LES BEST I-A IRES
Certaines compositions du moyen âge, dont le plus grand nombre existe encore en manuscrits, portaient les noms de Bestiaires, de Volucr aires et de Lapidaires : c’étaient des traités sur les Quadrupèdes, les Oiseaux et les Pierres, en harmonie avec les croyances de l’époque. Les Bestiaires, latins et français, publiés par MM. Cahier et Martin ( Mélanges archéologiques ) d’après les manuscrits de la Bibliothèque nationale, peuvent donner une idée de ce genre d’ouvrages, où le symbolisme religieux joue le plus grand rôle.
Nous avons nous-même sous les yeux le Bestiaire divin, composé sous le règne de Philippe Auguste, après l’année 1208, par Guillaume, clerc de Normandie, et publié par M.Hippeau (Caen, 1852, in-8°).
Pour montrer comment on se plaisait alors à faire servir la zoologie, vraie ou fictive, d’auxiliaire à la théologie, nous allons en reproduire quelques passages.
Lion. — Comme la plupart des Bestiaires, celui de Guillaume s’ouvre par la description du lion. « Le lion, dit 1 auteur, habite les hautes montagnes; quand il se
voit poursuivi par lo chasseur, il efface avec sa queue la trace iio ses pas': quand il dort, il a les yeux ouverts*. La lionne met bas des petits qui restent à terre sans vie pendant trois jours; ils sont abandonnés par elle; mais le lion arrive, et soufflant sur eux. il les rappelle à la vie. (Test ainsi que Jésus-Christ cacha si bien sa venue sur terre, que le démon lui-même ne s'en aperçut pas. Trois jours aussi, comme le petit du lion, il fut privé de vie: mais Dieu le Père le lit sortir du tombeau et ressusciter
glorieusement. » . I
Phénix. — « Quand il a vécu cinq cents ans, le phénix vole vers la cité d’Héliopolis, où il va brûler son corps sur un autel chargé de parfums. Un prêtre, qui connaissait d'avance l’instant de sa venue, arrive alors, écarte la cendre et y trouve un petit ver d’une odeur merveilleuse, (iui se change en un phénix nouveau. Celui-ci. après avoir salué son chapelain, prend son vol pour revenir au même lieu, après un intervalle de cinq cents années*. C’est ainsi qu’est ressuscité Notre-Seigneur Jésus-Ghrist. Gomment les incrédules pourraient-ils nier ce miracle ? Ge qu’ils affirment du phénix, un Dieu ne peut-il pas avec
bien plus de raison le faire ? »
Singe. — «Get animal est laid et mal bâti. Quel qu il soit par devant, il est encore bien plus affreux par derrière. Il aune tête, mais il n’a pas de queue.... Il ressemble en tout point au démon ; ange déchu, il a conservé ses traits d’autrefois, mais il a perdu sa queue, et plus tard, comme dit l’Ecriture, il périra tout entier.
Belette. — « La belette conçoit par la bouche et en-