année, avaient pour objet les moisissures (mucédinées) et les syzygites, cryptogames encore très-imparfaitement connus. En avril 1820, l’académie des Sciences de Berlin le chargea, lui et son ami le docteur Hemprich, de faire un voyage scientifique en Égypte, où se rendait alors le général Minutoli, pour en étudier les antiquités. Au comble de leurs vœux, les deux amis s’embarquèrent au mois d’août à Trieste pour Alexandrie. Après avoir exploré la côte de Libye jusqu’à Ivasr-Eschdaébie, ils revinrent dans le port d’Alexandrie par l’oasis d’Amoun. Ils employèrent l’année 1821 à visiter l’Égypte moyenne, particulièrement les pyramides autour de Fayoum, et à pénétrer par Thèbes jusqu’à Dongolah, où ils arrivèrent en février 1823. Les troubles politiques de ce pays les engagèrent à se replier vers le Caire, d’où ils allèrent visiter Damiette et poursuivre -leur voyage, par l’isthme de Suez, jusqu’au mont Sinaï1. Après diverses courses scientifiques en Syrie et en Arabie, M. Ehrenberg eut le malheur de perdre son
1. M. Ehrenberg estima les plus hauts sommets de la montagne du Sinaï à environ 7400 pieds au-dessus du niveau de la mer. Le couvent est de 2000 pieds moins élevé.
compagnon. Hemprich fut enlevé par une fièvre pernicieuse à Massaoua, île du golfe Arabique. Il avait envoyé au musée de Berlin un riche butin d’animaux curieux, qu il avait rapportés d’une excursion dans le désert, vers le Senaar.
M. Ehrenberg était de retour à Berlin en décembre 1826, après une absence de six ans1. Plusieurs distinctions honorifiques et une chaire de professeur à l’université le récompensèrent de ses laborieuses explorations d’histoire naturelle. Il en fit paraître les divers résultats sous les titres de : Symbola physica Mammalium ; — Avium ; — Insectorum; — Animalium evertebratorum; — Die Korallenthiere des rothen Meeres (les animaux coralligènes de la mer Rouge); Les acalèphes de la mer Bouge; Berlin, 1 828— 1836. En 1829, il accompagna Alex, de Humboldt dans son voyage en Asie, et il s’établit depuis lors entre les deux illustres savants une amitié qui ne fut rompue que par la mort du dernier.
C’est surtout par ses travaux micrographiques que M. Ehrenberg s’est acquis une gloire impérissable. Son grand ouvrage sur les infusoires [Die Inf usions-Thierchen als vollkomne Organismen , Leipzig, 1838, in-fol. avec 64 planches sur cuivre, gravées d’après les dessins de l’auteur lui-même) a fait époque. Il importe donc de nous y arrêter un moment.
A l’histoire des infusoires se rattache d’une manière intime le perfectionnement du microscope. Elle peut se diviser en trois périodes. La première commence à Leuwenhoek, dont nous avons parle : ce père de la micrographie devait ses découvertes au microscope simple. La deuxième période commence à O. F. Müller, qui essaya le premier de classer méthodiquement les infusoires : il
I . Deux ans après son retour, parut : Voyage dans l’Afrique septentrionale et l'Asie occidentale, pendant les années 1820-1825 , par G. F. Hemprich et C. G. Ehrenberg; Berlin, 1828.
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se servait du microscope composé, ainsi que les observateurs qui l’ont suivi. La troisième et dernière période est caractérisée par l’emploi du microscope achromatique et par les découvertes de M. Ehrenberg qui, l’un des premiers, s’est occupé à la fois de la classiiication des infusoires et de l’étude de leurs organes.
Un microscope composé, même très-médiocre et non achromatique, suffit pour distinguer la plupart des infusoires. Quelques-uns d’entre eux, tels que les tardigrades et les anguillules, sont très-bien observables à 1 aide du microscope simple ou d’une loupe montée. Enfin il y en a dont les dimensions atteignent jusqu’à un quart ou à un tiers de millimètre; ceux-là, tels que les rotifères, les brachions, les paramécies, etc., s’aperçoivent même à 1 œil nu. On aurait donc grand tort de croire, comme on le lait généralement, que les infusoires ne peuvent être vus qu’avec le secours de nos microscopes achromatiques les plus parfaits. Ce qui manquait et ce qu on a obtenu à notre époque, c’est une netteté d image suffisante pour discerner la forme réelle des différentes parties de 1 animalcule, pour constater la présence ou 1 absence de tels ou tels organes.
