‹ Histoire de lécriture dans lantiquitéChapitre 35 sur 79 · VA · texte numérisé non relu

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De bonne heure pourtant les Grecs ont fait subir à l'écriture une modification importante : ils l'ont retournée. Ce changement de front ne s'est pas opéré sans de nombreux tâtonnements. Les inscriptions de Théra nous en ont conservé la trace. Nous y voyons l'écriture, qui part de la droite, suivre en lignes flexueuses les contours du monument et revenir sur ses pas. Plus tard, on régularisa la chose et l'on

prit l'habilude d'écrire en lignes parallèles dirigées alternativement de droite à gauche et de gauche à droite. On a donné à celte disposition, qui rappelait les sillons de la charrue, le nom de bouslrophédon. Cette écriture de transition persista assez longtemps; enfin l'écriture adopta une direction uniforme, de gauche à droite, qui a prévalu dans tous les alphabets européens.

TMtîiRi '"^'^^'^

luscriptioD gravée snr rnne des faces d'une pierre noire à Théra. (Rœlil , p. 3 , n' i a a.)

La loi de Gortyne, qui est sans doute de peu postérieure à la loi de Solon, nous offre l'exemple d'une inscription monumentale en boustrophédon. Nous en publions le premier fragment, découvert en 1803 par M. l'abbé Thenon, membre de l'École d'Athènes, et publié par M. Bréal'''. Il est conservé au musée du Louvre. La loi entière, qui a été retrouvée depuis et se compose de soixante-dix articles dont notre fragment comprend les n"' 58 à 60, a été traduite et commentée par M. Dareste dans la Nouvelle Revue historique du droit français et étranger, en 1886. On remarquera que cette inscription n'a pas encore de 0 ni de X : elle les remplace par le TT et le K; elle ne connaît pas non plus I'h et I'Q, mais seulement I'e et l'o. Le TT a une forme arrondie très particulière, ) ou C, qui n'est autre

'"' Revue archéologique, ddcenibre 1878, p. 346-356.

que raucicn ^ phénicien; la lettre ' aussi a conservé sa forme archaïque S (phénicien \)', enfin, on y rencontre deux fois le digamnia F.

Loi Je Gortync.

THÀHScniPTioN.

1-9 [. . .t]ov àv<pavTov xai ix[-fi] i\it(ivav[x\ov fjjiev réXXev T[à tS-\

3-6 [àv]<^av<xiiévùi xixi rà ;^prf(xa|i' àviiXiOat à ti xa xaTa[A/7n;-]

5-6 [( é àv]Ç<tvâjjtevos • iiXim lîè tovlàvÇavToii ft-fi im^aprjv. [Ai lîè]

7-8 [àvo]Oitvot ô dvipavios yrjffffa | T^xva ftrl xarxXmàv, -aip to[vs Tiï]

g-to [iv^]avaiJLéva êTiiSa).X6vTxv\s àv^J^priv xà ;(prf(jaTa. A/ ^[è xa-]

1 1-ia [A))?] ô àv<pav(iii£Vos , àicoFent\!i09eû xot' àyopàv àtto ts3 Aa'[a ai],

i3-i'i [àTrajyopetîovT» , xaT»^£A,n^»i|Mv tmv •EroAiaTâw ivOéti\sv Si'\

l5-i6 [ a]1oiTT^pavs èS SiKa(r1\[ifpiov, de]

Un traité des Eléens avec les Arcadiens d'Héra, qui a été trouvé à Olympie et que Bœckh place vers la 60" olympiade C^, est déjà entièrement écrit de gauche à droite;

<'> Environ 600 h 55 0 ans avant J.-C. Cf. Newton, G reck Inscriptions , n° CLVII; Rdberls, Introduction loGreck Epiffraphy, p. -287, q88 et Sfist-Sf)^.

13i DEUXIÈME PAllTIE.

mais les lettres, tout en étant régulièrement tracées, ont encore avec l'écriture phénicienne une ressemblance qu'elles n'ont plus au même degré dans la loi de Gorlyne : elles sont penchées et se terminent souvent par des queues, qui disparaîtront dans le grec classique. Le Traité des Eléens fait, en outre, un usage constant du digavima, que la langue grecque devait bientôt remplacer par l'esprit doux'"'.

TRAITÉ DES ELÉENS.

À FpdTpa ToTp faXsîois xa.) toïs Epfat'ots. Si/yf/ap^/a x' êa. éxajbv féita. • &p)(pf Se xa rot' al Se ii Séoi, ahe féiios ahe Fâpyov, (TwioLv x' àXâXots rd t' aX(À)' xa) -aàp isokéyt.0 • al Se fià crwéav, TaXavrov x' àpyvpo ànoTivotav roi Ai (yhivnîoi toi xa.- SaXsfxévot XaTpetéixevov • al Se tip rà ypé.<^za tcà xaSaXéono, ahe Fhai ahe teXea-là ahe SôiyLOS, èv t* èitiipoi^C èvéyjoiTO toi 'wavi' èypafxévoi.

TBADVCTIOU.

Traité des Éléens avec les Héréens. Qu'il y ait alliance pour cent ans. Qu'elle commence dès l'année présente. S'il est besoin de quelque secours, en paroles ou en actes, qu'ils soient liés les uns aux autres, pour le reste comme pour la guerre. S'ils rompent l'alliance, qu'ils payent un talent d'argent à servir à Jupiter Olympien qui a été violé. Quiconque détériorera celte inscription, que ce soit un associé, ou un magistrat, ou un dème, qu'il soit tenu à l'amende sacrée inscrite ci-dessus.

'"' Parfois aussi par l'esprit rude, suivant certains auteurs. (Sal. Reinarh, Manuel de philoloffie classique, a' édition, t. I, p. i4o.)

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