‹ Histoire de lécriture dans lantiquitéChapitre 19 sur 79 · LINÉAIRE · texte numérisé non relu

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Les Assyriens ont cherché à remédier aux inconvénients de la polyphonie par des compléments phonétiques : après avoir écrit un mot au moyen d'un idéogramme, ils en récrivent la dernière syllabe phonétiquement. Les compléments phonétiques correspondent donc aux clefs des Chinois, avec cette diiïérence qu'au lieu d'indiquer entre plusieurs homonymes quel est le bon, ils indiquent la véritable prononciation d'un signe idéographique. En outre, on fait précéder les noms propres d'hommes, de dieux ou de pays de signes idéographiques qui ne se prononcent pas. Le clou vertical y se place devant les noms d'hommes, le signe **~^ devant les noms de dieux, le signe -^ devant les noms de pays. Ainsi, le nom d'Assur, quand il désigne le grand dieu des Assyriens, s'écrit »^- »- ÏJT; s'il désigne, au contraire, le pays d'Assyrie, il s'écrit "^ ►»- QJ.

En somme, l'élément fondamental de l'écriture cunéiforme assyrienne n'est pas le mot, c'est la syllabe; par ce côté, cette écriture marque un progrès réel sur le chinois; mais il faut reconnaître qu'elle était peu compatible avec le système des flexions et avec les modifications constantes qu'elles amènent dans le corps des syllabes.

L'écriture cunéiforme assyrienne n'a pas eu en Assyrie de ces altérations fécondes qui se prêtent aux transformations du langage et donnent naissance à de nouvelles formes de l'écriture; elle est morte sans s'être sensiblement modifiée. La cause principale de cette immobilité doit être cherchée dans l'apparition de l'écriture araméenne, qui s'est dévelo])pée en Mésopotamie à l'époque où l'écriture cunéiforme aurait pu se transformer. A cause de sa simplicité, l'alphabet ara-

luéoii s'est substitué à récriture cunéiforme pour la correspondance, les pièces de chancellerie, le commerce, les contrats, en général pour les relations des hommes entre eux qui exigent une écriture plus simple, plus rapide. L'alphabet araméen est devenu l'écriture cursive de toutes ces contrées, celle qu'on employait sur papyrus; or c'est l'usage de la plume, ou du calame, qui amène les modifications les plus profondes dans l'écriture. L'écriture cunéiforme semble n'avoir été usitée que pour écrire sur la pierre ou la brique.

Mais si, à partir du va" ou du vni'= siècle avant notre ère, l'écriture cunéiforme n'a plus eu de développement organique, elle a été empruntée par d'autres peuples, qui s'en sont servis en la modifiant plus ou moins piofondémenl. Dès une époque reculée , elle fut adaptée aux langues de la Médic , de la Susiane, de l'Arménie, contrées qui étaient en relations constantes avec l'Assyrie, dont elles étaient les vassales. On trouve de nombreuses inscriptions cunéiformes en ces diverses langues; mais l'intelligence en est encore difficile, moins à cause de l'écriture que de la langue, qui est mal connue.

Les Perses, à leur tour, ont adopté les caractères cunéiformes, en leur faisant subir une transformation beaucoup plus profonde. Au vi^ siècle, quand les Perses sous Gyrus curent renversé l'empire babylonien, le nouvel empire, qui se présentait comme le successeur légitime des Chaldéens, s'appropria l'écriture des vaincus, qui était en quelque sorte l'écriture officielle, mais non sans en changer entièrement le caractère. Les Perses prirent au système cunéiforme babylonien un certain nombre d'idéogrammes, d'où ils tirèrent trente-six caractères alphabétiques, destinés à rendre les articulations de leur langue^').

''' Oppert, Journal asiatique , février-mars 1874, p. 338-345.

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