Une chose digne de remarque, c’est le complet désaccord qui régnait dès l’origine parmi les naturalistes sur ^organisation des infusoires. Les uns, comme Lemvenhoek, y voyaient des animaux d’une organisation trèscompliquée; les autres, comme F. O. Müller, n’y voyaient qu’une simple substance gélatineuse, homogène. Cette dernière opinion, adoptée par Cuvier, par Lamarck, par Treviranus, par Oken, était presque universellement admise, quand M. Ehrenberg vint, en 1830, montrer que les infusoires sont d’une organisation beaucoup moins simple qu on ne se l’était imaginé. Comme Leuwenhoek, il se fondait sur ce principe que « les idées de
grandeur sont relatives et de peu d’importance physiologique. «
Cette manière de voir fut attaquée par plusieurs micrographes, notamment par Félix Dujardin. Cet observateur habile, qu’une mort prématurée a, en 1860 *, enlevé à la science, reprochait au principe mis en avant de n’ètre que la conséquence d’une idée préconçue sur la divisibilité indéfinie de la matière. « Non pas, disait-il, que là où le microscope ne montre rien qu’une substance homogène, transparente, et cependant douée du mouvement et de la vie, il faille conclure d’une manière absolue qu’il n’existe ni fibres, ni organes quelconques. Non, sans doute; mais seulement on doit reconnaître qu’en y supposant, par analogie, des membranes, des musclas, des vaisseaux et des nerfs imperceptibles, on ne fait que reculer la difficulté au lieu de la résoudre2. »
Quoi qu'il en soit, M. Ehrenberg eut le mérite d’avoir le premier distingué nettement, pour en former deux classes particulières, les Infusoires qu’il nomme Polygastriques, Polygastrica , et les Systolides qu’il nomme Rotatoires, Rolatoria. Les Systolides sont des animaux mi-
1. Félix Dujardin (né à Tours, en 1801 j, successivement professeur de zoologie à la faculté de Toulouse et à la faculté de Rennes, fit, dès 1834, connaître le développement des œufs de la comatule â la base des pinnules de ce zoophyte, et publia, en 1835, de remarquables Observations sur les rJiizopod.es, qu’on avait jusqu’alors classés parmi les mollusques céphalopodes sous le nom de Foraminifères; il les rapporta avec raison au type des infusoires les plus simples. 1! fut ainsi conduit à une nouvelle étude des infusoires, et appela l’attention des naturalistes sur le tissu primordial des animaux, qu’il a nommé sarcode. Outre son Histoire naturelle des infusoires, on a de lui une Histoire naturelle des helminthes (parue en 1844 dans les Nouvelles suites à Buffon), le Manuel de l’observateur au microscope; — Promenades d’un naturaliste (notices extraites du Magasin Pittoresque)', — Recherches sur le cerveau et l'intelligence des abeilles; — des annotations au 3° volume de V Histoire des vertèbres de Lamarck.
2. F. Dujardin, Histoire naturelle des Infusoires (p. 25, Paris, 1841, in-8‘ dans les Nouvelles suites à Buffon).
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croscopiques dont on aurait à peine, avant les découvertes de M. Ehrenberg, soupçonné l’organisation complexe, ils sont en effet, symétriques , revêtus d’un tégument résistant,' flexible, et ils ont la faculté de se retirer en se contractant sons la partie moyenne de ce tégument, qui offre quelquefois l’apparence d’une cuirasse solide; c est de cette faculté de contraction que leur vient le nom de Systolides. Ils ont de plus un canal digestif, avec deux orifices opposés ; leur bouche est le plus souvent entouree d’un appareil charnu, revêtu de cils vibratiles qui, dans certains cas, par la régularité de leur mouvement offrent l’apparence de roues dentées tournant avec rapidité, 1 s sont tous hermaphrodites, et se reproduisent par des œufs relativement très-gros. Les rotifères, les tardigrades, les brachions, etc., sont des Systolides.
Dans la classification publiée en 1830, M. Ehrenbeig avait divisé les Infusoires en 20 familles et 77 genres; il y comprenait les Bacillariées et les Clostériées1. Depuis lors il a par diverses additions et modifications, porté, en 1833, le nombre des familles h 21, et le nombre des genres à 106. Enfin, dans son grand ouvrage, publié en 1838, il a, par de nouvelles additions, porté le nombre des familles à 22 et celui des genres à 133, renfermant 533 espèces. Si l’on en déduit 206 espèces de Bacillariées et de Clostériées, le nombre des divers Infusoires se trouvera réduit à 347 espèces. Les Polygastriques ou Infusoires à plusieurs estomacs (que F. Dujardin regardait comme de simples vacuoles ) ont été divisés en Anentera ou sans intestin apparent, et en Enterodela ou à intestin visible. Ces derniers ont été subdivisés en quatre sections : 1° les Anopislhia , où les deux extrémités de l’intestin viennent aboutir à un même orifice; 2° les Enanliolrcta , où les ori-
1. Dans les Infusoires polygastriques il avait réuni, sous le nom de Bacillariées et de Clostériées, beaucoup d’êtres, vivants ou fossiles, que la plupart des naturalistes rangent aujourd’hui parmi les végétaux.
fices de 1 intestin occupent les deux extrémités; 3° les Anotrela, où l’un seulement des orifices de l’intestin occupe 1 une des extrémités du corps ; 4“ les Calolrela , où les deux orifices de l’intestin sont situés à la face ventrale, et non terminaux. Quant aux Anentera , ils sont partagés en trois sections : 1° les Gymnica, qui sont dépourvus de pieds ou appendices ; 2° les Pseudopoda , ayant des pieds ou appendices variables ; 3° les Epilricha , qui ont des cils. Chacune de ces sept sections se partage ensuite en familles, principalement fondées sur la présence ou l’absence d un têt ou d une cuirasse. Ce caractère parut si important à 1 auteur, qu’il avait d’abord divisé ses Infusoires en deux séries parallèles, les nus et les cuirassés. Quant à l’établissement des genres et des espèces, le choix des caractères devint de plus en plus difficile et embarrassant. Aussi est-ce là-dessus particulièrement que portent les critiques que l’on a faites de la classification de l’illustre micrograpbe.
