T. VI de ses Opéra omnia (Lyon, 1651, in-fol
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baleine, et de mann , homme). En parlant de la pêche, des baleines, qui formait une des principales branches de l’industrie du moyen âge, il décrit deux procédés, dont l’un, depuis longtemps en usage, consistait à attaquer ces cétacés avec de petites barques montées par trois hommes, dont deux dirigeaient l’esquif pendant que le troisième lançait un harpon, à l’extrémité duquel était fixée une corde. Le second procédé, imité depuis des Anglais, différait du premier en ce que le harpon était lancé au moyen d’une baliste.
A son histoire de la baleine, cétacé qu’ Aristote distin- : guait déjà du dauphin par la situation de l’évent (qui est au dos dans le dauphin et au front dans la baleine), il faut ajouter celle du narval, du cachalot et du morse. Suivant Albert, le narval, connu aussi sous le nom de licorne de mer, unicorne marinum , a les mouvements lents. C’était là une erreur, s’il faut s’en rapporter aux récits des voyageurs modernes, selon lesquels ce curieux cétacé nage, au contraire, avec une incroyable vitesse, ce qui expliquerait comment il arrive à enfoncer ses defenses si profondément dans la coque des navires. Mais Albert ne se trompait pas sur l’origine du blanc de baleine, sperma ceii , en parlant de l’huile qui sortait en abondance de la tête de deux cachalots échoués de son temps sur les côtes de la Hollande. Il connaissait aussi l’ambre gris ; mais il ignorait que ce produit n’est qu’une déjection durcie du cachalot1.
Le morse ou cheval marin, qui serait mieux appelé éléphant de mer à cause de ses deux défenses (grandes canines), était inconnu aux anciens, parce qu’on ne le rencontre , en compagnie des phoques , que dans les eaux arctiques aux environs du Spitzberg, de la Nouvelle-Zemble, aux embouchures des fleuves de la Sibérie, etc. Au
1. Voy. Swediaur, Recherches sur l'ambre gris , dans les Philosovhical Transactions, année 1784.
treizième siècle, on n’avait encore que des notions trèsimparfaites sur cet amphibie, quoique les Fennes en fissent alors une chasse très-active, poür en retirer l’huile et les défenses. Ces sauvages, semblables aux Esquimaux, prenaient, à en juger par le Périple d’Other , le morse [celus equinus) pour une baleine velue, munie de pieds. Il ne nous est guère bien connu que depuis environ deux siècles par le récit des voyageurs du Nord.
Les castors , que les anciens connaissaient sous le nom de chiens du Pont-Euxin, n’étaient pas rares en Europe du temps d’Albert, qui dit positivement qu’ils construisaient des espèces de bourgades sur les bords des principaux fleuves. On s’est étonné de ce fait, parce que les castors, qui habitent encore aujourd’hui l’Ancien Continent, n’y bâtissent jamais aucun de ces singuliers villages que leur espèce continue de construire dans l’Amérique du Nord. On a voulu conclure de là que les facultés de ces animaux se sont modifiées avec le temps. Mais, au lieu de s’engager dans une série d’hypothèses plus ou moins admissibles1, il est plus simple de dire que les castors deviennent rares dès qu’on leur fait une guerre acharnée, qu’ils s’isolent et perdent leurs mœurs primitives. Ainsi, au lieu de vivre par petites républiques, et d’élever des cités lacustres, qui ont fait supposer à nos archéologues l'existence fantastique d’une singulière race humaine, aimant mieux bâtir dans l’Océan que sur terre ferme , ils ne creusent plus que des galeries souterraines où ils se réfugient.
En expliquant l’origine du castorcum, précieux médicament déjà connu des anciens, Albert rejette la tradition fabuleuse,. d’après laquelle le castor, poursuivi par des chasseurs , se mutilerait en abandonnant , comme une sorte de rançon, scs poches secrétoires, remplies de cette
1. Voy. Pouchet, Histoire des sciences naturelles au moyen âge, p. 285.
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substance, tant recherchée autrefois des médecins comme un des meilleurs remèdes antispasmodiques.
L’ours blanc paraît avoir été pour la première fois indiqué comme une espèce particulière, par Albert le Grand. Gela seul montre qu’il en avait une connaissance plus exacte qu’ Aristote et que Buffon même. Ne se fondant pas seulement sur la couleur pour distinguer l’ours blanc des autres ours, il insiste surtout sur les habitudes de cet animal de chasser dans l’eau comme un amphibie et d’y poursuivre sa proie comme la loutre et le castor. Qu’Aristote ait pris l’ours blanc pour une simple variété de l’espèce à pelage foncé , il n’y a là rien d’étonnant : il ne pouvait le connaître que par le récit de quelque voyageur aventureux ; mais que Buffon ait pu conserver encore des doutes sur le caractère spécifique de ce plantigrade , voilà ce qui ne se comprend guère. Linné même ne put se décider que dans la dixième édition de son Systema naturæ à décrire l’ours blanc, sous le nom d ’ursus marilimus , comme une espèce distincte de l’ours brun.
La zibeline , espèce de marte, dont la fourrure forme, une branche importante du commerce de la Russie, n’est guère connue que depuis le Voyage en Sibérie de Gmelin : ce naturaliste en vit deux vivantes chez l,e gouverneur de Tobolsk ; la description qu’il en donne a été depuis reproduite par Buffon. Cependant déjà Albert le Grand avait connu la zibeline, et le salhèrion d’Aristote paraît être identique avec ce carnassier.
