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LES ALPHABETS EUROPÉENS

Les alphabets grecs cl italioles ont été les premiers à se détacher du tronc commun. L'origine phénicienne de l'alphabet grec est un des faits les plus anciennement établis et les mieux connus '''. Les Grecs eux-mêmes appelaient (powixr'jïa. ypafxfxaxa «lettres phéniciennes r, ou xaS^v'ia ypâiJLfJiOiTct a lettres cadméennesn, les caractères primitifs d'où est sortie leur écriture classique. En effet, une tradition, dont presque tous les auteurs anciens nous ont transmis l'écho, racontait que l'alphabet avait élé apporté aux Pélasges par des navigateurs phéniciens ayant Cadmus pour chef. Cadmus, en phénicien Â'<w/Hi(în, est la personnification des influences orientales qui ont joué un si grand rôle dans les origines de la civilisation grecque.

D'autres légendes faisaient intervenir dans l'introduction de l'alphabet en Grèce Orphée, Linus, Musée, Palamède. On racontait que l'alphabet apporté par Cadmus n'avait que dix-huit lettres selon les uns, seize lettres selon les autres, et qu'il avait été complété plus tard par Palamède. Y a-l-il dans cette tradition le souvenir d'une époque oh

"' tlcrodotc, V, 58.

l'alphabet phénicien ne se composait pas encore de vingldeux lettres ? On pourrait être tenté de ie supposer. Cet emprunt, en effet, n'a pas eu le caractère d'un emprunt littéraire et savant, et l'alphabet phénicien a dû pénétrer en Grèce de plusieurs côtés à la fois et sous plusieurs formes différentes. Mais l'étude des monuments ne permet guère de s'arrêter à cette hypothèse : les premières inscriptions grecques nous montrent l'alphabet déjà composé de vingtdeux ou même de vingt-trois lettres.

Les Grecs ne se sont pas tenus rigoureusement à l'alphabet phénicien. Il s'est rapidement modifié entre leurs mains, et il a subi une série de transformations, intéressant la direction, la forme et la valeur des lettres, qui ont changé profondément l'aspect extérieur et le caractère de l'écriture. Ce travail d'adaptation peut se résumer en trois mots : les Grecs ont retourné l'alphabet phénicien; ils l'ont redressé; enfin, par une véritable création, ils en ont tiré les voyelles. Il faut chercher la cause de cette triple transformation dans le sens artistique des Grecs et dans l'admirable clarté de leur langue sonore qui ne pouvait se contenter de l'écriture, composée exclusivement de consonnes, que les Phéniciens avaient lancée dans le monde.

L'histoire de l'alphabet grec a été, depuis cinquante ans, l'objet de nombreux travaux. Franz en a donné le premier un aperçu en tête de ses Eleinenla epigraphices grœcœ (Berlin, 18/10, in-4°). Elle a été approfondie par Kirchhoff dans les Mémoires de l'Académie de Berlin^^\ et par Mommsen dans les prolégomènes de son livre Sur les dialectes de l'Italie inférieure. Plus récemment, François Lenormant en a fait

''' Sludien zur Geschichte des griechischen Alphabets, i863, p. i56-j6i.

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l'objet d'un arliclc capital, qui a l'importance d'une étude originale, dans le Dictionmire des antiquités de MM. Daremberg et Saglio. Tous ces travaux ont été repris et discutés à nouveau par M. Sal. Rcinach dans son Traité (répigraphie grecque^^\ Enfin, M. KirclihofT, qui n'a cessé de remanier son premier mémoire, en a fait paraître en 1887 une nouvelle édition'^), qui peut être considérée comme donnant l'étal actuel de la science allemande sur cette matière.

Les inscriptions grecques sont très nombreuses et admirablement étudiées. Elles ont été réunies d'abord dans le Corpus inscriplionum grœcarum, de Bœckli, qui a servi de modèle à tous les recueils du même genre. Il faut y ajouter le Corpus inscriplionum alticarum et les Inscriptiones grœcœ Siciliœ et Italiœ (Berlin, 1890), édités par l'Académie de Berlin; le Voyage archéologique en Grèce et en Asie Mineure, par Ph. Le Bas, dont la publication a été continuée par MM. Waddington et Foucart; la Collection oj ancient Greek Inscriptions in theBritish Muséum, par G. T. Newton (London, 1876-1883); YEpliemcris archaiologikè , le Bulletin de correspondance hellénique et les nombreux recueils où. sont disséminées les inscriptions que l'on découvre tous les jours.

C'est par les îles, oh l'influence phénicienne était très profonde et s'est longtemps maintenue, que l'alphabet paraît avoir pénétré en Grèce. On a trouvé dans l'île de Santorin , l'ancienne ThéraW, des inscriptions archaïques qui nous donnent la forme la plus ancienne que nous connaissions

''' Pnris, Leroux, i885, p. 175-286.

'*' A.Kivc\i\io(ï,Studien zur Gescltkhle des ffriech. AlpIiabeU, 4* Audage, mit 1 Karte und a AlpliaboUafeln. Gùtorsioii, 1887, in-8*.

''' Bœckh, Mémoires de l'Acad. de Berlin, i836, p. 4i-ioi. — Hermann \{aà\\, Inscriptiones grœcœ anliquissimœ, Berlin, 1882.

ALPEIABET GREC. «TH

de l'alphabet grec. Cet alphabet ne se distmgue guère de l'alphabet phénicien; il se compose de vingt- trois lettres, et ne possède pas <t>, X, Y, non plus que ï. Les lettres y ont en outre cet aspect penché qui est caractéristique de l'écriture phénicienne. L'île de Melos et la Crète ont fourni des inscriptions analogues.

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