Quand une fois on se trouve engagé dans la voie des découvertes, on ne s’arrête pas à demi-chemin. C’est ce qui est arrivé à M. Ehrenberg. Dès 1837 il avait montré que la formation de la terre végétale est due aux infusoires, et il avait consigné le résultat de ses recherches dans un ouvrage intitulé : Die fossilen Infusorien und die lebendige Dammerde (les infusoires fossiles et la terre végétale vivante); Berlin, 1837, avec planches. Peu de temps après, l’auteur étendit la même remarque aux formations crétacées et argileuses de l’Europe, de la Libye et des monts Ourals, dans l’ouvrage qui a pour titre : Die Bildung des Europæischen , Libysichen und lirai schcn Kreidefelsens und Iireidemergels aus microscopischen Organismen; Berlin, 1839.
Les dépôts de tripoli , de polir schiefer, de bergmehl (farine de montagne), accumulés dans certaines localités de la surface terrestre pendant les périodes antédiluviennes, sont presque entièrement composés de carapaces de
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Diatomées, de la famille des Bacillariées. Ces êtres microscopiques, dont toutes les espèces ne sont pas éteintes, ont le corps revêtu d’un têt siliceux, diaphane, dur et cassant, qui résiste parfaitement à la décomposition. Doués d’un mouvement assez vif de va et vient, ils déposent, dans les eaux qu’ils habitent et qui finissent par s’évaporer, une couche siliceuse, pulvérulente, qui s épaissit et durcit avec le temps.
M. Ehrenberg lit voir aussi, l’un des premiers, que, dans la plupart des cas, la phosphorescence de la mer est due à des animalcules ( Das Leuchten des Meeres ; Berlin, 1835). Il en signala de même la présence dans les pluies de poussière, diversement colorées; et comme ces pluies sont, en général, accompagnées de tempêtes violentes, les animalcules qui les composent peuvent nous être apportées de régions fort lointaines. Enfin depuis un grand nombre d’années, l’illustre micrographe s’est livré à l’analyse des dépôts de fleuves, de rivières, etc. Il ne cessera, espéronsle, de travailler qu’en cessant de vivre.
Milne Edwards. — Né en 1800, à Bruges, de parents anglais, M. Milne-Edwards commença ses études en Belgique, et les continua à Paris, où il obtint le grade de docteur; mais il abandonna bientôt la pratique de la médecine pour se livrer tout entier aux sciences naturelles. Par son Cours élémentaire de Zoologie et ses Eléments de Zoologie , il popularisa, dès 1834, la science au progrès de laquelle il devait si puissamment contribuer. Ses travaux le firent, en 1838, entrer à l’Académie des sciences, et lui valurent une chaire à la Sorbonne. Les cours qu’il y a faits ont paru sous le titre de Leçons sur la physiologie et l’anatomie comparée de l’homme et des animaux. Commencé en 1857, cet important ouvrage se compose aujourd’hui (1873) de 10 volumes in-8. L’exposition didactique s’y trouve heureusement combinée avec l’histoire de la science. « C’est, à mon avis, dit l’illustre professeur,
un spectacle plein d’intérêt et d’enseignements utiles que celui du développement graduel d’une science, des progrès de 1 esprit humain dans la recherche du vrai, et des efforts continus sans lesquels aucune conquête importante ne saurait s’eflectuer. C’est une erreur de croire qu’une science quelconque ait atteint l’âge viril dès sa naissance, et soit sortie du cerveau de l’inventeur armée de pied en cap, comme la Minerve de la poésie antique. Chaque question s’est mûrie lentement ; et si c’est pour tous une tâche ingrate et fastidieuse que de rappeler la longue série des opinions fausses ou incertaines dont elle a pu être l’objet, c’est au contraire une œuvre utile et pleine de charmes que de montrer comment la lumière s’eët faite. En voyant la manière dont la science s’est constituée.et a grandi peu à peu, on en saisit mieux l’esprit et les méthodes ; on apprend à connaître les hommes aussi bien que les choses, et l’on s’inspire d’un juste respect pour les travaux des investigateurs de la nature, lors même que les fruits de leur labeur n’auraient pas encore apparu; car dans cette étude on rencontre maints exemples de faits qui, restés longtemps stériles et négligés, sont devenus tout à coup le germe d’une grande découverte lorsque le moment était arrivé pour en comprendre la portée, et qu’un homme de génie était, venu y apposer son cachet1. » — Ces paroles sont tout un programme : elles tracent la vraie méthode de l’enseignement scientifique.
Parmi les travaux de M. Milne-Edwards, qui ont particulièrement pour objet la zoologie, nous mentionnerons : Recherches pour servir à l’histoire naturelle du littoral de la France (Paris, 1832-1834, 2 vol. grand in-8, avec planches). C’est un recueil de mémoires sur l’anatomie, la
1 . M. Milne-Edwards, Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparée, t. I, p. 7-8.