Dans son Histoire des oiseaux , Albert a spécialement traité des différentes espèces de faucons, de leurs mœurs, de leur éducation et même de leurs maladies. 11 les divise en trois catégories : les nobles, les lâches, et les espèces mixtes, augmentées par 1 union adultérine des faucons nobles avec les lâches, parmi lesquels il comprend les espèces les plus disparates, les hiboux, les pies-grièches, etc.
La bermehe , espèce d’oie du Nord, a été l’objet de fables étranges, qui se sont propagées, à travers tout le
moyen âge, jusqu’au dix-septième siècle. On a dit qu elle naît, comme la macreuse, espèce de canard ( anas nigra, L.), dans certains coquillages, nommés conques analifères, ou sur certains arbres du littoral de l’Europe et des îles Orcades. Selon Fulgence et d’autres, les arbres qui devaient porter ce genre de fruit, ressemblaient à des saules qui produisent, au bout de leurs branches, de petites boules gonflées, contenant des oisillons couverts de duvet.- Ne serait-ce pas là une allusion au cotonnier chargé de capsules entr ouvertes? Malheureusement, quand une fois le champ est ouvert aux hypothèses, on ne s arrête pas à demi-chemin. Gambden et Turnpbe, renchérissant sur la légende, imaginèrent que c est dans des débris de vieux navires pourris dans 1 eau que se forment les beinaches comme de gros vers et y achèvent leur métamorphose. Bien qu’ Albert le Grand eût repoussé ces contes relatifs à la reproduction des beruaches, on les ut encore, aux seizième et dix-septième siècles, accueillis par des savants tels que Lobel, Conrad Gesner et Aldrovande. Sébastien Münster, dans sa Cosmographie , va jusqu à décrire l’arbre aux bernaches,et Aldrovande l’a figuré chargé de fruits, dont une partie s’entr’ouvre en laissant s’échapper des oisillons.
En opposition avec les croyances de ses contemporains, Albert le Grand rejeta aussi la fable de l’incombustibilité de la salamandre. L’origine de cette fable doit sans doute être cherchée dans ce que la salamandre, comme tout objet entouré de mucosité, peut résister quel jue temps à l’action du feu. Dans les chauves-souris, qu il continuait de confondre avec les oiseaux, il ale premier signalé 1 existence d’une double conque auditive, formée par 1 oreille.
Dans l’ Histoire des poissons, au nombre desquels il mettait tous les animaux aquatiques, aqualilia, il a Lesbien décrit l’espadon comme ayant la peau lisse, la queue mince, bilobée, et comme tenant à la fois de la forme au dauphin et de l’esturgeon. En parlant des harengs, dont
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on faisait une pêche fructueuse sur les côtes de la Hollande, il nous apprend que, de son temps, l’on salait ces poissons, ce qui met à néant l’opinion généralement admise que la salaison est une invention du quatorzième siècle.
En traitant des petits animaux (insectes, arachnides, annélides), qu’il croit, avec Aristote, être privés de sang, .Albert a distingué le premier les insectes des annélides, auxquels il donne le nom même de animalia annulosa , dont la sangsue peut passer pour type.
Vincent de Beauvais.
Vincent de Beauvais (né vers 1190, mort en 1264), dominicain comme Albert le Grand, dont il passe pour l’élève, a consacré, dans son Spéculum naturale, véritable encyclopédie des sciences au moyen âge, six livres (du 16' au 22') à l’histoire des animaux. C’est une compilation dont Aristote, Pline, Dioscoride, Isidore de Séville, ont fait presque tous les frais. Moins judicieux qu’Albert le Grand, -R croit hardiment à l’existence de l’arbre aux bernaches, anseres arborei , arbre qu’il dit croître en Écosse. Conformément à la légende, il représente aussi le pélican comme s’ouvrant la gorge pour nourrir ses petits. Son agneau de Russie, agnus Scythicus, vivant aux bords du Y olga, et tenant à la fois de la nature d’un animal et de celle d une plante, était une création tout aussi fantastique.
Au milieu de ces contes, on trouve cependant quelques renseignements curieux. Ainsi il nous apprend la pompe avec laquelle se faisait la pêche de la baleine. « Les barques étant rassemblées, on faisait, dit-il, retentir l’air du son des timbales et d’autres instruments : on supposait que la baleine avait 1 oreille sensible aux accents de la
musique. Àu moment où la bête imprudente y prêtait toute son attention, on lui lançait le harpon auquel était attachée une longue corde et on s’éloignait en toute hâte. » Mais cette chasse semblait, comme le fait remarquer M. Pouchet1, ne se pratiquer que le long des côtes, car Fauteur ajouté qu’après la mort du cétacé « on l’amenait triomphalement à terre au bruit des acclamations ».
Après les écrivains que nous venons de passer en revue, on trouvera très-peu à glaner dans les commentaires du Physiologus , dont le véritable auteur est inconnu ; dans le Hortus deliciarum de Herrade de Landsber'g 2 ; dans le Trésor de Brunetto Latini ; dans le Propriétaire de Barthélemy l’Anglais ; dans l’Image du Monde, célèbre poème du treizième siècle, destiné à populariser les connaissances du Trivium et du Quadrivium. A ces compilations, pauvres en faits scientifiques, il faut ajouter le livre des Proprielez des lestes , extrait du fameux Rotnan d Alexandre et publié, d’après le manuscrit n° 138 de 1 ancien fonds de Saint-Germain des Prés (Bibliothèque nationale de Paris), par Berger de Xivrey dans ses Traditions tératologiques (Paris, 1836, in-8°).
de
1 Histoire des sciences naturelles au moyen âge , p. 480.
2. Le manuscrit, unique, de Herrade, abbesse du monastère Hohenberg (en 1167), se conservait à la bibliothèque de Strasbourg. Il a malheureusement péri pendant le bombardement de cette ville par les Badois (août 1870).