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physiologie, la classification et les mœurs des animaux que l’auteur avait observés sur les côtes de la Normandie. Chargé d’étudier la faune marine de la Sicile U s y rendit au printemps de 1844, en compagnie de MM. de Quatrefages et Blanchard, et adressa, sur les résultats de sa mission, un Rapport au ministre de l'instruction publique. , -,
La publication de l’Histoire naturelle des crustacés , dans
les Nouvelles suites à Duffon (Paris, 1834-1840, 3 vol. in-8) a mis M. Milne-Edwards au premier rang parmi les naturalistes contemporains. Cet important ouvrage est précédé d’une Introduction qui donne un intéressant aperçu historique des observations faites sur cette branche de l’histoire naturelle depuis Aristote jusqu a nos
M Milne-Edwards a divisé la classe des crustacés en lésions et en ordres, division fondée sur les modifications de leur appareil digestif, de leur appareil respiratoire, de leurs organes locomoteurs, et sur le degre plus ou moins avancé de leur développement au moment de leur naissance. La légion des Podophlhalmiens, ainsi nommés parce que leurs yeux sont pédoncules , comprend deux ordres : les Décapodes et les Stomapodes ; la légion des Èdriophlhalmes (garnis d'yeux sessiles) renferme trois ordres : les Amphipodes, les Isopodes et les Læmipodes; la légion des Branchiopodes contient deux ordres : les Ostrapodes et les Phyllopodes ; la légion des Entomostracés, deux ordres : les Copépodes et les. Gladocères. Puis viennent les Trilobites, d une classification encore incertaine; la sous-classe des Crustacés suceurs , comprenant les légions des parasites marcheurs et des parasites nageurs, enfin la sous-classe des Crustacés xyphosuriens, composée de l’ordre des xyphosures qui semblent former le passage des Crustacés aux .Arachnides.
Le nombre des espèces décrites s’élève à plus de quatorze cents (1419), dont une grande partie a été établie
par 1 auteur. Un chapitre remarquable (le dernier du tome III) a été consacré à leur distribution géographique. Gomme les autres etres vivants^ les crustacés n’émanent pas d un centre de création unique. Chaque espèce est cantonnée dans des limites relativement étroites; de là des légions distinctes, caractérisées par des populations particulières. M. Milne-Edwards admet, pour l’Europe, trois régions carcinologiques , dont chacune a ses espèces propres la région Scandinave , qui embrasse les côtes de la Norwége et se trouve caractérisée principalement par la lithode arctique, par l’hyas araignée et le néphrops: la région celtique , qui s’étend depuis l’Islande, le long des côtes occidentales de l’Angleterre et de la France, jusque vers le détroit de Gibraltar, et que caractérisent, d’une part, la prédominance des oxyrhynques et des portuniens, et, de l’autre, l’absence presque complète des catométopes, des anomoures et des squilliens ; la région méditerranéenne, que caractérise surtout la présence de plusieurs grands pagures, de la squille mante, la dorippe laineuse, etc. La faune carcinologique de l’Asie, de l’Afrique, de 1 Amérique et de l’Australie n’est pas encore assez connue pour qu’on puisse en tracer les limites par des régions ou des centres de création bien déterminés. Cependant l’immense majorité des faits milite en faveur de l’opinion que, « pour les animaux marins comme pour les végétaux terrestres, chaque espèce a dû avoir son origine daus une région déterminée , et que c’est en s’irradiant de ces divers centres de création, qu’ils se sont étendus plus ou moins loin sur la surface du globe, et qu’ils se sont mêlés entre eux dans des localités intermédiaires;— que la chaleur est une des conditions les plus favorables pour la multiplicité des espèces, ainsi que pour la perfection de leur organisation1. »
Pour la même collection des Nouvelles suites à Buffon ,
1. M. Milne Edwards, Histoire des Crustacés, t. III, p. 568-589.
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M. Milne-Edwards a fait YHistoire naturelle des coralliaires ou polypes proprement dits (Paris, 1857- 1860, 3 vol. in-8). L’introduction historique, pleine de documents instructifs, a été rédigée en collaboration avec Jules Haime, dont la mort prématurée fut une perte pour la science. Les polypes coralliaires ont été compris, avec les Acalèphes et les Polypes hydraires, dans une division particulière de zoophytes radiaires, que MM. Frey et Leuckart ont désignée par le nom de Coêlentèrés. Les Polypes coralliaires, qui en forment une des subdivisions naturelles, sont organisés pour la vie sédentaire; restant presque toujours fixés par leur base à des corps etrangers, ils ont les organes de la génération logés dans l’intérieur du corps à l’entour de la cavité digestive, tandis que chez les Acalèphes ces mêmes organes sont toujours superficiels et indépendants de la cavité digestive.
M. Milne-Edwards a partagé les Coralliaires en deux sous-classes, les Cnidaires et les Podactiniaires , caractérisés de la manière suivante :
(tubulaires, disposés en couronne et communiquant librement avec la chambre viscérale; non tubulaires, disposés par groupes isolés, et ne communiquant pas librement avec la chambre viscérale.
Le chapitre qui termine l’ouvrage traite de la distribution géographique des Coralliaires. L’auteur remarque d'abord que, contrairement aux autres faunes, un grand nombre de ces zoophytes, tels que les alcyons, les gorgones, les pennatules, etc., sont presque aussi abondants dans les mers de la zone tempérée ou même Iroide que dans celles de la zone torride. Ce fait, en apparence si singulier, s’explique tout naturellement parce que la température des eaux de la mer, à la profondeur où se tiennent la plupart de ces zoophytes, est à peu près constante (à 4°)
Cnidaires.
Podactiniaires
sous les differentes latitudas. De même que pour les autres animaux marins, il y a deszoophytes qui sont propres à certains parages. Ainsi, la Méditerranée est caractérisée par le corail rouge, par Yastroïdes calicularis, etc. La mer du Nord possède le pnragorgia arborea, le caryophyllia Smithii; certains madréporaires appartiennent exclusivement, les uns aux mers des Antilles, les autres aux mers de la Chine et du Japon, ou à certaines parties de la Polynésie. Les profondeurs auxquelles on les rencontre peuvent varier de 20 à 150 mètres et plus.
Les récifs, les bancs et les attolls ou îles à lagunes, signalés par les navigateurs , sont principalement l’œuvre des porites, des lithrées, des goniopores, des montipores, des millépores et des astréens massifs. Ces vastes assemblages affectent des dispositions constantes : les uns forment des anneaux dont le centre est occupé par un bassin profond, en communication avec la mer extérieure par une ou plusieurs brèches; les autres entourent, à distance, en forme de cadre, une petite île qui est d’ordinaire un cône volcanique (récifs de ceinture); d’autres enfin garnissent la côte d’une île d’une terre ferme (récifs de bordure). Pour faire leurs constructions pierreuses, les polypes paraissent préférer l’agitation au calme ; car là où les vagues se brisent avec violence la roche madréporique est couverte de polypes vivants, de manière à ressembler à un jardin émaillé de fleurs, tandis qu’en dedans des récifs où la mer est calme, les coralliaires ne se développent qu’en petit nombre. Le grand foyer madréporique est situé dans les régions tropicales de l’océan Pacifique, où il donne naissance, vers le sud-est, à un groupe nombreux d’attolls, appelé l’archipel des Iles- Basses; c’est la région coralligène par excellence, dont la limite extrême au sud-ouest est marquée par l'ile Ducie au sud du tropique du Capricorne et vers 127° de longitude occidentale. D’autres îles de même nature, ou des pics volcaniques entourés de barrières madréporiques,
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parsèment cette mer jusque sur la côte orientale de la Nouvelle-Hollande. Un second groupe de terres madréponques, situées à environ 10 degrés au nord de l’équateur, vers 150° longitude orientale, constitue l’archipel des îles Garolines ; quelques-unes des îles Sandwich sont également entourées de grands récifs de polypiers. Mais à l’est de ces régions, tout le long de la côte occidentale du continent américain, on n’en rencontre aucune trace. Cette absence de polypiers massifs tient-elle à ce que, dans ces parages, la température de la mer est considérablement abaissée par le grand courant d’eau froide venant des glaces polaires antarctiques? C’est éminemment probable.
Quoi qu’il en soit, la connaissance exacte de la distribution géographique des Coralliaires est encore fort incomplète, malgré les travaux de Forster, de Flinders, de Beechy, d’Ehrenberg, de Quoy et Gaimard, d’Agassiz, de Dana et de Darwin, que l’auteur de Y Histoire naturelle des Coralliaû'es a consultés avec discernement.
Parmi les publications récentes de M. Milne-Edwards nous mentionnerons : Rapport sur les progrès récents des sciences zoologiques, en France (1867) ; — Monographie des polypes fossiles des terrains paléozoïques. (T. Y des Archives du Muséum.) G
Richard Owen, né à Lancastre en [1804, commença ses études à Edimbourg, et les acheva à Londres, où il succéda, en 1836, à Charles Bell dans la chaire d’anatomie et de physiologie au Collège des chirurgiens. Dès 1826, il avait entrepris de compléter et de cataloguer le célèbre musée de Hunter. Ce travail, qui l’occupa pendant trente ans, lui suggéra, sur la forme et la structure des ani-
[. M. Alphonse Milne-Edwards (né à Paris en 1835), fils de l’illustre doyen de la Faculté des sciences, s’est fait connaître pat- d’importantes recherches anatomiques et paléontologiques sur des espèces vivantes et fossiles de mammifères, d’oiseaux et de crustacés.
maux, des idees neuves, en partie consignées dans les mémoires de la Société zoologique de Londres, et dans beaucoup d autres recueils, tels que le Magazine of na— lural liishory , le Cyclopxdia of anatomy and physiology , les Reports of lhe Brilisli association.
Suivant les traces de Cuvier, R. Owen prit l’anatomie comparée pour base de la zoologie, et se mit à étudier les espèces éteintes parallèlement avec les espèces vivantes. C est ainsi qu il reconnut, entre autres, dans les empreintes du cheirotherium , remarquées sur le vieux grès rouge, un batracien gigantesque. L’anatomie de l'orang-outang, du chimpanzé, des marsupiaux, des édentés, comparés aux espèces antédiluviennes du gastornis parisiensis , du dinornis elephantopus , des reptiles , des poissons , des mollusques, fixa particulièrement son attention , comme l’attestent les nombreux travaux qu’il a fait paraître depuis quarante ans1.
Quelques-uns de ses travaux rentrent dans le domaine de la philosophie zoologique ; tels sont : On parthenogenesis , or the successive production of procreative individuals from a single ovum , 1849; Instances of the pmcer of God , as manifesled in his animal création, 1863, ou-
1. En voici les titres : On the anatomy of lhe concave Hornbill, Buceros cavatus; Lond. , 1833 , in-4°; — Onthe structure of lheheart inthe Perenni-branchiale Batrachia; ibitl. , 1835, in-4°; — On tlv' remains of a Bird, fossil Reptiles, etc., 1842; — Description of the skeleton of an giganlic sloth [lllylodon robuslus, etc.), 1842; — On the skeleton and teclh of Labyrinthodon from the lower Wancick-Sandstone, 1842;
— History of british fossil mammals and birds ; 1846, in-8°; — Lectures of lhe comparative anatomy of the invertebrate animais, 1843;
— Id. of the vertébrale animais, 1846 ; — Monographie of the fossil Reptilia of Great-Britain, en 21 parties ; 1849-1870, gr. in-4° (avec 220 planches) ; — Fossil Reptilia of the cretaceous and Wealden formations, en 10 parties, 1851-64, gr. in-4° (avec 121 planches): — Monogr.oflhe fossil Chelonian Reptiles of the Wealden clays, etc., 1853, in-4°; — üescript. of the skull and teeth of the Placodus laticeps, 1858 ; — Descr. of some remains of a gigantic Land-li sard (Megalania prisca ) from Australia, 1858; — On the vertebr. caractcrsof the order
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vrage qui rappelle la Théologie de la nature de Strauss- Durkheim; On the archétype and homologies of tlie vertébrale skeleton , 1848, où l’auteur se livre à un examen approfondi de l’idée d’Oken sur le développement de la vertèbre comme type des vertébrés. Ses idées sur l’unité de composition organique se rapprochent de celles de Geoffroy Saint-Hilaire.
Fondateur de la Société microscopique, M. Ovven a fait l’un des premiers servir le microscope à l’étude des tissus animaux. Associé de l’Institut de France, membre des principales académies ou sociétés savantes, il est depuis longtemps chargé de la direction du département d’histoire naturelle au Musée britannique. On l’a surnommé le Newton de Vhislovre naturelle.
Louis Agassiz naquit en 1807, à Orbe (canton de Vaud), où son père était pasteur protestant. Après avoir commencé l’étude de la médecine à Zurich et à Heidelberg, il finit par se livrer exclusivement^! l’histoire naturelle pendant son séjour à l’université de Munich. C’est là qu’il fit connaissance avec Mar dus, qui le chargea, en 1826, de la description de cent seize espèces de poissons que Spix avait rapportées du Brésil. Ce travail parut sous le titre : Pisces... quos collegit et pingendos curavit Spix , etc., Munich, 1829-183! , in-fol. (avec 9 1 planches lithographiées). M. Agassiz y a exposé pour la première fois ses idées sur les classifications ichthyologiques. Cet ouvrage, début de l’auteur dans la carrière qu’il devait illustrer, fut suivi de
Ptero-sauria, 1 8ô9 ; — British fossil Beptilia from the Oolilic forma tion,en 3 parties, 18G1-69, gr. in-4° (avec 23 planches) OntheDicynodont Repli lia, witli description nf fossil remains fromSouth-Africa, 1862; — On. the osteology of the Dodo , 1867 ; — Monogr. of the fossil Jleptilia from the Liassic formations, en 2 parties; 1865-70, in-4° (avec 20 planches); — Monogr. of the Aye-Aye ( Chiromys Madagascariensis, Cuv.), 1863; — On the classification and geographical distribution of mammalia, 1859;— Onlhe anatomy of vertébrales, 1866.
l’Histoire naturelle des poissons d'eau douce de l'Europe centrale , annoncée dès 1831, et publiée en 1839 par livraisons, dont la première comprend les salmones (truites) ; Neufckâtel, 1839, texte français, allemand et anglais, avec 34 planches ; la deuxième livraison contient Y Embryologie des salmones , par Charles \ogt (1 vol. de texte et 14 planches); et la troisième, Y Anatomie des salmones, par Agassiz et Ch. Vogt (1 vol. de texte et 14 planches), publiée dans le tome III des Mémoires de la Société des sciences naturelles de Neufchdlel , 1845. Ces études anatomiques, pour lesquelles la truite commune [salmo fario ) et le salmo trulta ont été pris pour type, devaient former le second volume de l’Histoire naturelle des poissons d’eau douce de l’Europe centrale. L’ostéologie et la névrologie sont dues aux recherches de M. Agassiz, tandis que la myologie, la splancknologie , l’angiologie, les organes des sens et les dessins sont l’œuvre de M. Vogt. La suite de cet ouvrage fut interrompue par les Recherches sur les poissons fossiles (14 livraisons, in-fol., Neuchâtel, 1832-1842, avec 311 planches lithographiées), résultat de l’examen de plusieurs collections importantes, particulièrement de celles du Muséum d’histoire naturelle de Pans.
L’ouvrage Sur les poissons fossiles, que M. Agassiz avait commencé dès 1833, fut terminé en 1844 (Tableau qènèral des poissons fossiles rangés par terrains axec le concours de MM. Ch. Yogt et E. Desor. Vers la meme époque, il fit, en compagnie avec ses deux amis, auxquels vint se joindre le célèbre géologue Studer, plusieurs excursions dans les Alpes et en Piémont, dont les résultats furent publiés, en allemand, par Ch. Vogt, sous le titre de Agassiz uncl seiner Freunde geologische Alpenrcisen (Franc! 1847, 2' édit, in-12). Ce livre intéresse autant la zoologie que la géologie. C’est là qu’on trouve la première description et la figure de l’espèce de podurelle ipuce de, glaciers), qui reçut depuis, du nom d’E. Desor, le nom de desoria glacialis.
TEMPS MODERNES
Professeur de zoologie à Neuchâtel, M. Agassiz se démit de sa chaire, séjourna quelque temps à Pans et à Londres, et partit en 1846 pour les États-Unis, où il continue ses études favorites. C’est à Cambridge près de Boston qu’il a créé un Musée de zoologie comparée (Muséum o f comparative zoology at Harvard collige ), qui n’a peut-être pas son pareil, à juger par le catalogue et les rapports annuels qu’en a publies 1 auteur. A cette création se rattache une publication fort importante ^sur 1 histoire naturelle des États-Unis i Contribution to naluval histoîy of the United States; 11 vol. in-4, 1857-62). — M. Agassiz a jusqu’à présent résisté à toutes les offres qu’on lui a faites pour le faire revenir en Europe. Il est au nombre des associés de l’Institut de France.
Un autre naturaliste, également fort distingué et du même âge que M. Agassiz, M. Hermann Burmeister (né à Stralsund en 1807) , a cherché une patrie dans le Nouveau- Monde. Reçu, en 1829, docteur en médecine à Berlin, M. Burmeister se livra bientôt exclusivement à ses goûts pour l'histoire naturelle et particulièrement pour l’entomologie. Depuis 184a, professeur de zoologie à Halle, il se rendit bientôt célèbre par son libéralisme, et vint, en 1848, siéger à l’Assemblée nationale de Francfort. Il donna sa démission comme député et se rendit en octobre 1850, d’abord au Brésil, puis dans la République argentine, où il parait résider encore. Parmi ses nombreux ouvrages, nous citerons : Lettres zoonomiques (2 vol. in-8°, 1855) ; — Manuel d’ Entomologie (1842); — un travail estimé sur l'Organisation des trilobites (Berlin, 1843); — Histoire de la création (Leipz., 1843), ouvrage devenu populaire ; — Faune du Brésil (1856, in-fol.).
Louis -Armand de Quatrefages (né à Berthezenne [Gard] en 1810), à la fois docteur en mathématiques, en médecine et ès sciences naturelles, publia, en 1834,
pendant qu’il était professeur de chimie à la Faculté de Toulouse, des Recherches d’ embryogénie sur Les Limnèes et les Plunorbes, et, l’année suivante, il présenta à l’Académie un mémoire de même nature sur les Axodonles. Ce mémoire, sur lequel Geoffroy Saint-Hilaire, Frédéric Cuvier et Blainville firent un rapport très-favorable, décida de l’avenir de M. de Quatrefages. En 1840, il vint se fixer à Paris pour se livrer exclusivement à l’étude de la zoologie. Douze ans plus tard il entra à l’Académie des sciences, et fut, quelque temps après (en 1855), nommé professeur d’histoire naturelle au Muséum.
Les travaux de M. de Quatrefages sont de deux sortes : les uns, publiés en grande partie dans la Revue des Deux- Mondes, sont destinés à populariser la science; les autres, s’adressant aux savants de profession, ont pour but de la faire avancer par des recherches originales. Après avoir visité en 1859 les côtes de Cette à Agde, l’archipel de Ghaussey et Saint-Malo (1841), les côtes de Saint- Vaastla-Hougue (1842), l’archipel de Bréhat (1843), la baie de Biscaye (1847-48), Boulogne (1850), La Bochelle (1852), il rédigea pour les gens du monde ses Souvenirs d'un naturaliste (1854, 2 vol. in- 12). Tout en s’intéressant au récit du voyageur, on y puise des notions exactes sur le monde marin, et particulièrement sur les animaux inférieurs, qui ont été l’objet de mémoires spéciaux, publiés dans les Annales des sciences naturelles , dans le journal Y Institut, etc. Ses travaux sur les mollusques phlcbentérés, faisant connaître les modifications profondes que présentent chez ces animaux l’appareil digestif et la dégradation extrême de leur appareil circulatoire, provoquèrent, en 1845, une polémique très-vive, à laquelle prirent une part plus ou moins directe la plupart des naturalistes de l’Europe, et dont le résultat a été la confirmation des faits annoncés par l’auteur Citons encore de M. de Quatrefages (qui explora aussi en 18:4, en compagnie de MM. Milne-Edv. ards et Blanchard, les côtes de la Sicile
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depuis Trapani jusqu’à Gatane) : l’Histoire naturelle des Annèlides , 3 vol. in-8 (dans les Nouvelles suites à Buffon ) ;
Métamorphoses de l'homme et des animaux (1856); —
Sur l’unité de l’espèce humaine (1861) ; — Sur les maladies des vers à soie (1859-1860) l. Les travaux les plus récents de M. de Quatreiages ont pour objet l’anthropologie, comme l’attestent ses recherches sur les Polynésiens et leurs migrations.
Paul Gervais (né à Paris en 1816), fut, pendant dix ans, aide naturaliste au Muséum, collabora, entre autres, à Y Ostèographie des animaux vertébrés de Blamville, et a publié : Y Histoire naturelle des insectes aptères (t. III et IV des Nouvelles suites à Buffon) ; — Zoologie et paléontologie française (1848-53); — Éléments des sciences naturelles (1866) ; — Zoologie et paléontologie générale (1869, liv. i-iv, in-4 , avec planches) ; — de nombreux articles d histoire naturelle, insérés dans différents recueils. Professeur de zoologie et d’anatomie comparée à la Faculté des sciences de Montpellier depuis 1841,M. Gervais occupe aujourd’hui une chaire à Paris au Muséum d’histoire naturelle.
G. -Faut Deshayes (né à Nancy en 1795) a consacré sa vie entière à l’étude de la conchyliologie et des mollusques, comme l’attestent ses importants travaux, qui ont pour titres : Description des coquilles fossiles des environs de Paris , 1824-1837; — Description des animaux sans vertèbres découverts dans le bassin de Paris , comprenant une
1. Parmi les autres naturalistes qui se sont plus spécialement occupés de la sériciculture et des maladies des versa soie, il convient de mentionner M . Guérin- Ménevi lie (né à Toulon, en 1799) . Fondateur du Magasin de zoologie (1831-1844, 33 vol.), il a, outre ses travaux relatifs à l’étude des vers à soie, publié une série d’iconographies représentant les types des principales espèces d’animaux vertébrés (1 828 et 1 829) , et fourni de nombreux articles aux principaux recueils d’histoire naturelle.
revue générale de toutes les espèces (de coquilles fossiles) actuellement connues , T. I-1II, in-4, avec 3 vol. de planches (1860-1866), contenant les mollusques acéphales, les céphalés et les céphalopodes ; — Histoire naturelle , générale et particulière des mollusques , tant des especes vivantes que des espèces fossiles (1820-1851), 4 vol. infol. , avec 2 vol. de planches, publiés en commun avec M. de Férussac; — Traité élémentaire de conchyliologie , 1839-1857, 3 vol. in-8 ; — Conchyliologie de l'île de la Réunion (Bourbon), 1863; — Histoire naturelle des mollusques, dans l’Exploration scientifique de l’Algérie. M. Deshayes est professeur au Muséum d’histoire naturelle.
Émile Blanchard (né à Paris en 1819) s’est spécialement livré à l’étude des insectes. Comme aide naturaliste, M. Blanchard a classé la plus grande partie de la belle collection entomologique du Muséum, et s’est fait connaître par des travaux remarquables, tels que : Histoire naturelle des insectes orthoptères, névroplères, hyménoptères , hémiptères , lépidoptères et diptères (1837-1840, in-8, avec 72 planches); — Recherches sur l’organisation des vers (1837, in-4, avec 25 planches); — Histoire des insectes, traitant de leurs mœurs et de leurs métamorphoses, comprenant une nouvelle classification fondée sur les rapports naturels (1843-1845, 2 vol. in-12); — Description des insectes de l’Amérique méridionale , recueillis par M. Alcide d Orbigny (1839-1846, in-4, avec 35 planches); — Du système nerveux chez les invertébrés (mollusques et annelés dans les rapports avec la classification de ces animaux (1849, in-8). A ces divers ouvrages se joignent de nombreux mémoires ou notices : Sur le système nerveux des coléoptères, sur la circulation des insectes , sur la distribution géographique des animaux articulés, sur l’organisation des gastéropodes, etc., insérés dans les Annales des sciences naturelles et d’autres recueils.
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On doit encore à M. Blanchard deux ouvrages, illustrés par de nombreuses gravures, l’un sur les Métamorphoses des insectes (1868], et 1 autre sur les Poissons des eaux douces de la France (1866), contenant 1 anatomie, la physiologie, la description, les mœurs, les instincts, etc., des différentes espèces, et précédés d'un excellent aperçu historique delà science depuis l'antiquité jusqu à nos jours; — Y Organisation du règne animal. Cet important travail paraît, depuis 1851, par livraisons, grand in-4, dont chacune contient deux planches gravées, et une ieuiile et demie de texte. Les livraisons publiées jusqu à ce jour comprennent l’anatomie comparée des arachnides, des reptiles, une partie des mollusques, des oiseaux et des mammifères. M. Blanchard est membre de 1 Academie des sciences et professeur au Muséum d histoire naturelle.
Henri de Lacaze-Dutiiiers (ne en 1821, dans le departement de Lot-et-Garonne) renonça à la pratique de la médecine pour se livrer exclusivement à 1 étude de 1 histoire naturelle. Nomme en 18c4 professeur de zoologie à Lille, il choisit les mollusques et les zoophytes pour l’objet plus spécial de ses travaux. A cet eflet il visita les côtes de La Rochelle, de Marseille, de Calais, de Dunkerque, de l’Algérie, etc. Il débuta, en 1847, par publier diverses notices sur l’anatomie des insectes (hyménoptères' et des helminthes. Depuis lors il a publié sur les mollusques et les coralliaires des mémoires nombreux, résultats de ses explorations des côtes de l’Océan et de la Méditerranée. Il a exposé ses idées sur l’avenir de la science dans une Introduction aux A.rchives de la zoologie expet i mentale, qu’il vient de fonder. M. de Lacaze-Duthiers est, depuis ! 871, membre de l’Académie des sciences et professeur d’anatomie comparée à la Sorbonne.
Les travaux dont nous venons de donner une liste fort incomplète, montrent que les zoologistes de notre époque, tout en faisant marcher de front l'étude des espèces vivantes et des espèces fossiles, parallèlement avec l’anatomie et la physiologie comparées, se sont surtout attachés à faire connaître les animaux inférieurs (articulés, mollusques, zoophytes, infusoires) et à combler, en partie, les lacunes qui existaient encore dans la science au commencement de notre siècle.